La recherche de l’absolu (1834) 55







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La planète Balzac


Magazine Lire, n° 180, septembre 1990
2 500 personnages, nés de l’observation et de l’imagination de Balzac : La comédie humaine est un gigantesque zoo social.
" Saluez-moi, je deviens un génie. " Balzac a 34 ans (en 1833) quand il lance ce cri de victoire. Son œuvre déjà est abondante, mais c’est un bric-à-brac qu’il traitera lui-même plus tard de " cochonnerie littéraire ". Eurêka ! Il vient de trouver un principe qui va lui permettre d’écrire non pas un roman mais exactement cent trente-sept ! D’un volume à l’autre, les mêmes personnages reparaîtront, les histoires tisseront des liens entre eux : tout s’ordonnera dans un immense opéra ! La fiction englobera si bien toutes les passions, tous les milieux sociaux, toute l’histoire contemporaine, qu’elle fera " concurrence à l’état civil ". L’édifice va se bâtir en seize ans de labeur acharné. Certains romans déjà publiés, comme Les Chouans ou La peau de chagrin, après quelques remaniements, sont intégrés au nouvel ensemble. En 1840, il prend son titre définitif, La comédie humaine, clin d’œil à Dante et à sa monumentale Divine comédie. Balzac prévoit trois grands volets, les " Etudes de mœurs ", les " Etudes philosophiques " et les " Etudes analytiques ". Les " Etudes de mœurs ", le plus gros morceau (68 romans écrits sur les 105 prévus), se subdivisent en " Scènes de la vie privée ", " Scènes de la vie de province ", " Scènes de la vie parisienne ", " Scènes de la vie politique ", " Scènes de la vie militaire " et " Scènes de la vie de campagne ". Au total, 91 romans seront publiés !

2 500 personnages peuplent la planète Balzac. 573 reviennent dans plus d’un livre et sont dotés d’une biographie complète (pour les suivre à la trace, consulter au besoin " Le dictionnaire des personnages ", tome 12 de La Pléiade).
D’où sortent-ils ? All is true, dit l’auteur, tout est vrai. La puissance d’observation de Balzac est digne de Sherlock Holmes. Une verrue, une chemise fripée, un soulier ressemelé, une manière de se gratter le nez ou de cracher, chaque détail est un indice significatif.
Mais Balzac va loin au-delà du réel visible. Et il puise aussi abondamment dans ses souvenirs. On le retrouve enfant dans Louis Lambert, jeune homme dans le poète Lucien de Rubempré et l’imprimeur David Séchard, les deux héros d’Illusions perdues. Dans sa jeunesse, Balzac a été l’étudiant Rastignac. Arrivé à la maturité, il est devenu Vautrin, ce monstre de ruse et de générosité qui peut tout sur ses créatures et qui connaît les vrais rouages de la société comme personne. Les femmes qu’il a aimées se retrouvent toutes dans son œuvre. Laure de Berny fournit le modèle de l’inimitable Mme de Mortsauf du Lys dans la vallée. La duchesse de Castries, qui a méprisé Balzac, peut à bon droit se reconnaître dans la duchesse de Langeais…
Mais chaque personnage de fiction emprunte à bien plus d’un modèle original. Balzac a une ambition scientifique inspirée à la fois de l’histoire et des sciences naturelles. Sa Comédie humaine est un zoo social où chaque héros témoigne pour toute l’espèce à laquelle il appartient : la vieille fille, le prêtre, le médecin, le petit-bourgeois de province, la duchesse du faubourg Saint-Germain, le baron d’Empire sont étiquetés et classés pour toujours.

Anne Brunswic

La passion selon Balzac



Magazine Lire, n° 180, septembre 1990
Les personnages de La comédie humaine sont brûlants de désir ou glacés d’effroi. Jamais tièdes. Leur méchanceté est diabolique, leur bonté confine à la sainteté. Roses ou noires, toutes les passions balzaciennes sont portées à l’incandescence.
L’amour romantique

Balzac se plaît parfois à peindre en rose tendre et en bleu ciel — couleurs dominantes du Lys dans la vallée. Lorsque Félix de Vandenesse et la comtesse de Mortsauf roucoulent chastement dans la lumière dorée de la vallée de l’Indre, on songe à La nouvelle Héloïse de Rousseau ou aux Souffrances du jeune Werther de Goethe. La comtesse, " fleur sidérale ", est tellement pure, tellement idéale, qu’elle en arrive à donner de curieux conseils à son cher Félix : " La droiture, l’honneur, la loyauté, la politesse, sont les instruments les plus sûrs et les plus prompts de votre fortune. " L’exact contraire de ce que Balzac a toujours enseigné.
C’est, non loin de là, à Saumur que vit l’héroïne romantique par excellence. A 23 ans, Eugénie Grandet s’éprend de son cousin Charles. Deux baisers sur un banc du jardin et son destin est scellé. Elle va l’attendre sept ans, perdre sa mère et son père, puis permettre à Charles de faire un beau mariage une fois qu’il l’aura trahie. Et elle épousera à son tour le ridicule président Cruchot après avoir obtenu la promesse que leur union ne serait pas consommée. On rirait presque d’une telle avalanche de déboires si Balzac n’avait conféré une grandeur authentique à celle qui, " faite pour être magnifiquement épouse et mère, n’a ni mari, ni enfant, ni famille ".

L’objet de toutes les passions

Pas de roman possible sans passions déçues, honteuses, impossibles ou tragiques. Le héros d’Illusions perdues les suscite toutes à la fois. Bien que faible et égoïste, Lucien de Rubempré est doté d’un charme irrésistible. Anaïs de Bargeton, la muse d’Angoulême, abandonne son vieux mari et s’enfuit avec Lucien à Paris. Coralie, comédienne entretenue, est foudroyée par sa beauté : " L’actrice, en se serrant contre le poète, eut la volupté de la chatte qui se frotte à la jambe de son maître avec une moelleuse ardeur ", mais leur liaison sombre dans le mélodrame, puisque Coralie meurt de chagrin à 19 ans et que Lucien doit composer des chansons grivoises pour son enterrement !
Dans Splendeurs et misères des courtisanes, Esther, dite la " Torpille ", prend le relais. Fille de prostituée, prostituée elle-même, elle accepte de se livrer au baron Nucingen afin que Lucien puisse épouser une riche héritière. Mais le hideux financier n’aura que son cadavre : " Dès la porte de la chambre, il aperçut Esther roide sur son lit, bleuie par le poison, morte !… " Du fond de sa cellule, le bourreau des cœurs qui s’est suicidé cause encore le désespoir de Mme de Serizy. Elle devient folle en apercevant " Lucien pendu comme si ses vêtements eussent été mis à un portemanteau ". Pourtant ce don Juan adulé par les plus jolies femmes de Paris est aussi l’amant de Vautrin.

L’amour homosexuel

Vautrin est la plus extraordinaire figure d’inverti de la littérature française, avec le baron Charlus de Marcel Proust. De même que la marquise de San Real aime Paquita dans La fille aux yeux d’or, Vautrin, alias Trompe-la-Mort, aime les éphèbes. Au bagne, ce fauve doué d’une intelligence démoniaque a vécu avec Théodore, un bandit corse d’une grande beauté. Dans Le père Goriot, il inculque son expérience des bassesses humaines à Rastignac. A la fin d’Illusions perdues, il sauve Lucien de Rubempré du suicide et lui offre un pacte d’alliance : " As-tu compris cette amitié profonde, d’homme à homme (…), qui fait pour eux d’une femme une bagatelle, et qui change entre eux tous les termes sociaux ? " Aussi Splendeurs et misères des courtisanes est-il l’histoire du triple amour de Vautrin à l’égard de Lucien : celui d’un homosexuel d’âge mûr pour son giton, celui d’un démiurge pour sa créature, celui d’un père adoptif pour son fils.
Les passions familiales

Dans La comédie humaine, les mères meurent pour leurs enfants, les sœurs pour leurs frères, les enfants, parfois, pour leurs parents. La vie de Mme Grandet est écourtée par les souffrances que l’avarice de son mari inflige à Eugénie. La mère de Lucien de Rubempré et sa sœur Eve se saignent aux quatre veines sans être payées de retour. Mais le plus illustre exemple d’amour familial est le culte voué par Goriot à ses filles. Satisfaisant leur moindre caprice, se dépouillant de son dernier liard pour ces deux monstres de frivolité et d’ingratitude, il devient une sorte de " Christ de la paternité ", abandonné sur son lit de mort parce que Nasie et Fifine préfèrent aller danser. Dans un sursaut de lucidité, il comprend enfin qu’il a été dupé : " Ah ! si j’étais riche, si j’avais gardé ma fortune, si je ne la leur avais pas donnée, elles seraient là, elles me lècheraient les joues de leurs baisers ! "
La passion de l’or

Statistiquement, le personnage qui domine La comédie humaine est le banquier Nucingen, qui apparaît dans 31 romans. C’est dire la place qu’y occupe l’argent. L’avarice sordide et la cupidité se retrouvent partout. La plus parfaite figure de l’avare est celle du richissime tonnelier de Saumur, le père Grandet. Après avoir vécu comme un pingre et réduit sa famille à la portion congrue, il meurt sur un tas d’écus. Son agonie est un morceau d’anthologie : " Lorsque le prêtre lui approcha des lèvres le crucifix en vermeil pour lui faire baiser l’image du Christ, il fit un épouvantable geste pour le saisir, et ce dernier effort lui coûta la vie. " Sa passion pour les louis d’or est charnelle, absolue, exclusive de toute autre affection. Or Balzac démontre à longueur de roman que l’amour de l’argent est le pire ennemi de l’amour tout court.

Didier Sénécal


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