Bilan non exhaustif de la critique proustienne







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Le narrateur proustien pose un regard cruel sur le monde mais avant tout sur lui-même, source de culpabilité et de haine. Il n’est pas plus indulgent envers le monde qu’envers lui-même. Au moment où il se met à écrire, le narrateur a dépassé le stade du « mensonge romantique », c’est-à-dire du narcissisme. Mais il est en train de ne plus avoir, de ne plus posséder « l’usage du monde », comme dirait Pascal.

« Mais maintenant les plaisirs n’avaient plus aucun sens pour moi. (…) le chagrin avait aboli en moi la possibilité du désir aussi complètement qu’une forte fièvre coupe l’appétit. (…) maintenant que toute une vie étrangère avait fait place à la remontée des souvenirs déchirants qui ceignaient et ennoblissaient mon âme (…) de leur couronne d’épines. » (P.165)

Naissance d’un moi qui aura à voir avec le deuil. On peut parler de voix endeuillée du narrateur. Dès lors, l’interdit se pose au niveau du désir. Il y a eu blessure du moi, blessure narcissique et perte du désir, puis création d’un autre moi, métamorphose qui va peu à peu refouler le moi mondain, pour faire l’expérience de quelque chose de plus grand, de plus élevé : le sublime (étymologiquement : l’élevé)

Le narrateur ne s’aime pas, il s’autopunit, renonce au plaisir. Proust réinvente la pénitence religieuse dans le contexte artistique, et insiste sur le devenir créateur du moi, ce qui est typique de la littérature romantique. La métamorphose du narrateur proustien s’inscrit dans cette tradition du changement de personnalité qui s’accompagne d’une prise de distance avec le désir, ce qui ne fera que s’approfondir tout au long de la Recherche. Cf. le thème médiéval de la mort qui saisit le vif (P.166, la mère du narrateur a pris l’apparence de sa grand mère). Le narrateur parle de sa mère, mais sur un ton général, applicable en premier lieu à lui-même. Cette accélération du rythme de la métamorphose, visible chez sa mère, en un être qu’on porte en soi, est celle que le narrateur vit alors. Il décrit cette dualité du temps, liée au fait que « la véritable réalité » n’est « dégagée que par l’esprit » (P.166).

Page 178, le narrateur exprime la difficulté d’être constant et de construire, de faire architecture de cette souffrance.

« Dans ma crainte que le plaisir trouvé dans cette promenade solitaire n’affaiblit en moi le souvenir de ma grand mère, je cherchais de le raviver en pensant à telle grande souffrance morale qu’elle avait eue ; à mon appel cette souffrance essayait de se construire dans mon cœur, elle y élançait ses piliers immenses ; mais mon cœur sans doute était trop petit pour elle, je n’avais la force de porter une douleur si grande, mon attention se dérobait au moment où elle se reformait tout entière, et ses arches s’effondraient avant de s’être rejointes comme avant d’avoir parfait leur voûte, s’écroulent les vagues. »

A la représentation de soi en des termes de ruines, d’effondrement, d’inachèvement, d’impossible perfection s’ajoute page 179 le fantasme de l’impuissance, typiquement proustien : « Incapable comme je l’étais encore d’éprouver à nouveau un désir physique. » Le chagrin a éteint, a épuisé le désir. Le narrateur associe ainsi de façon étonnante le désir au chagrin, y interposant, comme entre lui et Albertine, la figure de sa grand mère. De plus en plus, il lui est difficile de retrouver des moments passés de plaisirs intenses. Le temps use à la fois le moi et le monde. Noter la confusion entre la géographie et le temps : on croit retrouver les plaisirs d’antan en retournant sur les lieux où ils ont été vécus.

Pages 180/81, noter comment le narrateur va s’efforcer de retrouver la « premièreté » (terme emprunté à Peguy) du paysage en le dépaysant, en filant les métaphores, etc. Passage exemplaire de la possible transfiguration du monde, de la potentialisation du réel à travers des codes (maniéristes, saint-simonistes, pascaliens). A partir d’une scène, le narrateur démultiplie les scènes.  « Le grand art est artificiel », c’est ce que dira Nietzsche. Il y a de très nombreux passages de cette potentialisation du regard chez Proust (ceux sur la mer, les invertis). On passe de l’universel à la singularité. Il n’y a que des singularités pour Proust, et il le montre admirablement. Le grand écrivain est celui qui casse l’idée selon laquelle les mots génériques peuvent caractérise l’universel. La nomination est en elle-même un point de vue sur le « réel ». Cf. à ce sujet Paul Ricœur.


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