La recherche de l’absolu (1834) 55







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Dossier BALZAC

H. de Balzac 3

Biographie 4

Une vie de galérien… fastueux 13

Le grand amour d'Honoré de Balzac 18

Oeuvre 21

Plan de la Comédie humaine 22

Un plan de lecture de la Comédie Humaine, à partir de la chronologie de l'intrigue. 25

La Comédie humaine 27

Le réalisme 29

Balzac théoricien 30

La planète Balzac 32

La passion selon Balzac 33

Etudes Philosophiques 35

Balzac à la carte 36

Quelques résumés rapides… 37

Le père Goriot (1834-1835) 39

Le père Goriot - Résumé (2) 41

Eugénie Grandet (1933) 44

Eugénie Grandet -Fiche de lecture 46

Les Chouans (1829) 48

La maison du chat-qui-pelote (1830) 50

Balzac Illusions perdues (1837) 52

Splendeurs et misères des courtisanes (1838-1847) 52

La cousine Bette (Scènes de la vie parisienne, 1846) 53

Le cousin Pons (1847) 53

Le colonel Chabert (1832) 54

Louis Lambert (1832) 54

La femme de trente ans (1834) 54

Le médecin de campagne (1833, Scènes de la vie de campagne) 55

Ferragus (1833) 55

La recherche de l’absolu (1834) 55

La duchesse de Langeais (1839) 56

La recherche de l’absolu (1834) 56

L’illustre Gaudissart (1834) 56

La fille aux yeux d'or (1834) 57

Melmoth réconcilié (1835) 57

Le lys dans la vallée (première étude des Scènes de la vie de province, 1835) 58

Les contes drolatiques (1837) 58

Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau (1837) 59

Une fille d'Ève (1838) 60

Massimilla Doni (1839) 60

Les secrets de la princesse de Cadignan (1839) 60

Un prince de la Bohême (1840) 60

Pierrette (1840) 61

Pierre Grassou (1840) 61

Z. Marcas (1840) 61

Ursule Mirouët (1841) 62

Béatrix () 62

Un homme d’affaires (1845) 62

Les paysans (posthume, 1855) 63

Eugène de Rastignac, personnage balzacien 64

L'ascension de Rastignac dans la Comédie Humaine 65

Le Cabinet des Antiques 66

Le portrait de Benassis 67

Analyses 69

Baudelaire à propos de Balzac 70

Balzac, vu par Baudelaire 71

Extrait du discours de Victor Hugo sur la tombe de Balzac, le 21 août 1850: 73

Les métamorphoses du pacte diabolique dans l'ouvre de Balzac. 75

Pour une Esthétique du personnage : Balzac et le problème de la représentation dans les Scènes de la vie privée. 78

François Bon / Réinventer Balzac 86

Honoré de Balzac, l'invention de la modernité 89

Au miroir de Michel Butor, Balzac est notre contemporain 91

Les femmes fatales 95

Pierre Lepape: Spécial Balzac : du talent au génie 97

Avant-propos et préface de la Comédie Humaine 102

Avant propos 103

PREFACE de l'édition originale 105

Extrait de la Préface de 1842 109

COMPOSITION FRANÇAISE 110

Quelles réflexions vous suggèrent ces propos de Balzac ? 110



H. de Balzac




Biographie


Né à Tours le 20 mai 1799 — mort à Paris le 18 août 1850.

Après des études classiques dans sa Touraine natale, dès seize ans, il poursuit sa formation à Paris, et apprend le droit en étant clerc chez un avoué puis chez un notaire. À vingt ans, d'accord avec sa famille, qui lui donne deux ans pour faire ses preuves, il abandonne le droit pour la littérature. Ces deux années constituent l'apprentissage du romancier. Il s'agit d'observer la nature humaine qu'il ambitionne de dépeindre et d'apprendre la technique de l'écriture romanesque. Ses premiers essais, dont il n'est pas satisfait, sont publiés sous des pseudonymes. De retour dans sa famille au bout des deux ans imposés, il obtient de nouveaux délais, et continue, jusqu'en 1825, à publier sous de faux noms.

La protection mondaine et financière de Madame de Berny, de quinze ans son aînée, avec qui il entretient pendant dix ans (1823 - 1833) une liaison qui lui fait une position dans le monde, le lance dans l'édition et l'imprimerie, aventures qui le laissent lourdement endetté. Toute sa vie, malgré les énormes gains que lui vaut la publication de ses œuvres, Balzac reste en butte aux poursuites de ses créanciers, qu'une gestion désordonnée et un goût immodéré pour le luxe multiplient à ses trousses. La production forcenée de romans, entretenue par une imagination et une énergie prodigieuses, et soutenue par une consommation massive de café, maintient seule l'équilibre précaire de ses ressources.

C'est en 1829 qu'il publie enfin sous son nom deux œuvres qui contiennent déjà ses principaux thèmes romanesques : La Physiologie du Mariage, essai psychologique et social, et Le Dernier Chouan..., roman historique. Pendant vingt ans, il produit sans interruption une œuvre qu'il regroupe dès 1830 sous un premier titre générique, Études sociales, réparties en Scènes de la vie privée, Études de mœurs, etc. À l'intérieur du monde romanesque qu'il crée, le retour de certains personnages donne l'impression d'un monde exactement calqué sur le milieu social où vit l'homme réel. Il bâtit roman après roman cet ensemble qui prend en 1841 le nom de Comédie humaine. Les premiers succès de Balzac auprès du grand public sont, en 1831, la Peau de chagrin et, en 1834, le Père Goriot, qui présentent une image de la société telle que la voit l'auteur, dominée par l'argent et l'ambition sociale, régie par l'appartenance à telle ou telle classe, et traversée par l'influence occulte de rapports mystérieux unissant le physique au moral. Qu'il peigne Paris (Splendeurs et misères des courtisanes, les Illusions perdues, la Peau de chagrin, le Père Goriot,...) ou la province (Le Curé de Tours, le Lys dans la vallée, Eugénie Grandet,..), ou encore qu'il plonge dans l'histoire récente (Les Chouans, l'Histoire des Treize,...), il crée un univers dynamique dont les individus constituent, par l'addition de caractères psychologiquement déterminés, une architecture sociale complexe dans laquelle le lecteur est plongé par approches successives.

Il vient d'épouser Madame Hanska, riche veuve polonaise avec qui il entretient depuis plusieurs années une correspondance amoureuse, lorsqu'il disparaît, à peine âgé de cinquante ans, à la tête d'une œuvre colossale, compte tenu de la brièveté de sa carrière.

Le théâtre n'est pas, pour Balzac, l'expression littéraire la plus naturelle, mais, au XIXe siècle, le genre dramatique est celui qui permet le plus rapidement de se faire de l'argent. Aussi l'éternel endetté se lance-t-il avec ardeur dans l'écriture dramatique. Dès son plus jeune âge, il a commis, sept ans avant Victor Hugo, un Cromwell en cinq actes et en vers qui est irrémédiablement condamné par les autorités consultées. Après plusieurs tentatives avortées — esquisses inachevées, projets refusés (l'École des ménages, en 1839), ou représentation interdite (Vautrin, en 1840) — les Ressources de Quinola sont enfin créées à l'Odéon, en 1842, échec mémorable qui limite à 19 le nombre des représentations. Suivent néanmoins Paméla Giraud (Théâtre de la Gaîté, 1843, 21 représentations), la Marâtre (Théâtre Historique, 1848). C'est à la Comédie-Française que Balzac destine le Faiseur, reçu par le Comité de lecture en décembre 1848, mais c'est au Théâtre du Gymnase que la pièce est créée, sous le titre de Mercadet, un an après la mort de l'auteur.

La Comédie-Française met enfin la pièce au répertoire en 1868, avec succès. Mercadet, repris en 1879, en 1887, en 1899, en 1918, puis, sous son titre original, le Faiseur, en 1993, fait aussi au XXe siècle une belle carrière sur d'autres scènes. À la Comédie-Française, c'est également sous forme d'adaptations que Balzac trouve sa place au répertoire, avec Vautrin d'Émile Guiraud, en 1922, et surtout la Rabouilleuse d'Émile Fabre (d'après Un ménage de garçons, entrée au répertoire en 1936) qui connaît de nombreuses reprises.

Autre biographie…
Écrivain français (Tours, 1799 — Paris, 1850).

La haute stature de Balzac domine tout le XIXe siècle. Journaliste, industriel manqué, créateur de près de cent romans en vingt ans, figure brillante d'une société à laquelle il finit par s'imposer, mais perpétuellement endetté, Balzac se confond avec cet «enfant du siècle» dont il a contribué à construire le mythe: homme d'action et de désir en même temps que rêveur déchiré, blessé par les contradictions du monde moderne.
Tandis que Balzac se réclamait de ces «deux vérités», le trône et l'autel, Hugo reconnaissait en lui un écrivain révolutionnaire; tandis que ses contemporains le prenaient pour un «réaliste», Baudelaire le saluait comme un prodigieux visionnaire. Son œuvre accueille ces tensions dynamiques et critiques. Elle en vit: c'est cette complexité irréductible qui fait de la Comédie humaine une œuvre majeure de la littérature mondiale.
Une famille sans chaleur

Le père de Balzac, Bernard François Balssa – sans particule –, fonctionnaire impérial, fils de la Révolution française, avait épousé à cinquante et un ans une jeune fille qui en avait dix-neuf: cette histoire vraie pourrait être le point de départ d'un roman balzacien. De fait, Honoré ne cessera de raconter les femmes mal mariées, les drames de la vie privée, le pourrissement des couples. À un père libéral, confiant dans les idéaux progressistes de son temps, répond une mère qui aime sans doute peu des enfants infligés et se replie dans la tristesse d'une vie solitaire. Les hasards des nominations ont fait naître Balzac, en 1799, à Tours: il n'est pas l'enfant d'un terroir, et sa Touraine sera celle qu'adulte il conquerra. Mis en nourrice, puis enfermé au collège de Vendôme de huit à quatorze ans, Balzac garde de son enfance peu de souvenirs heureux, tout comme ses sœurs – Laure, née en 1800, et Laurence, en 1802.

(A huit ans, Balzac fut envoyé au collège de Vendôme où il sera pensionnaire. Il vécut une expérience traumatisante qui donna lieu à l'œuvre Louis Lambert en 1832)
Dès 1814, la famille s'installe à Paris, et Honoré devient élève de l'actuel lycée Charlemagne. Entre-temps un enfant adultérin est né: l'auteur de la Physiologie du mariage osera dire que l'adultère est la réponse aux souffrances de la vie conjugale.
Débuts d'écrivain

Il était dans la logique paternelle qu'Honoré devînt notaire. Mais, ses études de droit terminées, il choisit de devenir écrivain: c'est rompre à la fois avec une certaine idée de la réussite bourgeoise et avec sa famille, décider d'être le fils de ses œuvres. Le jeune Balzac était alors «de gauche» et, outre qu'il avait lu Locke et avait été marqué par son matérialisme, il s'intéressait aux idées des saint-simoniens. Ce choix est aussi celui de la gêne: Balzac s'installe dans une mansarde, rue Lesdiguières, et se met au travail. Transposée, cette expérience se retrouve dans plusieurs de ses romans: à vingt ans, Balzac a connu la vie d'un étudiant pauvre et d'un créateur qui se cherche.
Pour réussir en littérature vers 1820, il fallait écrire pour le théâtre, faire de l'histoire ou de la poésie. Balzac essaie une tragédie, Cromwell. C'est un échec. Pour vivre, il se fait romancier fournisseur de cabinets de lecture et publie sous divers pseudonymes des petits romans anti-romantiques et satiriques: Jean Louis, l'Héritière de Birague (1822). Ses pseudonymes ont un trait commun, celui de la noblesse: Horace de Saint-Aubin, lord R'Hoone.
Vie privée et inspiration

Dans sa vie privée, les événements se bousculent: ses deux sœurs se marient. Laurence, la cadette, mourra en 1825, abandonnée, après avoir connu un enfer conjugal. Quant à Balzac, il devient en 1822 l'amant de Laure de Berny, de loin son aînée, qui lui tiendra lieu de tout: mère, maîtresse, initiatrice au monde, soutien financier dans les entreprises hasardeuses qu'il va bientôt tenter. Si Mme Balzac a été la première «femme de trente ans» qu'il ait rencontrée, Mme de Berny a été le modèle de toutes ces femmes qui hantent le monde de Balzac, femmes mûres, souvent désenchantées, qui aiment – alors qu'elles ont déjà vécu – des jeunes gens à qui elles apprennent l'essentiel: telle est Mme de Mortsauf (le Lys dans la vallée), ou Mme de Bargeton (Illusions perdues).
Par un mouvement de va-et-vient constant de sa vie personnelle à son écriture, Balzac (toujours pseudonyme et parfaitement obscur) écrit des romans dans lesquels les thèmes privés gagnent en importance: Annette et le Criminel (1823), le Colonel Chabert (1832) et surtout Wann Chlore (publié en 1825), dont l'héroïne promet toutes les jeunes filles balzaciennes à venir. De même la Dernière Fée esquisse une structure qui deviendra essentielle à son univers romanesque: celle de la tension entre l'idéal et la réalité, et du jeune homme déchiré entre la femme sans cœur et l'ange.
Manquée sur le plan de la réussite littéraire, cette première carrière a son importance pour la construction de la suite.
Des affaires aux premiers chefs-d'œuvre

Balzac veut du pouvoir et de l'argent. Il se lance dans les «affaires»: imprimerie, fonderie. En 1828, c'est la première catastrophe, modèle de toutes les autres: car Balzac, sa vie durant, a nourri d'extravagants projets, de la culture des ananas en région parisienne à l'exploitation en Sardaigne de mines d'argent désaffectées depuis l'Antiquité.
Il faut donc revenir à la littérature: cette fois Balzac essaie un roman historique (genre à la mode depuis le succès de Walter Scott au début du XIXe siècle), le Dernier Chouan, où il donne des guerres de l'Ouest pendant la période révolutionnaire une image antilibérale, et un essai quasi sociologique, la Physiologie du mariage, où il décrit sur un mode humoristique l'institution conjugale, tout en laissant paraître la gravité et le tragique de son sujet. Les premières Scènes de la vie privée vont enfin paraître: à la veille de la révolution de Juillet, Balzac – qui va signer Honoré de Balzac – est tenu pour le spécialiste de la femme et du mariage.
Journaliste politique

Il devient journaliste dans l'équipe d'Émile de Girardin et tient une chronique politique régulière dans le Voleur: «Lettres sur Paris». C'est alors la naissance du journalisme moderne, et jamais cette activité ne sera seconde pour Balzac; elle accompagne toute sa création, l'ancre dans le présent, lui permet de réfléchir à ses choix politiques (il vire au légitimisme en 1831), modèle son écriture et surtout le lance dans le Tout-Paris du moment. Le succès semble venir: la Peau de chagrin , conte philosophique dans le Paris de 1830, est salué par tout ce qui compte.


La réussite

Selon le monde, selon son propre désir, Balzac a réussi, à plus de trente ans. Ses rêves d'intégration et de reconnaissance sont si intenses qu'ils le conduisent à fréquenter les milieux aristocratiques et à vouloir pour maîtresse la marquise de Castries.
Sa toute neuve réputation de connaisseur du cœur féminin lui vaut de recevoir, en 1832, une lettre poétiquement signée «l'Étrangère»: elle est d'une comtesse polonaise, Ève Hanska, mariée et vivant en Ukraine. C'est le début d'une histoire romanesque, qui durera jusqu'à la mort de l'écrivain.
Pour l'heure, Balzac vit dans le luxe, s'habille comme un dandy, à défaut d'en avoir le physique, dépense sans compter les avances versées pour des œuvres qu'il n'a pas encore écrites et qu'il s'épuise à livrer à temps. Il court après le temps, après les illusions du monde. Il travaille dix-huit heures par jour, buvant des torrents de café, et frôle la folie en juin 1832. Partiellement autobiographique, le roman Louis Lambert porte les stigmates de cette crise: Louis, figure d'intellectuel blessé, exalté, romantique, meurt fou.
Création d'un univers

Les romans se succèdent (deux, trois, par an), fondateurs de la mythologie balzacienne et de sa vision singulière du siècle. À Louis Lambert répond, en 1833, l'utopie du Médecin de campagne : organiser, pour conjurer les forces destructrices du désir; agir collectivement, pour substituer aux passions l'ordre socialisé. La Révolution, pour Balzac, loin d'avoir mis un terme aux injustices et aux inégalités, les a renforcées. Elle a exclu, marginalisé des milliers de gens: héros «populaires», criminels par misère, jeunes gens devant qui l'avenir est mort, femmes infantilisées par la législation napoléonienne. Le monde moderne est dur; les hommes et les femmes y souffrent. Le libéralisme est un mensonge qui a favorisé la montée des égoïsmes et la morale des intérêts. Le médecin de campagne, Benassis, est un cœur blessé, qui, parce qu'il a individuellement souffert, est capable de réfléchir de façon critique la société où il se trouve: ce qu'il y a de plus romantique chez Balzac, c'est l'évidence que la douleur fonde la conscience. Du même mouvement, pour en revenir aux forces destructrices du sujet, participe la Recherche de l'absolu, quête d'un fou génial fourvoyé dans le monde «réel».
À cet univers réel, il s'attache de plus en plus: les premières scènes de la vie de province, le Curé de Tours paru en 1833, et l'année suivante, Eugénie Grandet et l'Illustre Gaudissart, en témoignent. Balzac écrit et publie vite: une parenté évidente se manifeste entre ses divers romans. Cette année 1833, il imagine possible de faire revenir des personnages déjà créés dans ses romans antérieurs. Idée «géniale» selon l'intéressé lui-même, qui permettra de montrer l'unité de ce qui, du même mouvement, pourra devenir une fresque du monde moderne. C'est dans le Père Goriot

(1834-1835) que Balzac met pour la première fois en pratique cette innovation, dont les conséquences vont être fondamentales pour l'invention de la Comédie humaine.
L'organisation d'un système

Cependant, tandis qu'il inaugure sa liaison avec Mme Hanska (il va la rejoindre à Genève en 1834, à Vienne en 1835), Balzac en conduit une autre, avec la comtesse Visconti. Continuant à «faire des affaires», il achète un journal, la Chronique de Paris. Et il écrit toujours, au point, cette fois encore, de s'en rendre malade: après la publication du Lys dans la vallée, en 1836, il est victime d'une attaque. Année sombre: pendant qu'il voyage en Italie, Balzac apprend la mort de Mme de Berny, celle qu'il appela toujours la «Dilecta»; la Chronique de Paris fait faillite, et Balzac a un grave procès avec l'éditeur Bulloz.
Du roman-feuilleton au roman balzacien

Fin 1836, il se jette dans une nouvelle aventure journalistique et littéraire en faisant paraître dans la Presse, en douze livraisons, la Vieille Fille. C'était le début du roman-feuilleton, et Balzac ne pouvait rester étranger à aucune des inventions de son temps en ces domaines: il s'est voulu jusqu'à sa mort écrivain, journaliste, imprimeur.
Cette naissance du roman-feuilleton, nouveau support pour un nouveau public, coïncide avec la pleine maîtrise de cet instrument qu'il a inventé: le roman balzacien. Elle ouvre aussi la dernière «carrière» de Balzac et nourrit l'un de ses plus célèbres romans, Illusions perdues, des expériences toutes fraîches qu'il vient de faire: puissance de la presse et rôle d'une opinion publique avec laquelle il va falloir compter; commercialisation, industrialisation de la chose littéraire; circulation des idées comme des marchandises, commerce de l'esprit. La composition et la publication d'Illusions perdues s'étirent sur près de sept ans (1837-1843), ce qui ne signifie pas une baisse de l'activité créatrice de Balzac: de 1837 à sa mort, en 1850, il écrit plus de 23 romans, tente sa chance au théâtre, essaye encore d'avoir «son journal», la Revue parisienne (trois numéros). Les romans de cette fin de vie sont de ceux que la postérité a consacrés avec le plus d'enthousiasme: de César Birotteau (1837) à la Cousine Bette (1846) et au Cousin Pons (1847), en passant par Une ténébreuse affaire, les Mémoires de deux jeunes mariées (1841) ou Splendeurs et misères des courtisanes. Ce sont également ceux qui disent l'assombrissement définitif d'un monde que le moment romantique avait montré sous ses deux faces, lumière et nuit, et qui n'est plus que nuit.
Mais à partir de cette maîtrise conquise par Balzac se met en place une formidable machine romanesque: en 1841 apparaît sur un contrat le titre de Comédie humaine. En 1842, Balzac rédige l'avant-propos, où il justifie l'organisation de l'ensemble. C'est en 1845 enfin qu'il dresse le catalogue complet de sa Comédie telle qu'il la conçoit dans sa totalité: 137 romans, près de 2 000 personnages (46 romans sont restés à l'état de projet ou de simple ébauche).
Les dernières années

Entre-temps, avec la mort de l'époux de Mme Hanska, le rêve commencé sept ans plus tôt pouvait s'accomplir: en 1843, Balzac part rejoindre Ève à Saint-Pétersbourg, laissant derrière lui des difficultés telles qu'il était menacé de saisie. Il revient pour retrouver son travail, ses dettes, sa fuite en avant, et le médecin diagnostique chez lui une méningite chronique. Il voyage beaucoup à travers l'Europe avec son Étrangère, dont il espère même avoir un enfant (mais Mme Hanska, qui en 1846 a déjà quarante-cinq ans, ne mènera pas sa grossesse à terme), et partage ses deux dernières années entre la France et l'Ukraine. La révolution de 1848 ne lui inspire que des réflexions négatives, et, candidat à l'Académie française au fauteuil de Chateaubriand, il n'obtient que deux voix. Il épouse Mme Hanska le 14 mars 1850, en Ukraine. Fin juin, il ne peut plus du tout écrire. Épuisé, il rentre à Paris, pour mourir le 18 août. Hugo, qui prononça son éloge funèbre au Père-Lachaise, rapporte dans Choses vues le bref échange qu'il eut avec le ministre de l'Intérieur: «Il me dit: C'était un homme distingué. Je lui dis: C'était un génie.»
L'invention balzacienne du roman

Balzac est l'inventeur du roman du monde moderne, c'est-à-dire du monde révolutionné. Pendant tout le XIXe siècle, et durant une bonne partie du XXe, les romanciers français et étrangers se sont déterminés pour ou contre ce qui est vite devenu le «modèle balzacien». Ce romanesque est systématique – Balzac revendiquait l'esprit de système contre la tentation du «mosaïsme» – en ce sens qu'il se réclame explicitement d'une hypothèse scientifique: Balzac veut dresser la nomenclature et la classification des espèces humaines, comme Cuvier ou Geoffroy Saint-Hilaire ont pu le faire pour les espèces animales. Il croit le corps social identique à la faune naturelle. Il croit aussi que le travail de l'écrivain, analogue en cela encore à celui du savant, est de décrire et d'expliquer: «La Société devait porter avec elle la raison de son mouvement», affirme l'avant-propos de la Comédie humaine.
La réalité historique et sociale

Le milieu où cette tâche doit s'accomplir est celui de la réalité historique et sociale: romantique, Balzac sait que, depuis la Révolution, tout homme, grand ou humble, est embarqué dans l'histoire. L'histoire donne à chacun la forme de sa destinée; elle dispose des cœurs, des choix qu'on croyait personnels. Elle avance, et elle a un sens: écrire le passé sert à comprendre le présent, voire à anticiper sur le futur. L'histoire, tissu du texte, est aussi la vraie finalité de la poétique balzacienne; «historien fidèle et complet», «plus historien que romancier», mais capable de réussir là où l'histoire échouerait: «J'ai mieux fait que l'historien, je suis plus libre», c'est ainsi que Balzac se présente, affirmant encore que son rôle est de faire l'inventaire de la société française en «secrétaire» de cette société.

Qu'elle soit proche (épopée napoléonienne, Restauration), franchement contemporaine (monarchie de Juillet), à peine éloignée dans les consciences (guerres de Vendée), l'histoire est partout: fond, forme, dynamique du texte. Pour la saisir, le meilleur instrument est le roman: car le roman, grâce à Balzac, est un genre total, qui contient tout, «l'invention, le style, la pensée, le savoir, le sentiment» (la Muse du département). Souple, réaliste et visionnaire, universel et détaillé, il peut être une véritable somme. Il peut tout dire et tout éclairer, concurrencer non le seul «état civil», mais la science, analogique et déductif comme elle, comme elle épris d'abord de vérité.

Une conception globale de l'œuvre

Puisque «chaque roman n'est qu'un chapitre du grand roman de la Société» (préface d'Illusions perdues), l'organisation d'ensemble de tous ses livres devait être, pour Balzac, l'instrument parfait de cette expression totale du réel. Il disposait d'une vision philosophique globale de la vie, dominée par l'idée de la concentration nécessaire à l'énergie. Chaque individu, pour Balzac, possède en effet une certaine quantité d'énergie que l'action ou la volonté usent. Qu'il s'exerce à l'intérieur ou dans le monde extérieur, le désir mène l'être. Cette idée forte interdisait déjà à Balzac une conception dispersée de son œuvre. Il raisonnait par ensembles, par grands mouvements, par structures. La Comédie humaine est la systématisation de sa philosophie: en 1833 naît l'invention du «retour des personnages», mis en œuvre dans le Père Goriot.
Études du monde moderne

En 1834, Balzac conçoit l'ordre de l'ensemble en trois parties: «Études de mœurs», «Études philosophiques», «Études analytiques». En 1835, cherchant un titre pour le tout, il songe à «Études sociales». En 1842 enfin, il trouve «la Comédie humaine» et rédige l'avant-propos fameux où il s'explique.
Ce titre, à l'ambition démesurée, rappelle que le monde est un vaste théâtre où les hommes jouent, tant bien que mal, leur rôle avant de mourir, mais il désigne aussi l'œuvre comme le modèle fictif grâce auquel le romancier pénètre les mécanismes et les dévoile. Car tel est l'enjeu: démonter, démontrer, passionnément faire voir. Les «Études de mœurs» devaient représenter «tous les effets sociaux», tracer «l'histoire du cœur humain fil à fil». Après les effets, les causes: les «Études philosophiques» diront «pourquoi les sentiments, sur quoi la vie». La recherche des principes enfin était réservée aux «Études analytiques». L'édifice achevé, Balzac aurait écrit «les Mille et Une Nuits de l'Occident», selon ses propres termes.
«Les Mille et Une Nuits de l'Occident»

Il faut prendre ce rêve au sérieux. Pénétrer dans la Comédie humaine, c'est, en effet, franchir un seuil magique: du fond de la province française montent des silhouettes réelles et fantastiques, individualisées à l'extrême et pourtant typiques. Jeunes gens ambitieux que le mirage parisien va arracher à leur monotonie, jeunes filles qui se dessèchent aux côtés d'usuriers fous, de vieillards monstrueux, femmes de trente ans qui disposent d'infinies réserves d'amour, célibataires, nobles respectables mais perdus dans les souvenirs d'autres âges, philanthropes désespérés venus chercher l'ombre et le silence... Derrière les volets clos, dans les demeures minutieusement visitées, décrites – puisque, pour Balzac, les lieux produisent et révèlent les êtres –, des drames se nouent, des rancœurs et des haines mijotent, des passions se déchaînent.
On pousse une autre porte: à la province des héritages, de l'accumulation, de l'ombre et des fortunes sourdes, répond Paris en pleine métamorphose. Ville de toutes les tentations, de toutes les chances et de toutes les déconvenues. Ville envoûtante, fantastique sous la plume balzacienne. Enfer, vrai dieu du monde de Balzac, où se fixent les valeurs des hommes et des choses, où tournoient les plus belles femmes, où les dandys se montrent et où ne réussissent que les somptueux requins du monde moderne.
La Comédie humaine: plus de 2 000 personnages, intérêts, passions, souffrances mêlés; déchirés par la vanité, l'ambition, l'égoïsme... Car «les Mille et une Nuits de l'Occident», Balzac savait qu'elles seraient politiques, sociales, économiques! À la magie de l'Orient répond la réalité de l'Occident.
Le réalisme balzacien

Le réalisme balzacien – certains ont dit la «vulgarité» balzacienne – est fait d'abord d'une conviction: la réalité est saisissable par l'écriture. Car, pour Balzac, être réaliste ce n'est pas reproduire «la» réalité. Laquelle d'ailleurs?
Décrire pour comprendre

La première tâche est de comprendre: qu'on a changé de monde, qu'il y a de nouveaux sujets, de nouvelles forces, que l'histoire bouleverse les conditions et les mentalités, que les villes se transforment, que la bourgeoisie n'a pas les mêmes valeurs que la noblesse... Peindre la vie moderne, face obscure et face lumineuse. Donc parler d'argent, puisque l'argent mène le monde, monstre dont rien n'égale la violence destructrice et la puissance inventive, métaphore du désir et de la réussite. Réussir, dans le monde moderne, est-ce vraiment autre chose que «faire fortune»?
Décrire donc. Entrer dans les détails qui font sens: Balzac sait le pouvoir des vêtements, la fonction des meubles, le rôle des objets. Il prévoit que le monde moderne sera celui du fétichisme de la marchandise. Il sait qu'avoir vaut pour être.
Mais surtout interpréter, comprendre, donc inventer: le vrai de la nature et celui de l'art ne sont pas les mêmes. Pour être réaliste, il faut être surréaliste: pour être un romancier réaliste, il faut être épique et mythique. Le meilleur outil du «réalisme» balzacien, c'est l'imagination qui stylise, typifie, recompose: Balzac prend un individu, il en fait un type, il passe au mythe (un Grandet, un Vautrin, un Rastignac, un Goriot et même une « femme-de-trente-ans »...). Balzac prend une maison, elle devient corps fantastique, il prend Paris, Paris devient labyrinthe et enfer...
L'art

C'est pourquoi au centre de toute l'œuvre balzacienne se trouve la réflexion sur l'art et sur l'artiste. Personnage «romantique» par excellence, l'artiste hante l'imagination de Balzac. Homme du désir, voué à la quête de l'absolu, doué d'une double vue qui déchiffre les mystères de la nature, de la vie, de la société, capable de réveiller les formes engourdies dans le néant, démiurge... et désespéré, miroir enfin, où toutes choses viennent se réfléchir.
La littérature a pour mission de reproduire la nature par la pensée. Le créateur prométhéen observe, exprime, se souvient et invente: le roman balzacien est ce milieu alchimique où le réel se transmute en mythe et en symbole, où émerge ce qu'on ne connaissait pas, où l'image et la condensation rendent visible et lisible ce qui n'était que fragment, poussière, bribes de «réalité» dépourvues de toute signification. Balzac est bien Schéhérazade: avec lui, les réalités triviales du monde moderne, les affaires de la petite bourgeoisie, les spéculations mesquines et meurtrières, les passions de l'ombre ont accédé à la poésie durable de la légende.

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