Introduction à la science politique – Jean-Marie Donegani







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I/ Naturalisation du social

  1. Origines religieuses de la métaphore corporelle (de la notion de corps social) :

Métaphore utilisée tout au long de l’histoire de la pensée politique. Idée d’un tout fonctionnel où chaque élément a sa place (dérive conservatrice). Fable des membres de l’estomac.

  • Dans l’Antiquité occidentale on a présenté en général la communauté politque comme un phénomène de nature. Zoôn politikon : l’essence de l’homme s’anime dans la socialité (= politique pr les Grecs).

  • ≠ entre pensée juive et pensée chrétienne :

    • Pensée juive Pentateuque : le peuple forme une unité, laquelle est composée de singularités. Personnalité corporative : tout membre du peuple peut devenir le représentant du peuple tout entier = logique prophétique (providentialiste).

    • Pensée chrétienne, Epître aux Corinthiens Paul : « nous sommes les membres d’un seul corps » (celui du Christ) transposable au plan social.

    • L’individu n’est jamais appelé à devenir le corps tout entier : c’est celui du souverain sacralisé.



  1. Postérité polémique de la métaphore corporelle :

Après la RF, cad au moment où l’on invente cette nouvelle conception de la société qui est atomistique cad résultant de l’association libre des individus.

  • Polémique car utiliser une métaphore = avancer des arguments pour justifier un certain ordre social. La force de l’organicisme (et quid de l’organologie ?) est d’établir une continuité entre les réalités de la nature et les données sociales. Or l’argument de type naturaliste est très fort : manière de soustraire la société à toute contestation, de dire que la société n’est pas une histoire de contrat de libre arbitre de volonté mais bien inéluctable.

  • Thomas d’Aquin : besoin de hiérarchie à l’image de la force motrice qui tient un corps ensemble. Certes un corps est un tout mais chaque chose y a sa propre place et sa propre importance : la tête et le cœur sont le plus important etc.

  • Idée de solidarité et complémentarité des organes. Bossuet. Chaque organe a sa dignité propre qui lui vient de sa complémentarité avec les autres, idée d’harmonie du tout et interdépendance.

II/ Sacralisation du pouvoir

Il ne suffit pas de rendre le social naturel encore faut-il protéger le pouvoir des remises en cause avec des procédés de légitimations qui donneront non seulement une concordance entre ordre social et forme concrète du pouvoir soit disant exprimant cet ordre ; croyance sur le monde et la vie sociale entretenant l’allégeance.

  • Métaphore cosmique du pouvoir en tant que forme concrète d’une sorte d’idéal cosmogonique. La construction sociale de la réalité Berger et Luckmann : la légitimation consiste non seulement à inculquer des habitus mais à donner aussi une justification de l’ordre, c’est-à-dire du « pourquoi ».

    • Le sacré n’est pas toujours d’ordre divin (voir sociétés traditionnelles) mais toujours une méta-physique du pouvoir, cad un arrière-monde un au-delà de la réalité qui vient justifier ce pouvoir.

    • Par exemple les textes fondateurs sont des textes sacrés genre Constitution Américaine (grâce de Dieu pour Lincoln). Leaders = porteurs de sens collectifs.

    • Il faut des pontifes (pontifex : celui qui fait le pont… entre un ordre de réalité et d’un autre) qui justifient cet ordre social en invoquant des textes, éléments sacrés auquel le commun des mortels n’a pas accès. Sorte de « spécialistes » du sacré qui viennent dire l’ordre comme indépendant de notre volonté : juristes, historiens etc. Producteurs de légitimation.



  1. Les leçons de l’anthropologie politique :

  • Royautés africaines (anthropologie s’est développée avec la colonisation de l’Afrique)

    • Le corps de la personne du roi est marquée des signes de l’altérité de la différence. On suppose qu’il a des marques de naissance qu’il est tout à fait singulier, insistance sur les signes le situant aux marges de la normale etc.

    • Ce corps du roi va apparaître également comme le lieu d’une puissance qui exprime plus que sa personne : le corps du peuple, du pays. (penser la Libye) Tout cela ne fait qu’Un (Lefort, Clastres, La Boétie).

    • Exemple : il est montré dans les moments qui précède l’intronisation du Roi qu’il prend une possession physique du royaume :

      • Chez les Alcans le roi parcourt le royaume à cheval et touche chaque parcelle de terre.

      • Chez les Mossi du Burkina le pouvoir est ingéré par le souverain : il mange le nam, aliment censé symbolisé le pouvoir du « temps des origines ». C’est dans son corps que va se manifester la puissance des origines. « Il faut manger le nam pour que le nam ne mange pas les œuvres des hommes » dixit les prêtres : idée qu’une force est derrière tout cela. Mais il faut le maîtriser de manière à ce que le chaos ne prenne pas forme.



  1. Pouvoir et sexualité (dualisme sexuel) :

C’est tjs à partir de la différence naturelle de base que sont institués les divisions sociales. La sexualité doit être ordonnée comme le pouvoir : il faut marquer dans les corps et dans les pratiques un Ordre.

  • Dualisme sexualisé des cosmologies et mythologies.

  • Toujours interdits et prescriptions sexuels mais grande variation de ces interdits (qui ont toujours une raison). Fellation interdite car parfois on imagine que le Dieu fondateur de la société l’a fondé par une auto-fellation (« Les Dieux sont souples. » Jean-Marie Donegani)

    • Baruyas de Papouasie : homosexualité prescrite pour les jeunes hommes non mariés mais masturbation interdite.

    • Kasvas de Nouvelle-Guinée : sodomie autorisée pour les jeunes hommes non mariés mais fellation interdite.

    • Azandés de Centre-Afrique : mariage homosexuel légal mais seulement coït intercrural.

  • La sexualité n’est jamais la question d’une relation entre deux partenaires : vaste triolisme dans lequel le tiers est divin. (Maurice Godelier, Au fondement des sociétés humaines). Il faut toujours faire en sorte qu’un homme et une femme ne puissent pas se prendre eux-mêmes pour les auteurs de la vie. Toujours un principe créateur ou final qui est qq part et qui parachève.

    • Chez les Nas on considère qu’en toute femme de puberté à la ménopause porte un fœtus et que lorsque la femme se découvre enceinte on imagine que c’est parce que la divinité est venue réveiller le fœtus, lui donner le souffle, lui qui était déjà là.

  • Bref en gros : chaque membre nouveau de la société est bien plus issu de la société ELLE MEME plutôt que de ses parents. Dans la plupart des sociétés un grand ancêtre donne la vie, sociale.

  • La sexualité est un pouvoir :

    • Il faut maîtriser les femmes à cause de leur pouvoir de fécondité. Donc institutions de rites simulacres destinés à montrer que la femme n’est pas à l’origine de la vie…

    • Figure de l’engendrement masculin, rite de la couvade (Asie), Bernard This, Le père, acte de naissance. Le père s’allonge auprès de sa femme pdt l’accouchement et crie plus fort que sa femme.

    • Marquage rituel du souverain : vigueur exceptionnelle + possibilité de transgression par inceste rituel, Luc de Heusch, Pouvoir et sacré : au lieu de refoulé et de rendre fantasmatique l’interdit on le manifeste chez un « au-dessus-de-nous-et-différent ».

    • La transgression sacralise la vie sexuelle normale et la fertilité du royaume.



  1. Corps mystique du royaume et sacralité du souverain :



  • Avant l’Etat moderne le pouvoir vient de Dieu : « omnis potestas a Deo » St Paul.

    • Augustinisme politique à partir du Vème siècle jusqu’au XIVème siècle : la théorie des deux glaives, rapport entre pouvoir spirituel et temporel en Occident élaborée à partir du texte de St Augustin dans la Cité de Dieu tenant qu’il y a deux royaumes en ce monde. Lecture politique des deux cités pour faire correspondre l’Eglise au royaume de Dieu et la cité terrestre au royaume profane qui n’a de sens que maintenu par l’autorité spirituelle. On a une domination de l’Eglise sur le pouvoir politique en plusieurs étapes.

    • Vème siècle : distinction auctoritas autorité de l’Eglise et potestas pouvoir du Roi. « Deux glaives » inégaux en dignité et légitimité, la potestas ne l’est que par l’infusion dans l’autre.

    • VIème siècle avec Grégoire le Grand : tout pouvoir doit être ordonné. La seule légitimité d’un pouvoir n’est pas de se maintenir lui-même mais d’avoir un but, qui lui donne sa valeur. Conception « ministérielle ».

    • Entre XIème et XIIIème siècle de Grégoire VII à Innocent IV « potestas clavium », pouvoir des clés, pouvoir donné par Christ à St Pierre de remettre les pêchés. Les pontifes estiment que ce pouvoir s’exerce sur les rois eux-mêmes car ceux-ci sont pêcheurs. Au nom de ce pouvoir des clés le pape a le droit de déposer les empereurs et de soustraire le peuple à son serment de fidélité.

    • XIVème bulle Unam Sanctam qui est fulminée par Boniface VIII à l’occasion du conflit avec Philippe Le Bel : en ce monde aucun pouvoir n’a de valeur en soi s’il n’est sanctifié (par la sainte Eglise) : tout l’ordre de l’univers dépend du vicaire du Christ. Possession, royaumes etc sont soumises à la grâce ecclésiale.

  • Autonomisation du pouvoir des rois :

    • Ne passe pas par une soustraction du pouvoir religieux. La première manière = revendiquer pour lui le pouvoir religieux. A partir de l’adage paulinien les juristes royaux font valoir que le pouvoir des rois vient de Dieu et pas du pape, simple successeur de Pierre et pas du Christ. Légitimité religieuse à l’autonomie politique !

    • Théorie des deux corps du roi (corps physique, corps mystico-politique du royaume). Les légistes royaux posent le corps mystique du royaume comme le corps mystique de l’Eglise, et que cette dimension vient, encore une fois, directement de Dieu. « Le roi est mort, vive le roi ! » Enrst Kantorowicz. Comment la figure-t-on ?

      • Moment des funérailles : disparition du corps mortel du roi dans le cercueil. Dans le cortège jusqu’à la sépulture un pantin aux mains de cire et visage d’osier vêtu de rouge figure le corps mortel : montrer que le corps mystique, que la souveraineté, ne s’interrompt pas. Cadavre / effigie.

      • Louis XIII abandon de ce rite, naissance du rite du roi dormant, fragilité du pouvoir.

      • Ordre politique institué par des rituels.

      • Souveraineté montrée, figurée, rendue visible par l’incarnation et la dimension organiciste du pouvoir qui, dans le corps du roi, est sacralisé. Incarnation (légitimité par le sang et le sacré, société une dans le corps souverain) ≠ représentation moderne (mandat, contrat social et volonté, possibilité de débat etc)

III/ Unité et individualisme

Est-il aujourd’hui encore question de figurer l’unité du peuple et de sacraliser le lien social et la figure du pouvoir ?

  • Modernité politique = hypothèse d’une précédence des individus sur la société, hypothèse contractualiste qui stipule que la société est issue des volontés naturelles et que l’ordre social est vouée à la satisfaction des besoins de chaque individu, individualisme.

  • Vertu et honneur, anciens ciments de la société, disparaissent sous la notion d’intérêt. Disparition de la notion de bien commun issue des stoïciens : idée qu’une substance naturelle du bien précède les actions des individus auquel le gvt doit viser (inscription dans l’ordre naturel). Remplacé par le commun profit et le bien-être matériel à partir du XVème siècle.

  • Comment alors créer un nous qui tienne les individus assujettis à l’œuvre commune ? Invention du nationalisme.



  1. Nationalisme et religion du progrès :

Donner un corps à l’état pour lier entre eux les volontés de poussières d’individus.

  • Objectif du nationalisme ≠ promouvoir la Nation = la faire exister, y faire croire.

    • Benedict Anderson : la Nation = imagination, identité nationale = mythe et croyance en une communauté. (Stiegler Unité mais pas identité) Donc c’est travail d’idéologie, de dispositifs symboliques, de construction de marqueurs identitaires (voir cours sur la mémoire).

    • Gelner. Etat > communauté politique et non pas l’inverse. Le principe national est originel et se substitue au principe dynastique d’allégeance à un souverain (notion de « mourir pour la patrie ») : il est louable de se battre pour la nation et pour soi.

  • Idée d’un sens de la nation. Taguieff : lien entre invention de l’Etat, de la Nation et du mythe du Progrès : croyance que la puissance est au service du bonheur individuel et qu’il y a une croissance souhaitable de cette nation et que cette croissance est le fruit de nos volontés et non pas une évolution naturelle du corps social. Sécularisation = transfert des significations religieuses de la Providence au Progrès (transcendance VS immanence et volonté).

  • Progressisme et méliorisme = source de légitimité du pouvoir ≠ de la naturalité organique du social.

  1. Citoyenneté et religion civile :



  • Communauté (le nous) ≠ société (association d’individus). Comment créer une communauté > par la production de la Nation, idée de religion civile, d’un même corps, politiques publiques mémorielles.

    • Pouvoir extérieur mais surtout pouvoir intérieur, normes intériorisées entre les individus. La figure du citoyen devient la matrice du lien social : au-delà des différences, le nous peut s’exprimer (sorte d’essence ?)

      • France idée de citoyenneté universaliste : accent sur l’unité du corps social. Fusion civique.

      • USA pas possible (car signifie droits de vote aux Indiens et noirs) : citoyenneté multiculturelle qui n’ignore pas les appartenances culturelles et ajoute la citoyenneté par-dessus.

    • Citoyenneté = droits + qualités morales.

      • Ensemble de droits politiques, civils, sociaux.

      • Orthopédie sociale : devoir politique, militaire, fiscal.

      • Civilisation des mœurs (Elias) et normalisation des conduites sociales (Foucault) = enjeu de la stabilité du pouvoir « pastoral » selon Foucault, cad qui conduit un troupeau (≠reggyman)

      • Pas de politique entièrement laïcisée mais autonomie (France) ou non (USA) de la politique à l’égard de la religion.

    • Religion civile (≠ religions révélées), Durkheim « conscience qu’une société a d’elle-même », adoration que la société se porte à elle-même. Pour Durkheim, pas de sécularisation politique, seulement une immanentisation de la religion.

  • Modèle en crise actuellement :

    • Vision utilitaire de la citoyenneté (droits), moins sentiment appartenance et devoirs.

    • Particularismes.

Conclusion :

  • Société repose sur efficacité du symbolique.

  • Mythes, liturgies, rites = stimulation lien social, occultation domination, légitimation du pouvoir.

  • Affaiblissement des repères symboliques par l’individualisme, qui a gagné les gouvernants et désacralise la fonction dans laquelle ils se trouvent.

Séance 4 : Etat et domination.

≠ domination et pouvoir : il y a un consentement des obéissants à la domination. D’où : pourquoi obéit-on ? Car il y a légitimité. D’où : qu’est ce qui légitime, comment légitime-t-on une domination ?
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