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Expédition Pamir 2011

31 août – 15 septembre


Participants :

  • Flavia Sighismondi, Suisse du Tessin, retraitée, 73 ans

  • René Cagnat, Français de l'étranger, ancien officier, 69 ans

  • Christian Mauve, Français, ancien officier, 52 ans

  • Djouma Kalmanbetov, Kirghize, chauffeur, 42 ans


Rédacteur : René Cagnat


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Photos Flavia Sigismondi - Commentaire René Cagnat




Contre toute attente, l'expédition Pamir 2011 a été, de loin, la plus réussie de mes 7 expéditions dans le Pamir tadjik.

Bichonnée par Djouma, notre fidèle Vendredi kirghize, la vieille nissan s'est cette fois-ci surpassée, gravissant presque allègrement la vingtaine de cols de l'itinéraire, dont 8 à plus de 4000 m et 2 à plus de 4600m. Tout au long de 3600km et des 16 jours de voyage (du 31 août au 15 septembre), le Kyrgyzstan comme le Gorno-Badakhchan nous ont bercés (autant que la voiture nous a secoués !) d'une béatitude totale renforcée par le beau temps quasi permanent et l'ambiance festive, chez les Kirghizes comme chez les Tadjiks, du 20ème anniversaire de l'indépendance. Les quatre participants n'ayant eu aucun problème sérieux de santé (même pas le mal de montagne non traité préventivement) ont pu se livrer à l'exploration dans une ambiance détendue mais à un rythme assez tonique : 4 jours de bivouac, quatre marches en montagne. Hommage doit être rendu à notre doyenne-mascotte Flavia qui, à 73 ans, a été un modèle de dynamisme et de disponibilité. Signalons au passage que les événements du voyage étaient si variés qu'elle a pris 2300 photos !

L'objectif humanitaire du voyage a été atteint puisque, le 7 septembre, l'aide de Pamir bridge (990 euros) pour la réfection de la passerelle centrale de Patkhour a été solennellement remise au khalifa (mollah ismaëlite du village) en présence des notables du lieu.
 

Déroulement :
31 août : après une nuit réparatrice dans ma modeste datcha de Sérafimovka, nous mettons le cap par un temps radieux sur la fête de l'indépendance à Bichkek : parade militaire de belle tenue, parade civile haute en couleur, puis concerts et danses dans les parcs de la capitale : quatorze mois seulement après le pogrom d'Och, nous avons vu des femmes ouzbèkes danser selon leur style et dans leurs costumes pour la plus grande joie des Kirghizes : ainsi va l'Asie centrale !

 

1er septembre : c'est le grand départ ! Non sans appréhension : la nissan, cette fois-ci sans remorque, est chargée de près d'une tonne... Nous commençons par accompagner ma fille Laetitia à son école pour la rentrée des classes : lever des couleurs, défilé des enfants, drapeaux nationaux (Laetitia arborait nos trois couleurs), danses, et discours en présence des parents pour le cérémonial traditionnel de la "première sonnerie". Puis envol vers les cimes : vallée de Sousamyr resplendissante de soleil, semée de yourtes et de troupeaux..; nuit un peu froide au creux des monts Célestes à l'hôtel et à la bougie près d'une ligne à haute tension : ainsi va la Kirghizie !

 

2 septembre : sur le chemin d'Och, baignade délicieuse dans le lac de Tokhtogoul. L'eau transparente est à 23 degrés ! Mis en appétit, nous dévorons une énorme truite dans un caboulot riverain. Photographie après Ouzghen d'un écolier en calot et foulard rouge : palais ouzbek. Délicieuses et frisquettes nuit d'automne passées sous l'auvent.

 

3 septembre : visite d'Och. Il nous faut bien voir où en sont les cicatrices du pogrom ! Pas si cicatrisées que cela ! Il y a encore un peu partout des façades noircies par le feu. Mais le bazar reprend vie parmi les ruines...Si les chachliks ont perdu de leur saveur, les fruits, eux, ont gardé leur succulence. Au bout du bazar, sur sa terrasse miraculeusement préservée, un vieil Ouzbek décroche à notre intention quelques grappes de sa charmille et nous offre le thé. Pèlerinage obligé au mont Souleïman, sanctuaire islamo-chamanique. Sainte colère de votre serviteur dans la caverne du Musée de la religion lorsqu'il s'aperçoit que d'excellents panneaux explicatifs du zoroastrisme et du chamanisme ont disparu. l'islam en revanche a gardé toute sa place : sans commentaire !

 

4 septembre : retour aux monts Célestes. les yourtes se sont déjà enfuies des pâturages. Christian, notre jeunot (52 ans quand même...), perd son portable et tout son carnet d'adresses avec une étonnante équanimité. Nous rejoignons le plaisant djaïloo (estivage kirghize) malheureusement déserté de Kyzyl-Alaï. Bivouac et premiers essais culinaires assez concluants. Nous partons dans la soirée par un sentier abrupt de montagne. Les cavaliers kirghizes -hommes et femmes- que nous croisons sont étonnamment sereins : la dure vie nomade semble leur convenir. Nous débouchons en fin de promenade sur un superbe cirque de montagnes. l'an prochain, j'irai encore plus loin !

 

5 septembre : fini de rigoler ! Le gigantesque Pamir est à l'horizon...Au passage nous admirons les travaux non moins gigantesques des fourmis chinoises acharnées à supprimer l'obstacle des monts Célestes. A quoi serviront leurs belles « autoroutes » (en fait souvent 3 voies) qui vont droit vers le Ferghana et l'Afghanistan ? Satisfaction franchouillarde de sentir l'hexagone hors de portée... Le Tadjikistan nous attend, superbe et démuni, au col de Kyzyl-Art. Là-haut, à 4335 m d'altitude, survit à longueur de mois dans d'infâmes baraquements, au bout de pistes qui ne sont même plus rafistolées, une horde d'infortunés douaniers et gardes-frontières ... Pourtant, ici, l'hiver, il fait du - 40 ! Et le nouveau poste n'en finit pas de se construire...Routine et désolation du désert des Tartares ! Ouf ! une fois les bagages inspectés, nous dévalons sur Karakol et son lac azuré. En forme, nous poussons jusqu'à Murghab via le multicolore ak-Baïtal -la jument blanche- qui culmine à 4665m, col le plus élevé de notre itinéraire. Dans la capitale miséreuse du Gorno-badakhshan kirghize, Souleïman et sa fille Nourzat nous attendent dans leur auberge rénovée. Nous aurons même droit, non sans quelque honte, au sauna chauffé au keresken, la pauvre plante en voie de disparition sur laquelle les autochtones se sont rabattus pour se chauffer. Nous sommes redescendus à 3650 m. Dans la nuit je n'en ressens pas moins en étouffant le manque d'oxygène.

 

6 septembre : c'est la fête à Mourghab ! Les Kirghizes, en délicatesse avec le Hakim (préfet tadjik) ont décidé de boycotter le bozkatchi et autres jeux équestres. Ils n'en ont pas moins dressé dans la plaine des yourtes pimpantes qui abritent un concours d'artisanat. Les Kirghizes du Pamir ayant gardé traditions et savoir-faire, on déniche, au hasard des tentes, de fort jolies choses. Dans un coin de la fête, parcourue d'élégantes Mourghabiotes -mais comment font-elles ?- je découvre d'adorables petits chameaux jumeaux qui blatèrent à fendre l'âme...Et nous voici partis vers la Pamir d'Alichour à la recherche de sa majesté le yak. Nous en trouvons vite car ils ont inexpliquablement proliféré : leur commercialisation est un mystère de plus...Et c'est la descente épouvantable vers Djilandy, néanmoins parcourue par une cinquantaine de lourds camions chinois. Est-ce pour cette raison que nous croisons en pleine solitude une jeune personne fort attirante portant- altitude ou islam oblige - minijupe sur panty noir ? gibier de routier ? Djilandy et ses bassins d'eau thermale brûlante nous remettent de notre surprise tout en soignant nos arthrites. Patkhour, notre havre de paix, nous attend au coucher du soleil avec ses jeunes-filles (parfois blondes !) qui moissonnent l'orge à la faucille dans un tourbillon de lumière et de couleurs. Douceurs et innocence de l'oasis à 3300 m au pied des aspérités pamiriennes...

 

7-8 septembre : j'ai hâte de me débarrasser de l'enveloppe de Pamir bridge et mes braves Pamiri ont encore plus hâte de la recevoir...990 euros qui leur tombent du ciel ! J'imagine l'étonnement de ces montagnards isolés, durs à la peine, devant ce don totalement désintéressé. En soirée, dans la belle maison cernée de mauves de l'austère Tchortchanbé -mercredi- dit "veille au grain", ils sont tous là, tous mes vieux amis pamiris, fiers d'assister à la remise solennelle du cadeau de nos amis suisses : le petit Kyrgyzbek, le khalifa ismaëlite, véritable chef de la communauté, Mir, le maire, si dévoué à son village, Nizokatcho le brigand rigolard, coureur de pierres précieuses, Kamol, le doux gorille moustachu, et tant d'autres braves types, pleins d'humour, qui, par leur labeur incessant, ont su faire d'un enfer d'altitude un petit paradis. Ce paradis nous le parcourons de passerelle démantibulée en passerelle branlante, de petit champ en enclos cerné de grosses pierres. Nous cherchons et trouvons ce qu'on appelle là-bas des pétroglyphes, ces dessins préhistoriques qui hantent tant de parois, nous cherchons sans les trouver des pierres précieuses ce qui n'empêche pas Christian de ramasser de vulgaires cailloux qui, en nous étant funestes, vous inciteront à lire ce texte jusqu'à la fin. Couronnement : nous nous enfonçons, le 8 septembre en fin d'après-midi, dans la splendide vallée qui remonte vers le pic Patkhour (un plus de 6000 m, excusez du peu), un lieu désert chargé d'une présence formidable et cependant bienveillante... Laquelle ?

 

9 septembre : il nous faut bien partir et mourir un peu tout au long de l'admirable vallée des Shoughnis, la seule véritable Suisse de l'Asie centrale...Plein d'eau, d'essence et de provisions à Khorog, puis cap au sud vers Iskashim, le long de l'énigmatique frontière afghane. Cet Afghanistan de guerre, redoutable, le voici à portée de mains, de l'autre côté du Pyandj, paisible avec ses attelages de bœufs qui tournent en rond en battant pesamment le blé. D'une guinguette en bord de rivière, nous passons le déjeuner à épier ces diables d'Afghans tout en prenant le temps de pêcher et déguster une "marinka", truite locale. Bien entendu, une eau thermale bien chaude nous attend en bord de chemin : cette-fois ci elle soignera nos yeux trop éblouis. Iskashim, enfin, nous attend au tournant de l'Hindou-Kouch et du Pamir. Cette fois - ci c'est du 7000 m qui nous surplombe de toute ses glaces étincelantes. Mais ici-bas à Iskashim, c'est une fois de plus la fête nationale. Nous assistons au sein d'une foule ravie où la gent féminine est fort bien représentée - merci à l'ismaëlisme ! - à une compétition de sambo (sorte de lutte) à la sauce pamiro-japonaise. Mais dans la ville et jusque dans notre maison d'accueil nous remarquons une tonalité dégradée et sale. Trafic de drogue ? Nous sommes déjà bien loin de l'innocence patkhourienne...

 

10 septembre : seule déconvenue du voyage, le déjà célèbre marché afghan, dans une île du Pyandj, est annulé pour cause de fête nationale ! Et nous voici parti , de forteresses en sanctuaires du feu, à l'assaut du Wakhan...Je sens partout quelque chose d'autre que l'Asie centrale : le Pakistan, qui nous domine du haut de l'Hindou-Kouch, a quelque peu dévalé ici. L'espace wakhanien -immense vallée enserrée d'immenses montagnes- a quelque chose de démesuré. Dommage qu'en ce jour, pour la première fois, le ciel soit un peu couvert : je discerne même dans l'air, impalpable mais omniprésente, un peu de cette poussière grise et sinistre du Taklamakan qui infeste le Xinjiang. Nous déjeunons dans une "oasicette" ombreuse sous un petit édicule, l'occasion pour Christian de mettre au point sa célèbre recette du poisson séché imbibé de cognac. Enfin, clou du voyage, nous abordons la sublime montée vers la non moins sublime citadelle de Yamtchoune. J'ai la joie d'obtenir, cette fois- ci comme il y a deux ans, notre installation dans une petite ferme aménagée sur une terrasse dominant le Wakhan. La maison, presque coquette et protégée du vent, est bien tenue par une maîtresse femme, cordon bleu de surcroît. Nous nous acheminons vers l'énorme forteresse altière, dressée face à la Chine et aux Indes, en nous posant cette question : mais que défendait-elle ? Encore au-dessus d'elle, blottie dans un creux, nous attend Fatima-Bibi, la reine des sources thermales qui ,elle, soigne tout. source ? c'est plutôt de cascade dont il faudrait parler ... L'eau délicieusement chaude dégouline des parois dans des grottes à flanc de pente. On en sort épuisé. On se repose sur un banc et l'on converse plaisamment avec ce qui se présente, en l'occurence le maire d'Iskashim et le consul d'Afghanistan à Khorog !

 

11 septembre : nous dévalons Yamtchoune pour reprendre notre périple en fond de vallée. Partout la moisson bat son plein, toujours faite à la main, sans bruit. Au moins pour le spectateur, c'est très reposant ! Je retrouve, côté afghan du Pyandj, la "prison de Ben Laden" repérée l'an dernier. C'est une étrange forteresse -encore une !- ultra-moderne avec quatre tours d'angle, bâtie semble-t-il par les Américains. Observée aux jumelles, elle semble terminée mais demeure inexplicablement déserte, verrouillant le couloir du Wakhan mais d'en bas, à l'inverse de Yamtchoune qui agissait d'en haut . Langar, à 2900 m d'altitude au bout du couloir, sera notre refuge ce soir. A l'entrée de la bourgade, célèbre dans le Grand jeu, nous visitons un vaste et curieux sanctuaire du feu, abrité de grands arbres. En face un musée ismaelo-zoroastrien, de présentation très curieuse, mais malheureusement désaffecté. Nous rejoignons, pour y dormir, la maison du khalifa. Cette dernière est surchargée de touristes, quelque peu entourée d'immondices, mais nous y trouvons notre petite place assez confortable. Nous profitons de la fin d'après-midi pour partir à la recherche des célèbres pétroglyphes de Langar. le site - une immense dalle à flanc de falaise - est superbe, vertigineusement accroché au-dessus du Wakhan. Mais les dessins eux-mêmes sont décevants beaucoup moins variés que ceux du Kyrgyzstan et, souvent, irrémédiablement gâchés par les graffiti de nos brillants contemporains... La grimpade en tout cas, suante à souhait, vaut le détour !

 

12 septembre : nous abordons l'itinéraire le plus pittoresque de notre expédition : la remontée vers le Haut-Pamir, le long du Pyandj et de la frontière afghane. C'est une piste abrupte de désert qui va de source en source, de cascade en cascade au flanc de parois vertigineuses. J'attendais avec inquiétude un passage difficile ou la piste traverse un torrent qui affouille son fondement. Miracle ! La voie réparée tient bon. Côté afghan nous voyons peu de monde cette fois-ci. Dommage, car c'est dans cette région que vivent sous leurs yourtes les 2000 Kirghizes du Haut Pamir afghan, population peut-être la plus isolée et la plus miséreuse au monde. Nous atteignons le poste de contrôle de Khargoush encore plus retiré, dans son désert de montagnes grises et poussiéreuses, que le poste frontière de Kyzyl-Art. Au-delà, à 80 km, se trouvent les lacs à la source de l'Amou-Daria, notamment le Zor-Koul ex lac Victoria, rêve des officiers anglais de l'Armée des Indes... et pas seulement ! Ce sera l'objectif d'un de mes prochains voyages, mais une autorisation spéciale doit être obtenue à Douchanbé pour atteindre cette réserve ornithologique de très haute montagne, paraît-il grouillante d'oiseaux. Avant et après le col de Khargoush (4344m) des lacs salés de piètre apparence nous en donnent une idée : nous y observons à la jumelle des variétés de volatiles très rares, dont un canard doré que j'ai vu disparaître de l'Issyk-koul. Nous rejoignons près du Yashil-Koul - autre futur objectif pour 2012 - ce qui reste de la grand route du Pamir à l'issue d'une boucle de 508 km que je qualifierai de fantastique ! Retour sans histoire à Mourghab où nous attend Souleïman et son sauna au keresken.

 

13 septembre : une conversation avec Souleïman et Noursat me permet de mieux cerner leurs conditions de travail. S'il y a peu d'eau dans leur auberge, c'est parce qu'ils sont obligés d'aller la chercher dans un puits distant. Le patron de la "sarykol-lodge" a eu une quarantaine de clients cette année et se contente de cette misère. Les autorités tadjikes, il est vrai, ne facilitent pas la tâche des Kirghizes : elles ont annulé au dernier moment la "fête du cheval" prévue près de Mourghab en juillet par Jacqueline Ripart ; elles ont supprimé aussi le petit syndicat d'initiatives et d'information organisé par les hôteliers de la bourgade. Toute initiative kirghize est jugée néfaste !

Notre retour sur Och nous donne un autre aperçu du pays Sarykol. Nous photographions sur place le mur de barbelés qui borde la zone interdite avec la Chine et caracole de montagne en montagne : un travail de malade obsidional, démentiel, stérile, réalisé par l'Union soviétique et plus ou moins entretenu depuis. Cette zone en territoire tadjik s'étale sur 10 et 30 km de large et est encore parcourue par un autre barrage. Ouvrages inutiles ? pas tout à fait...certains trafiquants de drogue profitent de leur protection pour contourner par l'est le poste-frontière de Kyzyl-Art !

Nous y voici ! Comme nous avons, comme tout voyageur, des babioles à cacher, nous décidons, pour abréger la fouille, que Flavia, génétiquement prédisposée, jouerait la commedia dell'arte de "la grande malade en proie au mal d'altitude et nécessitant une redescente la plus immédiate possible". C'était compter sans Christian et ses horribles cailloux ! La découverte de ces derniers émoustille nos braves douaniers à la recherche d'un trafic de pierres précieuses. Et la fouille se déroule en règle pendant que les soldats tadjiks, bons princes, proposent à Flavia, "tragédiante", leurs médicaments : de quoi envoyer "ad patres" ce miracle de vitalité ! Finalement nous passons sans plus d'encombre et nous nous faufilons vers Och au travers des chantiers chinois.

En forme, nous profitons de la soirée pour interviewer devant de bons chachliks -il y en a encore à Och !- mon vieil ami, le capitaine de milice Bakyt (je ne recule devant rien...) et sa charmante épouse. Ces kirghizes du sud sont sévères pour leurs congénères du nord. Heureusement nous avons laissé Djouma, fatigué, à la maison. Se considérant comme " un vrai Kirghize de Naryne", il n'eût pas accepté certaines insinuations...Chaude eût été la confrontation et chaudes seront les prochaines élections présidentielles !

 

14 septembre : Après une nuit forcément réparatrice chez Takhir, nous voilà parti vers le grand nord sans gîte d'étape précis en soirée. Au passage à Ouzghen, comme je me devais à mes voyageurs de leur montrer au moins une ruine artistique, nous visitons - bien obligés - les mausolées karakhanides. Plus loin, déjà dans le Ferghana, j'avise un panneau : Arslanbob ! Voilà où crécher pour la nuit : c'est un fond de vallée au creux des monts Célestes, au bout d'une immense forêt de noyers, où, depuis des siècles, une population ouzbèke s'est réfugiée. Depuis, ils y ont proliféré jusqu'à être 14 000 ! Les Kirghizes, arrivés après eux, se sont installés pour une fois en contrebas. Je me dis qu'il serait intéressant, par ces temps de pogroms, de voir ce que cette minorité est devenue. Et nous obliquons vers ce charmant coin perdu, blotti à 2000 m au pied des monts du Ferghana. Nous nous retrouvons sur la placette d'un petit bourg industrieux à l'ouzbèke. L'association touristique locale, bien évidemment parrainée par les Suisses, ne tarde pas à nous récupérer et nous installe sur un versant pentu chez un professeur d'allemand. Ce charmant vieil Ouzbek vit parmi les fleurs et les arbres fruitiers en faisant, comme il se doit, travailler dur femme et brus. Je l'interroge sur les conséquences locales du pogrom d'Och. Bien entendu, les Arslanbobiotes se sont barricadés et des camions chargés de pierres étaient prêts à débouler sur les agresseurs. Ces derniers se sont effectivement présentés en bout de vallée. Mais ils venaient de loin et les Kirghizes locaux les ont arrêtés en disant : "arrêtez ou nous tirons ! Ce sont nos Ouzbeks, nous les connaissons : c'est à nous de savoir quoi faire d'eux !" Sur ces bonnes paroles, nous allons à pied rejoindre le panorama et la cascade de rigueur. Cette montagne sous les noyers semble douce, pacifique, policée...

 

15 septembre : à force de flâner, il nous reste encore à parcourir une longue étape. Mais nous faisons le nécessaire pour nous ménager le bain de Tokhtogoul - un peu plus frais qu'à l'aller, néanmoins délicieux - et la truite grillée qui l'accompagne. En chemin, nous nous arrêtons comme à l'accoutumée pour converser en haut d'un col avec un jeune cycliste-aventurier et lui distribuer pommes et bonbons. Ce type de rencontre, cette année, fut beaucoup moins fréquent que les précédentes. les Anglais jadis si présents ont été étonnamment absents. les Allemands et les Suisses - encore eux - furent les plus nombreux. Mais la présence d'Australiens et de Néo-zélandais nous montre que nous sommes à la charnière de deux mondes. Ces jeunes-gens, seuls ou par couples, racontent par bribes des aventures extraordinaires : comment on les a volés, harcelés aux frontières, mais aussi comment le peuple les a admirablement accueillis. Ces randonnées au bout du monde sont dangereuses et très dures à vivre, mais quelle école pour le caractère et l'endurance !

 

Et nous voici revenus à Bichkek étourdis par notre réussite. Ce ne fut pas, certes, la grande aventure des cyclistes, pleine d'aléas et de chausse-trappes. Pourtant, il a fallu prévoir, organiser, s'organiser, s'entendre, supporter le chaud, le froid, l'altitude, les autres, ne rien perdre du matériel, et surtout ressentir un autre monde et s'instruire à son contact tout en menant à bon terme une équipée collective qui tisse des liens d'amitié. Vivre , c'est tout cela !

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