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LA CRITIQUE



Analysez et discutez ce propos de Roland Barthes, extrait d'un article paru dans la revue Tel Quel(1963):
« La "mauvaise" littérature, c'est celle qui pratique une bonne conscience des sens pleins, et la "bonne" littérature, c'est au contraire celle qui lutte ouvertement avec la tentation du sens.»

Problématique: le refus du sens n'est-il pas un défi à la création même, au risque de la vider de toute existence ?

I/ Défi de Barthes.

1/ Reiet de la « mauvaise» littérature.
Reprendre le contexte et le vocabulaire moral = échos de la querelle Barthes-Picard, mais aussi Gide - Claudel (« C'est avec les beaux sentiments qu'on fait de la mauvaise littérature», réponse de Gide à Claudel qui défendait la presence des «beaux sentiments » comme une nécessite pour la grandeur de la littérature); ou Sartre - Mauriac (Sartre critiquant le faux moralisme de Mauriac). Cela aboutit a des « sens pleins » = tout connaître sur tout, devient «sens »fermé! Peut se lire à travers l'omniscience du narrateur (narrateur-Dieu): Hugo et la bataille de VVaterloo dans Les Misérables, vue du dessus => donne un point de vue-jugement qui bloque la perception et l'esprit critique. Id. pour les présentations des personnages et, par extension, les débuts de roman au XIXe siècle: les portraits balzaciens sont si précis qu'ils ont donné lieu à des représentations figurées.

Cette souscription à une forme normée se retrouve jusque dans la recherche d'un beau style (académisme de l'Art pour l'Art) et dans la littérature édifiante.

2/ Quête de la « bonne » littérature.
La valeur dépend de la recherche, de la quête: « lutte » -«ouvertement» => faut que cela se voie. Pas seulement jeu sur fin ouverte / fin fermée, mais surtout introduction d'un doute, pour que la création continue. = volonté de Flaubert dans lettre a Louise Colet (1852):«livre qui se tienne par la force de son style», littérature en élaboration permanente où le sens absolu n'est pas premier.

C'est la tâche que s'assigne le Nouveau Roman (répétitions chez Duras ou dans les images de Robbe-Grillet, tel le cloporte dans La Jalousie; sous-conversation avec changements de locuteurs chez Sarraute, aussi - voire plus brouillés que dans Tandis que ï'agonise de Faulkner); mais aussi la polysémie offerte par Diderot dans Jacques le fataliste ou les sens mis en abyme dans Les Faux-Monnayeurs de Gide, le jeu sur les sens multiples chez les surréalistes (Corps et biens, Desnos) ou aupres des membres de I'OULIPO.

3/ Va iusqu’à la déconstruction.
« Lutte AVEC la tentation DU sens »: peu importe le sens; il n'est pas seulement question qu'il soit multiple. Barthes pousse au refus de tout sens parce que un sens - n'importe lequel - est encore la voie ouverte pour une vérité (même si ce n'est pas LA vérité).

Se situe dans période du refus de tout engagement, de toute idéologie (démarquage du Nouveau Roman de l'ecriture sartrienne). L'écriture se ferme sur elle-même: recherches de Mallarmé de «l'absente de tout bouquet», jusqu'a créer le «Sonnet en YX», pur travail formel. Même le symbole est écarté: va jusqu'à l'abscons, l'abstrait. Ne serait-ce pas la fermeture, l'aporie ?

II/ Impasses




1/lronies du sort
Explique peut-être que le Nouveau Roman n'ait pas trouvé son public (critique répandue qui le cantonne dans études universitaires). Le destin des surréalistes n'a-t-il pas été de trouver des échappatoires: qui se souvient des écrits de Breton après 1940 (il est mort en 1966) ? Inversement, Eluard ou Aragon ont connu des heures de gloire par des poésies qui reprennent des lois classiques (versification, rythmes, type de poèmes ...) pour mieux les réactualiser. De même, Pérec ne peut rester dans le jeu plus ou moins gratuit de La Disparition (livre sans « e») mais pervertit plus en profondeur le genre autobiographique dans W ou le souvenir d'enfance.= Preuve qu'il est difficile de soutenir longtemps les mêmes exigences de rupture avec le sens (cf: évolution de lonesco entre La Cantatrice chauve et Rhinocéros). C'est le fond du débat d'Art, la piece à succés de Yasmina Reza.


2/ La sophistique de Barthes.
La façon de poser le débat est biaisée, marquée par une tendance polémique: « bonne» ou « mauvaise» littérature: pour qui ? par rapport à quoi? La querelle oblige à répondre à un excès par un autre excès.

Art scolastique: ce jeu sur la morale sous-tend une haute idée de l'auteur. Peut-il alors encore être un « scripteur», comme le revendiquait Barthes? II devient le maître absolu non pas DU sens, mais du jeu lui-même, sur et avec le sens.

Jacques le fataliste = cas de domination extrême! Diderot ne laisse jamais le lecteur aussi peu libre que lorsqu'il le laisse choisir... entre deux choix imposés, pour finalement trancher lui-même en faveur de l'une ou de l'autre solution, voire d'une 3°. Diderot voulait dénoncer l'hypocrisie de l'effacement du narrateur. La complicité avec le lecteur est artificielle, autant qu'est fictive et illusoire l'histoire racontée.


3/ Dénégation des sens pleins: hvpocrisie suprême.
Stendhal et Flaubert règlent le sort de leurs héros (voir fins de Le Rouge et le noir et de La Chartreuse de Parme pour l'un, de Madame Bovary ou de L'Education sentimentale pour l'autre: chaque être a sa place, avec des formes de morale); mais les héros sont perçus sous le prisme de l'ironie qui fait qu'ils apparaissent libres de leurs sottises, échappant partiellement à leur créateur qui les juge. C'est cette même ironie qui permet des lectures de Voltaire à différents degrés (même chose pour Rabelais).

En fait, le sens est toujours présent, jusque dans la déconstruction même: le Nouveau Théâtre (lonesco, Beckett, Adamov), le Nouveau Roman ont pour points communs des refus et des tentatives nouvelles qui passent par l'anéantissement de ce qui existait, à commencer par le langage. Prise globalement, la démarche a un sens profond, pose un regard sur le monde, au moins dans la communauté d'écriture (+ marques spécifiques de chaque auteur). Voir les pièces de Beckett, qui se terminent sur un éternel recommencement: perception du temps, du cycle, de l'inanité des choses et des êtres, vision plus large d'une Création inutile ...

La phrase de Barthes finit par apparaître comme une boutade, une gageure qui ne tient pas.

Le sens ne peut être ennemi de la litterature.

III/ Plénitude de l'oeuvre.

1/ Complexité intrinsèque
Les « sens pleins » sont aussi utopiques que l'absence de sens. Seule la censure peut ainsi s'arrêter aux apparences: 1857, procès en immoralité contre Madame Bovary de Flaubert et Les Fleurs du mal de Baudelaire = ne voulait alors voir qu'un seul type de sens, dans un rapport à la morale. Flaubert répond par le cri « Madame Bovary, c'est moi!», mal compris (pas une identification curieuse, mais une affirmation de la retranscription pleine et entière de tout son moi, sous toutes ses facettes,dans l'oeuvre; revendication d'une appartenance forte). Inversement, Les Liaisons dangereuses jouent

sur la pluralité des sens en fonction des différents destinataires (officiel + celui ou celle qui intercepte, voire qui dicte + le lecteur qui voit tous les fils et par- dessus eux l'auteur - éditeur).

Les sens naissent de jeux permanents sur les ruptures : Hugo avec le théâtre romantique ou les poésies de Les Orientales rompt autant avec les classiques que les poètes de la Pleiade – devenus des références archétypales - l'avaient fait en leur temps avec les Grands Rhétoriqueurs ou la poésie médiévale. La complexité est dans la forme comme dans la recherche même, diachronique et synchronique.


2/ Palimpseste de la littérature
L'oeuvre prend un sens, du sens, son sens, ses sens (au choix ... et tout à la fois!) selon le contexte: système de l'auteur, époque et contemporains, regards divers ... Phénomène d'écho entre le théâtre de Marivaux et les romans de l'abbé Prévost ou ceux de Crébillon. Les travaux sur

l'intertextualité (Bakhtine, Genette) ont montré que les sens sont ainsi enchevétrés, un peu comme

dans la constuction de La Route des Flandres de Claude Simon : pendant l'écriture du roman, l'auteur utilisait même des fils de couleurs différentes pour reconnaître les différentes histoires!

La clef absolue de cette quête de sens se trouve peut-être à la fin de A la recherche du temps perdu, dans Le Temps retrouvé, lorsque le narrateur fait comprendre que l'écriture est ce qui lui a permis de.trouver un sens à l'art, de comprendre l'art de l'intérieur.
3/ Pouvoir du lecteur
Banalité que de dire que, avant tout, l'oeuvre NOUS parle: le lecteur est le seul habilité à fournir un sens, des sens, pleins ou pas, mais toujours renouvelés, y compris au sein de sa propre vie de lecteur. L'oeuvre se fait miroir, mise en abyme: « Ah! insensé qui crois que je ne suis pas toi!», Hugo, préface des Contemplations.

A côté de la froideur de la distanciation brechtienne, qui veut ne faire exister que le processus de rationalisation, le lecteur - spectateur ne peut empêcher l'autre processus, celui de l'identification, de se mettre en marche. Dès que la sensibilité est en eveil, il y a activité de sens. II peut naître aussi de la lecture du tourment d'une Sarraute a vouloir comprendre ce qui peut bien faire sens, que de la logorrhée de Rabelais dans le« blason du couillon »du Tiers Livre.

Quoi que Barthes pense, de façon trop radicale pour être justifiee, il n'empêchera pas une démarche naturelle qui repose sur une recherché d'un sens. Peu importe à la fin de savoir qui l'emporte dans cette « lutte avec» l'ange, du lecteur ou de l'Oeuvre!

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