Essai de Hubert Vincent, rédigé en résindence à Polenovo en 2015







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Ainsi, le propre de l’œuvre d’art, alors même qu’elle ouvre un monde, est-il aussi de manifester le matériau « comme tel », de le rendre visible dans son retrait même ou dans sa dense retenue. Le bois que je vois dans le second tableau, est là, simplement là. Ce n’est ni beau ni laid. Sa densité particulière, son poids, et sa souplesse deviennent visibles. Et rien de plus. Peut-être peut-on faire beaucoup de choses du bois et qu’il peut être utile à beaucoup de choses ; mais ici ce n’est pas un tel usage qui est visé, même dans sa diversité ; c’est le bois comme tel, avant tout usageque lui permet( ?). De même le métal, et même le béton armé : c’est fou ce que l’on peut faire de chose avec le béton armé ! Mais le béton armé, en tant qu’il est en réserve de beaucoup de choses, qu’il se prête même à nos imaginaires et projections humaines, qui le montrera ? Pour Heidegger, c’est l’œuvre de l’art de montrer le matériau en sa puissance réservée. Et c’est là que je trouve le principe d’une certaine humilité ou cette thématique d’une pauvreté riche : le bois comme tel, le béton armé comme tel, avant tous nos usages, avant toutes nos projections.

La maison que je vois dans le troisième tableau, est là ; ni belle ni laide ; ni inquiétante ni joyeuse. Le noir chaud de sa barrière la réserve, la met en retrait. Ni pauvre ni riche ; pas plus suscitant des sentiments de tristesse ou de bonheur privé. Elle est là dans sa réserve même, et je n’ai pas à y projeter quoi que ce soit. Elle est là, bien avant moi et j’habite dans ce monde d’avant moi ; ce n’est pas moi qui en juge. Elle est là comme maison, lieu d’habitation.

C’est pareil enfin pour la lumière, qui semble bien retenir toujours l’attention folle de Levitan. Elle court partout, scintille en chaque objet. Ici le marron dense ; à côté le jaune qui explose. Le vert qui glisse au bleu, le jeu de miroir avec le ciel. Il n’y a pas des couleurs qui plaisent ou non ; qui évoquent tristesse ou joie. Ce qu’il y a c’est le jeu des couleurs qui, simultanément peut évoquer beaucoup de choses.

Mais ce que je crois qu’Heidegger a voulu dire avec ces notions de réserve et de retrait, retrait et réserve des éléments eux-mêmes, c’est que l’œuvre d’art n’est telle que dans la mesure où elle repousse toute projection, et parvient à imposer l’élémentaire comme tel. Et je crois que ce n’est pas facile d’arriver à un tel dépouillement, sans ostentation. Et qu’il faut chez l’artiste un grand effort, une grande lutte pour parvenir à se détourner et éviter toutes les images dans lesquelles nous nous projetons un peu facilement. Le paysage n’est pas pour lui un état d’âme, dans le droit fil de sa critique du subjectivisme de la pensée occidentale. Et je pense qu’il en était de même pour Levitan.

Enfin, il y a des chemins, tout le temps chez Levitan comme si, après l’habitat, la maison et le travail, après l’infini des éléments, le troisième était les chemins. Ce sont des chemins étranges. On ne sait jamais trop d’où ils viennent, jamais non plus où ils vont. S’ils ne sont jamais ou très rarement bouchés ou obstrués, si toujours le peintre laisse deviner quelque suite, ce n’est jamais tout à fait certain. Des chemins, qui sont bien des chemins, au fond assez nets, mais dont il serait difficile de dire vers quoi ou à quoi ils mènent.

Je ne sais trop quoi en dire pour le moment, et je ne veux surtout pas trop vite y voir une métaphore des « chemins de la vie ». A nouveau, et à la suite de la lecture de Heidegger, cette projection me répugne : la nature n’a pas à nous servir à cela. Ces symbolisations me semblent épuisées et sans nécessité.

Même dans le tableau 2, il y a ce chemin passant sur un pont de bois, au premier plan, dans une sorte de violet à la fois massif et léger qui tranche avec tout le reste et indique que cet élément ne se confond pas avec les autres, ou qu’il a sa force propre. Par là au moins les gens passent, et sont passés sans doute récemment. Le pont semble comme neuf, du fait du passage, non de lui-même ; mais justement un pont c’est cela : sa vie même vient de la façon dont nous y passons.

Les habitants ont été ailleurs. Fleuve et rivières séparent, font deux mondes. Les gens d’en face sont bizarres, on ne les comprend pas. Cela n’a pas de sens de traverser tous les jours le pont, qui alors disparaît comme pont. Mais marcher sur un pont rend joyeux : là-bas il y aura peut-être bien autre chose. On ne sait quoi. Et ce n’est alors pas si étonnant si Levitan a su colorer le pont de cette façon là. Et peut-être bien que dans cette espérance du passage se loge de nouveau quelque spiritualité.

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