5 – Naissance de la ville de Saint-Denis







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La basilique royale de Saint-Denis

SOMMAIRE


1 – L’abbaye de Saint-Denis
2 – Un monument royal
3 – Une architecture novatrice
4 – Les incontournables
5 – Naissance de la ville de Saint-Denis
6 – Un monument vivant
7- Informations pratiques
8 - Le Centre des monuments nationaux
9- Monuments ouverts à la visite

1 – L’abbaye de Saint-Denis,
L'ancienne abbaye royale de Saint-Denis a illuminé des siècles durant l'histoire artistique, politique et spirituelle du monde franc. L’église abbatiale a été dénommée « basilique » dès l’époque mérovingienne. Ce qualificatif s’applique dès le IVe siècle aux églises dont le plan reprend celui des bâtiments civils romains où l’on pratiquait le commerce et où l’on rendait la justice, souvent édifiées à l’extérieur des villes et sur la tombe d’un saint. Elles sont fréquemment à l’origine du développement d’un quartier ou d’un bourg, comme la ville de Saint-Denis, qui se constitua autour de l'abbaye et de son potentiel économique.
L’église s’élève sur l’emplacement d’un cimetière gallo-romain, lieu de sépulture de saint Denis martyrisé vers 250. Outre une crypte carolingienne, vestige de l’édifice consacré par Charlemagne en 775, la basilique conserve le témoignage de deux bâtiments déterminants pour l’évolution de l’architecture religieuse : le chevet de Suger, qui constitue un véritable hymne à la lumière, manifeste du nouvel art gothique et la partie reconstruite, au temps de Saint Louis, dont le transept, d’une ampleur exceptionnelle, était destiné à accueillir les tombeaux royaux.
Lieu de mémoire, dès le haut Moyen Age, le monastère dionysien a su lier son destin à celui de la royauté s’affirmant peu à peu comme le tombeau privilégié des dynasties royales à la faveur du culte de saint Denis. Quarante-deux rois, trente-deux reines, soixante-trois princes et princesses, dix grands du royaume y reposèrent. Avec plus de soixante-dix gisants et tombeaux monumentaux, la nécropole royale de la basilique s’impose aujourd’hui comme le plus important ensemble de sculpture funéraire du XIIe au XVIe siècle. Mais la basilique de Saint-Denis n'a pas été dès l’origine de la royauté franque considérée Comme le “ cimetière aux rois ”, comme l’avait défini un chroniqueur du XIIIe siècle. Jusqu’au Xe siècle, l’abbaye royale a été en âpre concurrence avec de nombreuses autres nécropoles, notamment Saint-Germain-des-Prés. Lors de l’avènement des Capétiens en 987, le rôle de nécropole royale s’affirme et la plupart des souverains y reposeront jusqu’au XIXe siècle ; même si pour des raisons politiques, religieuses ou personnelles, quelques rois comme Philippe Ier en 1108, Louis VII en 1180, Louis XI en 1483, Charles X en 1836 et Louis-Philippe en 1850 seront inhumés dans d’autres lieux. Louis XVIII, mort en 1824, est le dernier roi à reposer dans la basilique.
Les souverains ont toujours été au cours de l’histoire en quête de légitimité, ce qui explique pour partie leur volonté de reposer auprès des reliques de saint Denis, Rustique et Eleuthère, (tous trois ayant été martyrisés ensemble). Par l’intermédiaire de la puissance des saints martyrs, le roi pensait ainsi acquérir pouvoir et protection pendant sa vie, notamment au cours de ses batailles, et selon la croyance, accéder directement au Paradis.
« Montjoie saint Denis ! »

Cri de ralliement des chevaliers sur les champs de bataille du XIIe et XIIIe siècle, inscrit sur la bannière de couleur écarlate parsemée de flammes d’or du fameux oriflamme de Saint-Denis. « Montjoie saint Denis » devient la devise du royaume de France, qui se place ainsi sous la protection du saint titulaire du royaume : saint Denis.

Cet étendard est une belle image de l’union personnelle entre l’abbaye, le saint patron et le roi. Cette enseigne était systématiquement levée en temps de guerre par les souverains qui venaient la recueillir des mains de l’abbé sur l’autel des saints martyrs. Elle est un des objets majeurs de l’épopée médiévale autour duquel se forme un premier sentiment national. Une copie subsiste dans la basilique.
La guerre de Cent Ans, les guerres de Religion, les troubles politiques contribuent au déclin de l’abbaye royale de Saint-Denis bien avant que la Révolution ne le précipite. En 1793, les révolutionnaires s’attaquent aux symboles de la monarchie mais la basilique échappe à la destruction totale. En 1806, Napoléon Ier ordonne la restauration du bâtiment. Puis Louis XVIII restitue à l’abbatiale son rôle de nécropole. Les travaux de restauration se poursuivent tout au long du XIXe siècle et sont dirigés par les architectes Debret puis Viollet-le-Duc à partir de 1846.
En 1966, la basilique devient cathédrale, nom dérivé de "cathedra ”, siège de l’évêque qui s’y trouve. Une copie du trône de Dagobert, dont l'original se trouve au cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale, est actuellement utilisée à Saint-Denis par l’évêque comme siège épiscopal.

2 – Un monument royal

Le tombeau de Dagobert, les rois mérovingiens et carolingiens à Saint-Denis


La riche et très influente noble parisienne, sainte Geneviève, témoigne d'une dévotion toute particulière à saint Denis. Elle fit sans doute construire en 475 un premier bâtiment. Le développement d’une vaste nécropole, qui s'étend bien au-delà du bâtiment, entraîne au VIe et VIIe siècle, un agrandissement de l'église. De nombreux personnages de haut rang, essentiellement des femmes, sont inhumés au plus près du saint. La découverte, en 1959, du sarcophage de la reine Arégonde, belle-fille de Clovis, morte dans la deuxième partie du VIe siècle, indique la puissance d’attraction du sanctuaire. Les bijoux associés à sa sépulture sont conservés au musée du Louvre. Cinquante ans plus tard, en 639, le roi Dagobert est le premier roi franc à trouver sépulture dans la basilique de Saint-Denis.

Quelques Mérovingiens et Carolingiens furent inhumés dans la basilique, comme Charles Martel, Pépin le Bref ou Charles le Chauve.
Dagobert s’illustra par de généreuses donations à l’abbaye et créa, selon la tradition légendaire, la foire de Saint-Denis chaque mois d’octobre, source de grandes richesses pour le monastère.
Charles Martel meurt en 741. Celui qui n’est que le maire du Palais, s’assure une inhumation prestigieuse, en face du grand roi Dagobert. Il fait ainsi accéder sa famille, les Pippinides, futurs Carolingiens, au rang des plus grands. Bien qu’il ne fût pas roi, son gisant réalisé au XIIIe siècle le montre couronné car les Capétiens reconnaissaient en lui l’ancêtre de la grande dynastie carolingienne.
Pépin le Bref, fils de Charles Martel, reçut l’onction du pape Etienne II à Saint-Denis, en juillet 754, scellant ainsi l’alliance entre les rois francs et la Papauté. Ce fut le premier souverain sacré image de Dieu sur terre. Ce grand roi fit alors reconstruire l’église à la manière des édifices romains de type basilique. Dotée d’un plafond de bois, de dizaines de colonnes de marbre et décorée de milliers de lampes à huiles, on y associa, pour la première fois, une crypte qui abrita, jusqu’au XIIe siècle, les reliques de saint Denis. Les vestiges de ce martyrium à la mode romaine, décoré de peintures imitant le marbre, sont encore en place.

L’apport fondamental de Saint Louis 


Louis IX (Saint Louis), canonisé en 1297, est qualifié de « surhomme » par le pape. Ce roi à la foi ardente, est tout particulièrement attaché à Saint-Denis. Il n’aura de cesse de renforcer le caractère de nécropole royale de la basilique, notamment par sa commande, vers 1263, d’une série de seize gisants. Il subsiste aujourd’hui quatorze de ces sculptures originales. Elles sont placées dans les deux bras du transept, à leur emplacement ancien attesté par des gravures du XVIIIe siècle.

Au Moyen Age, au centre de la croisée du transept, les tombes en argent doré de Louis VIII et de Philippe Auguste, le grand-père de Saint Louis, vainqueur de Bouvines en 1214, avaient les places d’honneur. Cet ensemble fut complété, vers 1280, par l'érection d'un somptueux tombeau d'orfèvrerie en l'honneur de Saint Louis, « le plus beau tombeau du monde » selon son chroniqueur, Guillaume de Nangis. Ces trois monuments seront détruits pendant la guerre de Cent Ans.

Les gisants médiévaux, de la commande dite de Saint Louis, sont conçus sur le modèle des statues-colonnes qui décorent les portails d’église. En ce XIIIe siècle, elles figurent parmi les premières sculptures funéraires réalisées pour l’abbaye de Saint-Denis. Auparavant, seules des dalles de pierre gravées, disposées sur le sol près du maître-autel, marquaient l’emplacement des sépultures royales. La réorganisation de la nécropole, lancée par le pouvoir capétien, entraîna la découverte et la translation des restes de seize souverains, inhumés entre le VIIe et le XIIe siècle. Leurs ossements furent alors déposés dans des coffrets au-dessus desquels on disposa seize gisants au visage idéalisé, expression majestueuse de la fonction royale. Le mode de représentation de ces sculptures est relativement uniforme. Les souverains portent couronne et sceptre. Ces gisants, qui étaient peints à l'origine de couleurs vives, sont vêtus à la mode du XIIIe siècle. Ils ne sont pas figurés morts; ils ont les yeux ouverts sur la lumière éternelle. Ils affirment la croyance en la Résurrection. Ils sont tournés vers l’Est, vers le soleil levant, image du Christ dont ils attendent le retour.

Mais l’aménagement voulu par le pouvoir capétien était aussi politique. Il s’agissait d'assurer, par la représentation sculptée, la mémoire de la continuité dynastique entre Mérovingiens, Carolingiens et Capétiens.
Il convenait de diffuser aussi cette affirmation par le livre. La bibliothèque du monastère, à la fin du Moyen Age, est la plus importante du royaume. Le rôle de l'abbaye est de conserver, fixer et diffuser la mémoire de la dynastie régnante. A la demande de Saint Louis, le moine Primat traduit, pour la première fois en langue française, un énorme ensemble de textes, première esquisse d’une histoire de France. Ce recueil des chroniques officielles du royaume se développera jusqu'au XVe siècle, sous le nom de Grandes Chroniques de France. Par l’élaboration de textes favorables à la monarchie, comme par la réalisation d’image sculptée des rois, la dynastie capétienne associe les lointaines origines du royaume franc à celles de sa famille.
Les gisants médiévaux

Le gisant est une sculpture représentant un personnage allongé. Le mot « gisant » vient de gésir « être allongé ». On trouve plus de 70 gisants à Saint-Denis. Outre les quatorze gisants de la commande de Saint-Louis, on trouve à Saint-Denis de nombreux tombeaux de Capétiens : Philippe III le Hardi, Isabelle d’Aragon, Philippe IV le Bel, Louis X le Hutin, Jean Ier le roi enfant. On trouve aussi des tombeaux de Valois : Philippe VI de Valois, Jean II le Bon, Charles V, Charles VI, Isabeau de Bavière. On trouve encore des sculptures de princes ou de rois provenant d’autres lieux : Clovis, Childebert, Frédégonde, Charles d’Anjou, les ducs d’Orléans, mais aussi des tombeaux de serviteurs de la monarchie : Du Guesclin, Louis de Sancerre. Alors que les gisants du XIIIe siècle sont quelques peu hiératiques, les gisants de Philippe III le Hardi, de Philippe IV le Bel et surtout celui d’Isabelle d’Aragon, belle-fille de Philippe III le Hardi, développent une image plus réaliste qui, peu à peu s’imposera.

Aux pieds des gisants de femme, le plus souvent, on trouve fréquemment des chiens, signe de fidélité. Mais cette fidélité représente plutôt celle du chien-guide dans les royaumes souterrains de la mort. Le lion, souvent aux pieds des hommes, représente la puissance, la force, mais aussi la Résurrection, car une légende assurait que le lionceau n’ouvrait les yeux que trois jours après sa naissance.
Au Moyen Age, on réalisait généralement trois gisants : un gisant d’entrailles, un gisant de cœur et un gisant de corps. Le roi était ainsi honoré par trois tombeaux. Cette multiplication des sépultures résulte des difficultés de conservation des corps lors de leur transport. Après le décès, on ouvre le ventre du défunt et on en retire les viscères. Puis on procède à l’ablation du cœur. On identifie un gisant de cœur par la présence d'un petit cœur sculpté dans la main gauche du personnage et un gisant d’entrailles par la présence d’un petit sac dans une main. A Saint-Denis, se trouvaient les gisants les plus nobles, les gisants de corps.

Les techniques de conservation des corps étaient rudimentaires au Moyen - Âge. Pendant le transport, on le recouvrait de sel, d’aromates et de vin qui jouait alors un rôle d’antiseptique. Plus surprenante fut la coutume, notamment utilisée pour Saint Louis, qui consistait à faire bouillir le corps afin de séparer les chairs et les os. Lorsque le souverain mourut de la dysenterie à Carthage, les chairs du saint roi furent enterrées à la cathédrale de Monreale, en Sicile et les ossements transportés à Saint-Denis. Du col de la Chapelle, située au Nord de Paris, jusqu’à l’abbaye royale, Philippe III le Hardi transporta sur ses épaules les cendres de son père ; un parcours qui sera plus tard jalonné de sept stations de pèlerinages identifiées par des croix et des sculptures royales, les Montjoies.

Les funérailles royales


Les trois tombeaux à deux étages de Louis XII, François Ier et Catherine de Médicis sont construits selon le même modèle : en bas, les corps, le plus souvent représentés de manière macabre, les « transis »; en haut, les âmes sereines qui prient pour s’élever vers Dieu.

C'est probablement de la cérémonie des funérailles que naît l'invention des monuments de style Renaissance à deux étages. A la mort du souverain, on réalise, de Charles VI à Henri IV, une effigie funéraire du roi avec un visage en cire à qui l'on donne, plusieurs fois par jour, des repas solennels. Disposé sur un lit de parade, ce mannequin représente la permanence de la monarchie. Le jour de l'inhumation, le cercueil est placé à l'intérieur d'un catafalque et l'effigie sur la plate-forme supérieure. Ainsi le tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne traduit en marbre les architectures éphémères des funérailles.

Le tombeau de François Ier célèbre le roi chevalier, vainqueur à Marignan en 1515, alors que Catherine de Médicis, en célébrant des thèmes religieux et catholiques, célèbre la sensibilité maniériste italienne.
Alors que les corps royaux des souverains médiévaux et de la Renaissance étaient inhumés, directement, sous les monuments sculptés, les Bourbons, dès Henri IV, furent inhumés dans la partie centrale de la crypte aménagée en caveau des Bourbons. Tous ces souverains reposaient dans de simples cercueils de plomb entourés de bois.
Des troubles révolutionnaires aux travaux de restauration du XIXe siècle

En 1792, l’abbaye est supprimée. En 1793, à la suite de la mort de Louis XVI, le député Barère demande à la Convention la destruction, à Saint-Denis, “ des monuments de la féodalité et de la royauté ”. La Révolution s’attaque ainsi à la puissance symbolique des objets de l’Ancien Régime. La France, en guerre, a besoin de métaux pour fabriquer des armes. C’est pourquoi le toit en plomb de la basilique est fondu, ainsi que plusieurs plaques et tombeaux en métal. A Saint-Denis, ce n’est pas le peuple en fureur qui détruit, mais la Convention qui paye, en août 1793, un entrepreneur et des ouvriers pour démonter les tombeaux et en détruire certains.

A l’automne 1793, les dépouilles royales, exhumées des tombeaux de la basilique, sont placées dans deux fosses communes creusées dans le cimetière au Nord de l’abbatiale, l’actuel jardin Pierre de Montreuil. Les ouvriers, armés de pioches et de leviers, s’attaquent aux cercueils. Un procès-verbal d’exhumation des corps est dressé par un ancien moine bénédictin de Saint-Denis, Dom Poirier, qui est un témoin scrupuleux et détaché de ces journées. La première dépouille exhumée est celle d’Henri IV. Le vert-galant est si bien conservé, momifié naturellement, qu’on l’expose, deux jours durant, contre un pilier de la crypte. Louis XIV est noir comme de l’encre. Louis XV, soigneusement enveloppé dans des linges et des bandelettes, paraît en bon état. Mais dès qu’on le souleva, le corps tout entier tomba « en putréfaction liquide ».

Aujourd’hui, aucun de ces tombeaux ne contient d’ossements.
A la suite de ces évènements, l’abbatiale devient un entrepôt. Chateaubriand, dans le Génie du Christianisme, décrit cette ruine: “ Saint-Denis est désert. L’oiseau l’a pris pour passage, l'herbe croît sur ses autels brisés et on n'entend plus que les gouttes qui tombent par son toit découvert ”. Le souhait, non réalisé, de Napoléon Ier de s’y faire enterrer permit la restauration du monument, à partir de 1806. Il réintroduit l’exercice du culte en 1802.
En 1814, Louis XVIII monte sur le trône. Le roi n’a alors de cesse de redonner à la basilique son caractère de nécropole royale. Il ordonne tout d’abord la recherche, dans le cimetière jouxtant la basilique, des cendres des rois que la Révolution avait exhumées de leurs tombeaux. Au bout d’une semaine d’efforts, plusieurs ossements royaux sont découverts et installés dans un ossuaire, encore en place dans la crypte aujourd’hui.
Le 21 janvier 1815, date anniversaire de la mort de Louis XVI, il décide de transférer, en grande pompe, du cimetière de la Madeleine (actuelle chapelle Expiatoire) à Saint-Denis, les cendres du souverain guillotiné et de Marie-Antoinette. Il fit aussi ramener les dépouilles de Louis VII et de Louise de Lorraine, l'épouse d’Henri III. Les six dalles de la crypte en marbre noir, réalisées en 1975, sont comme un souvenir de cette translation. L’une d’entre elles, sans inscription, était destinée à recevoir le corps de Charles X, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, mort en exil en 1836 et enterré dans un monastère de l'actuelle Slovénie, proche de Gorizia. Il fut question du retour de ses cendres et d’ossements il y a quelques années, mais le projet n’aboutit pas.
Tout au long du XIXe siècle, la basilique fut le théâtre de toutes les expérimentations en matière de restauration de monuments historiques. En guise de nettoyage de la pierre, on gratta parfois les parements, jusqu’à retirer dix centimètres d’épaisseur de mur. On voit, aujourd’hui encore, des témoins de ces restaurations.

Les gisants furent installés chronologiquement dans la crypte, puis replacés par Viollet-le-Duc à leur emplacement initial. Napoléon Ier, qui n’aimait pas les différences de niveau dans l’église, décida de faire rehausser le sol de la nef de plusieurs mètres.
En 1836, la foudre frappa la flèche de la tour Nord qui s’élevait à 86 m. Rapidement reconstruite par l’architecte Debret, elle dût être entièrement déposée en 1845 (à cause de fissures dans les maçonneries) par Viollet-Le-Duc, qui, de ce fait, transforma sensiblement, jusqu’à nos jours, l’image même de la façade du bâtiment.
3 – Une architecture novatrice
La construction de la basilique s’organise, au cours des siècles, autour de la tombe de saint Denis. Les différentes architectures qui se sont succédées en ces lieux du Ve siècle au XIIIe siècle : l’église carolingienne, la basilique de Suger et l’immense vaisseau de Saint Louis furent toutes considérées comme des chefs-d’œuvre novateurs en leur temps.

Saint Denis et la crypte archéologique

Le rayonnement spirituel de saint Denis contribuera grandement à la puissance temporelle de l’abbaye. La vie de Denis, considéré comme le premier évêque de Paris, martyrisé vers 280, nous est surtout connue par une série de légendes écrites à l’ombre de son tombeau, du Ve au XIVe siècle. Ce lieu de pèlerinage attire, dès le Ve siècle, la dévotion des différentes dynasties royales. Au IXe siècle, 600 ans après la mort du saint, l’abbé de Saint-Denis, Hilduin, fixe la légende de saint Denis. Selon ce récit, il est décapité sur la butte Montmartre, le mont des martyrs, d’où il portera sa tête dans ses mains jusqu’à l’actuel emplacement de la Basilique. Ce texte contribuera à décupler le prestige de l’abbaye dionysienne. L’épisode de la céphalophorie contribue notamment à l’édification spirituelle des chrétiens.
La riche et très influente noble parisienne, sainte Geneviève, très attachée à saint Denis, fait sans doute construire en 475, sans qu’on puisse l’affirmer, un premier bâtiment de 20m de long sur 9m de large, dont il subsiste aujourd’hui quelques murs de fondation. La volonté de nombreux aristocrates de se faire inhumer auprès de saint Denis entraîne l’agrandissement, au VIe et VIIe siècles, de la basilique.
Au VIIIe siècle, à l’occasion de son sacre, Pépin le Bref décide la reconstruction de l’édifice à la manière des édifices romains de type basilique. On peut voir aujourd’hui, dans l’immense crypte de la basilique, riche de l’histoire la plus ancienne de Saint-Denis, une fosse qui conserve le souvenir de l’emplacement de la tombe et des reliques de saint Denis et de ses deux compagnons de martyr, installés à cet endroit jusqu’au XIIe siècle. Cette fosse est le centre de tous les édifices construits, de la première chapelle, du IVe ou Ve siècle, jusqu’à l’abbatiale du XIIIe siècle.
Les amoureux de l’art roman trouveront aussi, dans la crypte de Saint-Denis, un des rares témoignages de cet art en Ile-de-France. Cet espace conserve plusieurs chapiteaux historiés, notamment dédiés à la vie de saint Benoît, et des chapiteaux à décor de feuillages. Sa massivité a servi de point d’appui au nouveau chevet supérieur que le célèbre abbé de Saint-Denis, Suger, crée dès 1140.

L’abbé Suger, créateur de l’art gothique


Cet homme "petit de corps et de famille, poussé par sa double petitesse, refusa dans sa petitesse d'être petit". Cette épitaphe traduit les origines modestes du prélat. Suger (1081-1151), né près de Saint-Denis, fils de gros paysans, devient ainsi oblat à l’âge de dix ans. Prévôt, puis abbé de Saint-Denis, voyageur infatigable, il entretient une relation privilégiée avec le pape, les évêques et les rois, dont il fut conseiller auprès de Louis VI et de Louis VII. Diplomate, régent de France pendant deux ans à la fin de sa vie, il meurt à Saint-Denis à l’âge, respectable en ces temps, de 70 ans. Cet homme d’exception, excellent administrateur, chroniqueur méticuleux de son œuvre, fera de Saint-Denis l’une des plus puissantes abbayes du royaume, enrichie par les dons royaux.
Suger est l’un des personnages centraux de l’abbaye de Saint-Denis. Dès 1135, il se consacre à la reconstruction du vieil édifice carolingien. Il édifie de 1140 à 1144, « en trois ans, trois mois, trois jours » nous dit-il, un nouveau chevet lumineux. Cette nouvelle architecture prestigieuse est à l’image du royaume capétien en pleine expansion. Issue de la synthèse d’expériences techniques européennes, elle est liée à une conception théologique de la lumière qui s'inspire des textes mystiques du Pseudo Denys, l'une des bases de l'enseignement de l'époque. Par sa vision architecturale novatrice, il consacre la naissance en Ile-de-France, de ce que les détracteurs italiens de la Renaissance appelleront, avec mépris l’art gothique.

Ce nouveau chevet lumineux est plus adapté à la présentation des reliques des saints vénérées par des pèlerins de plus en plus nombreux. En effet, l’exiguïté de la crypte carolingienne, où se trouvaient les reliques, entraînait de graves difficultés lors des pèlerinages. La foule était si dense que, selon Suger, des femmes oppressées s’évanouissaient ou mourraient en poussant des cris épouvantables.

Par ailleurs, l’originalité architecturale de ce chevet, dont les parties hautes ont été reconstruites au XIIIe siècle, réside dans l’utilisation d’une forêt de colonnes monolithes, supportant une des premières voûtes sur croisée d’ogives parfaitement maîtrisée. Cet espace est à l’image d’une immense châsse reliquaire inondée de lumière colorée abritant les reliques du saint. L’absence de murs entre les chapelles et le doublement de la surface vitrée dans chacun de ces espaces de prière, crée un mur exceptionnel de lumière continue.

Ce chevet est consacré le 11 juin 1144 lors d’une procession conduite par le roi Louis VII et la reine Aliénor d’Aquitaine. Une vingtaine d'évêques, de nombreux abbés et le légat du pape transportent, de l’étroite et sombre crypte carolingienne vers le nouveau chevet, les trois reliquaires en argent des saints Martyrs. Disposées dans un somptueux autel, aujourd’hui disparu, ruisselant d’or et d’argent, les reliques sont désormais en pleine lumière et visibles par tous, de toutes les parties de l’église. Aujourd’hui encore, l’autel du XIXe siècle abrite trois reliquaires contenant des ossements.

La parure de l’église : les vitraux


Des vitraux du XIIe siècle, il ne subsiste à Saint-Denis que cinq verrières et quelques éléments démontés, en 1997, en vue de leur restauration. Ils sont en partie actuellement remplacés par des films photographiques.

Dès le XIIe siècle, fait rarissime, un maître verrier est attaché à l'entretien des vitraux qui auraient coûté plus cher que la construction, en pierre, de l’édifice. C’est dire toute l’importance que Suger attachait à la lumière.

Les sujets traités sont riches, complexes, essentiellement destinés aux moines érudits. Les grands thèmes de la façade occidentale du XIIe siècle, qui commente l’Ancien Testament comme préfiguration du Nouveau Testament, trouvent leurs aboutissements dans la verrière de la vie de Moïse et dans celle que Suger nomme verrière anagogique, c’est-à-dire "qui conduit vers le haut".
La chapelle axiale abrite le thème de l'arbre de Jessé, célèbre tout au long du Moyen-Âge. Cette généalogie simplifiée de Jésus représente celle qui ouvre l’évangile de saint Mathieu. Mais pour Suger, c’est aussi une image idéale de la royauté. Présenté par Richelieu comme le premier grand serviteur de la monarchie, l’abbé Suger contribue à enraciner l’idée que le roi capétien, nouvelle image du Christ sur terre, ne peut être le vassal de personne, sinon du bienheureux Denis.
Les vitraux des parties hautes de l’édifice sont des créations du XIXe siècle, commandés par les architectes Debret et Viollet-le-Duc. Les verrières médiévales des fenêtres hautes ont été détruites pendant la Révolution pour récupérer le plomb. Dans les parties hautes du chœur, les vitraux racontent la légende de saint Denis et plusieurs épisodes de l'histoire de la Basilique. Dans la nef, la longue galerie de rois et de reines débouche sur deux immenses roses. La rose Sud est une structure de pierre de plus de 14 m de diamètre, qui aurait servi de modèle à celle de Notre-Dame de Paris. Cette roue de lumière montre autour de la figure centrale du Dieu bénissant, des anges, les douze signes du zodiaque représentant la course du soleil et vingt-quatre travaux agricoles réalisés au cours de l’année.

Le verre coloré, denrée très rare au Moyen-Âge, est magnifié. Saint Bernard le compare à Marie. La lumière le traverse, sans le détruire, à l’image de la Vierge donnant la vie à Jésus en restant pure. Cette comparaison montre tout l’intérêt porté au vitrail. Son rôle d’enseignement théologique, destiné à une population souvent illettrée, se conjugue avec l’émerveillement spirituel créé par des milliers de petits morceaux de lumières colorées. L’ensemble des vitraux concourt à donner à l'édifice l'image d'une cité fabuleuse qui l'assimile à la Jérusalem céleste.

L’architecture gothique rayonnante


Dès 1231, Saint Louis participe financièrement à la reconstruction de l’abbatiale, œuvre majeure de l’art gothique du XIIIe siècle. Terminés en 1281, les travaux auront duré moins de cinquante ans, signe de l’immense richesse de l’abbaye. Pierre de Montreuil, un des principaux architectes du temps, maître d’œuvre d’une partie de Notre-Dame de Paris, du réfectoire de Saint-Germain-des-Prés, participe à ce grand chantier du siècle.
L’impression de hauteur est très forte dans la basilique. Les maîtres d'œuvres utilisèrent notamment des piliers formés par plusieurs colonnettes engagées, chacune correspondant aux nervures des différents arcs des voûtes. Ce système entraîne inconsciemment l’œil du visiteur de la base de la colonne à la naissance de la voûte. Ainsi les 28 mètres de hauteur sous voûte en paraissent beaucoup plus. L'architecture gothique, on disait alors « l'art français », atteint son apogée en ce siècle. L'ampleur des bâtiments résulte de l'évolution rapide des techniques de construction, de l’utilisation des arcs-boutants et du système d’organisation des chantiers. La recherche de l’élévation maximale se conjugue au XIIIe siècle avec la volonté d’évider le bâtiment jusqu’à ce qu’il devienne un écrin de lumière.

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