La recherche de l’absolu (1834) 55







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Extrait de la Préface de 1842



En saisissant bien le sens de cette composition, on reconnaîtra que j'accorde aux faits constants, quotidiens, secrets ou patents, aux actes de la vie individuelle, à leurs causes et à leurs principes autant d'importance que jusqu'alors les historiens en ont attaché aux événements de la vie publique des nations. La bataille inconnue qui se livre dans une vallée de l'Indre entre madame de Mortsauf et la passion est peut-être aussi grande que la plus illustre des batailles connues (Le Lys dans la vallée). Dans celle-ci, la gloire d'un conquérant est en jeu ; dans l'autre, il s'agit du ciel. Les infortunes des Birotteau, le prêtre et le parfumeur, sont pour moi celles de l'humanité. La Fosseuse (Médecin de campagne), et madame Graslin (Curé de village) sont presque toute la femme. Nous souffrons tous les jours ainsi. J'ai eu cent fois à faire ce que Richardson n'a fait qu'une seule fois. Lovelace a mille formes, car la corruption sociale prend les couleurs de tous les milieux où elle se développe. Au contraire, Clarisse, cette belle image de la vertu passionnée, a des lignes d'une pureté désespérante. Pour créer beaucoup de vierges, il faut être Raphaël. La littérature est peut-être, sous ce rapport, au-dessous de la peinture. Aussi peut-il m'être permis de faire remarquer combien il se trouve de figures irréprochables (comme vertu) dans les portions publiées de cet ouvrage : Pierrette Lorrain, Ursule Mirouët, Constance Birotteau, la Fosseuse, Eugénie Grandet, Marguerite Claës, Pauline de Villenoix, madame Jules, madame de La Chanterie, Eve Chardon, mademoiselle d'Esgrignon, madame Firmiani, Agathe Rouget, Renée de Maucombe...

COMPOSITION FRANÇAISE


ÉPREUVE COMMUNE : ÉCRIT

J.-C. Darmon, M. Labouret, A. A. Morello, M. E. Plagnol

Coefficient : 3 ; Durée : 6 heures

Quelles réflexions vous suggèrent ces propos de Balzac ?


« Les peuples aiment les images. Ce goût pour les figures exagérées explique le succès de Notre-Dame de Paris, aussi bien que celui des fantaisies de Rabelais, de Swift et de Perrault. De là deux littératures : celle des idées et celle des images ; à celle des images, la popularité, sauf les droits du génie, qui cache, à l’exemple de Rabelais, un évangile humain sous de capricieuses arabesques ; à celle des idées, un public d’élite, des approbations rares, le

public de Spinoza, de Hobbes, de Bacon, de Vico, de M. de Bonald, de Ballanche. »

(De l’état actuel de la littérature, Compte rendu des T.LIII et LIV de la

Biographie Michaud Partie mythologique, publié par Balzac dans La Quotidienne, 22 août

1833. Œuvres diverses, Pl. t.II, p.1221-1233, Gallimard, 1996)
Note : Les candidats peuvent ne pas se tenir aux titres et aux auteurs évoqués par Balzac. Ils

illustreront leurs réflexions d’exemples de leur choix.

Les candidats étaient invités cette année à travailler sur un compte rendu que fait

Balzac en août 1833 du supplément mythologique à la Biographie Michaud.

Dans cet extrait, le romancier esquisse une typologie, répartissant la littérature en deux

catégories, celle des images et celle des idées. Ce classement, illustré d’exemples qui

pouvaient servir de point de réflexion, mais ne constituaient aucune référence obligée, pose

plus généralement les problèmes d’articulation entre littérature et philosophie, fable et idée,

mise en intrigue et intentionnalité. A quoi pense la littérature ? pour reprendre le titre d’un

ouvrage récent, et comment pense-t-elle ? Il va de soi que ce type d’interrogation que l’on

pouvait reformuler en fonction des auteurs et des textes abordés ne se bornait pas à la seule

période 1830.

Il n’était pas inutile toutefois de situer la position balzacienne dans son contexte

d’histoire littéraire et esthétique. Trop peu de copies ont su tirer parti de la date de parution

de l’article, du fait que Balzac portait un jugement sur un ouvrage consacré à la mythologie.

Pour quelques candidats qui ont intelligemment évoqué l’auteur de La Peau de chagrin et des

Contes philosophiques qui viennent de paraître, combien de devoirs véhiculent les clichés

d’un Balzac réaliste, « bourgeois et conservateur », donc méprisant « LE » peuple, « payé à la

ligne, si souvent aux abois, otage de la popularité parce qu’assiégé par ses créanciers ? »

(sic !) Il semble de surcroît que, pour bien des khâgneux, toute réflexion sérieuse sur la

littérature ne s’ébauche qu’à partir des années 1960 et que les auteurs du temps jadis, fussentils

du XVIe ou du XIXe siècle, n’aient été que de pauvres esprits ou de grands naïfs lorsqu’ils

se risquaient à réfléchir sur leur pratique ou la production de leurs contemporains.

Le piège que tendent les propos balzaciens à un lecteur superficiel, réside en fait dans

la simplicité de la formulation. Il était aisé de réduire la question à une dichotomie factice,

selon un plan non moins factice : 1 : il existe bien une littérature des images ( c’est même

celle que préfère Balzac, selon 50% des copies) ; 2 : il n’en existe pas moins une littérature

des idées ( la favorite de l’auteur de La Comédie humaine, pour l’autre moitié) ; 3 : la

troisième voie – comment Balzac n’y a-t-il point songé ?- c’est la fusion des deux ; c’est aussi

la fin du devoir qui s’achève quand le propos devient enfin intéressant… Un autre schéma

réducteur se greffe volontiers sur le premier : pour ou contre la « littérature populaire »,

puisque, Balzac l’a écrit, « les peuples aiment les images. »

Fort heureusement, certaines lectures plus fines ont pu mettre en rapport la typologie

balzacienne avec d’autres classifications romantiques, celle de Hugo dans la Préface de

Cromwell par exemple. Une compréhension littérale du sujet conduisait à bien lire « les »

peuples, et non « le » peuple, voire la populace, comme cela a été si souvent fait. Ainsi, on

pouvait prendre en compte les quêtes d’identité nationale, les recherches des folkloristes qui, à

l’instar des frères Grimm, ont voulu ressusciter l’esprit d’un peuple ou d’une région, et l’ont

effectué par la collecte de ses contes et mythes. Ces travaux ne sont pas sans influence sur

Nerval ou sur Hugo, désireux « d’enchâsser Walter Scott dans Homère » en peignant dans

Notre-Dame de Paris 1482 le peuple français au moyen âge sous forme allégorique.

Dans une telle perspective, le mépris à l’égard d’une littérature populaire, c’est à dire

d’une littérature qui soit l’émanation d’un génie collectif, ne trouve pas sa place. On est loin

de l’anathème mallarméen des Hérésies artistiques. Et la position balzacienne, en 1833, certes

marquée par la « conversion » carliste de 1832, n’est pas exempte de ses vieilles sympathies

saint-simoniennes. Dans le contexte romantique, l’éducation du peuple et la recherche de

formes populaires, gages d’authenticité, n’ont rien de péjoratif ni de condescendant.

Un point central du sujet s’articule autour de la notion d’image. L’expression

balzacienne « littérature des images » semblait suffisamment large pour autoriser plusieurs

interprétations. Balzac en fait assimile l’image à la « figure exagérée », à la « fantaisie », à

« l’arabesque ». Un familier de l’esthétique balzacienne reconnaît ici les définitions soufflées

à Félix Davin et Philarète Chasles pour présenter La Peau de chagrin, dont l’épigraphe

dessine « l’allure serpentine de la vie », les « ondulations bizarres de la destinée. »

« …l’auteur de La Peau de chagrin a voulu, comme feu Rabelais, formuler la vie humaine et

résumer son époque dans un livre de fantaisie, épopée, satire, roman, conte, histoire, drame,

folie aux mille couleurs. » La recherche balzacienne passe par cette mutation du « contier »

divertissant qu’il fut en mythologue moderne. Il lui faut trouver « le fantastique de son

époque », donner à penser son temps sous la forme renouvelée du roman philosophique.

Certaines copies ont bien mis l’accent sur la promotion du roman préconisée par Balzac, sur

l’ambition qui est la sienne de refléchir l’univers dans un miroir concentrique, qui déforme

donc les images et restitue des chimères : la peinture du « monstre moderne » qu’est Paris

dans l’Histoire des Treize, les silhouettes de de Marsay et Vautrin pouvaient illustrer ce

propos.

Ce goût pour l’image s’inscrit de façon générale dans l’intérêt très vif que porte le

XIXe siècle à l’illustration. Si Hugo, si Balzac se veulent « observateurs et penseurs » (

introduction aux Etudes philosophiques), c’est que la référence picturale est pour eux

primordiale. Siècle de l’image, le XIXe siècle est celui du livre illustré, des keepsakes et

recueils auxquels collaborent écrivains et dessinateurs. Comment le texte littéraire peut-il

donner à voir et à penser ? Comment rivaliser dans l’art du portrait ?

Enfin, et bon nombre de copies ont abordé cette question, l’image en littérature peut

prendre une acception restreinte, technique : il s’agit des métaphores et comparaisons.

L’image fait-elle alors fonction d’illustration pédagogique, d’ornement de la pensée ? Ou bien

joue-t-elle sur la rupture radicale du déconcertant, du « stupéfiant » ? De Nodier au

surréalisme, des fantaisies du Roi de Bohème et de ses sept châteaux aux travaux de l’Oulipo,

se pose la question de l’autonomie créatrice de l’image. Tous les genres littéraires se prêtent à

ces interrogations variées : poème, conte, fable et parabole, roman et théâtre.

Une analyse plus serrée du sujet met à jour la fragilité de l’opposition initiale. Dans

l’énumération des auteurs de littérature d’image, Balzac retient son maître en littérature,

Rabelais, dont le prologue du Gargantua pose la question de l’interprétation, de l’exégèse

allégorique en une étourdissante série d’interrogations imagées ; de même, il choisit de citer

parmi les auteurs d’idées, des philosophes qui usent largement du mythe, Hobbes, Vico,

Ballanche. Enfin, il affine sa typologie dans un texte plus connu, les Etudes sur M. Beyle,

compte rendu enthousiaste de La Chartreuse de Parme pour la Revue Parisienne en

septembre 1840. L’introduction de l’article reprend la division en « littérature des Images »,

illustrée par Chateaubriand, Lamartine et Hugo, et « littérature des Idées » dont Beyle est le

plus illustre représentant avec Mérimée et Nodier ; enfin il suggère une troisième voie, celle

de « l’Eclectisme littéraire », qui « demande une représentation du monde comme il est : les

images et les idées, l’idée dans l’ image ou l’image dans l’idée, le mouvement et la rêverie. »

Balzac pour sa part se rattache à cette école qui voit « l’Idée devenue Personnage. »

Les meilleures copies ont su varier les approches, approfondir des exemples personnels ;

Platon, Borgès, Nietzsche, Camus, Diderot, Balzac à l’occasion, ont donné lieu à des

remarques pertinentes.

Il est cependant regrettable que le nombre croissant de candidats s’accompagne d’une

augmentation significative de copies indignes : forme très négligée (fautes d’orthographe, de

conjugaison élémentaire, comme celle des verbes conclure ou renvoyer, syntaxe chaotique,

ponctuation aberrante ou inexistante) ; erreurs d’attributions innombrables (ne citons que La

Ferme des animaux …d’Orson Welles (sic) et La Chartreuse de Parme de Zola) ; références

affligeantes, comme en témoigne l’inévitable « Loft Story » (re-sic). Répétons une fois de

plus qu’on attend des candidats à l’ENS qu’ils lisent…un peu par eux-mêmes, sans se

contenter d’assimiler leurs cours, si bons soient-ils. Ainsi les Kasimodo ou Casimodo,

Picropole, cousin Ponce, capitaine Carcasse, Sully Proudhon et autres monstres issus de

mémoires auditives défaillantes ne hanteraient plus les cauchemars des correcteurs !







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