FÊtes et chansons anciennes







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Yue ling nous fait voir comment l’hiver se constitue par un double procédé d’occlusion : Les hommes s’enferment dans leurs maisons et y vivent dans l’isolement ; les choses se retirent dans leurs domaines respectifs et n’ont plus de rapport entre elles. Au dernier mois de l’automne « la gelée blanche commence à se déposer ; tous les travaux cessent... 8 le froid devient intense, les forces humaines ne le peuvent supporter, tout le monde rentre dans sa maison... 1, les animaux hivernants baissent la tête, ils se tiennent au fond de leurs retraites dont ils bouchent l’entrée. » Au dixième mois, dit le Che king 2, « le grillon pénètre sous les lits, on bouche les fentes, on enfume les rats, on ferme les fenêtres tournées au nord, on enduit les portes de glaise. Allons, ma femme p.186 et mes enfants ! l’année va changer ! Rentrons dans notre maison ! ... Allons, mes laboureurs, nos grains sont ramassés, remontons, rentrons, réparons nos maisons ! » Et ailleurs : « (Quand je revins à l’automne) ma femme avait arrosé et balayé la terre et bouché les fentes. » Reprenons le Yue ling : « (Au premier mois de l’hiver) l’eau commence à devenir glace, la terre commence à se geler, le faisan plonge dans la grande rivière (Houai) et devient coquillage, l’arc-en-ciel se cache et n’apparaît plus 3... Les émanations du ciel sont remontées dans les hauteurs 4 ; les émanations de la terre sont descendues dans les profondeurs ; le ciel et la terre ne communiquent plus ; l’occlusion est complète et c’est l’hiver... (On) couvre les greniers... Il n’y a rien qui ne soit rassemblé. On répare les doubles enceintes ; on prend garde aux portes des villes et des bourgs ; on arrange les barres et fermetures ; on prend soin des clés : on consolide les levées de terre des frontières ; on munit de défenses les limites ; on veille sur les barrières et les ponts ; on ferme les chemins et les sentiers 5... (Au deuxième mois de l’hiver) la glace épaissit, la terre commence à se crevasser 6... Que les travaux de la terre ne soient pas commencés ! Qu’on prenne garde de ne pas découvrir ce qui est couvert ! Qu’on n’ouvre ni chambre ni maison ! Qu’on n’aille pas réunir des foules ! Que tout reste enclos ! Que tout reste enfermé ! (Sans quoi) les émanations de la terre s’échapperaient et se dissiperaient ! Ce serait comme si l’on ouvrait les demeures du ciel et de la terre ! Les animaux hibernants en mourraient ! Le peuple n’échapperait pas aux maladies pestilentielles 7 !... Tout doit être parfaitement fermé... Si un paysan n’a pas recueilli et enfermé ses p.187 récoltes, si un cheval, un bœuf, un animal domestique est laissé à l’abandon, qui s’en empare n’a point de tort 8 ... » On crépit les entrées... pour aider à l’occlusion du ciel et de la terre 9... »

Les hommes, quand ils prennent leur repos, le donnent aussi aux choses et ils conçoivent ce repos de la nature à la ressemblance du leur. Parce qu’ils vivent en hiver, calfeutrés dans leur maison, enfermés dans le hameau de leur famille, ils regardent la morte saison comme le temps d’une claustration universelle où les choses retournent à leurs demeures originelles, y subsistent parquées par catégories et n’ont plus de rapport entre elles. Chaque espèce, maintenant impénétrable, est mise hors de toute atteinte, écartée de tout contact étranger, frappée d’interdit : La terre, sacralisée, n’accepte plus le travail humain ; le droit de propriété ne s’exerce plus à distance ; il n’y a plus de liens qu’entre les êtres contigus et de même essence. Pendant que les hommes restaurent leurs forces dans la vie familiale, et, au contact des leurs, reconstituent en eux le génie de leur race, ils pensent que les diverses catégories d’êtres, qui restent aussi entre familiers, retrouvent leurs qualités spécifiques et que leur essence rajeunie s’apprête au renouveau. Ainsi la formule des Pa Tcha qui réalisait l’universelle dispersion, réalisait encore la restauration de toutes choses .

On a envisagé la fête sous ses deux aspects principaux ; on peut essayer d’en comprendre le sens profond. Fête d’universelles actions de grâces ; elle manifeste la concorde universelle ; fête de clôture de l’année rustique, elle prélude à la morte-saison où chacun va vivre dans un groupe étroit et homogène. Avant que chacun d’eux ne soit repris par le particularisme domestique, les gens d’un même pays se réunissent pour affermir en eux le sentiment de leurs affinités communes.

p.188 C’est dans une orgie qu’ils reforment le pacte social, mais c’est une orgie réglée où se montrent les valeurs respectives des contractants ; des concours mettent en évidence leurs mérites ; ils prennent place à leur rang ; ils contribuent selon leurs ressources : les contributions mesurent ce que chacun croit pouvoir revendiquer de respectabilité, il se disqualifierait celui qui garderait tout pour lui seul ; n’est-ce pas un principe du droit féodal de l’époque que le suzerain s’il veut asseoir son autorité 1 ne doit presque rien retenir sous son domaine direct ? Un vrai seigneur ne doit pas thésauriser ; on le rappelait au cours de la cérémonie : « qui aime la chasse, qui aime les femmes (entendez : qui étale sans mesure les signes extérieurs les plus éclatants de la Fortune) perd sa seigneurie. Le Fils du ciel cultive des concombres et des fruits (qu’on consomme sur l’heure) ; il n’amasse ni n’entasse les moissons 2. » La fête enseignait donc à ne pas p.189 accaparer 1 la Fortune ; elle faisait sentir le prix de la modération dans la prospérité. « Aimons la joie sans folie ! Un brave homme est circonspect. » De la superbe sort le Malheur. Il faut au contraire savoir communiquer sa Fortune et « la répandre du haut en bas de l’échelle des êtres » atteignant ainsi par ses largesses « non seulement les hommes mais les puissances sacrées et toutes choses de telle sorte que tout arrive à son développement suprême. » Ainsi quand, sitôt faites, on usait libéralement des récoltes, l’ordre se consolidait pour le plus grand profit de l’univers : les sentiments de joie et de mesure qui emplissaient alors le cœur des hommes, leur faisait encore augurer de la prospérité de la Nature et concevoir son ordre ; du coup l’efficacité des fêtes humaines dépassait la société des hommes.

De même les lois naturelles que les anciens Chinois imaginaient sur le modèle des règles de vie qu’ils suivaient, leur paraissaient assurées d’une application régulière dès qu’eux-mêmes ne contrevenaient pas à leur propre discipline. Le p.190 rythme de leur vie déterminait l’alternance des saisons ; leur fête du repos autorisait la nature à se reposer ; leur claustration hivernale réalisait pour la saison l’indépendance des espèces : un désordre dans leurs coutumes eût désorganisé l’univers. S’ils n’étaient point restés pendant la morte saison enfermés dans leurs maisons, toutes fentes bouchées, « la gelée n’aurait pas fermé les issues du sol, les émanations de la terre se seraient dissipées dans les hauteurs 2 ». Si au contraire, fidèles au sentiment de l’ordre qui avait pénétré leurs âmes pendant la fête qui les avait fait passer d’un genre de vie à un autre, ils se conformaient à leur nouveau mode d’existence, les émanations de la terre, enfermées comme eux, ne pouvaient plus se mêler à celles du ciel, ni par suite la pluie tomber, et il avait suffi, pour instituer la saison sèche, d’invoquer solennellement l’Eau en lui disant de se retirer dans ses conduits 1. Les paysans chinois ne s’enfermaient pas l’hiver, avec une intention magique et escomptant les effets de la sympathie, pour enfermer aussi la pluie inopportune ; mais, ayant coutume de vivre retirés chez eux pendant cette saison où il ne pleut point, ils imaginaient ensuite que les usages de la nature sont ceux-là mêmes qu’ont les hommes. Leurs différentes pratiques étaient, de ce point de vue, autant d’observances dont la puissance s’étendait au monde physique. Le rythme régulier de leur existence était, en fait, calqué sur le cours régulier des choses ; mais cette régularité naturelle, c’est la régularité de leur vie qui la leur faisait concevoir ; et, par cela même, elle en paraissait solidaire ; de même la croyance qu’ils avaient en l’efficacité de leurs observances dérivait de la confiance et du respect que leur inspiraient leurs coutumes. Il n’y a donc pas à s’étonner que les fêtes saisonnières, qui marquent d’abord les moments pathétiques de la vie sociale, aient eu aussi une action sur la p.191 Nature, ni que les moyens qui passent pour agir sur celle-ci, loin d’avoir été imaginés et adaptés à pareille fin, sortent simplement d’usages établis pour pourvoir à des besoins humains.

Les plus générales des conclusions où nous conduit l’étude des Pa Tcha, il n’est pas abusif 2 de les tenir pour vraies des autres fêtes saisonnières. Placées aux points critiques de la vie rythmée des paysans chinois, elles correspondent aux temps de congrégation où individus et petits groupes, isolés le reste de l’année, reforment la communauté qui les unit. Ce sont, en gros, des fêtes d’alliance, où les hommes prennent conscience des liens qui les unissent et du même coup de leur solidarité avec le milieu naturel où ils vivent et qui, par surcroît, assurent, avec la prospérité des êtres et des choses, le fonctionnement régulier de la Nature.

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Les lieux saints

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La cérémonie royale des Pa Tcha se passe en un lieu indéterminé ; nos fêtes se tiennent d’ordinaire au bord de l’eau et au pied des monts.

p.192 On a, depuis longtemps, constaté que les Montagnes et les Rivières occupent une grande place, tant dans la religion officielle que dans les croyances populaires des Chinois. Depuis l’antiquité la plus haute, dit-on, les Montagnes et les Rivières sont, en Chine, objets de culte. C’est assez mal s’exprimer : on risque de laisser entendre que les unes comme les autres étaient spécialement adorées et que des cultes indépendants s’adressaient ici à telle montagne sacrée, là à telle rivière sacrée ; d’où la tentation d’expliquer ces cultes par l’analyse des représentations que pouvaient évoquer dans les âmes chinoises, que peuvent généralement évoquer les monts et les fleuves, la grandeur des monts, la puissance des fleuves.

Pour nous, le problème se présente d’une autre façon : nous avons vu que les fêtes ne se tenaient pas ici auprès de l’eau, là aux abords d’une hauteur, mais toujours dans un paysage d’eaux et de montagnes, où la végétation, bois et gazons, était puissante : et c’est même un fait significatif que là où les documents n’indiquent d’abord que la montagne ou la rivière ; on arrive généralement à trouver par ailleurs mention de ce qui paraissait manquer 1. Ce n’est donc pas de l’adoration des monts et des fleuves qu’il faut rendre compte ; c’est de l’existence de lieux saints dont tous les éléments, roches, eaux et forêts, étaient sacrés eux aussi.

Un fait confirme cette manière de voir : dans les croyances chinoises les fleuves, les monts et les bois sont des puissances du même ordre et on leur sacrifie conjointement 2 ; ou bien, si l’un des éléments du paysage sacré apparaît au premier plan, il est clair qu’il le doit à ce qu’on voit en lui la manifestation la plus éclatante de la puissance incorporée dans l’ensemble. Voyons les textes 3 : « Les montagnes, les p.193 forêts, les fleuves, les vallées, les tertres, les collines ont le pouvoir de produire les nuages, de faire la pluie et le vent, de faire apparaît des prodiges : de toutes ces choses on dit qu’elles sont des (Chen) puissances sacrées. » — # « Les puissances sacrées des montagnes et des fleuves 4, quand il y a la calamité d’une inondation, d’une sécheresse, d’une épidémie, c’est à elles qu’on adresse les sacrifices de conjuration. » # Un de ces sacrifices est resté célèbre ; il fut offert par T’ang, le fondateur de l’ancienne dynastie Yin, a l’occasion d’une sécheresse extraordinairement prolongée. T’ang s’offrit en personne pour la conjurer à la forêt des mûriers 1. » Longtemps après, en 566 avant J.-C., le pays de Tcheng souffrant d’une grande sécheresse 2, plusieurs hommes, dont un invocateur, reçurent mission d’offrir un sacrifice à une montagne de même nom : « Ils en coupèrent les arbres ; la pluie ne tomba pas. » Ces opérateurs maladroits furent punis par un sage ministre : « Quand on sacrifie à une montagne, dit-il, c’est pour en faire pousser la forêt ; en couper les arbres est donc un grand crime. »

C’est un fait que les sommets s’entourent de nuées, et que les brouillards se plaisent à traîner sur les forêts et les vallons ; est-ce par l’observation qu’on a trouvé la source de la pluie aux lieux où les nuages semblent se former ? Mais ne prête-t-on pas encore aux montagnes et aux rivières le pouvoir d’écarter les pestilences ? On pourrait dire que ce pouvoir dépend des autres : les maladies infectieuses se répandent si l’humidité est excessive ou insuffisante. En fait, la puissance des monts et des fleuves n’est pas aussi spéciale qu’on la concevrait en partant de l’observation des faits de nature. Ce ne sont pas seulement des réservoirs d’où jaillit la pluie ; ce sont plutôt des régulateurs de l’ordonnance des p.194 saisons ; ils jouent, dans l’ordre naturel, un rôle analogue à celui du seigneur dans la société des hommes.

Il est déjà significatif qu’on leur attribue une place dans la hiérarchie féodale : ils ont rang de seigneur, et un titre qui correspond à leur puissance 3. Inversement leur culte est une chose seigneuriale 4, un privilège de la souveraineté 5. Il est plus significatif encore de voir les chefs traiter avec eux, au nom des hommes, des affaires de la nature. Encore le mot traiter est-il peu juste, qui suppose, deux pouvoirs en présence. Il serait peu exact de dire que T’ang, quand la sécheresse décimait ses fidèles et qu’il se dévoua à la Montagne des mûriers, alla, comme le chef d’un peuple rendu, se remettre à la discrétion d’une puissance supérieure. Il ne s’agissait pas pour lui d’apaiser par un hommage une puissance hostile ; si elle avait été telle on aurait pu tenter de la réduire : il fallait au contraire ne pas l’affaiblir, il fallait, par exemple, faire pousser ses arbres et non pas les couper. Il ne s’agissait pas non plus d’appeler au secours une puissance souveraine : qui est le plus atteint par le malheur commun ? ce sont les chefs. Par temps de sécheresse tout son pouvoir abandonne le seigneur 1 : « ses fidèles se dispersent 2 » ; « il n’a plus d’endroit où se retirer ; la mort est proche ; il ne sait où lever les yeux, où tourner la tête 3... » « Les montagnes et les rivières ne sont pas moins p.195 éprouvées : « La sécheresse ! quelle est extrême ! Épuisés, Épuisés ! sont les monts et les fleuves 4. » Les uns n’ont plus d’eau ; la végétation disparaît des autres : Tout autant que le prince ils sont humiliés.

C’est qu’en réalité leur pouvoir n’est qu’un autre aspect du pouvoir seigneurial. Quand le seigneur est sans vertu, il n’y a point d’ordre entre les hommes ; quand la montagne est impuissante, la pluie ne tombe pas en temps voulu 5 : mais si quelqu’un, alors, a l’idée de punir la montagne qui n’assure pas son service, il méconnaît l’ordre des responsabilités 6
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