Résumé Au fait, l’homme prend le plaisir d’acquérir une connaissance toujours plus vaste et une compréhension toujours plus profonde du monde qui l’entoure







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date de publication15.12.2016
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PUPN, 059a (2014), V. MBANCI BOPE


L’APPORT DE LA LECTURE DES ROMANS
Victor MBANCI BOPE
Résumé
Au fait, l’homme prend le plaisir d’acquérir une connaissance toujours plus vaste et une compréhension toujours plus profonde du monde qui l’entoure.
Notre réflexion porte sur la lecture du roman qui est un genre littéraire. La lecture a un apport considérable pour tout lecteur averti. Qu’il soit chercheur, ingénieur, biologiste ou enseignant, un scientifique doit communiquer avec le monde pour échanger ou exporter ses connaissances et son savoir-faire : s’expliquer, se faire comprendre, dialoguer, s’ouvrir à d’autres modes de pensée et à d’autres cultures. Ce, à travers la lecture des œuvres littéraires qui est un instrument privilégié d’accès à l’information.
« Un bon lecteur, doit être actif, convaincu et doit savoir que la lecture rigoureuse est ‘’une activité possible et elle conduit sans trop de mal ceux qui veulent s’y astreindre à un accord sinon total et absolu, du moins largement suffisant, sur ce qu’on peut considérer comme l’essentiel’’ (Richaudeau, F., 1969 : 61).
INTRODUCTION
Le monde de la littérature a toujours quelque chose à nous offrir. Au fait, l’homme prend le plaisir d’acquérir une connaissance toujours plus vaste et une compréhension toujours plus profonde du monde qui l’entoure.
Aujourd’hui les publications scientifiques abondent. Pour être ainsi à la page, hâter les progrès, il faut consulter les grands écrivains à travers leurs œuvres .Car, ‘’un grand écrivain est comme un grand scientifique : grâce à son œuvre, quelque chose de vital est révélé au monde’’ (Stephen Vizinczey, 2001 :24).
Notre réflexion porte sur la lecture du roman qui est un genre littéraire. Cette sujet étant vaste, nous avons préféré le situer dans la Cité de Mweka, Chef-lieu du Territoire de Mweka et cela au cours de l’année 2012.
Aujourd’hui, nous avons fait un constat selon lequel, les scientifiques de la Cité de Mweka, ont négligé la lecture des œuvres littéraires. Beaucoup d’entre eux n’ont pas le moindre contact avec un roman ou une pièce de théâtre .Ce qui constitue un sujet d’inquiétude.
Notre but dans cette étude est d’attirer l’attention de tout intellectuel sur l’importance du contact répété avec les produits de l’imagination de grands écrivains ; d’inviter tout le monde à la lecture des romans car, a dit Walter Benjamin, ‘’le sens d’une vie est au centre de tout vrai roman. Le romancier digne de ce nom a la tâche d’inviter le lecteur à réfléchir sur le sens de la vie.’’ (Walter B., 1990). Par ailleurs « d’un roman jette sur la vie une lumière », disait (Louis Aragon ,1927).



  1. Notions de lecture et d’œuvre littéraire




  1. La lecture


Disons rapidement qu’au début de la renaissance, grâce à l’invention de l’imprimerie, la lecture était devenue un instrument privilégié d’accès à l’information ; raison pour laquelle l’école l’a érigée en discipline fondamentale.

Cependant selon Jean Foucambert, ‘’lire, consiste à prélever des informations dans la langue écrite pour reconstruire directement une signification.’’ (J. Foucambert, 1976 :53).
L’acte de lire se situe toujours dans une situation de communication. C’est pourquoi Jean Hébrard insiste sur cet aspect de la culture, qui trouve ainsi sa place au sein de l’activité langagière. Il la définit comme « un acte langagier » (Hébrard cité par Richaudeau, 1969 : 37).
La lecture est une forme de communication et d’échange avec une œuvre écrite, une interaction dynamique entre le texte et le lecteur. Elle a un aspect subjectif : le comportement conscient du lecteur, sa compréhension, son attitude, ses mouvements, ses facultés, sa réaction, etc. Bref, tout ce que nous pouvons considérer comme éléments d’une psychologie de la lecture. D’autre part, son aspect objectif est le texte, cette réalité complexe et structurée, fait apparaître une multiplicité de significations.


  1. L’œuvre littéraire


L’œuvre littéraire selon Roman Ingarden, est « une unité composée  de couches hétérogènes » (Roman Ingarden cité par Jean-Baptiste Matthieu, 1983). Ces couches mettent le lecteur en face du comportement de personnages et offrent au lecteur la possibilité d’une contemplation calme et sereine par la représentation des actes de personnages et de leurs conflits. L’écrivain met le lecteur en face du sens de la vie.

Pour sa part, Paul Louis Courrier dans les années 1820, définissait une œuvre littéraire comme « produite par l’instinct et le sentiment du beau » (Courrier P-L., 1822).


  1. Le Roman, un genre particulier 




  • Qu’est-ce que le Roman ?

« Le Roman est un long récit écrit en roman ou en ancien français, d’abord en vers (notamment en octosyllabes à rimes plates), puis en prose, contant les aventures fabuleuses, galantes ou grotesques des héros mythiques, idéalisés ou caricaturés » (MARMONTEL, 1799 : 296).
« Le Roman est une œuvre littéraire en prose d’une certaine longueur, mêlant le réel et l’imaginaire, et qui, dans sa forme la plus traditionnelle, cherche à susciter l’intérêt, le plaisir du lecteur en racontant le destin d’un héros principal, une intrigue entre plusieurs personnages, présentés dans leur psychologie, leurs passions, leurs aventures, leur milieu social, sur un arrière-fond moral, métaphysique. Genre littéraire regroupant toutes variétés d’œuvres particulièrement florissantes au 19ème siècle, aujourd’hui, le Roman est le genre littéraire le plus populaire, si vaste qu’il se subdivise en plusieurs sous genres (Roman policier, d’aventures, de science-fiction, d’espionnage, d’apprentissage, réaliste, etc.) »
Selon STENDHAL, « le roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt, il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers » (Stendhal, 1830 : 357).


  • Deux exemples de roman :

« Un millionnaire innocent » de Stephen Vizinczey (2003)

Dans ce roman, Vizinczey raconte l’histoire de son jeune héros Mark Niven, fils de deux acteurs passionnés mais désargentés, manifeste plus de goût pour l’étude des vieux documents que pour les feux de la rampe. Définitivement marqué par les privations que le mode de vie de ses parents lui ont values dans son enfance, il décide de devenir millionnaire et de se consacrer entièrement à découvrir un navire chargé, bourré, une colossale fortune qui avait coulé, sombré et dont on n’avait jamais avant lui su retrouver la trace. C’est une gageure qu’il tient seul, au prix des grands efforts et sacrifices, avec une détermination, un entêtement et un courage sans limite. Hélas, des requins en tout genre se battent autour du fastueux  trésor du navire coulé .Ce qui conduira le vrai millionnaire innocent à la mort.
« L’Etranger, Albert Camus.( 1942).

Met en scène un personnage narrateur nommé Meursault, vivant à Alger en Algérie française.
Au début de la première partie du roman Meursault reçoit un télégramme annonçant que sa mère vient de mourir. Il se rend à l’asile en autocar, situé près d’Alger .V veillant la morte toute la nuit, il assiste le lendemain à la mise en bière et aux funérailles sans prendre l’attitude qu’on est en droit d’attendre d’un fils endeuillé : le héros ne pleure pas, il ne veut pas simuler un chagrin qu’il ne ressent pas. Après l’enterrement Meursault décide d’aller nager jusqu’à tuer un Arabe qui, selon lui, aurait blessé son ami Raymon au visage à l’aide d’un couteau lors de leur promenade, sur la plage. Meursault, ébloui par le reflet du soleil, tue sa victime d’une seule balle .Ssans raison particulière, il tire quatre autres coups de feu sur le corps (ce qui lui sera reproché lors de son procès, excluant la légitime défense et l’homicide involontaire).
Dans la seconde moitié du roman, Meursault est arrêté et questionné .On l’interroge davantage sur son comportement lors de l’enterrement de sa mère que sur le meurtre. Meursault se sent exclu du procès .Il dit avoir commis son acte à cause du soleil, ce qui déclenche l’hilarité de l’audience. La sentence tombe : il est condamné à la guillotine.


  1. Que retenir de la lecture d’un roman ?


Lorsque nous lisons un roman ou une fiction, notre imagination se met en itinérance autour d’un monde complètement nouveau des merveilles.


  1. Vérité du roman et Mensonge en littérature


Selon le philosophe Tchèque Jan Patocka, ‘’l’écrivain est un révélateur de la vie, du sens de la vie dans le tout et dans les parties. Outre l’approche objective, outre la psychologie, la sociologie, l’historiographie, etc., il existe encore une manière tout autre de saisir la vie dans son fonctionnement concret, dans ses phénomènes concrets.’’ (Jan Patocka, 2000 :21). La lecture nous fait donc accéder à une connaissance. Tout comme dans le domaine de la recherche scientifique, la valeur de la communication se mesure par sa capacité de nous livrer la vérité.

Les œuvres littéraires sont notre seul moyen de connaître d’autres époques et de comprendre les groupes sociaux que nous ne pouvons pas atteindre directement.
A ce propos, dans « le courrier de l’Unesco » André Maurois dit : « le théâtre de Fédérico Garcia Lorca m’aura plus appris sur l’âme secrète de l’Espagne que vingt voyages faits en touriste. Les mémoires de Saint-Simon ont fait revivre pour moi une France qui n’est plus » (Maurois cité dans Messages…, 1967 : 178).
Mais qu’est-ce que la vérité en littérature ? Bien sûr, nous ne pouvons pas parler de la vérité au sens de correspondance entre un jugement et un état-de-chose objectivement existant. Le contenu des œuvres littéraires est le fruit de l’imagination de l’auteur. Le roman reste une œuvre de fiction même si nous sommes parfois en mesure de constater une correspondance entre les personnages du roman et les gens qui vivent à un moment de l’histoire.
Nous pouvons considérer l’œuvre littéraire comme vraie lorsque nous constatons que ses diverses composantes forment un ensemble cohérent. Elles se trouvent liées les unes aux autres sans contradictions d’une manière harmonieuse. C’est la ‘’conséquence objectale’’ qui constitue le critère de la vérité : le développement du récit suit une ligne conséquente. Le lieu, le temps, l’intrigue, les gestes, les façons d’agir, de parler et de vivre, les caractères, les destinées, le style d’écriture, etc. forment un tout cohérent.
La valeur de vérité de l’œuvre se définit également par son degré de fidélité à la vie. Etre fidèle signifie qu’il existe une correspondance entre les divers éléments du roman (comportement, désir, disposition morale, etc.) et les traits humains évidents ou les caractéristiques d’un type humain particulier. Les valeurs, les situations, les actes, les destins forment une unité et correspondent à ce que nous considérons comme éminemment ou typiquement humain. Toutefois, dans la vie, nous ne rencontrons pas des types mais des individus concrets. Fidélité veut alors dire que les traits du personnage dépeint dépassent le typique et nous mettent en présence d’un être unique. Certes, nous n’avons pas de critères pour affirmer que tel ou tel individu est vrai. Nous ne pouvons que sentir que Victor ou Valentin vivent effectivement.
Enfin, la vérité de l’œuvre se trouve dans son idée générale, dans sa qualité métaphysique. Le roman, comme nous venons de le souligner, nous révèle une vie dans son ensemble. Il permet d’accéder à ce qui est essentiel dans la vie, ce qui explique une vie, ce qui s’affirme comme son sens. Ce sens n’est jamais clairement énoncé. Si c’est le cas, il manque de force persuasive. Il est toujours suggéré surtout par les comportements des personnages, et leurs dialogues, leurs silences. Et, si le lecteur est attentif et affiche un grand intérêt pour le développement du roman, ce sens le traverse et prend vie en lui. Il se peut que la situation décrite ou le comportement représenté lui soit tout à fait étranger. Pourtant il arrive à s’écrier : « oui, c’est ainsi ». le sens est ‘’intérieurement vrai’’, selon le mot de Jan Patocka. Ici encore, la vérité est sentie plutôt que constatée et énoncée à l’aide des concepts.
Jan Patocka accorde une grande importance à la connaissance de la vérité comme sens. Il parle d’une connaissance intuitive du singulier ; d’une saisie de l’objet qui enrichit notre sensibilité, notre savoir, notre connaissance du monde. Certes, ce sens doit être recréé par l’imagination .Il fait appel à une réflexion imaginaire. Cette réflexion porte sur l’ensemble d’une vie et sur un monde où cette vie se déploie. « L’écrivain n’invente pas un sens, il ne projette pas, il présente un monde et dévoile le sens propre à ce monde. A l’aide du langage, il fait voir un monde dans toute son intégralité et ce qui constitue sa trame vivante » (Jan Patocka, 2000 :79).
Il n’est pas facile de provoquer cette ‘’inadaptation’’ dont parle Frye. La plupart des lecteurs tendent à prendre leur distance des œuvres qui ne correspondent pas à leurs opinions. Car, l’accueil du nouveau va souvent de pair avec la prise de conscience de sa propre ignorance et de ses propres erreurs.

Nous sommes hautement vulnérables lorsque nous sommes plongés dans un roman. La lecture fait appel à toutes nos facultés : à notre imagination, à notre sensibilité, à ce que les psychologues appellent « notre subconscient ». Lire est aussi une activité corporelle : tous nos sens et muscles sont tendus lors d’une lecture captivante.
Sans doute, beaucoup de livres nous présentent la vie humaine non pas telle qu’elle est ou telle qu’elle devrait être, mais telle que nous aimerions qu’elle soit. Certains lecteurs accordent leur attention à ces sources de flatteries et de consolations.

Le dénouement de ‘’Un millionnaire innocent’’ est tragique. La version du film nous paraît impossible ; surtout la fin du roman .Et l’auteur laisse les lecteurs vivre leurs illusions. D’où, l’importance des critiques littéraires et des éducateurs. Ils doivent mettre en valeur non pas les œuvres qui confirment nos vues, mais plutôt celles qui nous troublent et même nous chambardent, nous permettant d’acquérir de nouvelles idées sur l’ensemble de la vie humaine.


  1. Le roman permet de voir


Contrairement aux mass média, toujours à l’affût du sensationnel, le roman nous offre une vision plus complète et plus fidèle de la réalité. L’analyse la plus profonde et la plus sobre des caractères, des enjeux, des possibilités, des situations sociales les plus diverses se trouve dans les romans. Rien ne peut remplacer la lecture. Ni le cours parlé, ni l’image projetée n’ont le même pouvoir éducatif.

Si nous voulons voir clair, nous devons laisser les journaux, fermer notre appareil de télévision et nous tourner vers le roman.
A titre exemplatif, dans ‘’un millionnaire innocent’’ l’auteur présente le caractère de personnes qui n’ont qu’un seul objectif dans la vie : s’enrichir et accroître leur puissance. Il nous offre une brillante analyse du caractère et de la mentalité des principaux représentants du système judiciaire américain : les juges, les avocats, les officiers, etc.

Le récit nous met en présence de deux mondes : un monde prosaïque, valorisant l’efficacité, l’argent, la violence, le mensonge, et un monde marqué par la gratuité, le dévouement, l’amour et l’authenticité. En dépit du dénouement tragique du roman, l’auteur, doté d’un sens de la justice, laisse entrevoir la possibilité de vivre dans un monde meilleur. Un monde fondé sur les émotions nobles et fortes qui résistent aux pressions exercées par les forces empiriques.
Outre les destins individuels, la constitution psychologique de différents personnages, ce roman nous permet de prendre connaissance de ce que nous pouvons appeler l’esprit du temps .C’est-à-dire les mentalités dominantes, l’âme collective d’une communauté, les objectifs et les valeurs propres à certaines professions. Nous nous familiarisons avec le comportement, les coutumes, les valeurs d’une époque. En contemplant ces tableaux, nous nous reconnaissons tels que nous sommes. Il se peut que l’image présentée nous paraisse étrangère, peut-être trop exagérée. Notre réaction est, sans doute, due à notre incapacité de reconnaître ce qui nous arrive et de cerner les nouvelles valeurs qui, sans que nous nous en rendions vraiment compte, peuvent déjà inspirer nos décisions et nos actions.


  1. Le roman permet de mieux connaître l’humain


De nombreuses voix s’élèvent pour affirmer le « pouvoir heuristique » ou encore la « puissance cognitive » de la littérature. Ce que nous chercherions dans les romans, ce serait à « mieux connaître » l’humain, le monde, la vie. L’apport du roman est d’ordre cognitif. Des historiens cherchent dans la littérature des « vérités historiques ». « Les sciences cognitives également apportent leur pierre à cet édifice théorique : armées de leurs connaissances sur les mécanismes du cerveau, elles tentent des incursions du côté de la critique littéraire » (Rémi Sussan, 2010 :30).
Dans cette effervescence, il reste une question qui embarrasse et dresse des lignes de partage entre littéraires, sociologues, historiens, cognitivistes : quel type de savoir spécifique le roman apporterait-il ? Certes, les romans peuvent reconstituer un univers historique, décrypter des relations sociales ou nous informer de manière frappante sur la psychologie humaine. C’est pourquoi il faut distinguer le contenu de connaissances dont un texte est porteur, et l’imaginaire qu’il déploie ; comme L’Etranger (A. Camus, 1942) constitue à certains égards une synthèse de grands thèmes de la philosophie existentialistes : la solitude, la mort, l’altérité, l’absurde. Mais, comme le remarquait Roland Barthes, « ce qui fait de L’Etranger une œuvre, et non une thèse, c’est que l’homme s’y trouve pourvu non seulement d’une morale, mais aussi d’une humeur » (R. Barthes, 2002 : 40).
On pourrait dire exactement la même chose des romans de Michel Houellebecq, qui nous informent sur la psychologie amoureuse ou le tourisme de masse, mais dont la valeur essentielle tient à l’ambiance inédite qui s’en dégage. Ambiance, atmosphère d’un monde couché sur du papier ou humeur d’un personnage inventé de toutes pièces .Intuitivement, nous sentons que les mots de l’auteur disent « quelque chose » de singulier sur notre époque ou sur nous-mêmes. Précisément parce que leur texture est faite de rêves et de mots, et non de faits et d’idées. Les romans enrichissent, simultanément, notre compétence linguistique et notre appréhension du réel. Dynamitant les catégories toutes faites pour penser l’humain et la société, «ils offrent même un formidable matériel pour stimuler l’imagination des sociologues », estiment Anne Barrère et Danilo Martuccelli (Anne B. et Danilo M., cités par Baroni R., 2003 : n°134).
La littérature reste toujours une source inépuisable de connaissances sur l’homme. Disons à ce point que la meilleure représentation du xxè siècle se trouvait non chez les premiers sociologues, mais chez Balzac, qui révélait la vérité sur le monde qui l’entourait et il n’ya de ‘’vérité un peu détaillée’’ sur le genre humain que dans les romans.


  1. Le roman détruit nos illusions


Nous savons tous que nos décisions peuvent être entachées de nombreuses illusions. N’avons-nous pas parfois l’impression de ne pas savoir ce que nous sommes et d’ignorer nos forces et nos possibilités ? Ce qui rend la connaissance de soi difficile, c’est notre tendance à nous identifier à des rôles que nous occupons au sein de la société. Nous nous croyons plus ou moins vertueux, puissants, intelligents, raisonnables, créatifs, que nous ne le sommes réellement.
« Les grands écrivains nous privent de nos idées fausses sur les motifs de nos actions, les buts que nous croyons importants dans notre vie, les passions qui marquent nos vies, les événements de notre histoire personnelle et sociale » (Stephen V., 2003 :66).

L’écart entre nos intentions calculées et les résultats de nos actions concrètes ne peut jamais être comblé. Disons qu’il existe une tension constante entre nos véritables sentiments et les attentes de la société dans laquelle nous vivons. Nous tentons de fausser nos sentiments pour répondre adéquatement à ces attentes et ainsi nous transformer en une machine bien réglée. Cependant, notre volonté de plaire et de s’ajuster se heurte à un échec lorsque nos propres impulsions surgissent et entrent en conflit avec les rôles que nous octroient la famille, le milieu du travail ou les institutions.
Plusieurs grands écrivains nous lancent un avertissement au sujet de l’ignorance ou de la méconnaissance de nos émotions. Nos sentiments ou les passions sont loin d’être aveugles, comme nous avons tendance à le croire. C’est plutôt l’homme froid et rationnel, fermant ses oreilles à la voix de son cœur, qui fait preuve de surdité. Certes, il n’est pas facile de comprendre et de suivre ses sentiments. Il nous arrive de nous tromper lorsque, par exemple, nous faisons confiance à quelqu’un. Cependant, dans la mesure où nous prenons conscience de nos émotions et apprenons à les mieux connaître, nous devenons plus éclairés au sujet des conséquences plausibles de nos réactions affectives.
Notons qu’il existe une formation, une culture du cœur et la connaissance de soi qui nous permettent d’apprécier les valeurs les plus diverses et de porter un jugement sur les actes et les œuvres qui sont les « porteurs » concrets de ces valeurs.


  1. Une confirmation de soi ou confrontation à soi ?


Le genre romanesque présente des personnages qui nous ressemblent. Leurs valeurs sont les nôtres, leurs passions nous parlent, précisément, parce qu’elles sont stéréotypées. Certains romans encouragent ainsi le lecteur dans ses croyances et ses attentes. C’est un mécanisme bien connu de la psychologie sociale : parce que l’autre me ressemble, il me sécurise. Me voilà protégé et rassuré par le personnage de roman, que je chéris en retour. A l’inverse, d’autres romans plus ambitieux nous confrontent à une altérité radicale. C’est le cas, par exemple, de L’Idiot de Fédor Dostoïevski (1868), de Lolita de Vladimir Nabokov (1955). L’intérêt ne vient plus de ce que nous y reconnaissons de nous-mêmes, mais de ce que nous sommes susceptibles d’y apprendre de notre part d’ombre.

Dans un cas, le lecteur cherche une confirmation de soi. Dans l’autre, une confrontation à soi. Dans tous les cas, remarque V. Jouve, « l’autre du texte, qu’il s’agisse du narrateur ou d’un personnage, nous renvoie toujours, par réfraction, une image de nous-mêmes » (V. Jouve, 1993 :31).
L’ambition serait de rendre compte du renouveau des approches de la littérature, tant du côté de la théorie littéraire que des sciences humaines. L’attention au lecteur, à ses motivations, à son vécu et non plus seulement au texte littéraire, en est une des facettes les plus vivifiantes. Qu’ils insistent sur la dimension cognitive, morale ou affective de la lecture, ces travaux rompent avec un vieux dogme. Lire, ce n’est pas seulement converser avec de grands auteurs du passé et du présent. C’est une expérience de pensée. C’est accueillir en soi d’autres langues, d’autres mondes et d’autres caractères. C’est incorporer dans sa personnalité des savoirs et émois nouveaux. Se saisir d’un roman, c’est prendre rendez-vous avec soi.


  1. Le roman donne des vies par procuration


De son côté, la philosophie morale s’intéresse au rôle pédagogique du roman. Martha Nussbaum, l’une de ses représentantes les plus célèbres, insiste sur la capacité de la fiction à montrer ce que la philosophie échoue à démontrer. L’art du romancier consiste à voir le monde .L’’art du lecteur revient à emprunter les yeux d’un autre, le narrateur. A cet égard, le roman permet de se retrouver tour à tour dans la peau d’un détective, d’une amoureuse, d’un dictateur ou d’un orphelin. La fiction procurerait, en quelque sorte, des vies par procuration. En ce sens, elle agit comme un multiplicateur d’expériences, et ce, dès l’enfance.
Elle nous met ainsi en contact avec la complexité de nos propres vies comme celles des autres. Le Français Michel Picard, dans « La Lecture comme jeu » (1986), parle de « modélisation par une expérience de la réalité fictive ». En quelque sorte, le lecteur expérimente des situations qu’il ne peut pas vivre dans la réalité. Il peut choisir certaines situations, en refuser d’autres, et acquérir les bénéfices de ces expériences sans en encourir les dangers réels.
A cet égard, l’une des dimensions les plus frappantes de la lecture d’un roman consiste dans sa fonction télépathique. En lisant un roman, tout lecteur se surprend à proférer mentalement des idées qui ne sont pas les siennes. Cette intériorisation de l’autre explique l’intimité exceptionnelle que nous ressentons à l’égard de certains personnages. Nous les sentons vivre, parler, agir « en nous ».
Processus cognitif, la lecture se redécouvre comme un processus affectif extrêmement puissant. Tout roman parle à notre intelligence, mais aussi à notre cœur. D’un côté, le lecteur s’échappe avec le personnage, voyage dans le temps et vit des intrigues palpitantes. De l’autre, il émet des hypothèses sur la suite de l’histoire et garde un esprit critique. Ce modèle a pour mérite de réhabiliter le « voyage imaginaire » proposé par toute fiction narrative, sans négliger pour autant la dimension réflexive de la lecture.


  1. Le roman rend libre


Northrop Frye a déclaré dans l’un de ses textes ce qui suit : « le but de l’éducation libérale – l’éducation qui rend libre – consiste à faire naître chez l’étudiant une ‘’inadaptation névrotique’’, une attitude critique par rapport au monde. Celui ou celle qui apprécie Bach ou Dante ne pourra plus écouter les programmes débiles diffusés par la télévision et la radio. Il se détournera de la plupart des discours prononcés par les politiciens. Une nouvelle manière de voir la société est rendue possible par la vision des romanciers et par la compréhension de véritables motifs des personnages imaginés ». (Northrop F., 1999 : 115).
Les grands écrivains remettent en question toute autorité qui exige de nous un conformisme servile. Ils nous forcent à penser comme un individu autonome, capable de choisir et de rester fidèle à ses convictions, à ses désirs, ses talents personnels. Ils nous mettent en contact avec des personnages vivant en marge de la société qui ont pourtant une sensibilité plus fine, une intelligence plus robuste que celle des riches et détenteurs du pouvoir. Chacun est traité selon sa propre valeur et non pas selon le rôle qu’il assume au sein d’une société. Pour cette raison, les grands romans sont subversifs. Car ,ils remettent en question, contestent, rejettent les mentalités dominantes, les manières habituelles de considérer la vie et d’envisager les rapports humains. Tandis que le pouvoir politique et les institutions cherchent à justifier leurs idéologies, les opinions et les mensonges de l’époque, les romans évaluent les motifs et les actions de chacun selon leur juste valeur.
Il faut, bien sûr, jouir des circonstances favorables pour produire des œuvres ‘’subversives’’. Il faut surtout avoir du temps, du loisir, de pouvoir lire et penser, poser de nouvelles questions et trouver de nouvelles réponses. « Il n’y a pas de grande littérature sans grands lecteurs disposant de beaucoup de temps, et qui ne soient pas assez engagés dans la société pour avoir peur du changement.’’, écrit Stephen V. (2003 : 75).

Il faut avoir du courage pour remettre en question les opinions reçues et ainsi créer des chefs d’œuvres même là où les libertés individuelles sont écrasées.
CONCLUSION
La lecture a un apport considérable pour tout lecteur averti. Qu’il soit chercheur, ingénieur, biologiste ou enseignant, un scientifique doit communiquer avec le monde pour échanger ou exporter ses connaissances et son savoir-faire : s’expliquer, se faire comprendre, dialoguer, s’ouvrir à d’autres modes de pensée et à d’autres cultures. Ce, à travers la lecture des œuvres littéraires qui est un instrument privilégié d’accès à l’information.
Il convient de lire et d’avoir une modestie chère ; celle de ‘’savoir qu’un autre que soi peut trouver avant et plus vite que soi ce qu’on cherche à tâtons depuis longtemps […]’’ (M’BOKOLO ELIKIA, 2007 : 17).
« Un bon lecteur, doit être actif, convaincu et doit savoir que la lecture rigoureuse est ‘’une activité possible et elle conduit sans trop de mal ceux qui veulent s’y astreindre à un accord sinon total et absolu, du moins largement suffisant, sur ce qu’on peut considérer comme l’essentiel’’ (Richaudeau, F., 1969 : 61).
La lecture nous aide à consulter les autres âmes pour ne pas être pleins de nous-mêmes. Dans ce même ordre d’idées, dans ‘’Lettre LXXXIV’’ (1887) Sénèque écrit : « la lecture m’évite d’être trop satisfait de mes opinions. Ensuite, lorsque j’aurai pris connaissance des découvertes d’autrui et j’aurai jugé des inventions nouvelles, je pourrai, à mon tour, travailler au progrès  ».
En somme, la lecture contribue à notre croissance personnelle : nous arrivons à voir comment nous sommes faits, nous les humains ; car, ‘’les éléments issus des œuvres lues ont pour vocation d’enrichir notre réflexion et notre argumentation’’ (Encarta 2007).
La passion pour les romans nous enseigne aussi comment nous devons lire une œuvre non-littéraire. Nous pouvons nous laisser porter par un dialogue de Platon, accueillir son contenu et le répéter sans le remettre en question. Mais, nous pouvons également poser des questions durant notre lecture, dégager certains problèmes non résolus, signaler de nouvelles difficultés, même des contradictions, et mettre en relief la signification actuelle des idées exprimées.

Cette prise de position active nous permet de développer et d’affiner un esprit critique, c’est-à-dire une capacité de juger les arguments présentés par un philosophe ou un théologien.

Voilà ce qui nous paraît une importante contribution de la lecture active d’un roman. Elle cultive et affine notre aptitude à porter de véritables jugements. Qu’on le veuille ou non, le divertissement n’est pas le seul apport de la littérature. Par le détour de la fiction, elle élargit notre expérience et nous offre un autre regard sur le monde et sur nous-mêmes.
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  1. Vincent Jouve. (1993). La lecture. Hachette.

18. http://www.scienceshumaines.com/pourquoi.lit-on-des-romans_fr_25791.html. Page consultée le 19 Décembre 2011.

Assistant à l’ISTA, Domiongo – Kasaï-Occidental

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