FÊtes et chansons anciennes







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Les Travaux et les Jours, attribuée à Tcheou kong (vers 1144 av. J.-C.) ; il l’aurait composée p.49 à l’adresse du roi Tch’eng afin d’obtenir que ce prince appliquât son Influence souveraine à faire coïncider les occupations humaines avec l’ordre de la Nature.

15. Thème du loriot. Cf. VIII, 41 et Yue ling, 2e mois, voir les remarques in Thèmes champêtres.

19. Tch’eu tch’eu, aux. desc.

20. K’i k’i, aux. desc.

21. Mao : Au printemps les filles ressentent l’angoisse d’aimer, à l’automne ce sont les garçons ; ils sentent que leur substance subit une influence.

Tcheng : Au printemps les filles subissent l’influence du Yang et rêvent des garçons. À l’automne les garçons subissent l’influence du Yin et rêvent des femmes. Leur substance subissant une modification, ils sont dans l’angoisse.

XXII - Les prunes (Chao nan 9 — C. 24 — L.30).
1. Voici que tombent les prunes !
2. il n’en reste plus que sept !
3. Demandez-nous, jeunes hommes !
4. c’est l’époque consacrée !
5. Voici que tombent les prunes !
6. il n’en reste plus que trois !
7. Demandez-nous, jeunes hommes !
8. c’est l’époque, maintenant !
9. Voici que tombent les prunes !
10. Les paniers emplissez-en !
11. Demandez-nous, jeunes hommes !
12. c’est l’époque, parlez-en !
XXII. Préf. Les prunes (montrent que) les garçons et les filles attendaient (pour se marier) la bonne époque. La seigneurie de p.50 Chao nan ayant subi l’influence civilisatrice du roi Wen, les garçons et les filles étaient en état d’attendre (pour se marier) la bonne époque .

peut tout aussi bien s’appliquer à l’âge convenable qu’à la saison convenable pour se marier. Les divergences des théories archéologiques sur l’âge et la saison du mariage font que les interprétations symboliques de la pièce sont compliquées et variables. Je résume :

a) L’âge convenable est supposé être pour les garçons de 25 à 30 ans, pour les filles de 15 à 20 ans. — Les prunes, plus ou moins mûres — il en tombe plus ou moins selon leur état de maturité — symbolisent l’âge des conjoints. Au premier couplet, il en reste 7 ; entendez les 7/10. Sont donc tombées 3/10 ; à cet état de maturité elles symbolisent l’âge de 26, 27 ans pour les garçons ; 16, 17 ans pour les filles. — Au deuxième couplet, il en reste 3 = 3/10 : symbole de 28, 29 ans pour les garçons ; 18, 19 ans pour les filles. — Au troisième couplet, il n’en reste plus ; toutes sont mûres : garçons de 30 ans, filles de 20 (Mao) ;

b) L’âge obligatoire est supposé être 20 ans pour les filles, 30 ans pour les garçons ; pas d’application symbolique ;

c) La saison des mariages est le printemps : Garçons et filles, mûrs pour le mariage dès la saison des prunes, attendront le printemps de l’année suivante où on les mariera d’office, sans rite, afin de favoriser la repopulation (Tcheng, avec référence au Tcheou li.

d) La saison des mariages est en automne-hiver. Quand les prunes sont toutes tombées, on est au dernier mois d’été ; il est temps de faire la demande.

Le colonel Bonifacy nous apprend que dans les poésies Man, le prunier (ou la fleur de prunier) est un emblème de virginité. Cf. App. III.

Noter l’emploi de demander. Cf. XLVI, 4 et LVI, 8, 9. Comp. LXIV, 4. Les accordailles printanières sont faites ; restent les formalités d’automne, particulièrement l’envoi de l’entremetteur.

Chanson de cueillette. Thème de l’invitation.

On a pu voir que les chansons du Che king contiennent souvent des descriptions vives et rapides dont elles empruntent les sujets à la Nature. Ce sont ces sujets, peu variés, que j’ai appelés thèmes champêtres. Tantôt l’on nous montre un arbre en pleine poussée de sève et, quand on vante ses fleurs, ses fruits, ses feuilles et ses branches, il semble qu’on mette en parallèle l’essor de la végétation et l’éveil p.51 des cœurs 1 ; tantôt l’on nous fait voir les bêtes des champs qui s’appellent et se rejoignent, ou bien l’on nous décrit le vol des oiseaux qui s’en vont, par bandes ou par couples, chantant de concert on se répondant, se réunir au plus épais des bois ou se cacher sur les îlots des fleuves 2 ; les amours des bêtes paraissent ainsi faire pendant à celles des hommes. Le temps qu’il fait, le tonnerre, la neige, le vent, la rosée, la pluie, l’arc-en-ciel, ou encore les récoltes, les cueillettes de fruits ou de simples fournissent aussi un cadre ou une occasion à l’expression des sentiments.

Nous sommes accoutumés à ce que les poètes, quand ils parlent des émotions humaines, empruntent à la Nature des images ; s’il s’agit d’amour, un fond de paysage semble nécessaire et la tradition veut que l’idylle prenne aux champs ses plus belles parures. Est-ce donc, à titre d’ornements que les poètes du Che king ont mis des thèmes champêtres dans leurs chansons ?

Les Chinois paraissent le croire 3 : ces thèmes, à leur sens, sont des comparaisons ou des allégories, c’est-à-dire, semble-t-il, des artifices littéraires pour exprimer l’idée poétiquement. Mais alors, quelle pauvreté d’invention chez les tuteurs ! quel défaut de variété dans les images ! Le choix même de celles-ci, si elles sont pour la parure, s’explique mal : les fleurs y paraissent moins que les arbres ; à peine y a-t-il un thème des floraisons ; d’ordinaire il est subordonné, ou bien, s’il vaut par lui-même, on reconnaît, par ailleurs, la pièce où il se trouve, pour être d’une autre espèce que l’ordinaire chanson d’amour 4. Il ne semble pas que le choix des images ait été affaire de goût ; mais, s’il faut savoir quelles p.52 images, pour un antique poète, étaient gracieuses, nous sommes mauvais juges : autant vaut ne pas insister sur notre remarque ; elle est utile cependant ; il faut bien, une fois qu’on l’a faite, se demander si les thèmes champêtres n’ont pas d’autres valeurs qu’une valeur ornementale.

Quand les auteurs chinois parlent de comparaisons ou d’allégories, faisons attention : ces termes désignent moins des procédés de littérateurs qu’une méthode de moralistes. L’expression figurée n’a pas pour fin unique de faire entendre l’idée plus aisément ou plus agréablement — en elle-même, déjà, elle a une valeur morale. Cela se voit bien pour certains thèmes : par exemple la représentation d’oiseaux volant par paires est, en soi, une exhortation à la fidélité. Si donc l’on choisit des images naturelles pour exprimer les sentiments, ce n’est point tant qu’on sente la beauté de la Nature, c’est plutôt parce qu’il est moral de se conformer à la Nature ; où l’on pourrait d’abord être tenté de voir une intention artistique, il y a peut-être une intention morale. De ce nouveau point de vue on comprendrait déjà mieux pourquoi les thèmes champêtres ont tant d’importance et si peu de variété.

Souvent, à côté des commentaires expliquant un thème par l’enseignement qui, immédiatement, s’en dégage, on en trouve d’autres qui y voient comme une indication de date : par exemple, un vers qui parle de pêchers fleuris 1 montre, dit-on, que la scène de la chanson est au printemps, tandis que, d’autre part, on prête aux fleurs du pécher un sens allégorique. Entre ces deux interprétations il n’y a pas autant de distance qu’on pourrait croire : qui veut se conformer à l’ordre de la Nature doit l’imiter encore pour faire, comme elle, les choses en leur temps. Les oiseaux qui volent par couples et se cachent pour s’unir, enseignent les règles de la vie conjugale ; et l’époque où ils se recherchent indique de même la saison où il faut se marier.

p.53 On ne s’étonnera pas de voir les lettrés considérer les thèmes champêtres comme des dictons de calendrier : cette conception favorise singulièrement l’interprétation morale des chansons. Voit-on deux amants se rencontrer quand la rosée couvre les plantes des champs 2 ? Cela prouve que le printemps était alors avancé, que, par suite, le temps des mariages était fini, et qu’enfin, puisque garçons et filles se rencontraient encore, le seigneur de leur pays n’y faisait point régner les bonnes mœurs. La jeune fille, au contraire, se refuse-t-elle à aller, soir ou matin, par les chemins trop mouillés de rosée 3 ? Cela prouve que la Vertu du prince 4 et, par suite, la conduite de ses sujets étaient conformes à l’ordre naturel.

Certes il ne faut pas suivre les commentateurs dans le détail de leurs explications ; il serait, en revanche, peu prudent de croire que, dans son fonds, le symbolisme dont ils usent ne s’appuie à rien. Or il est clair qu’il n’a pas d’appui si les thèmes champêtres ont pour origine je ne sais quel sentiment poétique de la Nature ; il n’est fondé en quelque manière que si ces thèmes sortent d’un rituel saisonnier.

En fait, dans les calendriers agricoles, se retrouvent les thèmes champêtres, classés à leurs dates, parmi des dictons tout semblables. Nous possédons plusieurs calendriers anciens ; quatre principalement sont utiles à comparer : le Petit Calendrier des Hia 1, qui est le plus ancien et qu’ont conservé les Rites de T’ai l’aîné ; le Yue ling ou Ordonnances mensuelles 2, qui forme un chapitre du Li ki et qu’on retrouve à peu près tel quel dans d’autres ouvrages ; un autre qui est p.54 inséré dans le troisième chapitre du Kouan-tseui ; un dernier, enfin, qui figure au chapitre sixième du Ki tchoung Tcheou chou. Leur étude permet d’établir les faits suivants : 1° Tous sont des calendriers rustiques et indiquent, en général, les termes de l’année à l’aide de dictons campagnards ; 2° Tous s’efforcent d’affecter chacun de ces dictons à une date précise de l’année astronomique ; 3° Pour cette répartition plusieurs méthodes de classement sont employées : Kouan-tseu divise l’année en trente périodes de douze jours (huit au printemps, sept en été, huit en automne, sept en hiver). Le Ki tchoung Tcheou chou la divise en vingt-quatre périodes de quinze jours subdivisées en trois périodes de cinq jours, chacune de ces périodes étant marquée par une formule champêtre. Le Yue ling et le Petit Calendrier des Hia se contentent de la division en mois ; cependant on trouve, dans le Yue ling, groupées en un ou deux paragraphes pour chaque mois, les formules qui, dans le Ki tchoung Tcheou chou, servent de nom aux périodes de quinze ou cinq jours. Dans le Petit Calendrier des Hia la plupart aussi se retrouvent, mais dispersées dans la matière de chaque mois ; 4° Tous les dictons n’occupent pas la même place dans les divers calendriers : par exemple, le Petit Calendrier des Hia fixe au premier mois de printemps la transformation de l’épervier en ramier ; le Yue ling, de même que le Ki tchoung Tcheou chou, la fixe au deuxième mois.

On comprend assez bien comment ont été composés ces divers calendriers : ils sont les résultats d’un travail de classement qu’inspirèrent des idées théoriques variables et un souci croissant de symétrie et de précision ; ils sont l’œuvre d’archéologues travaillant sur une matière analogue aux thèmes champêtres des chansons. Dès lors une question se pose : les poètes ont-ils mis dans leurs vers des dictons de calendrier ? p.55 ou bien les calendriers sont-ils faits de débris de chansons ?

On ne peut lire le Petit Calendrier des Hia sans être frappé par la singularité de sa rédaction : il se compose de phrases très courtes, qui n’ont pas de liens entre elles ; les plus longues comprennent trois ou quatre caractères, rarement plus, dont l’ordre étonne : si bien que les glossateurs mettent une note. Ils remarquent qu’on ne peut expliquer la place des mots si l’on ne suppose pas qu’ils sont rangés dans l’ordre où les choses qu’ils désignent frappent les sens ; ainsi l’on dit : « Il crie, le milan » parce qu’on entend d’abord crier et qu’on reconnaît ensuite le milan. L’on dit de même : « Voici que chante le loriot. » Cette façon de s’exprimer paraît étrange dans un calendrier et, en effet, le Yue ling écrit simplement : « Le loriot chante 1 ». Tel est bien le style et la syntaxe de la prose ; au contraire la formule du Calendrier des Hia est toute poétique. De fait, on la retrouve telle quelle dans le Che king ; elle y forme un vers 2.

Puisque l’on trouve des traces de langage poétique dans la plus ancien des calendriers, il paraîtra raisonnable de penser que les thèmes champêtres des chansons ne sont point des dictons empruntés par les poètes aux calendriers paysans ; on sera plutôt tenté de croire que les calendriers ont été composés à l’aide de poésies rustiques. Mais il ne faut pas aller trop vite : les thèmes des chansons et les formules de calendrier peuvent provenir d’une source commune ; des poètes peuvent avoir fait œuvre d’antiquaires et puisé, avec p.56 les érudits, à un fonds de proverbes. En ce cas, les thèmes champêtres du Che king ne prouveraient point que les poésies où ils se trouvent ne sont pas d’origine savante ; peut-être sont-elles les ouvrages de littérateurs raffinés et amateurs d’archaïsme.

Il y a dans l’Anthologie de Confucius une pièce bien curieuse qui s’appelle le Septième mois 3 ; elle est vénérable entre toutes ; le duc de Tcheou, qui fut un grand Saint, la composa jadis ; il y voulait montrer que la Vertu du Roi suffit à faire concorder les occupations des hommes et le cours des choses. Cette longue pièce est un calendrier en vers, et chaque vers est un dicton champêtre marquant un terme de l’année. C’est donc une manière de Fastes chinois.

Or ces Fastes ne sont pas un jeu poétique d’érudits ; ils ne sont pas un recueil savant de proverbes populaires ; la pièce tout entière se tient : elle a une unité et un sens : c’est un chant dont la valeur rituelle est bien assurée. On le chantait à la fête des récoltes qui termine l’année agricole ; lui-même, à sa fin, décrit la fête 4 : on nettoyait une aire, on apportait du vin, on sacrifiait un agneau, on buvait dans la corne de rhinocéros, on portait des santés et, tout en festoyant, on chantait les travaux et les jours de l’année écoulée.

Sans doute de tels chants sont l’origine des calendriers plus ou moins méthodiques que nous possédons : ainsi s’expliquent les traces de langage poétique qu’on y découvre. Inversement, s’il se trouve dans les poésies des dictons de calendrier, peut-être en pouvons-nous préjuger la raison : ne p.57 sommes-nous pas, en effet, amenés à penser que, tout comme le chant du Septième mois, les chansons sortent, plus ou moins directement, de fêtes saisonnières ?

Un fait reste acquis : l’importance qu’ont les thèmes champêtres dans la poésie du Che king et pour ses interprètes — même si, en fin de compte, cette poésie est savante, et si, dans le détail, les interprètes se trompent, — est un indice sûr du rôle considérable que jouaient les usages saisonniers dans la vie et la pensée des anciens Chinois.

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Chansons d’amour du Che king
LES AMOURS DE VILLAGE

XXIII - Hors de la porte (Tcheng fong 19 — C. 100 — L.146).
1. Hors de la porte orientale,
2. les filles semblent un nuage :
3. bien qu’elles semblent un nuage,
4. nulle ne fixe ma pensée !
5. Robe blanche et bonnet grisâtre,
6. voilà qui peut me rendre gai !
7. Hors du bastion de la porte
8. les filles semblent des fleurs blanches :
9. Bien qu’elles semblent des fleurs blanches,
10. nulle n’occupe ma pensée !
11. Robe blanche et bonnet garance,
12. voilà ce qui peut me charmer !
XXIII. Préf. Hors de la porte (montre) p.58 l’affliction que cause l’anarchie. Les Kong-tseu à cinq reprises disputèrent [le pouvoir au duc Tchao de Tcheng, 696-695 = savoir : Tou — duc Li — à deux reprises ; Hou, une fois ; Tseu Wei, une fois ; Tseu Yi, une fois. Cf. SMT, IV, 458 sqq.] Les guerres ne cessaient pas. Garçons et filles étaient infidèles les uns les autres. Les gens du peuple désiraient protéger leur union (contre l’instabilité résultant des troubles militaires). Comp. préface de LII.

2. Semblent un nuage : nombreuses ; Mao. Selon Tcheng : filles abandonnées ou qui avaient quitté leurs maris (ménages désunis par les troubles).

5. Mao : Les vêtements blancs seraient ceux des hommes. Mao : Les coiffes grises : partie du costume des femmes. Le vers exprimerait symboliquement te désir que les coiffes grises et les vêtements blancs restassent unis, que les ménages ne fussent point désunis. Selon Tcheng, la femme est désignée par son habit et sa coiffe.

8. Tcheng : chose légère et qui s’envole ; emblème de l’inconstance.

12. Mao. Terme employé pour désigner les réjouissances et les fêtes.

Thème des réunions hors du village.

Comparez Tcheng fong, 15 :

XXIII B - Sur l’aire
1. Sur l’aire à la porte de l’Est,

2. Dans les remblais croît la garance !

3. Ta maison la voilà tout près,

4. Ta personne est bien éloignée !

5. Aux châtaigniers porte de l’Est

6. Voilà où sont les maisons basses !

7. À toi comment ne pas penser ?

8. Toi, tu ne t’en viens pas vers moi.

Préface. Sur l’aire : satire contre l’anarchie. Il y avait des garçons et des filles qui n’observaient pas les rites et s’unissaient sans règles.

1 et 2. Tcheng : Paroles d’une fille désirant s’unir à un homme en dehors des règles.

Malgré Tcheng, je crois qu’il faut traduire :

3. Ta femme la voilà tout près.

6. Voilà rangés maris et femmes.

Une variante (HTKKSP, 1172, p. 8) donne rangés ou tranquilles et une autre donne : tranquilles. Cf. Pin fong, 5, in f. Couv. 171.

Noter 7. Comp. XLIII, 7.

Thème des réunions hors des portes. — Thème (de la séparation et des regrets ou) de l’invitation.

p.59 NB. Si l’interprétation proposée pour 3 et 6 est acceptable, rapprocher l’usage décrit de l’usage japonais des haies de chansons. Voir App. III.

XXIV - La porte Heng (Tch’en fong 3 — C. 146 — L. 207).
1. Au-dessous de la porte Heng
2. l’on peut se reposer tranquille !
3‾ L’eau de la source coule, coule !
4. l’on peut s’amuser et manger.
5. Quand l’on veut manger du poisson
6. faut-il avoir brêmes du Fleuve ?
7. Lorsque l’on veut prendre une femme
8. faut-il des princesses de Ts’i ?
9. Quand l’on veut manger du poisson
10. faut-il avoir carpes du Fleuve ?
11. Lorsque l’on veut prendre une femme
12. faut-il des princesses de Song ?
XXIV. Préf. Éloge de la modération politique.

Thème du repas communiel, de la rencontre hors des portes au bord de l’eau.

XXV - L’éphémère (Ts’ao fong 1 — C. 155 — L. 220).
1. Oh ! les ailes de l’éphémère !
2‾ oh ! le beau ! Le beau vêtement !
3. Dans le cœur que j’ai de tristesse !...
4. près de moi viens-t’en demeurer ! p.60
5. Oh ! les ailes de l’éphémère !
6‾ oh ! Le bel habit bigarré !
7. Dans le cœur que j’ai de tristesse !...
8. près de moi viens te reposer !
9. Il sort de terre, l’éphémère !
10. Robe en chanvre blanc comme neige !
11. Dans le cœur que j’ai de tristesse !...
12. près de moi viens te réjouir !
XXV.- Interprétation historique sans intérêt.

Thème de l’invitation.

XXVI - Le sorbier solitaire (T’ang fong 10 — C. 129 — L. 185).p.61
1. Il est un sorbier solitaire
2. qui pousse à gauche du chemin !
3. O Seigneur, ô toi que voilà,
4. daigne t’en venir avec moi !
5. Toi, que du fond de mon cœur j’aime,
6. toi, ne veux-tu boire et manger ?
7. Il est un sorbier solitaire
8. qui pousse au tournant du chemin !
9. O Seigneur, o toi que voilà,
10. daigne t’en venir promener !
11. Toi, que du fond de mon cœur j’aime,
12. toi, ne veux-tu boire et manger ?
XXVI. Préf. Satire d’un prince qui n’avait point le pouvoir d’unir les membres de sa parenté d’un lien familial véritable.

Thèmes de la rencontre, de la promenade et du repas communiel. Comp. T’ang fong 6. Couv., 125.

XXVII - Le chanvre sur le tertre (Wang fong 10 — C. 84 — L. 122).
1. Sur le tertre il y a du chanvre,
2. et c’est là que reste Tseu Tsie !
3. Et c’est là que reste Tseu Tsie !
4‾ puisse-t-il s’en venir joyeux !
5. Sur le tertre il y a du blé,
6. et c’est là que reste Tseu Kouo !
7. Et c’est là que reste Tseu Kouo !
8. puisse-t-il s’en venir manger !
9. Sur le tertre sont des pruniers,
10. c’est là que reste ce seigneur !
11. C’est là que reste ce seigneur !
12. il me fait cadeau de breloques !
XXVII. Préf. Satire contre les princes qui ne recherchent pas les sages.

Thème de la promenade sur les hauteurs ; thème des cadeaux.

XXVIII - Les coings (Wei fong 10 — C. 75 — L. 107).
1. Celui qui me donne des coings,
2. je le paierai de mes breloques ;
3. Ce ne sera pas le payer ;
4. à tout jamais je l’aimerai !

5. Celui qui me donne des pêches,
6. je le paierai de belles pierres ; p.62
7. Ce ne sera pas le payer :
8. à tout jamais je l’aimerai !

9. Celui qui me donne des prunes
10. je le paierai de diamants ;
11. Ce ne sera pas le payer :
12. à tout jamais je l’aimerai 

XXVIII. Préf. Glorification de l’entr’aide féodale.

Thèmes des cadeaux, prestations alternatives obligatoires et usuraires.

XXIX - Les fossés de la porte (Tch’eng fong 4 — C. 147 — L. 208).
1. Porte de l’Est, dans les fossés
2. on peut faire rouir le chanvre !
3. Avec ma belle et pure dame
4. on peut s’accorder et chanter !
5. Porte de l’Est, dans les fossés
6. on peut faire rouir l’ortie !
7. Avec ma belle et pure dame
8. on peut s’accorder et causer !
9. Porte de l’Est, dans les fossés
10. on peut faire rouir les joncs !
11. Avec ma belle et pure dame
12. on peut s’accorder et parler !
XXIX. Préf. Satire contre l’époque. On déteste le mariage débauché du seigneur et l’on pense avec regret à une fille sage dont on ferait la compagne du seigneur.

3. [XXIX, 3] : nom de famille princière (celle des Tcheou) employé pour désigner une femme distinguée.

8. [XXIX, 8] converser : terme indiquant les vers alternés.

Thème de la rencontre hors les murs, chanson de travail, thème de l’accord verbal.

XXX - Le rusé garçon (Tch’eng fong 12 — C. 95 — L. 138).p.63
1. Ô rusé garçon que voilà,
2. qui avec moi ne veux parler,
3. Est-ce donc qu’à cause de toi
4. je ne pourrai plus rien manger ?
5. Ô rusé garçon que voilà,
6. qui avec moi ne veux manger,
7. Est-ce donc qu’à cause de toi
8. je ne pourrai plus reposer ?
XXX. Préf. Le rusé garçon : Satire contre Hou (duc Tchao de Tcheng, 696-695). Il était incapable de se servir de sages pour traiter les affaires publiques. Un vassal puissant dispose du pouvoir (savoir Tchong de Tchai, cf. LI.)

2. Tcheng : qui n’accepte pas mes avis :

6. Mao : qui ne me donne pas d’emploi ; m. à m. qui ne me donne pas de salaire à manger.

8. reposer.

Variantes : HTKKSP, 1172, p. 7 .

Tchou Hi : Une fille débauchée voyant que l’homme rompt avec elle le plaisante.

Thèmes de l’invitation ironique, — du festin communiel.

Interprétation symbolique, sans appui aucun, par transposition d’institution ; par exemple : repas communiel des amants et des seigneurs et vassaux.

XXXI - Le fou-sou (Tch’eng fong 10 — C. 94 — L. 137).
1. Le fou-sou est sur les monts,
2. les nénuphars aux vallons !
3. Je n’aperçois pas Tseu Tou
4. et je ne vois que des fous ! p.64
5. Les grands pins sont sur les monts,
6. la renouée aux vallons !
7. Je n’aperçois pas Tseu Tch’ong
8. mais d’astucieux garçons !
XXXI. Préf. Le fou-sou : Satire contre Hou (duc Tchao de Tcheng, 696-695). Ceux qu’il aimait n’étaient pas dignes d’être aimés.

1 et 2. Mao. Comparaison : De même que hauteurs et vallons ont la végétation qui convient, de même Hou devrait placer les gens les plus vertueux dans les fonctions les plus hautes, les moins vertueux dans les plus basses :

Tcheng : Le fou-sou sert d’emblème à ceux que malgré leur peu de talents Hou place haut dans l’État ; les nénuphars sont l’emblème des sages qu’il humilie.

3. Tseu Tou : personnage de l’époque qui aimait la vertu . Mao.

4. fou : les petites gens qu’emploie Hou. (Tcheng.)

5 et 6. Tcheng. Comparaison : les grands pins sur les monts ; allégorie pour les grands vassaux à qui Hou n’étend pas sa bienveillance : — La renouée : petits vassaux dont Hou écoute les avis.

7. Tseu Tch’ong : homme de bien. Mao.

8. rusé garçon : Hou, duc Tchao : Mao. Un rusé garçon a de l’apparence et pas de réalité, dit Tcheng.

Variantes d’écriture : HTKSP, 1172, p. 6.

Tchou Hi : Une fille débauchée plaisante avec son amant.

Thèmes de l’invitation ironique, — des monts et des vallons, — de la végétation.

Comp. XXX et LI.

Interprétation symbolique : sans aucun point d’appui, pas même un essai d’identification des noms propres.

XXXII - Le long de la grande route (Tch’eng fong 7 — C. 92 — L.133).
1. Le long de la grande route
2. je te prends par la manche !
3. Ne me maltraite pas,
4. ne romps pas d’un coup avec notre passé ! p.65
5. Le long de la grande route
6. je te prends par la main !
7. Ne me maltraite pas,
8. ne brise pas d’un coup notre amitié !

XXXII. Préf. Le long de la grand’ route : On pense avec regret aux sages. Le duc Tchouang (de Tcheng, 743-701) manquait à ses devoirs de prince (Tao). Les sages l’abandonnaient. Les gens du pays désiraient voir un sage.

(La chanson est supposée être l’adjuration des gens de Tcheng à un sage qu’ils veulent retenir chez eux.)

1. Cf. XLVII, 1.

6. Paumée. Cf. LXVIII, 15. Cf. Maupetit, Mœurs laotiennes. Bull. et Mém. de la Soc. d’Anthropol. de Paris, 1913, p. 504.

Tchou Hi : Une femme débauchée essaye de retenir celui qui l’abandonne.

Thèmes des fâcheries et des promenades. Thème de la paumée.


XXXIII - Le faible courant (Tch’eng fong 18 — C. 99 — L. 145).
1. Le faible courant du ruisseau
2. n’entraîne pas fagot d’épines !
3. Jusqu’au bout vivre comme frères,
4. seuls nous le pouvons moi et toi !
5. Ne te fie pas aux dires des gens !
6. pour sûr ils iront te mentir !
7. Le faible courant du ruisseau
8. n’entraîne pas fagot de branches !
9. Jusqu’au bout vivre comme frères,
10. seuls nous le pouvons tous les deux !
11. Ne te fie pas aux dires des gens !
12. pour sûr ils sont sans bonne foi !
XXXIII. p.66 Préf. Le faible courant : On s’afflige de l’absence de vassal. Les sages s’affligeaient que Hou (duc Tchao de Tcheng, 696-695) n’ait ni vassaux fidèles ni bons officiers. Il finit par mourir hors de son pays et l’on fit ce poème.

1. Mao. Tcheng : Pas plus qu’un faible courant n’entraîne un fagot, l’influence de Hou n’est capable de s’exercer sur ses vassaux.

3. Tcheng : Allusion aux frères de Hou qui lui disputaient le pouvoir.

10. Mao : Ce couple qui a même cœur. Cf. Pei fong, 10.

Tchou Hi : Débauchés se parlant.

Noter l’expression : s’aimer comme frères, en parlant d’amants. Camp. VII, 4 et surtout Pei fong, X, 2° strophe :

Tu fêtes ta nouvelle épouse. (Cf. LXVI, 55, 56 et LX, 29.)

Comme un frère aimé, comme un frère cadet. (Il faut entendre frères par serment).

Thèmes des serments et de la fidélité. Noter les fagots et les bords de l’eau. (Peut-être présages tirés de la flottaison. Cf. Sébillot, Paganisme contemporain, p. 89.) Comp. Wong fong 4. Couv. 78.


XXXIV - Les nids sur la digue (Tch’eng fong 7 — C. 149 — L. 211).
1. Des nids de pie sont sur la digue,
2. des pois exquis sur le coteau !
3. Qui donc trompa celui que j’aime ?
4‾ Ô mon cœur, hélas ! Quel tourment !
XXXIV. Interprétation historique sans intérêt.

Tchou Hi. Relations amoureuses privées entre garçons et filles

Thème de la promenade sur les hauteurs ; thème des médisances. Comp. T’ang fong, 12. Couv. 131.

XXXV - Le beau Seigneur (Tch’eng fong 14 — C. 96 — L. 141).
1. O toi, Seigneur de belle mine,
2. qui m’as attendue dans la rue !...
3. Hélas ! que ne t’ai-je suivi !... p.67
4. Ô toi, Seigneur de belle taille,
5. Qui m’as attendue dans la salle !...
6. Hélas ! que ne t’ai-je suivi !...
7. En robe à fleurs, en robe simple,
8. en jupe à fleurs, en jupe simple,
9. Allons, messieurs ! allons, messieurs !
10. en char menez-moi avec vous !
11. En jupe à fleurs, en jupe simple,
12. en robe à fleurs, en robe simple,
13. Allons, messieurs ! allons, messieurs !
14. en char emmenez-moi chez vous !
XXXV. Préf. Le beau seigneur : Satire contre l’anarchie. On ébréchait les règles du mariage. Le Yang (mâle, le fiancé) appelait et le Yin (femelle, la fiancée) ne répondait pas de concert. Le garçon venait chercher la fiancée et la fille ne le suivait pas. (Cf. Yi li : Mariage. 6° rite : la pompe nuptiale).

2. Cf. Yi li : Mariage.

1, 2, 3. Le fiancé venu en personne et sorti (de la maison de la fille après la prestation de l’oie sauvage) l’attend dans la ruelle.

5. Salle de réception où doit se faire (Yi li : Mar.) la prestation de l’oie sauvage. Comp. Ts’i fong 3 ; Couv. p. 105.

7 et 8. Mao : costume de mariage. — Comme ce n’est pas celui décrit au Yi li, Tcheng ajoute : costume de mariage d’une fille du peuple. Comparez Wei fong, 3 ; Couv., p. 65 : le même costume est attribué une fiancée noble.

9. S’adresserait au fiancé (donc au singulier). Comp. XV, 3 et l’interprétation différente.

Tchou Hi : La femme avait donné rendez-vous à l’homme qui l’attendit en effet dans la ruelle, mais elle, ayant changé de sentiment, n’alla pas l’y rejoindre et, plus tard, s’en repentant, fit cette chanson.

Thème du rendez-vous au village. Thème du char.

XXXVI - Sur le même char (Tcheng fong 9 — C. 93 — L. 136).p.68
1. La fille monte au même char,
2. belle comme fleur de cirier !...
3. Flottant au vent, flottant au vent,
4. ses breloques sont de beaux jades !
5. La voici, la belle Mong Kiang,
6. belle vraiment et comme il faut !
7. La fille suit la même route,
8. belle comme fleur de cirier !...
9. Flottant au vent, flottant au vent,
10‾ ses breloques font un cliquetis !
11. La voici, la belle Mong Kiang !
12. son prestige vaincra l’oubli !
XXXVI. Préf. Sur le même char : Satire contre Hou (duc Tchao de Tcheng, 696-695). Les gens de Tcheng blâment Hou de ne pas se marier à Ts’i. Étant héritier présomptif, Hou avait acquis du mérite à Ts’i. Le seigneur de Ts’i lui offrit de le marier (à une fille de sa famille). La fille de Ts’i était sage et il ne la prit pas. Il périt faute d’avoir l’aide d’une grande seigneurie : il finit par se voir exilé. Les gens du pays le blâmèrent. Cf. SMT, IV, 458 sqq.

2. La fille de Ts’i était belle, dit Tcheng ; on blâme le duc de ne pas être allé au-devant d’elle (6e rite du mariage). Tous deux seraient alors montés (un instant) dans la même voiture (à la mise en marche du cortège au sortir de la maison de la fille. Cf. Yi li : Mariage.)

5. Mao : Mong Kiang, fille aînée du duc de Ts’i (dont le nom est Kiang).

4. Indique la marche rapide, vêtement et pendeloques flottant au vent. Cf. XLII, 5.

6. Elle connaissait les rites féminins : Tcheng.

10. Tsiang tsiang, aux. desc. peint le son des breloques.

12. Tcheng : Les générations futures se transmettront (la mémoire) de sa Vertu (Tao-tö).

Variantes d’écriture : HTKKSP, 1172, p. 5.

p.69 Thème du char. Noter les comparaisons florales.

Mong Kiang (nom propre qui a servi de point d’attache à l’interprétation symbolique) : la belle princesse. Mong : l’aînée, terme de respect ; Kiang : nom d’une famille princière ; l’ensemble forme une espèce de nom générique. Voir XXIV, 8 et XLIV, 4 (n.).

XXXVII - Le dolic (T’ang fong 11 — C. 130 — L. 186).
1. Le dolic pousse sur les buissons,
2. le liseron croît dans les plaines...
3. Mon bien-aimé est loin d’ici !...
4. avec qui ?... non, seule ! Je reste !...
5. Le dolic pousse aux jujubiers,
6. le liseron croît sur les tombes...
7. Mon bien-aimé est loin d’ici !...
8. avec qui ?... non, seule ! Je repose !...
9. Hélas ! Bel oreiller de corne !...
10. Hélas ! Brillants draps de brocart !...
11. Mon bien-aimé est loin d’ici !...
12. avec qui ?... non, seule ! j’attends l’aube !...
13. Jours de l’été !...
14. nuits de l’hiver !...
15. Après cent ans passés
16. j’irai dans sa demeure !
17. Nuits de l’hiver !....
18. jours de l’été !...
19. Après cent ans passés
20. j’irai dans sa maison !
XXXVII. Préf. Satire contre les guerres continuelles.

15-16 et 19-20. Cf. XLIII, 9.

Thème de l’union conjugale et des séparations.

XXXVIII - Le collet bleu (Tcheng fong 17 — C. 98 — L. 144). p.70
1‾ Votre collet est bien bleu
2‾ et mon cœur est bien troublé !...
3. Si vers vous je ne vais pas,
4. faut-il que vous ne chantiez ?
5‾ Vos breloques sont bien bleues
6‾ et mes pensées bien troublées !
7. Si vers vous je ne vais pas,
8. faut-il que vous ne veniez ?
9. Allez ! et promenez-vous
10. sur le mur et sur la tour !
11. Un jour où je ne vous vois
12. me paraît comme trois mois !
XXXVIII. Préf. Le collet bleu : Satire contre l’abandon des études. Par temps d’anarchie, les études ne sont pas cultivées.

1. Collet bleu indique le vêtement d’un étudiant : Mao.

Ts’ing ts’ing, aux desc. peint la couleur bleue ; ts’ing signifie bleu.

2. Yeou yeou, aux desc. peint le trouble du cœur (Cf. Siao ya et Pei fong, 8), mais aussi l’éloignement (cf. Yong fong, X, 3.)

4. Mao : Dans l’antiquité les étudiants apprenaient les Vers (le Che king) et la musique. (Tcheng).

5. Mao : Les nobles portaient des breloques pendues à des cordons bleus.

9. Les étudiants dissipés se faisaient un plaisir de monter sur les hauteurs : Tcheng.

10 et 12. Mao : L’étude des rites et de la musique ne peut être abandonnée un seul jour.

Variantes d’écriture.

Tchou Hi : Chanson d’une personne débauchée. Thème de la séparation au village. Indication de chants et de rendez-vous. Comp. les sérénades des fiancés de Formose ; voir App. III.

XXXIX - La Vierge sage (Pei fong 17 — C. 49 — L. 68).p.71
1. La Vierge sage, que de grâce !

2. elle m’attend au coin des murs,

3. Je l’aime, et, si je ne la vois,

4. je me gratte la tête, éperdu...

5. La Vierge sage, que de charme !

6. elle me donne un tube rouge !

7. Le tube rouge a de l’éclat :

8. la beauté de la fille enchante !
9. Plante qui viens des pâturages,

10. vraiment belle en ta rareté,

11. Non, ce n’est pas toi qui es belle :

12. tu es le don d’une beauté !
Préf. La Vierge sage : On blâme les usages du siècle. Le seigneur de Wei était sans Vertu (Tao, pouvoir régulateur du prince). La princesse, sa femme, (était sans Vertu (Tö, délégation du Tao, Tao en acte, influence agissante du pouvoir régulateur).

Tcheng : Le seigneur ainsi que la princesse étant sans Vertu (Tao-tö), on présente une vierge sage « donnée à moi selon la règle du tube rouge » (paraphrase du vers 6). La vertu (de cette fille) étant telle (que l’implique l’observation de cette règle), on peut remplacer (la princesse) par elle pour en faire la (digne) compagne d’un Seigneur.

1 et 2. Les vertus de la fille étant la chasteté et la pureté ainsi que le respect des règles, elle peut être aimée. Les remparts de la ville signifient ce qui est élevé et ne doit pas être transgressé (savoir les règles) : Mao.

La fille, étant docile aux règles, attend l’accomplissement des rites avant de bouger. Elle réprime elle-même sa passion (elle l’endigue) comme (à l’aide d’) un rempart. Elle peut ainsi être aimée (Tcheng). Ceci p.72 veut dire qu’elle ne s’offre pas d’elle-même comme ferait une fille débauchée et qu’elle attend le rite de l’envoi par le prince d’un entremetteur pour la demander.

3 et 4. Elle désire aller vers le prince, mais sa conduite reste correcte (Mao). Ses hésitations montrent son désir (Tcheng). [Ces vers sont censés dits par elle.]

5 et 6. Parce que la fille est pure, qu’elle est belle et qu’elle peut ainsi être donnée selon la méthode du tube rouge suivie dans l’antiquité, elle mérite d’être appariée à un prince. Dans l’ancien temps, la reine et les princesses devaient suivre la méthode du tube rouge de la Secrétaire du gynécée (Cf. Tcheou li). La Secrétaire qui n’enregistrait pas les manquements (à la règle du tube rouge) encourait la peine de mort. La reine et toutes les femmes de second rang approchaient selon les rites de la couche du seigneur. La Secrétaire notait le jour et le mois. Elle leur donnait un anneau pour les y envoyer on les retenir en arrière (dans leurs appartements privés). Quand elles étaient enceintes, au dernier mois de la grossesse, (la Secrétaire) en leur donnant un anneau d’or les faisait demeurer chez elles (Cf. Li ki, Nei tsö, Couv. I, p. 662). Quand elles avaient à coucher avec le seigneur (la Secrétaire) les y envoyait en leur donnant un anneau d’argent, qu’elles portaient à la main gauche. Quand elles avaient couché avec lui elles le portaient à la main droite. Dans le service du prince, tout, quelle qu’en ait été l’importance, était noté de façon que fût parfaitement suivie la méthode (du tube rouge). Mao.

Tcheng : Le tube rouge : tube rouge contenant les pinceaux de la Secrétaire.

7. Le tube est rouge parce que la Secrétaire avec son cœur rouge (c’est-à-dire par la sincérité de son application à faire son service) rectifie (la conduite) des personnes (du gynécée). Mao.

8. Tcheng : D’où il suit que : la Secrétaire mettant en évidence (par l’emploi de son tube rouge) les Vertus de la reine et des femmes de second rang, fait apparaître leur beauté.

9. Mao : (pasteurs et non pâturage).

9. Jeunes pousses de chiendent. Mao : . De même que ces pousses se développeront, de même, sous l’influence de la réglementation du gynécée, la fille méritera d’être la compagne du prince. Cf. K’ong Ying-ta.

9 et 10. Tcheng : De même que les pousses de chiendent rapportées par le pasteur, grâce à leur blancheur et leur pureté (cf. LXIV, 2) peuvent servir aux sacrifices, de même la fille chaste qui vit dans un lieu de retraite, (cf. LVI, 3), quand un entremetteur aura fait pénétrer (jusqu’à elle la notification des volontés du prince) (cf. Yi li : Mar., début : glose de Tcheng sur l’entremetteur) pourra devenir la moitié du prince.

11 et 12. Mao : Ce n’est pas uniquement que me plaise sa beauté, mais je la trouve belle d’avoir pu m’être offerte selon la règle du tube rouge. p.73 K’ong Ying-ta explique que 9-12 forment une comparaison : de même qu’une pousse de chiendent a été apportée par un pasteur, et étant belle et merveilleuse, peut servir aux sacrifices, de même il faut faire présenter au prince une fille chaste, fidèle et belle pour qu’elle en soit la digne compagne et remplace la princesse actuelle.

Tcheng (d’après K’ong Ying-ta) : S’il y avait quelqu’un qui pût m’offrir (comme est offerte la belle fleur) une fille chaste et pure, ce ne serait pas la fille que je trouverais belle ; je trouverais belle (j’aimerais) la personne qui m’aurait offert la fille.

Les modernes lisent toi et non fille (jou et non niu).

Tchou Hi : Chanson de rendez-vous de débauchés.

Variantes d’écriture : HTKKSP, 1171, pp. 39-40.

Chanson de rendez-vous au village. Thème des gages d’amour (fleurs). Indication de vie pastorale.

Noter le rapprochement (suggéré par Tcheng 9, 10 n) de la vierge sage, qui vit dans la retraite ; et de la fille pure de LVI qui fait retraite avant d’être, elle aussi, une compagne assortie, une digne moitié du seigneur. Noter encore le rôle religieux des pousses de chiendent.

Bien qu’on ne retrouve pas pour cette pièce une interprétation analogue à celle qui est présentée pour LVI, LIX, LXVII B et Chao nan, 4, elle est importante pour l’étude de la transposition des notions et règles concernant les fiancées paysannes aux fiancées nobles et vivant dans le gynécée.

XL - Je t’en supplie (Tcheng fong 2 — C. 86 — L. 125).
1. Je t’en supplie, ô seigneur Tchong,
2. ne saute pas dans mon village,
3. Ne casse pas mes plants de saule !...
4. comment oserais-je t’aimer ?...
5. J’ai la crainte de mes parents !...
6. O Tchong, il faut t’aimer, vraiment,
7. Mais ce que disent mes parents
8. il faut le craindre aussi, vraiment !
9. Je t’en supplie, ô seigneur Tchong,
10. ne saute pas sur ma muraille,
11. Ne casse pas mes plants de mûriers !...
12. Comment oserais-je t’aimer ?... p.74
13. j’ai la crainte de mes cousins !...
14. O Tchong, il faut t’aimer, vraiment,
15. Mais ce que disent mes cousins
16. il faut le craindre aussi, vraiment !
17. Je t’en supplie, ô seigneur Tchong,
18. ne saute pas dans mon verger,
19. Ne casse pas mes plants de t’an !...
20. Comment oserais-je t’aimer ?...
21. j’ai la crainte de ces cancans
22. O Tchong, il faut t’aimer, vraiment,
23. Mais les cancans que font les gens
24. il faut les craindre aussi, vraiment !
XL. Préf. Je t’en supplie : Satire contre le duc Tchouang de Tcheng (743-701). Il ne (sut pas) surmonter (ses sentiments à l’égard de) sa mère afin de faire obstacle à (l’ambition de) son frère cadet. Son cadet (Touan, surnommé T’ai-Chou) manquant au devoir (ne respectant pas l’ordre naturel puisqu’il essayait de renverser son aîné), le duc ne le corrigea pas. Tchong (seigneur) de Tchai l’en réprimanda et (le duc) ne l’écouta point. Trop petit pour se faire violence de façon à corriger (les fauteurs) d’anarchie.

Voir SMT, IV, p. 453.

Tchou Hi : Parole d’ (une fille) débauchée.

1. Mao : Seigneur Tchong = Tchong de Tchai.

1, 2, 3. Tchouang est supposé s’adresser à Tchong de Tchai et refuser de recevoir ses conseils, en l’invitant par symbole à ne pas pénétrer violemment dans son village, par-dessus la haie ; casser les arbres = faire tort au frère cadet Touan. (Mao. Tcheng.) Comp. Ts’i long 5, st. 2. Couv., 107.

4. L’aimer : Touan (mauvais frère). (Mao. Tcheng.)

5. Mes parents, mon père et ma mère : entendez seulement ma mère, protectrice de Touan (Tcheng).

6 et 7. Entendez : J’apprécie l’avis de Tchong mais n’ose me heurter à celui de ma mère (Tcheng).

13. Mes cousins : la famille du duc (favorable à Touan). (Mao.)

Thème du rendez-vous (au village de la fille qui a peur de ses parents : période des fiançailles).

village, hameau ; 25 familles forment un . La chanson montre p.75 que le hameau est habité par la famille de la fille ; l’unité familiale forme aussi une unité territoriale : groupe local. Noter les haies et murailles. L’amoureux vient du dehors, d’un autre village : exogamie. Comp. Ts’i fong, 5 ; Couv., 106.

Excellent exemple de l’utilisation d’une chanson populaire comme réprimande.

Un nom propre (très répandu) sert de point d’appui à cette utilisation.

XLI - Soleil à l’orient  (Ts’i fong 4 — C. 106 — L. 153).
1. Soleil à l’orient !
2. C’est une belle fille
3. qui est dans ma maison....
4. Elle est dans ma maison !
5. à ma suite elle y vient !
6. Lune vers l’Orient !
7. C’est une belle fille
8. qui est près de ma porte !...
9. Elle est près de ma porte !
10. à ma suite elle en sort !
XLI. Préf. Satire contre un prince de Tsi... Seigneur et vassaux avaient perdu le sens de la droite raison. Garçons et filles avaient des rapports débauchés et n’étaient point capables de subir l’influence des rites.

Tchou Hi : Chanson de débauchés.

Thème des rendez-vous villageois. Comp. Tc’hen fong 8 ; Couv., 150.

XLII - Le chant du coq (Tcheng fong 8— C. 92 — L. 134).
1. — Le coq a chanté ! dit la fille,
2. — Le jour paraît ! dit le garçon, p.76
3. — Lève-toi ! Regarde la nuit !
4. Est-il des étoiles qui brillent ?
5. Vite, va-t’en ! Vite, va-t’en !
6. Chasser canards et oies sauvages !
7. Si tu en tues, je les prépare
8. Pour faire un repas avec toi !
9. Au repas nous boirons du vin !
10. Puissé-je vieillir avec toi !
11. Près de nous sont luths et guitares !
12. Tout rend paisible notre amour !
13. Si j’étais sûre de ta venue,
14. Mes breloques je te donnerais !
15. Si j’étais sûre de ta faveur,
16. Mes breloques je t’enverrais !
17. Si j’étais sûre de ton amour,
18. Mes breloques te le paieraient !
XLII. Préf. Le chant du coq : Satire contre ceux qui n’aiment pas la Vertu. On représente les mœurs justes d’autrefois pour blâmer les gens d’aujourd’hui qui n’aiment pas la Vertu mais la volupté.

Tcheng : Glose (afin d’expliquer les strophes II et III) : Vertu = officiers, grands officiers, hôtes vertueux.

1 et 2. Tcheng : Dialogue entre un mari et une femme éveillés de grand matin : montre qu’ils ne s’oublient pas dans la volupté.

3 et 4. Mao : Les grandes étoiles seules brillent encore, les petites ont disparu. — Tcheng : Les étoiles brillent encore ; il est encore tôt pour s’arracher aux voluptés.

5. Vers indiquant une marche rapide qui fait flotter les vêtements. Cf. XXXVI, 3.

6. Les produits de la chasse serviront à recevoir les hôtes (vertueux) : Tcheng.

8. Toi s’adresse aux hôtes (Tcheng).

10. Tcheng : Paroles d’affection : s’adressent aux hôtes. Voir LXVIII, 16 ; LXVI, 51 ; Yong fong, 3, vers 1.

11. Musique pour les hôtes (Tcheng). Comp. LX, 28 et Siao ya, I, 4, st. 7. Couv., 180.

13-18. Cadeaux aux hôtes (Tcheng).

Tchou Hi : Dialogue d’époux vertueux.

p.77 Thème de l’aube. Séparation à l’aube (le fiancé a rejoint la fiancée pendant la nuit). Thèmes de la chasse, du festin communiel, de l’accord (11, 12) des cadeaux et gages d’amour. Serment conjugal (10).

Comparez Hak-ka, XI. Cf. Maupetit, Bull. et Mém. Soc. d’Anthropologie de Paris, p. 510.

Comparez Ts’i fong, 1 et 5 ; Siao ya, III, 8. (Transformations du thème de l’aube). L’interprétation du thème primitif (dans XLII) est faite d’après les idées qui inspirèrent sa transformation.

XLIII - Le char du Seigneur (Wang fong 9 — C. 83 — L. 121).
1‾ Le char du Seigneur, comme il roule !
2. sa robe a la couleur des joncs !
3. À toi comment ne penserais-je ?...
4. j’ai peur de lui et n’ose pas...
5‾ Le char du Seigneur, comme il roule !
6. sa robe est couleur de rubis !
7. À toi comment ne penserais-je ?...
8. j’ai peur de lui pour aller aux champs..
9. Vivants, nos chambres sont distinctes,
10. morts, commun sera le tombeau !
11. Si tu ne me crois pas fidèle,
12. je t’atteste, ô jour lumineux !
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