Recherche du temps libre Tome 1







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4. La quête du populaire

Dans mes investigations, j’ai privilégié l’immersion de terrain et le contact direct tout en m’interrogeant sur mon statut d’observateur, confronté par exemple à la spécificité du langage populaire et à la distance linguistique entre interlocuteurs qui peut résulter de la distance sociale. Bref, étudier les milieux populaires ne se réalise sans doute pas de la même manière que pour les autres milieux, plus proches de la culture savante. Il ne s’agit pas simplement de déambuler dans les zones résidentielles concernées et d’interroger les habitants, il faut se faire accepter dans les quartiers ouvriers ou les usines. L’étude de la classe ouvrière ne me déplaît pas mais, assez vite, au début de mon parcours en sociologie, la conception singulière de cette catégorie sociale me heurte : sans nier qu’il puisse exister une telle classe par rapport à d’autres, je m’interroge sur la diversité de sa composition. Les ouvriers non qualifiés ne sont pas les ouvriers qualifiés, les ouvriers ruraux ne sont pas les ouvriers urbains, les ouvriers immigrés ne sont pas les ouvriers autochtones, les ouvriers militants – jamais plus d’un quart de la catégorie faut-il le souligner – ne sont pas les ouvriers non syndiqués, les ouvriers mariés à une ouvrière ne sont pas les ouvriers mariés à une employée et on pourrait multiplier les critères. Finalement, toutes ces spécificités différencient nettement ceux qu’on a tendance à uniformiser dans une sorte de domination partagée ou de conscience de classe unifiée. Je m’en rendrai compte lors de ma thèse, lorsque je constaterai combien les retraités du bâtiment sont fort dissemblables des retraités de la métallurgie, les uns et les autres partageant pourtant la condition de travailleurs manuels salariés.

Mon initiation à la sociologie porte en priorité sur le monde populaire. Deux orientations pédagogiques se complètent, celle incarnée par les sociologues marxistes et celle représentée par les proches du centre de Sociologie Européenne, complémentarité incarnée par les fondateurs du Département nantais, en 1967, Michel Verret et Jean-Claude Passeron, tous deux ardents défenseurs de la conjugaison réflexion théorique et enquête de terrain. Les travaux d’enseignants ayant exercé à Nantes – les autobiographies et ethnographies de Jean Peneff ; les exploitations statistiques de Christian Baudelot et de Jean-Paul Molinari ; les entretiens approfondis de Charles Suaud ; les carnets ethnographiques de Anne Guillou et de Olivier Schwartz ; les réflexions méthodologiques de Stéphane Beaud, de Jean-Claude Passeron et de François de Singly – en portent témoignage.

Malgré mon ignorance relative de la vie urbaine et ouvrière, sauf à travers celle de mes aïeux, ma mère un temps couturière et mon grand-père cheminot, peut-être ai-je voulu étudier autre chose que ce qui renvoyait à mon identité familiale et sociale, m’en éloigner, avec mon autre grand-père vendeur de bestiaux et des parents commerçants, statuts assimilés aux classes moyennes comme il pourrait être dit. Ce n’est pas exceptionnel si on se fie à l’assertion de Wright Mills : « Personne n’est en dehors de la société ; le problème, c’est de savoir la place que chacun y occupe. En général, le sociologue est de classe, de pouvoir et de statut moyens »54. Lorsque j’en ai eu l’occasion, j’ai sans doute eu envie de redécouvrir mes racines populaires, un peu oubliées, mon père étant toujours, sauf à la fin de sa vie, resté peu bavard à ce sujet, en partie pour avoir souffert d’une éducation rurale très rigide et voulant sans doute en effacer le souvenir. J’en vois un indice dans son refus implicite de nous emmener, mes sœurs et moi, sur les traces de son enfance, pourtant géographiquement proches, près de Châteaubriant, à une heure de trajet de notre domicile nantais. Mon désir de réhabiliter, ou tout simplement de retrouver ce monde perdu – mes deux grands pères ont disparu il y a maintenant plus de 40 ans - influencera certainement mes orientations autour du populaire. Un devoir de mémoire, pour reprendre une expression galvaudée, en quelque sorte. Pourtant, très tôt, je découvre, de par l’activité commerçante de mes parents, la diversité des milieux sociaux, relative cependant car un petit bourg de Touraine des années 1950 comporte peu de classes dominantes, peu d’élites intellectuelles en tout cas. L’instituteur, le médecin, le maire composent à eux seuls la strate des notables ! En revanche, les artisans, les ouvriers du bâtiment et de la petite industrie et, bien sûr, les paysans constituent la majorité. Je conserverai sans nul doute, dans l’étude de la société, ce réflexe de penser l’hétérogénéité avant l’uniformité.

Ni héritier, ni boursier, mon rattachement à la classe moyenne par mes grands-parents paternels et mes parents, classe fourre-tout, la plus mobile sur l’échelle des déplacements sociaux, comme la sociologie me le révèlera ultérieurement mais aussi mes attaches populaires par mes grands-parents maternels – cheminot et employée à domicile – ne me prédestinaient pas naturellement à une carrière universitaire. Ma scolarité se déroulant convenablement, sans plus, père et mère rêvent d’une réussite à l’École Normale, la petite s’entend, il ne faut pas exagérer, celle des instituteurs, d’ailleurs la seule connue. Je me reconnais dans ce que déclare François Dubet au sujet de sa scolarité : « j’ai eu la chance de naître au moment où il suffisait d’être dans le quart des meilleurs élèves de la classe pour être aspiré vers les études grâce à la première vague de massification. (…). Je ne garde de ma scolarité ni le sentiment héroïque de m’être arraché à une condition sociale ni le sentiment d’humiliation et de gêne d’avoir trahi mon milieu social »55.

Mon parcours scolaire loin d’être parfait, j’échouerai au concours des instituteurs, mes parents se consolant alors en pensant que je prendrai la succession de l’affaire familiale, boulangerie vendéenne qui se transformera en café nantais un peu plus tard. L’avenir en décidera autrement et, à mon sens, ma nomination en tant que maître d’internat remplaçant, en 1973, lors de ma première année universitaire, sera décisive : je pouvais désormais disposer de revenus acceptables, c’est-à-dire suffisants pour un étudiant logé chez ses parents, et prendre mon temps, celui des études surtout. Ce sera possible grâce au cumul des statuts de maître d’internat et de surveillant d’externat pendant près de dix ans, toute la durée de mes études, au point même que ma carrière de pion s’achèvera le mois de ma soutenance de thèse, en juin 1982. J’avais eu entre-temps l’opportunité de me lancer totalement dans la vie estudiantine, d’endosser rageusement le statut d’étudiant, avec les études bien sûr, mais aussi les sorties, les fêtes, les concerts… et les moments de contestation !

Ma longue expérience de surveillant de collège, sans constituer un travail de terrain proprement dit, s’en rapproche néanmoins. J’ai profité de cette activité qui s’étendit donc sur près d’une dizaine d’années pour observer les comportements des élèves et saisir ce qu’ils devaient à leur enracinement social et local : les fils de marins du Collège d’enseignement technique des Sables-d’Olonne, mon premier poste, s’initiant à la chaudronnerie, à l’ajustage, à la maçonnerie, à la mécanique ; les fils d’ouvriers de Brière, des Chantiers navals nazairiens et de la Raffinerie de Donges dans un établissement similaire à Pontchâteau ; les enfants de paysans, d’ouvriers ruraux et de petits commerçants au Collège d’enseignement général de Challans ; les fils et filles d’ouvriers d’usine et d’immigrés de la banlieue nantaise. Je ne manquais pas de réfléchir, sur le vif, aux analyses relatives à la culture manuelle et technique formulées en particulier par Claude Grignon et à la reproduction scolaire des inégalités sociales proposées par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron d’un côté, Christian Baudelot et Roger Establet de l’autre56.

Je m’interroge, en me référant probablement de manière plus ou moins consciente à mon propre parcours, celui qui va de la petite école rurale à l’université en passant par le collège d’enseignement général, sur le caractère inexorable des mécanismes à l’œuvre en milieu scolaire et qui mène pour le dire vite à reproduire la condition parentale ou, à l’inverse, à y échapper miraculeusement. Mon propre père il est vrai affichait ostensiblement son respect des statuts sociaux jugés nobles, pour lui celui de l’instituteur en était un, mais ne reniait pas pour autant sa propre condition. Je me demandai alors si les élèves dont j’avais la charge étaient irrémédiablement condamnés à rester prolétaires. À grands traits, les statistiques l’affirment mais cette logique statistique implacable n’interdit pas à certains de réussir d’autres voies. À ma modeste mesure, j’essayais d’y contribuer. Ainsi, contre toute logique, je formai, dans le cadre du foyer socio-éducatif que j’animai, des élèves de la Section d’Éducation Spécialisée, les plus étrangers à la culture scolaire, à la pratique des échecs, jeu réputé élitiste. Je me suis exposé aux sarcasmes de nombreux collègues mais j’ai découvert alors que ces élèves, contre toute attente, manifestaient de réelles capacités dans cette activité ludique et que, par ce biais, ils gagnaient un peu de confiance dont ils étaient, en tout cas sur le plan strictement scolaire, habituellement dépourvus. Je revois, non sans plaisir, l’étonnement du directeur et du conseiller d’éducation, ceux-ci étant il est vrai les rares membres de la communauté scolaire à m’avoir soutenu, lorsque je leur appris que l’équipe ainsi constituée participerait au championnat départemental scolaire du jeu d’échecs. Bien sûr, cela n’a pas suffit à contrecarrer réellement les mécanismes de la relégation scolaire mais j’ai le sentiment et la fierté d’avoir œuvré à mon niveau, certes symbolique, à une reconquête, même timide, de leur dignité. Je constate en outre que ces catégories d’élèves particulièrement démunies et incitées à l’être par les institutions ont une vive conscience de la place qu’elles occupent, du rôle de l’école dans cette marginalisation, de leur avenir plus qu’incertain, des stigmates dont elles sont porteuses, notamment sur le marché des relations, du mariage et du travail. Je découvre en même temps leur vive sensibilité, leur conscience aigue, leur envie de s’en sortir et, sans nul doute, je garderai ces constats à l’esprit lorsqu’il s’agira de mettre en forme ma compréhension des cultures populaires et de leurs potentialités.

Cette expérience professionnelle, souvent méprisée et jugée insignifiante – pour beaucoup, il suffit simplement de savoir « surveiller » – me sera pleinement bénéfique, sur le plan de la maturité personnelle et sur le plan de la compréhension du fonctionnement social, celui de l’institution scolaire vue de l’intérieur. Finalement, l’établissement scolaire fut, pour moi, un observatoire privilégié où je me suis senti bien, où j’eus le sentiment, peut-être naïf, d’œuvrer en faveur de l’éducation, en particulier des moins bien lotis – ceux de l’enseignement technique et de l’enseignement spécialisé – mais aussi où j’eus la possibilité d’observer le fonctionnement de l’institution, de saisir concrètement les inégalités voire les injustices. Malgré mon statut subalterne et, bien sûr, mon impuissance à changer le système, je fis le maximum pour être utile, pour conseiller les élèves et j’ai étonné plus d’un de mes proches en déclarant que j’appréciais mon rôle de pion ! Pour conclure sur cet épisode, une durée significative de ma vie quand même, une anecdote pourrait symboliser et résumer cet engagement éducatif : près de 30 ans plus tard, à ma grande surprise mais aussi grande joie, un jeune partenaire bouliste, Bruno, ancien élève du dernier collège nantais où j’ai exercé, désormais marié, père de famille et ouvrier intérimaire,  viendra me taper sur l’épaule et se rappeler à la fois respectueusement et amicalement à mes bons souvenirs !

J’ai échappé au métier de commerçant pour celui d’universitaire, mais je crois pouvoir dire que ce n’est pas grâce à une atmosphère familiale qui s’y serait prêtée. Complètement investis dans le commerce, trop absorbés, mes parents négligeaient les autres activités, notamment de loisirs, ce qui fit aussi qu’ils suivirent très distraitement ma scolarité, jetant vaguement un œil sur le bulletin périodique. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été aidé dans mes devoirs à la maison. L’univers du petit commerce familial, ajouté à la dimension restreinte de la petite ville de province où nous résidons lors de mon adolescence, sont peu propices aux investissements culturels : le théâtre, la musique, le cinéma, la lecture étaient loin d’être des activités prioritaires. Grâce aux affiches apposées sur la vitrine du magasin et aux places gratuites délivrées à cette occasion, j’irai toutefois, au cours de mon adolescence, ponctuellement, assister à des spectacles de cirque et de variétés. Mes dernières années de lycée et tout mon cursus universitaire me permettront largement, il est vrai, de me rattraper, dans le cadre de ma passion pour le rock et la pop music, sans pour autant délaisser le cinéma. Je crois entrevoir ce que peut être la domination culturelle. Je retrouverai ce sentiment avec étonnement, bien plus tard, chez Richard Hoggart, et, bien sûr, sa théorisation, chez Pierre Bourdieu. C’est sans doute la raison pour laquelle je me suis dis qu’il me fallait compenser au plus vite mes lacunes, ayant l’impression que ma réussite sociale passait par là, et à la fin de mon adolescence, c’est à corps perdu que je me jetai dans la fréquentation des livres, des films et des disques. Je suis devenu un habitué du ciné-club local, je me suis initié à la musique anglo-saxonne avec un zeste de classique et je me suis transformé en rat de bibliothèque, empruntant frénétiquement, au hasard des noms qui me sont arrivés aux oreilles via les enseignements ou les ouï-dire, tout ce que je considérais comme fondamental, incontournable à ma formation : Dostoïevski, Hemingway, Steinbeck, London, Kerouac, Kafka, Balzac, Flaubert, Zola, Vian, Camus, Sartre… Je conserverai définitivement cette passion littéraire, malheureusement avec beaucoup moins de temps pour m’y consacrer, au point de la communiquer à mes étudiants pour signifier le plaisir de lire donc le plaisir d’apprendre et d’étudier. Mes apartés pour célébrer Jack London - Martin Eden, Les Vagabonds du rail - et Franz Kafka – Le château, Le procès, La colonie pénitentiaire – les amusent et les intriguent. J’en tire une certaine fierté intérieure lorsque l’un d’eux m’avoue avoir découvert l’un de ces livres suite à ma citation. Il faut dire que ce n’est pas totalement sans lien avec la sociologie : je ne manque pas de rappeler que ces œuvres ont une dimension autobiographique et témoignent de la vie sociale d’une époque, traversée ou observée par l’auteur. La littérature, y compris réaliste, ne remplace pas la sociologie mais elle permet de mieux en saisir les spécificités. La confrontation l’enrichit, sans oublier bien sûr la possibilité d’une sociologie des œuvres littéraires proprement dite !

Mes diverses expériences sociales, depuis le commerce familial et ses différentes clientèles jusqu’aux années de « pionicat » et les réflexions sur l’éducation qu’elles entraînent, sans oublier ma découverte de cultures plus lointaines puisque, pendant mes années d’université, j’entreprendrai de nombreux voyages en Europe, au Moyen-orient, au Maghreb, en Afrique, en Asie, me paraissent fondatrices de ma sociologie dans le sens où elles m’inciteront à relativiser les cultures, à ne pas les considérer comme allant de soi. Dans un texte autobiographique, Michel Wieviorka évoque curieusement une expérience similaire, c’est-à-dire initiatique, du voyage, à la fin de son adolescence, et l’influence décisive qu’elle aura dans son cheminement ultérieur57. De ces formes composites de ma construction sociale et intellectuelle, je conserverai, me semble-t-il, une extrême perméabilité aux diversités culturelles et un vif intérêt à l’égard de ce qu’on désigne par culture populaire. Bien entendu, cet « habitus » de compréhension des valeurs populaires sera consolidé par ma formation sociologique et ma spécialisation sur le monde ouvrier.

Mais ce processus d’inculcation et d’incorporation de valeurs issu en particulier de mon éducation familiale est à nuancer car l’intériorisation n’est pas systématique : par exemple, ma très forte imprégnation au catholicisme sous forme d’assistance assidue au catéchisme, à la messe dominicale, aux vêpres, subie pendant mon enfance se métamorphosera ensuite en une très forte mise à distance à l’égard des valeurs religieuses et, malgré mon intérêt marqué pour des thématiques extrêmement variées de la sociologie, un refus obstiné de m’intéresser à la sociologie religieuse. Sans doute n’est-ce pas la seule raison et faut-il y ajouter ultérieurement, entre autres, la séduction concrète opérée par les événements de 68 – j’ai alors 16 ans – et leurs revendications de vie libre, en pensée et en acte puis, sur un versant théorisé, la découverte fascinée du matérialisme dialectique et du freudo-marxisme – je lis assidûment les œuvres de Wilhelm Reich - en classe de philosophie. Mon histoire sociale m’entraîne dans une posture critique à l’égard tant du politique que de la sociologie, dans une méfiance à l’égard des pensées dogmatiques de l’un et l’autre champ, au point de ne pas prendre d’engagements explicites, y compris en sociologie au sein de laquelle j’aurai énormément de mal à revendiquer une position théorique bien précise.

Les acquis contradictoires de mon parcours scolaire – je serai un élève et un étudiant qu’on peut dire moyen – et de mon parcours social – mes origines intermédiaires, l’ascension sociale de mes parents même relative, mon accès à la ville et à l’université, ma découverte de différents milieux sociaux au lycée et à l’université, ma réussite, inédite et unique dans la famille, dans les études, mon attirance pour la vie intellectuelle – se retrouveront dans mon parcours professionnel, au moins dans son éclectisme : mon intérêt équivalent et combiné pour la sociologie théorique et la sociologie appliquée ; pour les activités tant pédagogiques que scientifiques et administratives ; pour la formation initiale mais aussi la formation continue ; pour des courants de pensée réputés inconciliables (l’École de Francfort, l’École de Chicago, le culturalisme, le structuralisme, le courant de Pierre Bourdieu) ; pour des spécialités, certes voisines mais néanmoins distinctes (sociologie, ethnologie, démographie, histoire). Ce regard pluriel aura une conséquence manifeste lors de ma soutenance de thèse, en 1982, puisque seront réunis, outre Michel Verret, la géographe Françoise Cribier et le démographe Alain Girard. C’est sans doute aussi pourquoi j’éprouverai des difficultés à rester fidèle à une seul domaine en m’intéressant à des objets diversifiés dans le champ de la sociologie : la retraite, le jeu, la fête, le loisir, qui occupent d’ailleurs une place restreinte dans les manuels de sciences sociales ou les programmes scientifiques. Pour prendre un exemple récent et révélateur, le XVIIIe congrès international de l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française, à Istanbul, en juillet 2008, avec pour intitulé « Être en société. Le lien social à l’épreuve des cultures », consacre un de ses 31 Comités de recherche au thème « Parcours de vie et vieillissement » mais aucun au loisir ou au temps libre. Il se rattrape quelque peu avec les Groupes de travail, l’un portant sur le cinéma et la télévision, l’autre sur le sport mais ce programme suffit à souligner la faible place accordée au sein de la discipline à mes objets de recherche. Ceci dit, c’est aussi la question du populaire, c’est-à-dire de la dimension populaire des loisirs et des cultures, qui est au centre de mes recherches. Que ce soit à propos de la vieillesse, du jeu, de la fête, des pratiques culturelles, la frontière entre ce qui relève du populaire et ce qui s’en distingue est au cœur de ma réflexion.

Effectivement, à beaucoup et j’en suis, le renouvellement des problématiques scientifiques paraît nécessaire et à la question théorique des classes, en particulier de la classe ouvrière, doit succéder celle des milieux populaires. C’est ce qui intervient avec le remplacement du Lersco par le Lestamp. Je pressens néanmoins que ce pluriel n’est pas pour faciliter la tâche et Joëlle Deniot, dans le texte fondateur du nouveau laboratoire, le dévoile : « Pourtant, s’il semble aisé de s’entendre sur une critique minimale d’un concept de classe ouvrière au référent plus homogénéisant, le passage au terme de classes populaires ne va pas sans soulever d’autres perplexités. Avec le populaire, nous n’avons plus affaire à un concept mais à une notion plurielle, vaste mais aussi plus ambiguë »
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