Manifestations discursives et régime d’acceptabilité







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Marianne Doury

CNRS

Céline Largier

Université Paris 3


L’argument d’autorité dans une discussion en ligne :

manifestations discursives et régime d’acceptabilité


La compétence communicative des individus, telle qu’elle a été définie par Hymes (1984), se décline en sous-compétences spécifiques, au nombre desquelles on peut compter la compétence argumentative, qui permet aux locuteurs engagés dans des interactions argumentatives de soutenir leur position face à la contestation et de réfuter les arguments de l’adversaire. Cette compétence argumentative comporte une composante normative, qui permet à ces locuteurs :

  • de catégoriser les arguments auxquels ils sont exposés, en rapportant un argument particulier à une forme argumentative plus générale (ceci est un exemple, ceci est une analogie, ceci est un argument d’autorité) ;

  • d’évaluer ces arguments en fonction de critères laissés le plus souvent implicites (ceci est un bon exemple, une bonne analogie, (?)un argument d’autorité acceptable) ;

  • et d’accepter ou de rejeter ces arguments sur la base notamment de cette évaluation.

L’étude des manifestations discursives d’un argument particulier, ainsi que des réfutations auxquelles il donne lieu, dans un contexte spécifique, permet d’identifier le régime d’acceptabilité qui lui est associé.

C’est un travail de ce type que nous nous proposons de mener sur l’argument d’autorité, type d’argument sur lequel pèse traditionnellement une forme de suspicion, bien que de nombreux travaux anglo-saxons1 s’accordent aujourd’hui à le considérer comme acceptable « sous réserve ». Nous ancrerons nos réflexions sur l’étude de l’argument d’autorité (occurrences et réactions) dans un forum de discussion sur Internet (forum du quotidien Libération consacré à « L’homme doit-il marcher sur Mars ? »), et esquisserons ainsi le début d’une réflexion sur les éthiques argumentatives dans les discussions en ligne.


L’argument d’autorité figure sans doute parmi les types d’argument les plus étudiés. Pas un traité d’argumentation qui ne lui consacre au moins quelques lignes ; peut-être parce qu’il est généralement considéré — dans sa version fallacieuse — comme fondamentalement opposé à la démarche scientifique (Engel 1994 : 145, Perelman 1977 : 107, Walton 1992 : 48-49), sa discussion est souvent prétexte à une réflexion sur la place de la rationalité dans les argumentations ordinaires. C’est, on pouvait s’y attendre, le cas général des manuels d’argumentation en langue anglaise (Eemeren, Fogelin, Govier, Walton…) ; mais on trouve aussi des considérations normatives, quoique plus allusives, jusque dans les textes français sur l’argument d’autorité (Reboul, Robrieux, Declercq…). Pourtant, si le principe de cet argument est si bien analysé qu’il semble difficile d’apporter à sa description quelque élément nouveau, sa réalisation discursive, ainsi que les effets produits par son emploi dans une interaction argumentative, ont rarement fait l’objet d’une attention systématique. C’est cet objectif que se propose le présent article ; en décrivant le fonctionnement de l’argument d’autorité dans un forum de discussion sur les politiques spatiales, nous espérons contribuer à l’analyse dynamique des différents types d’arguments, et, plus largement, participer à une réflexion sur les normes dans l’argumentation.

I. L’argument d’autorité :

petit tour d’horizon théorique

1.1. Définition de l’argument d’autorité


Très généralement, l’argument d’autorité est défini comme un schème argumentatif qui repose sur l’existence d’un lien entre certaines caractéristiques d’une personne (son prestige, sa compétence) et le crédit qu’il convient d’accorder à ses propos :

Il y a argument d’autorité quand le Proposant donne pour argument en faveur d’une affirmation le fait qu’elle ait été énoncée par un locuteur particulier autorisé, sur lequel il s’appuie ou derrière lequel il se réfugie. La raison de croire (de faire) P n’est donc plus recherchée dans la justesse de P, son adéquation au monde tel qu’il est ou devrait être, mais dans le fait qu’il est admis par une personne qui fonctionne comme garant de sa justesse. (Plantin 1996 : 88).

La structure logique que l’on propose généralement de l’argument d’autorité est la suivante :

X a dit que P

(X est une autorité fiable à propos de P)2

Donc P.3

Cette description générale rend compte de deux types d’arguments d’autorité classiquement distingués :

— l’argument d’autorité direct, où le locuteur s’appuie sur sa propre autorité pour renforcer ses propos (“en tant que…, je peux vous garantir que P”). Dans ce cas, le locuteur et l’autorité invoquée se confondent (la structure logique qui sous-tend l’argument d’autorité direct est alors “J’ai dit que P ; je suis une autorité fiable à propos de P ; donc P) ;

— l’argument d’autorité indirect, au second degré : le locuteur exploite le crédit dont jouit une personne qui “fait autorité” dans un domaine donné pour donner plus de poids à une proposition qu’il souhaite soutenir.

Ces deux formes d’argument d’autorité, auxquelles peuvent correspondre des réalisations discursives fort différentes, sont liées par les “retombées de prestiges” dont bénéficie le locuteur, même s’il ne se pose pas lui-même comme référence. L’argument d’autorité indirect est régi par la jolie formule de Flahault : « ça me dépasse, mais c’est tout de même par moi que ça passe » (1978 : 151).

En fonction du type d’autorité invoqué, l’argument d’autorité peut prendre des formes spécifiques : argument du consensus (ou appel à l’autorité du grand nombre : Engel 1994 : 145) ; appel à l’autorité des “select few” (ou “snob appeal” ; id. : 145) ; appel à la tradition (qui peut passer par l’utilisation de proverbes ; Reboul 1986 : 68-69 ; Largier 2005 : 437-440)4.
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