Jean genet, L’antisemitisme en question







titreJean genet, L’antisemitisme en question
page1/3
date de publication17.12.2016
taille81 Kb.
typeDocumentos
a.21-bal.com > comptabilité > Documentos
  1   2   3
JEAN GENET, L’ANTISEMITISME EN QUESTION

Un débat aux accents polémiques s’est engagé voici plus d’un an autour de la question de l’antisémitisme de Jean Genet, à l’occasion de la publication par Eric Marty d’un article intitulé « Jean Genet à Chatila »1. L’auteur prend appui sur une phrase du Saint Genet de Sartre : « Genet est un antisémite. »2 pour défendre la thèse d’un antisémitisme métaphysique de l’auteur de Pompes funèbres. Il analyse ensuite « Quatre heures à Chatila »3 et Un captif amoureux4, deux textes qui témoignent de l’engagement de Genet aux côtés des Palestiniens, à la lumière de cet antisémitisme originel. Cet article a évidemment suscité protestations et réfutations – même si ces réactions ont été curieusement peu nombreuses. Citons Albert Dichy, le responsable du fonds Genet à l’IMEC (Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine), qui s’oppose à l’analyse de Marty en replaçant la question de l’antisémitisme dans la problématique plus vaste du rapport de Genet au Mal et au camp des coupables5. Citons également Jacques Derrida6, qui se focalise exclusivement sur l’interprétation historique que propose Marty de Chatila, et Juan Goytisolo7. En réponse, Marty poursuit son analyse du « cas Genet » dans deux articles. Dans le premier, intitulé « Jean Genet, tabou »8, il s’appuie sur un extrait de L’enfant criminel9 pour développer l’idée d’une rivalité mimétique entre Genet et les juifs : puisque l’identité de Genet se construit comme hétérogénéité radicale à la société « bien-pensante » et selon une inversion de la position de victime en position maléfique glorieuse, l’auteur est poussé par sa logique symbolique à s’attaquer à la principale figure victimaire de l’époque, le juif. Dans le second article, « Jean Genet politique, le grand malentendu »10, le critique entend dénoncer l’image traditionnellement répandue de Genet militant tiers-mondiste, pour explorer les rapports troubles que l’écrivain entretient avec la figure d’Hitler, dans ses romans, et avec les « collabos », dans sa vie privée11.
Il convient de reconnaître aux questions soulevées par Marty toute leur pertinence car elles permettent d’envisager sous un jour nouveau les rapports de Genet à la question politique. Ces trois articles restituent notamment aux textes leur violence négative et leur caractère irrécupérable – ce qui aurait d’ailleurs réjoui Genet qui affiche souvent le souci d’échapper à toute forme d’orthodoxie. En ce sens, Marty rejoint nos propres préoccupations puisque nous avons tenté de voir comment l’ultime texte de Genet, Un captif amoureux, permet de proposer une nouvelle définition de l’engagement de l’intellectuel, sur d’autres voies que le paradigme élaboré par Sartre notamment12. Cependant, certaines thèses avancées par Marty semblent partiellement faussées en ce qu’elles envisagent l’œuvre de Genet et le système symbolique qui s’en dégage comme un bloc esthétique et idéologique immuable, que le critique désigne par le terme de « métaphysique ». Il semble au contraire extrêmement difficile de dégager un système cohérent des différents textes de Genet, qui sont plutôt le fruit d' une pensée qui cherche à échapper à toute forme de cristallisation, une pensée mouvante et violemment contradictoire : on peut d’ailleurs distinguer les contradictions internes aux œuvres et les contradictions externes, qui font apparaître de manière diachronique une évolution des positions – des postures – de l’écrivain. Genet apparaît ainsi comme un auteur insituable, et son oeuvre pose un épineux problème de réception13.
Finalement, une lecture politique de Genet est-elle possible, puisque aucune position assignable, aucune formation idéologique, ne semble émerger de ses textes ? Certes, Marty a raison de parler de « malentendu » au sujet du rapport de Genet au politique, mais la question de l'antisémitisme nous semble relever exactement du même type de malentendu. D’abord, les contradictions externes qui apparaissent d’une œuvre à l’autre, notamment à propos de la question du Mal et (du refus) de l’appartenance à une communauté politique, semblent remettre en cause l’idée d’un lien historique et idéologique entre le supposé antisémitisme de Genet et les textes de la période palestinienne. Ensuite, l’étude des contradictions internes aux œuvres permet d’approfondir l’idée d’une « insituabilité » idéologique de Genet. Plus précisément, une relecture sans tabou de « Quatre heures à Chatila » et Un captif amoureux devrait permettre de revenir sur la problématique positivité (ou négativité) politique qui peut se dégager de ces textes : Genet n’est ni un antisémite ni un défenseur « naïf » des Palestiniens, comme Marty, et Genet lui-même, le laissent entendre.

De Hitler aux Palestiniens : conversions de Genet
Il semble en premier lieu difficile de parler d’une « métaphysique » de Genet. Certes, l’auteur déploie dès Notre-Dame des Fleurs un univers symbolique extrêmement original et cohérent, structuré autour des thèmes de l’homosexualité et de la mort, et qui va se déployer au cours des œuvres suivantes. Cependant, les textes successifs témoignent d’évolutions, parfois même de ruptures, dans la vision du monde de l’auteur. Ces ruptures coïncident d’ailleurs avec les crises qui ponctuent la biographie de Genet, même si le rapport entre vie privée et carrière littéraire a sans doute été exagéré14. La première rupture se situe vers la fin des années 40 quand Genet connaît une notoriété artistique, consacrée un peu plus tard par le Saint Genet de Sartre, qui vient ruiner son identité fondée sur la conviction d’une irréductible hétérogénéité sociale. La seconde rupture survient en 1964 lors de la mort de son amant Abdallah. Ces deux ruptures, qui s’accompagnent d’un tarissement littéraire momentané, permettent de dégager schématiquement trois périodes : une période romanesque (de 1942 à 1947), une période théâtrale (de 1956 à 1961) et enfin une période « politique » (de 1968 à la mort de Genet en 1986). La période romanesque se noue autour de la question du Mal et de l’exclusion sociale, choisie pour ne pas être subie (l’homosexualité, le vol, l’éloge du meurtre, etc.). Comme Marty le montre bien, Hitler apparaît dans Pompes funèbres, Journal du voleur et L’enfant criminel comme la figure qui symbolise à la perfection le Mal radical, figure qui est revendiquée par Genet lui-même : « A l’Europe entière l’Allemagne inspirait la terreur, elle était devenue, surtout à mes yeux, le symbole de la cruauté »15. Du point de vue de la réception, cette élection d’Hitler devrait bel et bien empêcher toute réintégration de Genet dans la société16.
Ce choix d’Hitler semble directement renvoyer à la question de l’antisémitisme soulevée par Marty. Mais ce n’est pas si simple, et Marty écrit justement qu’« il n’y a pas de thématisation particulière et explicite de l’univers juif » : l’admiration pour Hitler est étrangement coupée du problème juif. En fait, l’antisémitisme supposé du romancier ne relève que de propos privés (les confidences arrachées par Sartre, qui sont d’ailleurs aussi retorses que les écrits de Genet). Si on accepte cette hypothèse d’un antisémitisme « privé » qui s’exprime au sortir de la guerre, il pourrait s’interpréter ainsi : après la découverte des camps de concentration, « aux yeux de [la société], le juif c’est le bien », pour paraphraser Marty17, et il serait immoral de prétendre le contraire. Comme d’habitude, Genet réfute ce qui est admis et adopte une posture aristocratique (la majorité a toujours tort), éminemment scandaleuse et irrécupérable – momentanément irrécupérable, bien entendu, puisque Sartre le « récupèrera » dès 1952.
La période théâtrale et la période politique semblent profondément remettre en question cette posture aristocratique18. Pour aller vite, les conversions impliquées par l’écriture théâtrale peuvent se résumer ainsi : mise en scène d’une communauté et renoncement au soliloque délirant, apparition de figures amoureuses possibles et enfin prise en compte d’une communauté de spectateurs, aussi réduite soit-elle19. Fait notable : la Mort n’apparaît plus comme un absolu, comme l’étalon de toute vie. Ainsi dans Les Paravents les frontières entre vie et mort s’effacent et la mort n’est plus qu’une bonne blague : Saïd et Leïla disparaissent purement et simplement et les morts sont trahis par les vivants, comme en témoignent les récriminations d’Ommou. Enfin, ces pièces illustrent l’émergence de questions politiques (les domestiques dans Les bonnes, les révolutionnaires dans Le balcon, les Noirs dans Les Nègres, la colonisation dans Les paravents) et Genet déclare : « Toutes mes pièces […] sont quand même, d’une certaine façon – du moins j’ai la faiblesse de le croire – tout de même un peu politiques, dans le sens où elles abordent la politique obliquement »20. Les nombreuses modalisations viennent nuancer ici l’idée d’un théâtre politique au sens traditionnel du terme car les pièces s’appliquent justement à empêcher toute formation idéologique au profit d’un système d’équivalence généralisé.
Quant à la période dite politique des années 1970 et 1980, elle se caractérise par un renoncement à l’écriture littéraire, ce qui permet à Genet d’éluder pour un moment la question de l’œuvre engagée, au profit de l’action : « Mes livres précédents […] faisaient partie d’un rêve ou d’une rêverie. Survivant à ce rêve et à cette rêverie, pour obtenir une espèce de plénitude de vie, je devais entrer dans l’action. […] Et je ne me suis retrouvé réellement, et dans le monde réel, qu’avec ces deux mouvements, les Black Panthers et les Palestiniens »21. L’écrivain intervient d’abord en intellectuel engagé classique, de type sartrien, qui met sa notoriété au service de nobles causes. Ainsi, il soutient les immigrés, les Black Panthers, les Palestiniens ou encore les membres incarcérés de la RAF par le biais de discours ou de tribunes dans des journaux à large diffusion comme Le Monde ou L’Humanité. Cela jusqu’au choc de Chatila : Genet est par hasard l’un des premiers Occidentaux à pénétrer dans les camps deux jours après les massacres de 1982. Ce rappel brutal de la Mort le sort de son silence littéraire : dans « Quatre heures à Chatila » et Un captif amoureux, il tente alors une synthèse passionnante bien que – parce que – précaire, ce qu’ on pourrait appeler une « politique sans idéologie » (nous y reviendrons).
Ainsi, si les textes de Genet témoignent d’un univers symbolique fortement structuré autour de l’idée du Mal, de la Mort et de la ruine de toute valeur, l’idée d’une « métaphysique » semble difficilement défendable, notamment parce que les positions de Genet bougent constamment, pour prendre à la fin de sa vie une coloration politique, mais une politique totalement redéfinie. Voilà pourquoi il est dangereux de lire les textes des années 80 avec des lunettes datant des années 40 : à la limite, il serait plus juste de parler d’une métaphysique ouverte vouée à détruire toute positivité, elle comprise. Il est à cet égard significatif que Marty construise sa thèse d’un antisémitisme métaphysique de Genet à partir de la phrase de Sartre « Genet est antisémite. », qu’il lit comme un absolu, une pure assertion, au prix d’une mise à l’écart de la nuance immédiatement apportée par Sartre : « Ou plutôt il joue à l’être. » Ici, le critique évacue le problème en posant cette question : « Quelle différence, en effet, pour Genet entre être et jouer à être [antisémite]? »22. Il semble qu’il y a au contraire une différence majeure entre ces deux propositions, surtout si l’on considère que l’alternative oppose plutôt « être » et « jouer à endosser toutes les postures possibles ». N’oublions pas que Genet est porteur d’une négativité radicale : il entend dissoudre la possibilité d’énoncer toute forme de vérité par la mise en œuvre de discours qui sont autant de masques se détruisant les uns les autres. Ainsi, à l’intérieur même de chaque texte, tous les rôles, des plus bouffons aux plus tragiques, sont endossés, ce qui aboutit à une contradiction explosive. La question : « Quelle différence, en effet, pour Genet entre être et jouer à être ? » peut donc se résoudre ainsi : l’être de Genet réside certes dans le jeu, mais ce choix du jeu (à la fois duplicité et « ludicité ») balaie définitivement la possibilité même d’un être assignable. Autrement dit, ce choix balaie la possibilité d’une métaphysique.

Le jeu de massacre
« Tout roman, poème, tableau, musique, qui ne se détruit pas, je veux dire qui ne se construit pas comme un jeu de massacre dont il serait l’une des têtes, est une imposture. »23
Ce propos de Genet, rédigé dans la dernière année de sa vie, constitue une clé précieuse pour relire la totalité de ses textes. Les contradictions externes qu’une lecture diachronique permet de cerner – la seule lecture qui respecte à notre avis ce que l’œuvre de Genet comporte d’ouvert – se retrouvent également à l’intérieur de chaque texte. Ces textes se construisent en effet sur le mode polyphonique (polyphonie du discours théâtral ou juxtaposition liée à la pratique du montage en ce qui concerne les récits, depuis Notre-Dame des Fleurs jusqu’au Captif), comme une mise à plat de discours hétérogènes dans un espace de confrontation.
Pompes funèbres24 est un bon exemple de cette logique, d’autant plus que ce roman remet en cause l’idée d’une métaphysique du Mal. La plupart des critiques s’accordent pour dire que Genet reprend à son compte la morale occidentale, judéo-chrétienne, « bêtement » manichéenne et non-dialectique – mais pour faire le choix inverse, pour embrasser le camp du Mal : ainsi, le choix du Mal est à la fois acceptation, mais aussi retournement de cette morale. Bref, Genet à la fois nie et accepte cette morale puisqu’il choisit le camp du Mal… tel que ce camp est constitué par la morale admise25 (le Mal = homosexualité, nazisme, collaboration, vol, prostitution, analité, etc.). Il choisit d’être l’ « ennemi déclaré ». Cependant, cette logique de désintégration est interminable : dès lors que le Mal devient un système, une position assignable, il n’intéresse plus Genet. Ainsi, dans un passage décisif de Pompes funèbres, Bien et Mal sont renvoyés dos à dos (« ma honte en face de cette erreur : croire que les domaines du mal étaient moins fréquents que les domaines du bien, et que j’y serais seul »26) et l’écriture apparaît finalement comme le lieu d’une précaire résolution. L’exemple de la figure d’Hitler, toujours dans Pompes funèbres, illustre la même ambivalence : l’éloge du führer27 est compliqué par une ironie sacrilège, quand ce dernier est transformé en coquette par la plume de Genet (« une simple moustache composée de poils, noirs et peut-être teintés par l’Oréal »28). Cependant, ce constat n’empêche pas de critiquer le dispositif genetien : il y a sûrement une part de facilité de la part de l’auteur quand il renvoie dos à dos toutes les valeurs morales, quand il vide le Bien et le Mal de toute signification dans une sorte de « tourniquet » non dialectique, puisque la destruction des valeurs admises ne semble aboutir à aucun type de dépassement sur le plan moral ou politique.
On pourrait multiplier les exemples de cette oscillation entre sacralisation et désacralisation : ainsi dans le Captif amoureux, les Palestiniens sont tour à tour héroïsés par celui qui voudrait être un nouvel Homère et moqués à cause de leur attrait pour le vedettariat. Dans le même texte, l’auteur répète d’ailleurs qu’il ne conçoit pas d’amitié sans trahison. Cette permanente désacralisation pose un problème pour le critique qui n’avance jamais sur la terre ferme : la provocation inhérente aux textes de Genet les vaccine en quelque sorte contre toute interprétation. Il suffit de relire ou de visionner les entretiens accordés à des journalistes pour voir que l’auteur ne cherche qu’une chose : donner le frisson au bourgeois (comme Sartre) et désarçonner son interlocuteur au prix de toutes les contradictions. Dès lors, puisque tout propos est simultanément asserté et nié, quelle attitude adopter ? Le critique doit-il reconnaître qu’il ne peut pas parler et du même coup déresponsabiliser Genet ? Doit-il prendre pour argent comptant les déclarations explosives de Genet, au risque de passer pour un naïf ? Ou encore, comment pourrait se définir une lecture critique alternative, une lecture sans tabou qui n’écrase pas les contradictions inhérentes aux textes et au parcours de Genet ?

Le politique sans idéologie : un engagement oblique
La question centrale est de savoir si Genet, au-delà des baudruches que sont le Bien et le Mal dans le discours « idéologique » bourgeois qu’il s’évertue à dégonfler, laisse émerger un ensemble de valeurs « décapées » qui lui soit propre. Plus précisément, quels rapports entretient-il dans ses derniers écrits avec la question du pouvoir, que celui-ci s’exerce dans le champ politique ou dans le champ du langage ? Bref, de quel malentendu s’agit-il vraiment quand on traite du rapport de Genet à la politique ?
D’abord, la nature complexe du témoignage livré par Genet à l’issue de son expérience américaine et palestinienne implique une redéfinition de la notion de « littérature engagée ». Au sujet de « Quatre heures à Chatila » et du
  1   2   3

similaire:

Jean genet, L’antisemitisme en question iconTraduction, tradition et trahison dans Les Paravents de Jean Genet

Jean genet, L’antisemitisme en question iconSommaire
«La Belle et la Bête», film de Jean Cocteau interprété par Jean Marais et Josette Day en 1946

Jean genet, L’antisemitisme en question iconI. Lexique
«sujet» implique un nécessaire décentrement : la grammaire distingue le génitif objectif et le génitif subjectif (la crainte des...

Jean genet, L’antisemitisme en question iconAtelier Jean-René Jérôme, Pétion-ville, Haïti, décembre. «Comme pour sonder deux mots»
«Je suis un passeur, je donne envie de voir les nuages», Ateliers Jean-René Jérôme, Pétion-ville, Haïti, juin

Jean genet, L’antisemitisme en question iconL’entre-deux-guerres : de la dictature au totalitarisme, l’Etat libéral en question

Jean genet, L’antisemitisme en question iconResultats de la vente du patrimoine artistique lu du 11 novembre 2007 Ordre
«La tradition du futur» Poster d'après une aquarelle de Jean-Michel Folon représentant un «Petit Beurre» sous forme de fenêtre ouvrant...

Jean genet, L’antisemitisme en question iconProgramme de terminale dans le cadre de la question "Un artiste dans son temps"

Jean genet, L’antisemitisme en question iconMme le Sénateur-Maire Jacques couture. Thierry albertini. Isabelle...
«que le candidat venant sur une liste immédiatement placé après le dernier élu, est appelé à remplacer le Conseiller Municipal élu...

Jean genet, L’antisemitisme en question icon•la composition du sujet (voir fiche [2])
...

Jean genet, L’antisemitisme en question iconI. Les données de la question. A. La loi de 1959. La loi de 1959,...







Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
a.21-bal.com