Augusto Boal : «Tout le monde peut faire du théâtre; même les acteurs»







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Le théâtre au collège :

des expériences menées en établissements difficiles
Conférence de Gabrielle PHILIPPE, agrégée de Lettres modernes

Professeur au collège Pierre Mendès-France, Paris 20ème

CIEP, le 12 décembre 2006


Augusto Boal : « Tout le monde peut faire du théâtre ; même les acteurs »
Dans la préface de Jeux pour acteurs et non-acteurs, Pratique du Théâtre de l’opprimé, Augusto Boal explique que le Théâtre de l’opprimé, dont la vocation est, à l’origine, politique, permet la « recherche d’un espace de liberté à l’intérieur de la prison. » Son principe de base est « la libération de l’opprimé à travers la transformation du spectateur en protagoniste, de l’objet en sujet. » (p.10)

Loin de nous l’idée que l’élève puisse être comparé à un opprimé et l’école à une prison, mais dans les établissements « difficiles », où le dialogue est parfois bien pénible (voire rompu), il arrive que les élèves en voie de déscolarisation, ceux aussi qui posent d’importants problèmes de violence, se perçoivent comme tels, et les pauses théâtrales, qui viennent rompre avec le cours habituel des choses, avec la monotonie des cours qui se suivent, et se ressemblent, permettent l’établissement d’un nouveau dialogue, l’introduction de nouvelles relations (entre élèves, mais aussi entre élève(s) et professeur), l’analyse et l’expression de tensions à apaiser.

Le théâtre dont nous parlons « favorise le rétablissement du dialogue entre les êtres humains. » (p.11 Boal)
Quel est notre propre rapport au théâtre vivant ?
Le théâtre est avant tout un art qui étudie, en les montrant, les relations problématiques entre les humains, et le rôle, le pouvoir de la parole dans ces interactions. En milieu difficile, la pratique théâtrale est un excellent moyen d’extérioriser, et d’évacuer les tensions (catharsis), une manière plaisante et ludique, néanmoins codifiée, de se révéler et de se découvrir sous un nouveau jour.
I-La place du théâtre au collège

  • Quel théâtre proposer aux élèves ? sous quelle forme ? (théâtre à lire, à savourer, à analyser, à étudier, à jouer, à voir, à écouter, source d’écriture…) Le théâtre est un art si complet que nous sommes obligés, pour ne l’aborder qu’en 1h15 (1h30), d’opérer des choix. Nous parlerons donc aujourd’hui du théâtre à jouer de l’école au lycée, et plus précisément au collège.




  • Quel répertoire (classique, contemporain (pour la jeunesse), improvisations atemporelles) ? Qu’en disent les I.O. ?


Les IO préconisent en 6ème une simple étude d’extraits du genre théâtral et la découverte des rudiments du jeu, avec un travail sur la mise en voix, en geste et en espace d’extraits (pas nécessairement théâtraux) des répertoires classiques et modernes. En 5ème-4ème, on étudie une pièce de théâtre brève (farce ou comédie) du Moyen Âge ou du XVIIe siècle, au choix du professeur, en mettant l’accent sur le dialogue théâtral et ses fonctions. Enfin, en 3ème, on étudie une pièce de théâtre en détail ou lue cursivement, qui amène à s'interroger sur la spécificité du dialogue théâtral et sur les liens entre la scénographie et la dimension fréquemment argumentative du dialogue.

De la 5ème à la 3ème: « La préparation d'un ensemble de scènes ou la réalisation d'une pièce de théâtre peut constituer un grand projet pour un groupe d'élèves animés par des enseignants formés à cette activité ».

Une grande liberté est ainsi laissée à l’enseignant, en ce qui concerne le choix des textes théâtraux qui feront l’objet d’études. La plupart d’entre nous s’orientent plus volontiers vers le répertoire théâtral classique, parce qu’il est fondateur, et qu’il nous apparaît nécessaire de transmettre aux élèves un patrimoine culturel riche et incontournable, mais sans doute aussi parce que, l’ayant nous-mêmes abondamment étudié, ce répertoire nous rassure. Il convient pourtant de souligner la difficulté, pour bien des élèves issus de milieux défavorisés, ou de l’immigration, de se familiariser avec une culture bien lointaine, et un vocabulaire inusité. Etudier les classiques implique souvent les traduire, dans un premier temps, sans pour autant trahir l’essence des œuvres. Une fois la difficulté de la langue franchie, les élèves parviennent bien souvent à savourer les procédés comiques reposant sur la double énonciation, la verve des personnages de Molière, les questions d’honneur et de vengeance cornéliennes, toujours d’actualité (dans les cités), et les conflits des maîtres et valets de Marivaux…
Pour Marie Bernanoce, (rencontre du Théâtre de l'Est Parisien du 06/12/2006) maître de conférence à Grenoble III et auteur du très récent répertoire critique du théâtre contemporain pour la jeunesse : A la découverte de cent et une pièces, le théâtre contemporain est souvent absent des manuels, car il présente des formes d’écriture qui surprennent. Pour elle, on accorde beaucoup trop d’importance à l’approche dramaturgique, (sur laquelle les instructions officielles du lycée mettent l’accent), en ce qui concerne le répertoire contemporain, et pas assez au texte littéraire en lui-même. Et pourtant, « plus on fait exister le matériau littéraire, le texte théâtral, plus on rend possible le devenir scénique d’une œuvre, l’appel à la scène que porte le texte de théâtre. La scène est en creux dans tout texte ». L’un des travers de la presse critique, de nos jours, est de s’intéresser essentiellement à la dramaturgie, et pas assez aux publications et à l’aspect littéraire d’un texte de théâtre. Il ne faut pas hésiter, avec les élèves, à redevenir des « découvreurs de textes », hors des sentiers (classiques) battus.

Parce que sa syntaxe est simple, et son vocabulaire souvent limpide, parce qu’il joue sur les silences, les pauses, la lumière (voir les pièces de Philippe Dorin : Sacré silence, Dans ma maison de papier, Bouge plus ! …) le théâtre contemporain, dont le répertoire pour la jeunesse ne cesse de s’accroître, est souvent plus abordable que les textes classiques, pour les élèves du primaire comme de secondaire (voire du public universitaire). Sur les silences fondamentaux qu’introduit le théâtre contemporain, depuis Beckett, j’ajouterais une anecdote. Je travaille actuellement avec le comédien Florent Nicoud, avec un classe de 5ème de ZEP et un groupe d’élèves en grande difficulté, autour de la pièce Bouge plus ! de Philippe Dorin. Après ses premières séances avec mes élèves – premier contact pour lui avec le collège, qui plus est collège classé ZEP – il m’a écrit son émotion et sa grande surprise de découvrir « l’incapacité des élèves à faire silence, cet enchevêtrepiettement systématique de la parole des uns sur les autres, ce bouillon de cultures, leur énergie enfin, aussi débordante qu’impressionnante et rassurante. » Il me confie alors son désir d’axer notre travail sur le silence, sur ce problème d’écoute et de concentration si problématique chez les élèves.

Les pièces contemporaines sont par ailleurs souvent constituées de tableaux pouvant être joués et montés individuellement ou dans le désordre, ce qui exclut tout problème de casting (nombre de personnages, quantité de répliques…), d’absences de certains élèves ou toute contrainte temporelle (pour la préparation s’inscrivant dans le cadre d’un nombre de cours limité, comme lorsqu’il s’agit de monter un spectacle). Je pense notamment aux pièces comme Bouge plus ! de Philippe Dorin (qui me vient naturellement à l’esprit en raison d’un projet de tutorat théâtral que je mène dessus cette année, entre mes élèves de 5ème et des élèves de CM2 – j’y reviendrai plus tard) – pièce au début de laquelle le dramaturge précise : « Cette pièce a été conçue comme une suite de scènes pouvant servir de matériel à la construction d’un spectacle. L’ordre peut en être changé. Certaines scènes peuvent en être répétées plusieurs fois, sur des modes différents ou en interchangeant les rôles. Des scènes muettes peuvent être ajoutées… ». Je pense également à des pièces pouvant être jouées par des lycéens ou des adultes, comme Turbulences et petits détails, de Denise Bonnal, succession de tableaux présentant les invités d’un mariage, qui dévoilent leur intimité et leurs désillusions.

L’on est parfois très surpris par les commentaires que de jeunes élèves, parfois en grande difficulté, sont capables de faire, sur tel ou tel aspect d’un texte. Catherine Anne, dramaturge et directrice du TEP, apprécie le fait que fort heureusement, les enfants n’aient pas la courtoisie des adultes. Ils expriment sans crainte leur avis, leurs impressions, leur enthousiasme, leurs réticences, leur incompréhension, et la thématique qu’ils soulignent dans une œuvre n’est pas toujours celle à laquelle l’auteur lui-même aurait songé, comme le reconnaît avec humilité Philippe Dorin, à l’évocation de l’accueil réservé par certains élèves à sa pièce Dans ma maison de papier, dont le thème majeur était pour lui la mort.

On est parfois surpris, avec bonheur, par ce que certains élèves, parviennent à tirer d’une œuvre. Je pense notamment à un élève en voie de déscolarisation, d’un collège « prévention violence » de Seine-Saint-Denis, a pu souligner d’une mise en scène très surprenante du Malade imaginaire, à laquelle le metteur en scène Arthur Nauzyciel avait intégré, en 2004, au CDN de Montreuil (93), Le Silence de Molière, de Giovanni Macchia… mise en scène qui avait de quoi dérouter les spectateurs les plus avertis.

Le choix des textes qui seront étudiés en classe devraient quoi qu’il en soit, autant que possible, être guidé par les programmations proposées par les théâtres où le professeur est susceptible de pouvoir emmener ses élèves au cours de l’année scolaire… car il ne faut pas perdre de vue que le théâtre est avant tout un art vivant, et que le texte est intrinsèquement lié à sa mise en jeu, à sa mise en scène. Pour Philippe Dorin, « une pièce de théâtre ne devient une vraie pièce » non seulement que lorsqu’elle est jouée, mais « que lorsqu’elle est montée une deuxième fois ». (Rencontre du TEP du 06/12/2006)


  • Combien de temps consacrer au théâtre ? (quelques séances, une séquence, un projet annuel, un atelier) Le temps qui sera consacré au théâtre doit être clairement défini dès le départ, (au mieux dès l’année précédente), afin de déterminer les objectifs à atteindre. Un travail transdisciplinaire (français, langues vivantes, histoire - géographie, arts plastiques, musique, sport…) pourra ainsi s’étendre sur un semestre ou une année scolaire entière. Les Itinéraires de Découverte (IDD), inaugurés en France en 2002 facilitent ainsi (ou ont facilité) la mise en œuvre de vastes projets transdisciplinaires, pour lesquels un temps hebdomadaire pouvait être réservé, par exemple, à un projet théâtral. Je parlerai plus tard d’un vaste projet de mise en scène du Bourgeois gentilhomme, que j’ai monté en 2003-2004, avec des élèves de 4ème d’un collège classé « prévention violence », avec l’aide d’Hélène Hoffmann, comédienne et metteur en scène, qui a la gentillesse d’avoir répondu favorablement à mon invitation.




  • Quels objectifs (simple lecture, analyse, travail scénique : initiation ou montage d’une pièce ou d’extraits, réflexions sur la mise en scène, la scénographie, réalisation de décors et de costumes, improvisations à partir d’un texte étudié, propositions d’écriture, découverte de l’univers théâtral, d’une époque, d’un répertoire, d’une tradition, immersion dans l’univers du spectacle…) et ambitions fixés ? A chacun de l’évaluer, suivant les besoins et la demande du groupe qu’il a en responsabilité, mais aussi selon ses moyens. Les projets les plus ambitieux nécessitent évidemment davantage de moyens financiers, dont l’aspect n’est pas négligeable, et qui implique l’élaboration de projets minutieusement construits afin de faire des demandes du subventions, mais aussi l’organisation de ventes (de gâteaux, d’objets confectionnés par les élèves, de cartes de vœux, de tombolas…) au profit du projet… mais ce type de financement, « artisanal » est bien souvent fastidieux… Quoi qu’il en soit, il est toujours bon de faire appel à toutes les bonnes volontés.

Il existe par ailleurs parfois des associations ou structures institutionnelles, pouvant apporter une aide précieuse aux différents projets de classe, comme la mission Innovation et expérimentation, (voir sur ce site les différentes actions innovantes menées dans les établissements), dirigée pour le Rectorat de Paris par François Muller, qui accompagne, valorise et soutient les différents projets, ou l’association Citoyenneté jeunesse, basée à Drancy, en Seine-Saint-Denis, pour laquelle travaillent des coordonnateurs de projet fort compétents, et d’un grand professionnalisme, comme Vincent Decherf, qui n’a finalement et malheureusement pu se joindre à nous aujourd’hui, qui se chargent de trouver toutes les programmations en relation avec un projet donné, et qui permettent d’organiser des rencontres avec des professionnels du spectacle. Toutes les rencontres sont ainsi prises en charge par l’association, de même que l’achat des billets de spectacles et la location d’un car permettant de se rendre sur les lieux de représentations… les élèves n’ayant à verser qu’une participation symbolique de 1,50€ pour chaque sortie. Ce type d’aide, fort précieuse, est hélas bien rare. Certaines municipalités proposent également des spectacles gratuits de grande qualité, comme c’est le cas avec les Tréteaux du 20ème, de la Mairie du 20ème arrondissement de Paris, aux mois de septembre – octobre.

  • Introduire la magie du théâtre dans sa classe; l'importance des interventions et rencontres avec les professionnels du spectacle:

Pour les projets les plus modestes, l’essentiel est d’introduire dans sa classe, ou au collège, ne serait-ce qu’une heure dans l’année, la magie du théâtre.

Dans tous les cas, il est important et précieux, autant que possible, de faire participer des professionnels du spectacle à son projet de classe, quelle que soit son ampleur. Les rencontres (et/ou rencontres) avec des comédiens, des metteurs en scènes, des dramaturges, des scénographes, des costumiers, des techniciens, des décorateurs… sont extrêmement enrichissants pour tous, et ouvrent des horizons à bien des élèves, qui n’auraient autrement aucune occasion de découvrir ce foisonnement de professions toutes plus nobles les unes que les autres. Pour bien des jeunes filles, découvrir qu’au-delà des métiers d’esthéticiennes ou de styliste, on peut s’adonner avec passion à ceux de maquilleuse ou de costumière, constitue parfois une révélation. A cet égard, le making – off du film Le Roi danse, d’Alain Corbiau, est extrêmement précieux.


  • Où jouer ? Le problème des locaux inadaptés : Pour la métamorphose d’une salle de classe ordinaire et exiguë, de simples morceaux de tissus et quelques épingles à nourrice suffisent. Il est essentiel de délimiter un espace dédié au jeu théâtral. Un espace autre, bien (re)défini. Ne pas hésiter à investir tous les recoins de l’établissement : couloirs, passerelles, petits jardins, parking, cour, escaliers… et tous les autres lieux insolites.










II-Les élèves et le théâtre
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