La recherche de l’absolu (1834) 55







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Le grand amour d'Honoré de Balzac


Par Hubert Juin
in magazine littéraire n° 120
janvier 1977
C'est à Madame Hanska que Balzac a tout confié. Les "Lettres" qui nous ont été restituées, en 1976, par Roger Pierrot forment le plus précieux des commentaires à "La Comédie humaine".

Ce qu'il y a d'étonnant et de requérant dans le monde de la bibliothèque, c'est que les auteurs les plus notablement connus réservent des surprises, et qu'on n'en vient, finalement, jamais à bout. Je veux dire que ces surprises sont de taille et remettent en cause nombre de notions établies. On a fait tant de Balzac divers qu'à les rassembler tous ensemble on assisterait à un bal costumé (et masqué) des plus réussis.

Si bien qu'il faut, heureusement, s'en remettre au patient travail des éditeurs. L'un des plus importants, pour notre propos, publie l'édition définitive d'un des beaux livres de Balzac, qui est une correspondance. L'éditeur, c'est Roger Pierrot. Le livre : "Les Lettres à Madame Hanska" (éditions du Delta). Il n'est d'autre clé à ce livre que la lecture : je ne sais rien, pour ma part, d'aussi passionnant, et je veux dire pourquoi. Au risque de choquer, j'affirme que Balzac attire les cuistres autant que le miel les mouches : on est balzacien par humeur, ce qui arrange tout (du moins est-ce là ce que l'on croit communément). Dans la réalité, tout est à l'inverse : si Balzac n'est pas une tentation, c'est qu'il n'est rien ! Voyez : l'épaisseur de l'oeuvre est faite d'une transparence exceptionnelle. C'est un paradoxe, mais qui se touche du doigt : entre Balzac et son oeuvre la distance est soigneusement maintenue. On a dit pour Balzac - qui sur ce plan ne dit rien - que Balzac n'était nulle part, alors qu'il suffit de le lire, avec un emportement naturel, pour comprendre qu'il est partout. Lorsque je me promène dans les ruelles du haut-Angoulême, je suis balzacien de fait, et tiré hors d'Angoulême pour être rendu, tout, à Balzac. "Les Illusions perdues", ce n'est pas un voile, mais au contraire, une déchirure. J'ai compris cela dans le lieu que j'ai dit, dans un temps où je m'obstinais à ne pas comprendre les "balzaciens" (c'est comme cela qu'il faut dire), parce que le lieu géographique qu'est Angoulême s'est fendu comme figue même ou noix ouverte (c'est un fruit qui vient en Charente) pour permettre à M.de Balzac, une canne à la main, de paraître. J'avais juré qu'on ne m'y prendrait plus.
Le pense-bête
Et me voilà captif. A nouveau. Et, à nouveau, je vois sous l'oeuvre l'homme. Je sais la valeur de la critique d'aujourd'hui, et qu'il faut distraire l'ouvrage des alibis que lui donnait la critique d'hier, ce qui était, aussi bien, ne parler que des entours. Je comprends l'avantage d'une démarche d'allure scientifique. Mais enfin, ces phares conjugués que sont Balzac, et Stendhal, les voit-on réduits à l'écirture seule ? Et cela se peut-il concevoir ? Ils ont la curieuse passion d'exister. Stendhal est polygraphe avant d'être romancier. Balzac est fournisseur à la feuille. C'est assez dire qu'ils ne se résument qu'en eux. Ce sont des machines compliquées qui se situent dans les premiers rangs de ces chauves-souris nommées, par les auteurs anciens et par Alexandre Vialatte, hommes. Ils enseignent la qualité, ce qui doit nous rendre modestes.
Ce qu'il faut dire d'abord des "Lettres à Madame Hanska", c'est qu'elles composent un ouvrage en marge de la correspondance générale. C'est ce qu'a démontré Pierrot en séparant ces lettres des autres, qu'il publie par ailleurs (Classiques Garnier). Lorsque les deux ensembles auront paru, nous ne verrons sans doute pas Balzac autrement, mais nous le verrons mieux. Encore que j'en vienne à douter de cela, tant les lettres à la Polonaise enseignent Balzac à ceux qui le voyaient mal, et renseignent les autres sur les pouvoirs de ce diable d'homme. C'est qu'il faut prendre ces lettres dans la foulée de la grande période de création ( du moins pour le deuxième volume, qui rameute 112 missives écrites de mars 1841 à juin 1845), puis, d'une façon générale, dans un rapport avec les ouvrages en cours : on saisit, ici, ce que c'est que la mémoire de Balzac. Elle est mouvement, non pas rangement. Elle est dynamique et créatrice. Balzac, c'est un oeil - et un rêve.
Mieux : à bien lire les lettres de cet homme qui se passait de journal ou de notes, et à qui Madame Hanska, littéralement, servait de pense-bête - encore qu'il ne gardait point de doubles, ni ne lui redemandait son courrier : il lui suffisait, une fois pour toutes, d'écrire -, j'imagine que l'on découvira ce que Proust, dans son "Contre Sainte-Beuve", disait être "l'admirable invention de Balzac, d'avoir gardé les mêmes personnages dans tous ses romans". On le perçoit bien ici : c'est que l'univers de Balzac ne s'étend pas en latitude et longitude, mais s'accroît en pesanteur et profondeur. Il ne s'étale pas, ce monde, il s'épaissit. La mémoire de l'écrivain ressemble plus à un madrépore qu'à un cadastre : des sédimentations se produisent, qui alourdissent la vision. Et c'est merveille, soudainement, de percevoir les gros homme dans le centre de son théâtre, personnage parmi ses personnages (ce que "La Comédie humaine" donne, au fond, peu à entendre).Barbey d'Aurevilly, qui a dit par dandysme politique quelques grosses bêtises à son sujet, ne se trompait pas en écrivant : "Balzac n'avait pas besoin de s'inventer romanesque. Naturellement, il l'était - et peut-être le plus romanesque de tous les héros de roman qu'il avait inventés !"
Belle et riche
De telle façon que le début des relations avec Madame Hanska tient étroitement au romanesque. A Odessa, en février 1832, une femme qui signe "l'Etrangère" adresse une lettre à Balzac par l'entremise de l'éditeur Gosselin. Ce message devait être d'un intérêt fort remarquable, puisque nous voyons Balzac en accuser réception par la voie des petites annonces, dans La Gazette de France d'abord, et dans La Quotidienne ensuite. C'est en 1833 que "l'Etrangère" va prendre figure à ses yeux : il la rencontre à Neufchâtel, puis à Genève. Balzac, qui est prompt à s'enflammer, s'enflamme aussitôt. Madame Hanska, née comtesse Rzewuska, prénommée Eve, épouse d'u noble polonais, appartient à une vieille famille. Elle est belle, sans doute, mais elle est riche. Alors commence le ballet le plus extraordinaire du monde. Il ne finira qu'en mars 1850, par un mariage, quelques mois avant la mort de l'écrivain.
On a dit beaucoup de mal de Madame Hanska et sans doute mérite-t-elle ce sort. Mais on a dit, à ce propos, beaucoup de mal de Balzac, lui reprochant des aveux un peu lourds qu'il faisait, écrivant à des proches qu'il allait épouser une situation et une fortune, et non pas tellement une femme. André Wurmser, dans son livre magistral ("Balzac visionnaire", éd.Seuil), rejoint, sur ce plan-là, ce que disait Marcel Proust à sa mère : que Balzac manquait de délicatesse. Il faut voir, me semble-t-il, les choses autrement : Balzac s'amourache en 1832 sur la foi de quelques lettres, se passionne en 1833 à la première rencontre, se prend d'un vif espoir en 1842 lorsque meurt Venceslas Hanski, mais il n'épouse qu'en 1850 à la veille de mourir. Ajoutez à cela des courses nombreuses au travers de l'Europe : la Suisse, l'Italie, l'Allemagne, la Russie... La constance - au moins - y est. Et plus encore : c'est à Madame Hanska que Balzac confie tout, et d'abord ce qui lui tient au corps : son oeuvre. Les Lettres, telles qu'elles nous sont restituées par Roger Pierrot, forment le plus précieux des commentaires à "La Comédie humaine" qui se puissent imaginer.
Tout ce qui était mystérieux ou secret, la raison de personnages éphémères qui paraissent à peine sur la scène pour aussitôt s'évanouir, les racines, c'est ici qu'on en trouvera le plus sûrement les clés. Mieux : c'est dans la comparaison que le lecteur peut faire entre l'anecdote livrée par les Lettres et la saveur du roman publié, que le lecteur justement mesurera la puissance créatrice de Balzac. Albert Béguin disait : Balzac le visionnaire. Oui ! d'un propos de salon, il fait un caractère inoubliable. D'une circonstance même, un considérable événement romanesque. Non que les Lettres à Madame Hanska soient un laboratoire : au contraire, on y voit le romancier dans le bruit de la vie.
Balzac est ainsi...
Il y a là des choses amusantes. Balzac n'était pas un homme à femmes (comme on dit), mais c'était un homme qui aimait les femmes (ce qui est mieux) dans ces façons de fiançailles qui s'étirent sur dix-huit années, il y a des liaisons. Les acrobaties qu'il fait pour les dissimuler à la bien-aimée lointaine sont à ne pas croire : c'est un déhanchement penaud.
Bien entendu, la question se pose : Balzac fut-il amoureux ? On aurait - maintenant (grâce aux Lettres) - mauvaise grâce à le nier : il n'est que de voir dans quel état le met sa passion, et comment il se berce d'espoir pour tomber aussitôt dans le découragement le plus sombre. Qu'il ait vu - dans le même temps - le beau parti qu'il pouvait faire, et qu'il y avait là le bon moyen d'asseoir une fortune qui avait été sans cesse chancelante, c'est indéniable. Balzac est ainsi, il faut s'en accommoder. Il dévore tout dans le temps même où son oeuvre le dévore. Dans les derniers mois de sa vie, lorsqu'il se fera collectionneur, c'est lui-même qu'il mettra au musée (mais ce sera le sien). Il a la vanité des grands travailleurs.
Lorsqu'il mourra, Eve ne livrera au public qu'une poignée de lettres : elle prétendra que les autres ont été détruites à Moscou. il faut attendre qu'à son tour elle disparaisse pour les retrouver, et c'est l'éminent balzacien Charles de Spoelberch de Lovenjour qui, à la fin du siècle dernier, fut à l'origine de la version jusqu'aujourd'hui uniquement connue. Cette édition n'allait pas sans défauts (Roger Pierrot en donne les raisons précises, et il faut se référer à sa préface) : il y avait des mutilations dues à la bienséance consentie aux personnes encore en vie (ou à leurs héritiers directs), et surtout la datation des missives était - dans l'ignorance d'un véritable "calendrier" balzacien - fantaisiste. Les 35 lettres livrées au public par Madame Hanska en 1876 deviennent quatre gros volumes réunissant plus de 400 lettres, mais ausi l'un des ouvrages les plus étonnants de Balzac, et l'indispensable commentaire à la lecture de "La Comédie humaine".
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