Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres







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André Durand présente
Josek Lewinkopf

dit
Jerzy KOSINSKI
(Pologne – États-Unis)
(1933-1991)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

qui sont résumées et commentées.

Bonne lecture !

Josek Lewinkopf est né à Lodz le 14 juin 1933, dans une famille d'artistes et d'intellectuels juifs qui allaient tous disparaître hormis son père, un philologue, et sa mère, pianiste de nationalité russe. Témoin de la barbarie pendant la Seconde Guerre mondiale, séparé de son père et sa mère, doté de la fausse identité de Jerzy Kosiński, caché chez des paysans polonais dans l'est du pays où un prêtre catholique lui délivra un faux certificat de baptême, il ne les retrouva qu’en 1945, alors qu’il était muet, dans un orphelinat (il allait retrouver I'usage de la parole à la suite d'un accident de ski).

Quoique turbulent, il fit de brillantes études de sciences sociales à l'université de Lodz et en Union soviétique. Il obtint son diplôme de sciences sociales sans se plier aux contraintes du genre. Il travailla à l'académie des sciences de Varsovie.

Mal à l’aise dans la société collectiviste, il réussit à s’en échapper habilement et, le 20 décembre 1957, débarqua aux États-Unis avec deux dollars cinquante en poche et quelques maigres rudiments d'anglais. Une bourse de la Fondation Ford lui permit d’étudier l’Histoire et les sciences politiques.

En 1962, il épousa Mary Hayward Weir, une richissime Américaine qui avait dix-huit ans de plus que lui, qui était la veuve du magnat de I'acier Ernest Weir, qui avait été le fondateur et propriétaire d'une ville qui portait son nom.

Il écrivit en anglais et publia, sous le nom de Joseph Novak, en 1960, ‘’The future is ours’’ (‘’L'avenir est à nous’’), ‘’Comrade’’ (‘’Camarade’’), en 1962, ‘’No third path’’ (‘’Pas de troisième voie’’), des livres anticommunistes, dénonçant la société collectiviste. On lui doit également des essais de critique littéraire.

Il publia surtout un premier roman :

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‘’The painted bird’’

(1965)

‘’L'oiseau bariolé’’
Roman de 250 pages
Un courageux enfant polonais, envoyé à la campagne par ses parents pendant la Seconde Guerre mondiale, fait le récit poignant de la suite de violences, de cruautés, d'horreurs auxquelles il a assisté ou qu'il a subies dans ce monde arriéré, à cause de son statut d'étranger, jusqu'à ce que survinrent les libérateurs soviétiques.
Commentaire
«Oiseau bariolé» fait allusion à un jeu consistant à capturer un oiseau, à peindre ses plumes de diverses couleurs criardes et à le relâcher parmi les siens, lesquels, restés noirs ou gris, ne supportant pas cette différence, le tuent le bariolé à coups de bec. C’est la métaphore de l’hostilité que l’enfant eut à subir dans un milieu hostile

Bien que Jerzy Kosinski ait été, enfant, pendant la Seconde Guerre mondiale, séparé de son père et de sa mère, qu’il ne retrouva qu’en 1945, placé chez des paysans, etc., il ne reconnut pas que ce premier roman, où se mêlent des impressions de la guerre, la description de l’état totalitaire et des éléments fantastiques, soit autobiographique. Il est vrai que coman s que ce preme récit poignant, atroce et fascinant, livre des souvenirs transfigurés par la frayeur, et iI est impossible de ne pas être impressionné par sa simplicité tragique, envoûté par sa magie obscure, bouleversé par la gravité de ce témoignage qui remet en question des notions aussi fondamentales que la pitié, la violence, l'amour. L’auteur affirma : «Quand vous écrivez de la fiction, la partie de vous qui écrit est totalement séparée de celle qui vit votre propre vie.» Mais le livre a été probablement écrit par plusieurs «rédacteurs» car, à cette époque, Kosinski ne maîtrisait pas encore suffisamment l’anglais.

Il reçut un accueil exceptionnel, fut traduit dans de nombreuses langues, obtint le prix du Meilleur livre étranger. Mais les critiques se divisèrent entre ceux qui l’interprétaient comme un document autobiographique sur la Shoah et ceux qui le lisaient comme une fiction littéraire. En Pologne surtout, l’interprétation documentaire causa beaucoup d’émoi, les membres de la famille qui avait hébergé durant l’occupation allemande Kosinski et les autres enfants juifs identifiables dans le livre par leurs prénoms (réels), s’insurgea dans la presse contre son ingratitude, car ils l’avaient sauvé au péril de leurs vies, tandis qu’il avait décrit ces paysans comme des criminels, violeurs d’enfants. Il laissa longtemps planer le doute sur la véracité de l’histoire du petit Jurek (diminutif de Jerzy utilisé dans le texte) pour finalement, à la fin de sa vie, dans ‘’Passing by’’ (1992), admettre que son récit était une fiction, une parabole surréaliste du destin humain.

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En 1965, Kosinski devint citoyen américain.

En 1966, il divorça.

En 1967, il obtint une bourse Guggenheim destinée à faciliter la création littéraire, étudia à l'université Columbia, et entra au centre de recherches de la Wesleyan University du Connnecticut.

Il publia :

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‘’Steps’’

(1968)

‘’Les pas’’
Roman de 148 pages
Racontée par différents narrateurs, l'histoire commence et se rompt sans cesse, passant par toute une série d'événements-symboles dénonciateurs de l'Est comme de l'Ouest, explorateurs de la violence et de l'animalité de l'être humain. Chaque saynète a son héros : l'étudiant de Varsovie qui a repéré tous les lieux d'aisance de la ville pour y méditer sans être surveillé ; la femme qui, par amour pour son amant, accepte de se livrer, les yeux bandés, à un ami de celui-ci ; la tuberculeuse qui demande à un infirmier de se mettre nu devant le miroir et se livre sur son reflet à une parodie de caresses et de baisers ; etc..
Commentaire
Le roman obtint le ‘’National book award’’ qui est décerné au roman le plus important de l'année, avec cette appréciation du jury : «C'est une fiction reflétant le chaos et le désarroi moral de l'Europe du XXe siècle, un livre qui met en évidence la terrible violence qui se cache toujours sous le vernis de la civilisation. Ce qui fait l'originalité de cet ouvrage, c'est qu'il traite de désordres en gardant une structure férocement ordonnée et qu'il traite de l'indiscipline inhérente au monde moderne avec un art sévèrement discipliné.»

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En 1968, l’ex-femme de Kosinski mourut d'un cancer du cerveau. Dans son testament, rien ne lui fut accordé. Il dut enseigner la littérature anglaise dans les universités Wesleyan, Princeton et Yale, où il terrorisa ses étudiants.

Il rencontra la baronne Katherina von Fraunhofer qui appartenait à l’aristocratie bavaroise mais était devenue une riche consultante en marketing. Il allait l’épouser.

Il pensa à un cycle romanesque qui «présenterait les aspects archétypiques des rapports de l’individu avec la société».

En 1970, il obtint la distinction du ‘’National institute of arts and letters’’.

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‘’Being there’’

(1971)

‘’La présence’’
Roman de 145 pages
À notre époque, dans une maison de Washington, une sorte de demeuré d’âge moyen qu'on a appelé Chance («hasard» en anglais) est totalement absorbé par deux occupations solitaires : travailler au jardin et regarder passivement et sans relâche la télévision qui est son seul contact avec le monde extérieur. Quand meurt le propriétaire et qu'il est jeté dans la rue, il est obligé brusquement d'affronter en direct la société. Mais, par un concours de circonstances vraisemblables, il est recueilli par des gens riches et conduit à rencontrer des politiciens, diplomates, financiers. Ses réponses à leurs graves propos concernant la marche du monde, réponses qu’il donne avec ses seules références, sont considérées comme des simplifications lucides de grande valeur et de grande portée, le font passer pour le détenteur d'une sagesse qui impressionne même le président des États-Unis et lui font connaître une vertigineuse ascension sociale.

Jerzy Kosinski a écrit tout à la fois une parabole, une satire, un conte, une histoire passionnante, spirituelle, ironique.
Commentaire
Chance est un super anti-héros, un «homme sans qualités», dont l’identité est fonction des événements qui, pour lui, n'existent que par l'image télévisée. Est-il un disciple de Rousseau, confiant en la bonté naturelle de l'espèce humaine? le technocrate du futur? le chef que réclament les jeunes, maître désengagé, sans liens, sans angoisse? C'est au lecteur d'en décider.

Ce surprenant roman est tout à la fois une parabole, une satire, un conte, une histoire passionnante, spirituelle, ironique

Il connut un grand succès. Mais Kosinski fut accusé de plagiat car l’histoire serait très proche d’un roman de Tadeusz Dołęga-Mostowicz, ‘’Kariera Nikodema Dyzmy’’ (1932), une de ses lectures préférées alors qu’il était jeune.

En 1979, de ce court roman fut tiré le scénario (auquel participa Kosinski) du film ‘’Being there’’ (‘’Bienvenue, Mister Chance’’), tourné par Hal Ashby, avec Peter Sellers, Shirley MacLaine, Melvyn Douglas.

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‘’The devil tree’’

(1973)

‘’La sève du diable’’
Roman de 220 pages
À travers toute une série d'instantanés, on découvre Jonathan James Whalen, un jeune Américain, unique héritier d’un magnat de l’acier, dont la vie fut donc déterminée depuis le départ par l’immense fortune de son père qui lui permet de vivre dans l'irresponsabilité des super-privilégiés. Mais sa puérile jouissance de la puissance et du statut social masque un besoin plus grand, le désir de vivre intensément, grâce à la drogue, à la violence, au sexe, et aux tentatives d’avoir avec les autres des contacts pleins de significations, qu’ils soient des amantes ou le souvenir de ses parents décédés. Mais il ne sent réellement que ce qui est physique. La quête frénétique de son vrai moi ne fait que l'enfoncer plus profondément dans un héritage de folie qui l'étouffe. Au cours du voyage qu’il fait en Afrique avec ses parrain et marraine, sa recherche d’une satisfaction amorale monte jusqu’à un niveau ultime.

Puis il mène une vie aventureuse en Asie où il passe dans les colonies «hippies» du Népal et les fumeries d'opium. Il doit alors séjourner dans de luxueuses cliniques d'Europe. De retour à New York, il renoue avec Karen, une amie d'enfance qui mène elle-même une vie très libre. Il renoue surtout avec sa situation d'héritier d'un des plus riches industriels du pays, de super-privilégié cynique.
Commentaire
Ce livre impressionnant combine le vide existentiel de «l’étranger» de Camus avec l’univers des «playboys» internationaux, la violence et le meurtre dans le goût du ‘’Monsieur Ripley’’ de Patricia Highsmith. C'est le rêve américain devenu cauchemar. Emporté dans une ronde infernale à la recherche de soi-même (drogue, sexe, tentatives criminelles, psychothérapie de groupe), Whalen découvre que la fuite est sans issue. Pour certains, devenir adulte, c'est faire naufrage.

Ce milieu de l'industrie capitaliste et de sa progéniture, qui est évoqué dans le roman, Jerzy Kosinski le connaissait bien du fait de son épouse.

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En 1973, Kosinski fut nommé président de la section américaine du Pen Club.

Il fut également président de l’Institut des études polono-juives à l’université d’Oxford.

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‘’Cockpit’’

(1975)
Roman de 300 pages
Tarden est un ancien membre d'une puissante agence de sécurité des États-Unis qu’il appelle «le Service». Depuis sa désertion, il a réussi à effacer son nom de tous les dossiers et des tables d’écoute. Il peut en toute liberté chercher l'aventure dans le paysage contemporain, se déguiser sous différentes identités (millionnaire et mendiant, vengeur et sauveur, juge et escroc, pilote et passager d'un vol de nuit qui mène au lieu du suspense) pour, au cours de ses vagabondages, intervenir dans l'existence des autres, les rendant par la force complices d'escapades aux actions dynamiques et à l'intrigue complexe, attirer dans ses pièges amis et inconnus, discrètement récompenser ceux qui souffrent en silence et punir sans merci ceux qui sont injustes. Hommes et femmes miroitent dans le monde de l'immanence, et rien n'est prévisible, sauf le hasard.

Avant que nous en ayons pris conscience, il a fait tomber l’une après l’autre nos illusions de sécurité, nous faisant douter de toutes nos valeurs et de toutes nos institutions, nous laissant seuls dans une étendue lunaire jonchée des épaves de nos systèmes de protection essentiels : la famille, l’amitié, le sexe, l’amour, la carrière, le sport, l’art, la médecine, la propriété et la justice. Dépouillés de toutes nos défenses, nous percevons enfin la portée de son intervention : puisque nos fortifications ne sont que façades croulantes, notre force doit surgir du plus profond de nous. Le roman se termine par une citation des ‘’Possédés’’ de Dostoïevski : «Juridiquement, vous êtes à peu près inattaquable. C’est ce qu’on vous fera tout d’abord remarquer, avec ironie. Beaucoup se montreront perplexes. Qui comprendra les véritables motifs de votre confession?».
Commentaire
Ce récit d'une longue et tortueuse mission est un roman d'espionnage d'une puissance obsédante dans lequel le lecteur, pris au dépourvu, devient son propre agent secret avec la difficile mission de se reconquérir.

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‘’Blind date’’

(1977)

‘’Le partenaire inconnu’’
Roman
George Levanter a quitté l'Europe centrale depuis des années. Il est aujourd'hui investisseur aux États-Unis. Muni d'un nouveau code culturel et émotionnel, il parcourt le monde, entraînant le lecteur dans son sillage, des Alpes aux collines de Los Angeles, en passant par New York, Paris, Moscou, et les nombreuses villes du passé et de l'imaginaire. Aventurier insatiable, il multiplie les rencontres du hasard, cruelles ou tendres, quotidiennes et bouleversantes : partenaires inconnus, ou célèbres comme Jacques Monod, Charles Lindbergh et Sharon Tate (que Kosinski a connus personnellement). Homme d'idées et justicier de l'ombre, Levanter déchiffre ces repères de l'histoire ; il a appris à manipuler l'âme des puissants. Car il a survécu à tous les jeux du hasard, ce bienfaiteur qui se transforme souvent en «terroriste impitoyable» : joueur solitaire, il sait que le risque ultime de l'existence est d'être soi-même. Sera-t-il puni pour avoir contrôlé cette vie qu'il nous appartient de modeler ou d'accepter?
Commentaire
Kosinski évoqua son ex-épouse sous le nom de Mary-Jane Kirkland.

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‘’Passion play’’

(1979)

‘’Le jeu de la passion’’
Roman
Fabian a pour métier le polo, non pas le jeu d'équipe traditionnel que pratiquent les milliardaires, mais le combat singulier, le duel âpre et périlleux qui voit deux cavaliers s'affronter sans merci, jusqu'au bout, car il s'agit de savoir si, face au danger, lancé au grand galop sur sa monture, l'homme saura utiliser à fond toutes les ressources de son corps et de son esprit.

En chevalier errant, à la fois Don Quichotte et Capitaine Achab des temps modernes, il sillonne les États-Unis à bord de son «LogeMobile», véhicule gigantesque, refuge, domicile et écurie ambulante pour ses deux juments. Du Massachusetts à l'Arkansas, du Nevada jusqu'en Floride, partout, il s'aventure, cherche, juge, éprouve la nature et les humains. Mais c'est avant tout lui-même qu'il veut mettre à l'épreuve. Dans cette existence toute en contrastes (solitude des horizons brûlés, chevauchées dans les forêts d'Amérique, coupées de brutales plongées au cœur de l'étrange et de la violente sensualité des grandes villes), il tente de vivre sa passion jusqu'au bout. Pour assouvir ses désirs, reculer les limites du jeu, il part à la recherche de son identité véritable à travers les femmes qu'il rencontre ou qu'il retrouve. Paradoxalement, c'est lorsque Fabian a enfin tout pouvoir sur la seule femme qu'il ait jamais aimée vraiment qu'il se heurte à une ultime contradiction : celle de son désir de liberté et de ses sentiments.
Commentaire
Cette quête, cet apprentissage sans complaisance, nous valent des scènes d'un érotisme poignant.

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‘’Pinball’’

(1982)

‘’Flipper’’
Roman
Une jeune et belle femme, aidée par Domostroy, un compositeur classique qui fut célèbre, conduite par un dessein secret qui justifie qu’elle use de tous les moyens, veut obsessivement rencontrer, traque et scrute l’identité de la super-star de «rock 'n' roll» Goddard qui est extraordinairement populaire mais espère, en dépit de son succès, éviter le destin de John Lennon en construisant un monde de rêve où il réussit à garder son identité secrète, même pour ses plus proches amis, ses maîtresses, son propre père.

Au contraire, Domostroy choisit de vivre dans une cellule de sa propre fabrication pour éviter les conséquences de l’échec de sa musique et de sa vie au parcours de «flipper».
Commentaire
Comme l’indique son titre, ce roman plein de suspense, d’humour et d’intensité érotique, que Jerzy Kosinski écrivit pour George Harrison, se déroule comme un jeu compliqué où chaque coup est imprévisible. Le lecteur est emporté dans la spirale d’une histoire haletante dont l’énigme se dénoue magiquement quand il s’éveille. Dans ce qui est sans doute le drame contemporain le plus fort de Kosinski se mêlent la musique, l'angoisse et la violence à New York, en Californie et au Mexique. Les personnages sont tous présentés comme des marionnettes dont les ficelles sont tirées par le marionnettiste qu’est la musique.

Kosinski aurait-il utilisé les deux personnages de Domostroy et Goddard pour montrer le poids que la célébrité lui a infligé? La question qu’il posa est de savoir si un artiste peut se dissocier de ses oeuvres une fois qu’il a choisi de les montrer.

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À la publication de ‘’Flipper’’, il fut révélé que Kosinski se servait de traducteurs qui l’aidaient à écrire la plupart de ses livres qui seraient des plagiats d’obscures sources polonaises. Cela commença à compromettre sa réputation littéraire.

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‘’The hermit of 69th street : the working papers of Norbert Kosky’’

(1988)

‘’L'ermite de la 69e rue’’
Roman
L'ermite de la 69e rue, à New York, est Norbert Kosky, un écrivain juif de cinquante-cinq ans, survivant ruthénien de l’Holocauste, qui a émigré aux États-Unis, qui obtint du succès mais demeura torturé par sa recherche d’un ordre spirituet et de la liberté, maintenant décédé alors qu’il était aux prises avec son neuvième roman (dont sont produits les brouillons) et qu’il était accusé d'imposture par deux journalistes.
Commentaire
Norbert Kosky est, à peu de chose près, l'alter ego de l'auteur qui signa ici son livre le plus personnel et le plus singulier. À cinquante-sept ans, l'enfant terrible du roman américain contemporain renoua avec ses origines juédo-ruthènes et avec toutes les forces qui avaient façonné son identité d'homme et d'écrivain : famille, religion, sexe, lecture, idéologie nazie et totalitaire, Holocauste, aliénation de l'individu par la société moderne, exil, et qui étaient autant de plaies ouvertes dans sa chair et dans sa mémoire. De cette plongée au tréfonds de son être, Jerzy Kosinski tira non pas une autobiographie mais, comme il le dit lui-même, une «autofiction» où le réel côtoie le fantasme, où l'art et l'imagination, gardent tous leurs droits.

La structure est insolite, et on peut à peine parler d’un roman tant le texte est foisonnant. Presque chaque page est encombrée de notes savantes et d’éléments de documentation, certains étant des articles de journaux, d’autres étant cueillis de sources imaginaires. Des citations d’une kyrielle d’écrivains sont données. C’est comme si Kosinski avait été obsédé par la volonté de prouver qu’entre les mains d’un écrivain doué n’importe quoi peut avoir du sens et se révéler pertinent. Une couleur quelque peu mystique est attribuée à la récurrence du nombre 69. De constants clins d’œil viennent alerter le lecteur ; ainsi, parlant des meurtres de Charles Manson, Kosinski appelle Sharon Tate Ophélie et les autres victimes Rosencrantz et M. et Mme Guildenstern. Cette trop concertée démonstration technique est donc un véritable tour de force littéraire, l'ultime pirouette d'un clown triste rongé par le doute et qui régla ses comptes avant de tourner le dos à la vie et à l'écriture.

Mais il reste que ‘’L'ermite de la 69e rue’’ séduit par la prodigieuse vitalité de son inspiration, ses côtés drôles ou émouvants.

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En 1989, après le changement de régime en Pologne, Kosinski participa à la fondation d’une banque américaine en Pologne pour soutenir le processus de démocratisation.

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‘’Passing by. Selected essays’’

(posthume, 1992)
Kosinski y répondait à maintes questions au sujet de ses livres, donna de lui un portrait révélateur et provocant alors que toute sa vie fut enveloppée de mystère.

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La nuit du 3 mai 1991, Kosinski appela une amie, la chanteuse de jazz Urszula Dudziak, lui disant : «Je te rappelle quand je me réveillerai.» Il prit des barbituriques avec une grande dose d’alcool, et s’allongea dans sa baignoire avec un sac en plastique sur la tête. Au matin, sa femme, Katherina von Fraunhofer, le retrouva mort. Il avait laissé une lettre où il écrivit : «Maintenant je vais aller dormir pour une durée beaucoup plus longue que la normale. Ça s'appelle l'éternité
Dans son œuvre, il affronta le thème du rapport entre le milieu social, à la fois oppressant et dépersonnalisant, et l’individu qui ne peut échapper à cette situation qu’en s’isolant et en affinant «l’art d’être soi-même». Ses personnages semblent toujours menacés de rupture. Ils parlent du sexe et de la violence avec une totale franchise, la fiction exhibant chaque fantasme. Mais ils exploitent divers masques pour ne pas exposer un moi labile. Ils participent à l’instauration d'une sorte de liturgie de l'esprit, l'esprit de ceux qui doutent.
André Durand
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