Résumé En Westphalie, dans le château du baron Thunder-ten-tronckh, vit un enfant illégitime de sa soeur et d’un gentilhomme qu’elle n’avait pas voulu épouser faute de quelques quartiers de noblesse.







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André Durand présente
‘’Candide ou l’optimisme’’
(1759)
roman de Voltaire
(100 pages)
pour lequel on trouve un résumé

puis successivement l’analyse de :

l’intérêt de l’action (page 3)

l’intérêt littéraire (page 4)

l’intérêt documentaire (page 5)

l’intérêt psychologique (page 5)

l’intérêt philosophique (page 6)

la destinée de l’œuvre (page 8)

différents chapitres : 1, page 9 ; 2, page 9 ; 3, page 10 ;

5, page 12 ; 6, page 14 ; 7, page 15 ; 8, page 16 ;

16, page 16 ; 17 et 18, page 17 ; 17, page 18 ;

18, page 19 ; 19, page 20 ; 20, page 22 ;

-23, page 22 ; 29, page 23 ; 30, page 24).
Bonne lecture !

Résumé
En Westphalie, dans le château du baron Thunder-ten-tronckh, vit un enfant illégitime de sa soeur et d’un gentilhomme qu’elle n’avait pas voulu épouser faute de quelques quartiers de noblesse. Ce garçon doté d'«un jugement assez droit avec l'esprit le plus simple», doux de caractère, est appelé Candide. Il mène la vie la plus agréable puisque son précepteur, le savant Pangloss, qui est féru de «métaphysique-théologo-cosmolonigologie», prône l'illustre théorie suivant laquelle, puisque toute cause produit d’une manière inéluctable la meilleure fin, «Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles». Candide le croit jusqu'au jour où le châtelain trouble cette quiétude en le surprenant à donner un baiser à sa fille, la charmante Cunégonde. Sur l’heure, Candide est chassé de ce monde idyllique «à grands coups de pied dans le derrière».

Après une nuit d'errance, de froid et de désespoir, il est enrôlé à son insu dans l'armée du roi de Bulgarie. Il déserte, est passé par les verges, doit participer à une bataille qui est une «boucherie héroïque» où il voit toutes les horreurs de la guerre.

Il réussit à fuir et passe en Hollande. Recueilli par Jacques l'anabaptiste, il retrouve par un heureux hasard son précepteur, Pangloss, défiguré par la vérole et qui lui fait le récit apocalyptique de la destruction du château et de l'assassinat de la baronne, Cunégonde n'ayant pas, selon lui, échappé au massacre, ce qui fait s'évanouir de chagrin Candide.

Sitôt remis de ses émotions, il part pour Lisbonne avec Pangloss et Jacques qui est victime d’une tempête en mer. À leur arrivée, les deux compagnons sont témoins du tremblement de terre qui détruit la ville et massacre trente mille habitants.

Un auto-da-fé étant organisé, ils font les frais des traitements injustes de l'Inquisition, lui étant fessé et Pangloss étant pendu.

Mais une vieille qui prend soin de Candide lui fait retrouver sa chère Cunégonde qui a survécu miraculeusement, mais est la maîtresse à la fois du grand Inquisiteur et du banquier juif de la Cour. Il tue l’un et l’autre et s’embarque avec sa bien-aimée pour l’Amérique du Sud.

À Buenos Aires, il doit s’enfuir et abandonner sa dulcinée aux mains du gouverneur.

Guidé par le débrouillard Cacambo, il traverse le Paraguay, territoire, merveilleusement organisé mais despotiquement gouverné par les jésuites dont l’un se trouve être le frère de Cunégonde que Candide est amené à tuer quand l’autre déclare refuser de le voir épouser sa bien-aimée.

Les deux compagnons se retrouvent prisonniers des Oreillons, peuplade ennemie des jésuites qui l'ont spoliée de ses terres, et se résignent à être bel et bien dévorés par ces anthrophages, quand le beau discours de Cacambo sur la nature de l'homme les sauve de justesse.

Les deux fuyards arrivrent par hasard à l’Eldorado, pays de rêve, société idéale où les sages habitants, éclairés par la religion naturelle, placent le bonheur au-dessus des richesses matérielles.

Mais Candide veut retrouver Cunégonde et être riche hors d’Eldorado en remplissant ses poches de pierres précieuses ramassées sur les chemins. Les deux compagnons reprennent donc la route.

À Surinam, ils voient un esclave nègre horriblement mutilé par ordre de son maître blanc : «C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe». Lorsqu'un patron hollandais vole à Candide la majeure partie de sa fortune, celui-ci, dégoûté de la méchanceté humaine, décide d'emmener avec lui l'homme le plus malheureux de la province. Parmi de nombreux prétendants, il choisit le philosophe Martin, dont le pessimisme est aux antipodes des dires de Pangloss.

À trois, ils prennent la mer et assistent à un combat naval qui confirme le pessimisme de Martin.

En vue des côtes de France, Martin se rappelle les mésaventures qu’il y a connues et réitère son pessimisme intégral.

À Paris, grande ville tumultueuse, Candide est victime du jeu mais découvre le théâtre.

En Angleterre, il voit un amiral condamné à mort pour n’avoir pas montré assez de courage au combat.

À Venise, il découvre les horreurs de la prostitution et retrouve Paquette qui était, au château, la femme de chambre de la baronne, qui en a été chassée et a connu, elle aussi, toute une série de mésaventures, se trouvant maintenant avec un moine, frère Giroflée.

Candide et Martin rendent visite au noble vénitien Pocuranté, dilettante dégoûté de tous les plaisirs, tandis que le jeune homme s’intéresse beaucoup à sa bibliothèque.

Après avoir retrouvé Cacambo, ils ont un souper avec six étrangers qui sont tous des rois qui ont perdu leur trône.

Avec l’un d’eux, le sultan Achmet, ils s’embarquent pour Constantinople où, lui apprend Cacambo, Cunégonde est prisonnière. Parmi les forçats qui rament, Candide reconnaît Pangloss et le frère de Cunégonde, et les rachète.

Chacun raconte son histoire.

À Constantinople, il retrouve Cunégonde et la vieille et toute la compagnie s’établit dans «une petite métairie».

Pour épouser Cunégonde, par pure bonté d’âme car elle est devenue laide et insupportable, Candide doit «remettre aux galères» le baron. Cacambo, qui est le seul à travailler, est épuisé. Pangloss est désespéré de ne pas être célèbre et de voir que même son élève renie sa théorie. Bientôt, après «les convulsions de l’inquiétude», le repos engendre le pire des maux : l'ennui. Ayant consulté un derviche et un vieillard qui jouit d’une douce vie en cultivant sa terre avec les siens, Candide discerne le secret qui lui échappait et oppose aux bavardages de Pangloss cette objurgation : «Il faut cultiver notre jardin».
Analyse
Intérêt de l’action
Oeuvre d'apparence mineure, on a pris l'habitude de la nommer «conte» mais on peut aussi bien y voir un «roman», à cause de sa longueur et de son réalisme.

C’est un roman d’aventures picaresque où le voyage est une trame commode pour faire parcourir au héros, plein de naïve admiration, un itinéraire mondial à travers une série de lieux et d’expériences divers. Les chapitres sont titrés à la façon dont on le faisait alors dans les romans picaresques. Le récit de cette odyssée, très animé, fait se succéder des situations extraordinaires, des péripéties renouvelées, des moments de malheur et des moments de bonheur. Voltaire possédait au suprême degré l’art de broder les épisodes les plus extravagants avec un parfait naturel. Et on peut voir en “Candide” un anti-roman qui se moque du roman en poussant le romanesque jusqu’à l’excès parodique. Peut-être avait-il eu, en Prusse, l’occasion de connaître le roman allemand de Grimmelshausen, “Der abenteuerliche Simplicissimus»” (1688, “Simplicissimus l’aventurier”) où le héros, au nom bien mérité, traverse la guerre et le monde, séjourne à Paris, pour finir ermite désabusé et expiant?

C’est aussi un roman d’éducation, sur le modèle des “Aventures de Télémaque” de Fénelon où le fils d’Ulysse avait fait son éducation par le voyage ; Candide, nouveau Télémaque, au fil des aventure, suit lui aussi un parcours spirituel et moral et secoue la tutelle de son Mentor, Pangloss. Antérieurement, Zadig, Babouc, Memnon, avaient fait preuve d’esprit critique dans leurs propres aventures.

C’est enfin un roman d’amour qui ne déroge pas à la tradition inusable qui veut que l’amour soit contrarié, que les amants soient séparés, que l’amant parte à la recherche de son amante, qu’ils se retrouvent enfin malgré les épreuves traversées. Mais, là aussi, ce n’est qu’une trame commode. Et Voltaire se moque du roman d’amour, la dérision étant à son comble en cela que Candide, à la fin du roman, retrouve une Cunégonde décatie et ennuyeuse comme la pluie qu’il épouse plutôt par fidélité à ses engagements antérieurs et «par bon procédé» que par un quelconque motif sentimental.

En réalité, les conventions du genre romanesque sont traitées avec désinvolture et Voltaire en fait la satire. Plutôt que de construire une théorie, il met en scène les difficiles réalités de la vie, élaborant ainsi un texte expérimental, qui traite plaisamment de l'amour, de l'autorité, de l'argent, de la guerre, du bonheur, de l'idéal, de la vie sociale et politique, etc., dans des chapitres incisifs et toujours amusants. Mais c'est un conte pour grands enfants, une vraie causerie spirituelle où la brièveté exerce sa séduction. Y est sans cesse à l'oeuvre l’esprit voltairien, qu'on a coutume de ramener à l'ironie.

Le texte est divisé en trente brefs chapitres numérotés et titrés.

La ligne d’ensemble est nette, la structure très simple et très explicite : le texte se partage en deux parties sensiblement égales. Partis de l’Europe, qu’ils ont tous les trois parcourue de l’Allemagne du Nord au Portugal, Candide, Cunégonde et la vieille passent en Amérique du Sud : «Nous allons dans un autre univers, disait Candide» (chapitre X). Au chapitre XVII, parenthèse placée au centre du roman, Candide et Cacambo entrent dans l’Eldorado, seul havre de paix dans ce voyage mouvementé, seul pays où l’optimisme pourrait se justifier mais est inaccessible, utopie qui est le contrepoint nécessaire au constat que, dans ce monde-ci, le mal règne partout. Au chapitre XX, le héros fait voile vers l’Europe, où, cette fois, son parcours va de Paris, Portsmouth et Venise à la Propontide. De manière accessoire, son itinéraire est parfois recoupé par celui de la vieille (Méditerranée, Europe du Nord) ou celui du baron (Paraguay).

Ce clivage entre deux mondes, comme il partage le texte, correspond également à deux types d’expériences. La première partie du texte est essentiellement consacrée aux grandes calamités qui dépassent l’être humain : la guerre, la vérole et les épidémies, le naufrage, le tremblement de terre, l’Inquisition, tout ce que Voltaire entend sans doute par «le mal physique». La seconde partie est plutôt consacrée au «mal moral» : la méchanceté et la perversité humaine, avec l’esclavage, le vol, la tromperie, les attentats, la justice vénale, le vice, le désespoir et l’ennui. Le parcours géographique est aussi un parcours intitiatique, et la revue de l’ensemble des problèmes qu’on peut regrouper sous le nom de «condition humaine».

En somme, avec “Candide”, Voltaire, avec une jubilation provocatrice, créa un genre, une écriture et un style.
Intérêt littéraire
Candide”, prétendument «traduit de l'allemand de M. le Docteur Ralph, avec les additions qu.’on a trouvées dans la poche du Docteur lorsqu’il mourut à Minden l’an de grâce 1759», c'est, en fait, la grâce de l'esprit, l'insurpassable chef-d'œuvre, non seulement de Voltaire, mais d'une langue déjà millénaire qui atteint son apogée et, l'espace de quelques pages, respire avant de descendre.

Voltaire fait preuve de la maîtrise d'une écriture dense, incisive, chaque phrase portant la marque de l'ironie qui communique à demi-mot, d’intelligence à intelligence. Hormis peut-être dans “Gulliver”, il n’est pas d'ironie plus âcre, plus recuite et continue que celle de “Candide”. Maître du pessimisme ironique, il atteint tout ce qu’il vise mais, si radical que soit son pessimisme, il est toujours tonifiant.

C’est qu’il se révèle grand styliste : exempt de toute rhétorique, il atteint le naturel, la clarté, la finesse et l'équilibre. Son style, considéré comme un modèle, conjugue nombre de qualités :

- un rythme nerveux, incisif et même trépidant ;

- des phrases brèves et accumulées où les transitions descriptives sont rapides ;

- un discours direct et un dialogue qui reflètent l’habileté de l’auteur de pièces de théâtre ;

- des énumérations descriptives où sont multipliés des détails pour mieux servir tantôt l'absurde, tantôt le tragique : «un gueux tout couvert de pustules, les yeux morts, le bout du nez rongé, la bouche de travers, les dents noires, et parlant de la gorge, tourmenté d'une toux violente, et crachant une dent à chaque effort») ;

- des dissonances burlesques : il joue avec la syntaxe et la grammaire en général afin d'engendrer la drôlerie ;

- des sous-entendus : «Un jour Cunégonde [...] vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère» ;

- des causalités dérisoires : «Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres» ;

- des périphrases ironiquement alambiquées («Tous deux furent menés séparément dans des appartements d'une extrême fraîcheur, dans lesquels on n'était jamais incommodé du soleil» - cette emphatique périphrase désignant une réalité autrement prosaïque : la prison).
Intérêt documentaire
Le roman présente tout un tableau de l’époque, s’étend au monde entier :

- le château de Thunder-ten-tronck ;

- la Prusse (à travers la prétendue Bulgarie) ;

- l’Inquisition ;

- l’Amérique du Sud, l’exotisme des Oreillons, de l’Eldorado, étant un ingrédient nécessaire à la satire du vieux continent, la découverte d’une autre flore, d’une autre faune, d’une autre civilisation étant un moyen de relativisation philosophique ;

- l’Orient.

Des événements sont authentiques : le tremblement de terre de Lisbonne.

Dans cette chronique de son siècle, Voltaire ne voit guère évidemment que des horreurs du monde qu’il décrit avec ironie (antiphrase) pour mieux exprimer son écoeurement, les pires abominations. Comme l’a noté Claude Roy : «Quand une société se défait, ou se prolonge dans le mensonge, les doux idiots font leur entrée triomphale et la vérité parle par la bouche des grands enfants, celles de Don Quichotte, de Candide, de Simplicius Simplicissimus, du brave soldat Chveik.» (“Défense de la littérature”). Cet abrégé de l'univers qu’est “Candide” sert à l'auteur à tourner en dérision l’optimisme de Leibniz.
Intérêt psychologique
Même si “Candide” est un roman d’éducation et un roman d’amour, il ne contient guère de psychologie, ses épisodes n'ayant d'autre fin que de faire ressortir la thèse. C’est aussi un conte, dont les personnages n’ont pas d’épaisseur : ballottés comme des marionnettes d’événement en événement, ils sont, à proprement parler, des êtres primaires qui ne connaissent que des réactions immédiates, comme la peur ou la douleur, mais dont la réflexion et les sentiments restent au niveau le plus fruste. Aucune analyse psychologique ne vient donc soutenir leur évolution. Chacun d’eux est le simple représentant d'une idée, d’une attitude qui s’expriment toujours dans les mêmes termes. C’est pourquoi il est relativement facile de les ramener à un rôle conventionnel :

- La vieille est le personnage classique de l’entremetteuse.

- Cunégonde est la jeune femme aimée de Candide, mais dont la beauté, la vertu et la fidélité sont sérieusement mises à mal dans tout le roman.

- Le baron est l’aristocrate hautain, éternel opposant au mariage de sa soeur.

- Cacambo est le fidèle valet d’intrigue, capable de surmonter toutes les difficultés par son ingéniosité.

- Pangloss est le précepteur pédant et obstiné, qui reste sourd et aveugle à l’évidence.

- Martin est le porte-parole du pessimisme, antipode de Pangloss.

- Candide est défini par son nom même (qui n’est pas du tout germanique) : il est naïf et timide, doux de caractère. Émotif, il pleure souvent. Mais il est aussi doté d'«un jugement assez droit avec l'esprit le plus simple», et, comme il est toujours lucide, comme il est à la recherche d'un monde viable et heureux et qu’il compare ce qu’il voit avec les leçons de Pangloss, sa personnalité s’affirme peu à peu : inconsistant et romanesque au début, il acquiert de la volonté et du sens pratique. Mais, trébuchant de malheur en misère,essuyant toutes les vexations imaginables, jamais au bout de ses étonnements, plus il avance, plus il déchante. Au terme de tant de revers, il ne trouve même pas ce brin de consolation que l’amour peut apporter.

Même si Voltaire semble demeurer assez distinct de ses personnages, on peut considérer le personnage comme autobiographique, comme l’image idéalisée qu’il se faisait de lui-même. Il se reprochait sa candeur dans sa foi en la raison et il a mis dans ce livre tout de sa pensée, de ses travers, de ses tics. Il avait des sautes d’humeur et son évolution intellectuelle fut coupée de brusques retours en arrière. Tous les thèmes du conte étaient déjà présents dans sa correspondance entre 1755 et 1757 : les horreurs de la guerre, le tremblement de terre de Lisbonne, l'optimisme, le jardin qu’il cultivait aux “Délices” et surtout qu’il cultivera à Ferney. “Candide”, où l’on trouve, ici et là, des allusions à des événements de sa vie, fut pour Voltaire un trait tiré sur le passé, un bilan de vie, une autobiographie déguisée, greffée sur ses combats.
Intérêt philosophique
Voltaire portait en lui, depuis longtemps, l'embryon de ce conte. “Le monde comme il va. Vision de Babouc écrite par lui-même”, publié en 1748 et où le personnage aboutissait à la conclusion que «si tout n'est pas bien, tout est passable», en contenait déjà l'esprit ; le “Poème sur le désastre de Lisbonne” en exprimait la philosophie. Le livre est la réponse à la lettre de Jean-Jacques Rousseau sur la Providence. Même s'il baigne alors dans les délices patiemment, raisonnablement, élaborés dans le travail et dans le luxe, Voltaire était hanté, révolté par le spectacle du monde qui l'entourait : les cataclysmes causés par la nature (le naufrage et le tremblement de terre), comme les catastrophes causés par les êtres humains (la guerre de Sept Ans qui ravageait l'Europe, le Canada, l'Inde ; les autodafés qui se rallumaient en Espagne et en Italie et dont les fumées comme un encens infernal obscurcissaient le ciel du Siècle des Lumières). Il se demanda si son bonheur était une absurdité dans un tel monde, ou bien si l'absurdité résidait dans la misère sans limites et sans raison à laquelle le monde était en proie. De toute façon, il y avait là un scandale pour la Raison et cette cruelle absurdité ne pouvait être décorée du nom de Providence.

Tout l’’appareil romanesque ne doit pas nous abuser. “Candide” est, en réalité, un livre de polémique. Voltaire y dénonçait la sottise, l'hypocrisie, la méchanceté des êtres humains, le désordre des événements et l'absurdité des institutions, le goût de la guerre, le dogmatisme et l'intolérance religieuse. Il rendait partout sensible notre précarité. Surtout, Candide étant plongé dans un univers inconnu et hostile, faisant un long périple, étant jeté dans une succession d'aventures à travers le monde qui sont autant de malheurs, qui lui montrent que ce monde répond très peu au mirifique enseignement de Pangloss, devant constater que le mal prévaut sur le bien de la manière la plus sauvage, devenu comme le jouet de la fatalité, Voltaire réfutait la doctrine d’un optimisme outré dont le philosophe Leibniz s'était fait le champion : «Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles», chaque chose étant déterminée par le principe de «raison suffisante» et conduite, à ses fins dernières par la «fatalité en bien». Que Dieu ait fait le monde le plus parfait possible, n’entraîne nullement que ce monde soit exempt de défauts, ni que tout mal concourt au bien universel. Qu'on le veuille ou non, un tel système tend forcément à engourdir l'intelligence. La simple observation des faits nous montre que tout s'inscrit en faux contre l'optimisme en question

Ce scandale universel et irrémédiable conduisit Voltaire à écrire “Candide” qui associe l'itinéraire d'un héros naïf et un problème philosophique : l'optimisme. Persuadé que tout est au mieux par son maître Pangloss, l'oracle du château de Thunder-ten-tronckh, Candide, séparé de Cunégonde, fait face aux horreurs du monde au cours d'un vaste périple. À l'exception d'une terre utopique, l'Eldorado, où les habitants sont éclairés par la religion naturelle, que le héros quitte pour retrouver sa belle, partout les discours optimistes sont démentis par les faits. Candide reste un témoin passif. Tiraillé entre le «tout est bien» de Pangloss et le «tout est mal» de Martin, il s'achemine vers le refus des systèmes. Après avoir retrouvé Cunégonde enlaidie et rassemblé ses compagnons d'infortune dans une métairie, Candide, dans une conclusion ambiguë, s'associe à l'exhortation collective : «Il faut cultiver notre jardin

Bref, ce conte est une œuvre d'un désespoir presque insondable. Presque, seulement, parce que, s'il l'était totalement, il serait excessif, contraire à la bienséance, au bon goût et à l'humanité qui se doit d'être mesurée en tout même en son désespoir. S'il était excessif, il serait faux. Or “Candide” sonne juste comme le cristal. Il permet de sourire, et l'humanité se sauve par là du désespoir. Tout est faible en l'être humain, tout est fragile, il est la victime de divinités ou de fatalités sanguinaires ; il peut cependant les railler car elles sont stupides. Pour l'être humain, ce jeu est cruel, mais il n'est déshonorant que pour les fatalités imbéciles.

Les préoccupations qu’on lit dans “Candide”, oeuvre de circonstance, dépassent de loin l’anecdote et visent à faire réfléchir durablement. L’exemplaire collection des malheurs qui s’abattent sur le héros est une initiation au vrai bonheur promis au philosophe qui sait «cultiver son jardin». C’est un conte mais un conte philosophique où Voltaire non seulement se livre à la satire des optimistes impénitents, mais passe en revue toutes les grandes questions éternelles que tout animal «à deux pieds sans plumes» (chapitre III) est amené nécessairement à se poser et qui préoccupent les philosophes : le destin, la liberté, le mal, la tolérance, la religion, si bien qu’il faut évidemment comprendre : «Candide ou la condition humaine». Les lecteurs doivent y apprendre à trouver leur voie dans le dédale des contradictions de l'existence.

Il reste que Voltaire attaqua de manière virulente la thèse du meilleur des mondes énoncée par Leibniz dans sa “Théodicée” (1710). Partant du postulat qu'à un Dieu parfait s'opposent des créatures nécessairement imparfaites, Leibniz démontre que Dieu, dans sa perfection, a créé le moins imparfait des mondes, soit «le meilleur des mondes possibles». Il ne nie pas pour autant l'existence du mal, mais l'insère dans un contexte vaste, invitant l'être humain à le considérer comme un élément inhérent à l'harmonie du monde, à l'image d'un tableau dont «les ombres rehaussent les couleurs».

Voltaire oppose à cette théorie une splendide démonstration par l'absurde, plongeant, avec une apparente désinvolture, son héros endoctriné dans toutes les misères du monde. Rien n'échappe au crible satirique de l'auteur. S'il dresse le portrait d'un dieu cruel ayant abandonné les hommes à leur triste sort, il développe surtout les conséquences terribles de la bêtise humaine : guerres atroces, fanatisme, imposture religieuse et monarchique, esclavagisme, vanité, ambition et même ennui sont autant de thèmes fondamentaux qui tissent la trame de l'œuvre.

Il refuse l’utopie dont l’espérance jouerait le même rôle que la confiance en la Providence. Penser pouvoir changer le monde est une illusion dangereuse.

Voltaire n’avait pas répondu à la “Lettre sur la providence” de Rousseau. À ceux qui en firent à celui-ci la remarque, il déclara : «Mais si, il m'a répondit en écrivant “Candide” !»

Voltaire, ayant fait le tour des désordres humains, indique, à la fin, un recours contre le pessimisme, préconise une sagesse toute pratique qui se résume dans le précepte final : «Il faut cultiver notre jardin», formule qui capitalise le travail critique du roman et le revitalise sous forme d'injonction pratique, qui est à interpréter à plusieurs niveaux :

- il faut cultiver le vrai jardin (qui s’oppose au château initial) où poussent des légumes, se consacrer au travail agricole, ce que Voltaire lui-même faisait aux “Délices”. Il permet à la petite communauté de vivre, de viser le concret, l'utile, l'efficace, les travaux simples, en communion avec la nature, valant mieux que les plus beaux discours.

- il faut cultiver le jardin dont chacun dispose, les capacités dont on est doté, le domaine limité qui est le sien sans laisser se perdre les talents (comme ceux de l’Évangile) qu’on nous a donnés (c’est l’expression de la croyance dans le progrès qu’avait Voltaire) ; cultiver son jardin est une forme d’action limitée sur le monde.

- il faut cultiver spécialement son jardin intérieur, parvenir à une meilleure connaisance de soi ;

- il faut cultiver le jardin qu’est la Terre en travaillant pour l'humanité, en ne se préoccupant pas de Dieu, en fuyant les vaines spéculations métaphysiques (ce sont l’humanisme et le déisme de Voltaire).

L'affirmation de cette thèse assure l'unité des aventures diverses de Candide qui se closent sur un tableau champêtre en apparence, mais hautement symbolique, qui reflète l'idée d'un bonheur tout terrestre conquis par la force de l'intelligence. Voltaire prône l'action au détriment des palabres inutiles, attaquant directement les «discoureurs». Confiant dans le progrès, il considère que l'être humain doit y contribuer par son travail, et que là réside son propre bonheur. Mais comment y croire sans réserve? Ce n'est là qu'un pis-aller, et le problème du mal reste entier.

La philosophie de “Candide” est celle d'un sage extrêmement marqué par son époque, le siècle des Lumières. Elle enseigne à l'être humain un art de vivre en s'accommodant de sa propre condition. Voltaire oppose la lucidité active de Candide et le providentialisme paresseux de Pangloss. Dans ce conte, qui est un manuel d’incrédulité animé par la joie contre le mensonge permanent, contre l’absurdité du monde, se sont cristallisées, une fois pour toutes, Ies vérités sans illusion mais non sans grâce ni sans courage, d'une civilisation sur le point de sombrer et que, d'un trait, “Candide” a sauvées pour l'éternité. En ce sens, Voltaire se révèle profondément moderne.
Destinée de l’oeuve
Lu dans une première version en juillet 1758 à Mannheim, “Candide”, que Voltaire considérait alors comme «une couiillonnerie», fut achevé en octobre, fut publié chez Cramer à Genève et diffusé, vers le 25 février 1759, simultanément à Genève, Paris, Amsterdam. Le succès fut considérable, dans toute l’Europe : vingt mille exemplaires furent diffusés dès 1759. Une édition augmentée parut en 1761 (remaniement de l'épisode parisien). Ce fut le conte le plus lu et le plus réédité, mais, bien que rapide, léger et limpide, il fut mal compris. Cependant, sa légèreté, sa frivolité suprême, celle qui naît en l'être humain qui a tout compris de sa misère et qui a surtout compris qu'il ne la surmonte que par sa légèreté, le fit passer d’abord pour un livre licencieux, et Voltaire lui-même en eut un peu honte et l’appela une «coïonnerie» pour faire croire qu'il était moins sérieux qu’il n'en avait l'air.

Au XVIIIe siècle, de nombreuses suites en furent écrites.

Mme de Staël y a vu un éclat de rire infernal ! Bien sûr, pour cette pré-romantique, un livre désespéré sur le tragique destin de l'être humain ne pouvait être conçu qu'au sein des orages, parmi les spectres, par un barde échevelé, livide et rugissant dont la harpe désaccordée faisait entendre les plaintes déchirantes que lui arrachait la tempête.

Le conte fut adapté souvent pour la scène : opéras comiques, vaudevilles, comédies. Aujourd'hui, il n'a pas pris une ride reste, et reste, de loin, la plus célèbre, la plus lue et la plus appréciée des ceuvres de Voltaire - au point qu’il est d'abord considéré comme l'auteur de “Candide”, gloire posthume que celui qui plaçait ses vers (poésie, théâtre) au premier rang de ses œuvres eût sans doute jugée dérisoire.

Le compositeur américain Leonard Bernstein en a tiré une comédie musicale, “Candide” (1956). Trop austère pour Broadway, elle fut fraîchement accueillie et ne connut véritablement le succès qu'à partir de 1973, lorsqu’elle fut adaptée, de façon plus frivole, pour Brooklyn. En 1982, elle devint un opéra en deux actes pour le “New York City Opera”. En 1988, elle retrouva son découpage d'origine mais en conservant le caractère d'un opéra.

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Analyses de différents chapitres

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Chapitre 1
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Résumé En Westphalie, dans le château du baron Thunder-ten-tronckh, vit un enfant illégitime de sa soeur et d’un gentilhomme qu’elle n’avait pas voulu épouser faute de quelques quartiers de noblesse. iconRésumé : Nakaba, princesse de sang royal, est envoyée en pays ennemi...

Résumé En Westphalie, dans le château du baron Thunder-ten-tronckh, vit un enfant illégitime de sa soeur et d’un gentilhomme qu’elle n’avait pas voulu épouser faute de quelques quartiers de noblesse. iconCours du 24/01/2012
«grand papa». Elle avait beaucoup changé sous l’influence de Max Weber. Elle intègre les autres domaines de l’histoire, la psychologie,...

Résumé En Westphalie, dans le château du baron Thunder-ten-tronckh, vit un enfant illégitime de sa soeur et d’un gentilhomme qu’elle n’avait pas voulu épouser faute de quelques quartiers de noblesse. iconŒuvre emblématique du Nouveau Roman. La critique, qui avait lu ds...
«Ces répétitions, ces infinies variantes, ces coupures, ces retours en arrière peuvent donner lieu à des modifications bien qu’à...

Résumé En Westphalie, dans le château du baron Thunder-ten-tronckh, vit un enfant illégitime de sa soeur et d’un gentilhomme qu’elle n’avait pas voulu épouser faute de quelques quartiers de noblesse. iconPréface Le nouveau totalitarisme
«comme son propre reflet éternellement figé dans un miroir, signe d’une identité achevée sans plus aucun secret pour elle-même»....

Résumé En Westphalie, dans le château du baron Thunder-ten-tronckh, vit un enfant illégitime de sa soeur et d’un gentilhomme qu’elle n’avait pas voulu épouser faute de quelques quartiers de noblesse. iconSurtout ‘’La condition humaine’’ qui est étudiée dans un dossier à part
«En 1914, on avait conduit les élèves de la classe aux champs de la Marne, quelques jours après la bataille. À midi, on nous distribua...

Résumé En Westphalie, dans le château du baron Thunder-ten-tronckh, vit un enfant illégitime de sa soeur et d’un gentilhomme qu’elle n’avait pas voulu épouser faute de quelques quartiers de noblesse. iconDoc1 Texte 1
«Converse addict» est collectionneuse. Elle amasse. Elle conserve. Elle stocke. Ce n'est pas Christine, rédactrice de mode, qui dira...







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