Leçon 1 18 novembre 1953







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17 février 1954 Table des séances

Marie-Cécile GÉLINIER




LACAN
Pour reprendre les choses où nous les avons laissées, Je vous dirai qu’aujourd’hui j’ai l’intention de commencer de vous emmener

dans cette région qui peut être dite avoir été délimitée par nos propos de la dernière fois, mais qui est très exactement celle

où nous avançons depuis le début dans ce commentaire des Écrits techniques, la région plus exactement comprise entre

  • la formation du symbole,

  • et le discours du moi.


J’ai donné aujourd’hui, au séminaire que nous allons poursuivre ensemble, le titre : « Analyse du discours et analyse du moi ».

Je ne peux pas dire que je remplirai un titre aussi ambitieux en une seule séance, c’est plutôt une façon d’ouvrir pour vous

sur un certain nombre de problèmes et de points de vue.
Je dirai qu’en opposant ces deux termes je fais quelque chose qui se substitue à la classique opposition de l’analyse du matériel,

comme on dit, à l’analyse des résistances. En fait, pour appeler un terme qui a été mis en valeur la dernière fois par M. HYPPOLITE,

l’usage du terme d’Aufhebung dans le texte sur la Verneinung, qu’il a bien voulu nous commenter en vous rappelant le sens

très particulier, très complexe, maniable, car en allemand ce terme est en même temps « nier », « supprimer »,

mais aussi « conserver dans la suppression », « soulever ».
Nous avons là évidemment l’exemple d’un concept qui ne saurait être trop approfondi pour réfléchir à ce que nous faisons

dans ce dialogue, comme l’ont remarqué depuis quelque temps les psychanalystes. Bien entendu, nous avons affaire au moi du sujet

avec toutes ses limitations, ses défenses, tout son caractère, et l’on peut dire que toute la littérature des écrits analytiques

est comme embarrassée pour définir exactement quel est ce mode de rapport, quel est ce mode d’action, quelle est cette fonction

que joue en effet ce moi auquel nous avons affaire dans l’opération, le progrès où il se trouve que nous sommes proposés,

par la situation, à le conduire, le faire avancer.
Il est certain que toutes les discussions, élaborations récentes qui se sont faites autour de cette fonction du moi, celles qui parlent

de ce moi de l’analysé comme devant être le point solide, l’allié de l’analyste dans le grand œuvre analytique, ont toujours manifesté

dans leur contenu, progrès, de singulières contradictions.
Car, comme j’ai pris soin de le souligner à maintes reprises, à maints tournants, il est très difficile - sauf à aboutir à la notion

d’une espèce, pas seulement de bipolarité, de bi-fonctionnement du moi, mais à proprement parler de splitting, distinction radicale

entre deux moi - de concevoir comment ce moi de l’analyse, pas moins qu’une grande tradition philosophique,

se présente comme maître d’erreurs, siège des illusions, lieu d’une passion qui lui est propre et va essentiellement à la méconnaissance.
Il y a des termes, quand on les lit sous ce langage, parfois un peu déconcertant par ce caractère chosiste qui est celui d’Anna FREUD

dans « Le Moi et les mécanismes de défense », je vous assure qu’il y a des paragraphes de son livre où on a à la fois le sentiment :

  • qu’elle parle du moi comme quelque chose qui est dans l’atmosphère et le style de compréhension que nous essayons de maintenir ici,

  • et d’un autre côté qu’elle parle du petit homme qui est dans l’homme, quelque chose qui aurait une sorte de vie

subjective, autonome dans le sujet, et qui serait là à se défendre : « Père, gardez-vous à droite. Père, gardez-vous à gauche »13 contre ce qui peut l’assaillir, du dehors comme du dedans.
Mais d’un autre côté, si nous le prenons sous l’angle d’une description du style moraliste, elle parle incontestablement du moi

comme le siège d’un certain nombre de passions qui ne sont [...] dans un style qui n’est pas indigne de ce que

LA ROCHEFOUCAULD peut dire et signaler à tout instant des « ruses de l’amour propre ».
Cette situation d’une fonction dynamique, pour appeler les choses par leur nom, du moi dans le dialogue analytique, reste donc…

et ceci apparaît bien mieux encore chaque fois que nous avons abordé les principes de la technique

…jusqu’à présent, semble-t-il, faute d’une situation rigoureuse, profondément contradictoire.
Je crois que beaucoup d’entre vous ont lu ce livre d’Anna FREUD, qui est assez lu, sur « Le Moi et les mécanismes de défense ».

Il est extrêmement instructif.

Et certainement on peut y relever, parce que c’est un livre assez rigoureux, en quelque sorte les points dans lesquels apparaissent

en son discours même, justement parce qu’il a une certaine rigueur, les failles de sa démonstration, qui sont encore plus sensibles

quand nous abordons ce qu’elle essaie de nous donner, à savoir des exemples. Ce qu’elle définit, par exemple les passages

très significatifs quand elle essaie de nous dire quelle est la fonction du moi. Il est bien certain qu’en effet elle nous dit :
« Dans l’analyse, le moi ne se manifeste que par ses défenses… »
C’est-à-dire pour autant qu’il s’oppose à ce qui est à proprement parler le travail analytique. Est-ce à dire que tout ce qui s’oppose

au travail analytique soit défense du moi ? Elle reconnaît à d’autres endroits que ceci ne peut être maintenu, elle reconnaît

qu’il y a d’autres éléments de résistance que les défenses du moi. Et c’est comme cela que j’ai commencé à aborder le problème

avec vous, dans le biais que nous avons pris, les Écrits techniques de FREUD. Par conséquent, il y a là [...] beaucoup de problèmes

abordés ici qu’on veut bien penser d’une façon rigoureuse, c’est-à-dire la plume en main, de ce texte qui a la valeur d’une sorte de

legs, vraiment bien transmis, de la dernière élaboration de FREUD autour du « moi ».
Quelqu’un qui nous est proche dans la Société [Henri Hey ?], un jour a usé, en parlant d’Anna FREUD, d’un terme - il a été saisi,

je ne sais pourquoi, d’un élan lyrique, ce cher camarade - il l’a appelée « le fil à plomb de la psychanalyse » au Congrès de 1950.

Eh bien le fil à plomb ne suffit pas dans une architecture, il y a quelques autres instruments supplémentaires, un niveau à eau par exemple.

Enfin... « le fil à plomb » n’est pas mal, ça nous permet de situer la verticale de certains problèmes. Cela nous servira d’introduction

à ce que vous allez voir.
Je désire aborder aujourd’hui, maintenant, la tradition du séminaire. Je crois que ce n’est pas une mauvaise introduction à quelque

chose que je vais demander à Mlle GÉLINIER de vous présenter au cœur de notre problème, à savoir un article de Mélanie KLEIN

qui s’intitule « L’importance de la formation du symbole dans le développement du Moi 14 ». Je ne crois pas que ce soit une mauvaise façon

de l’introduire [l’intervention de Mlle Gélinier] que de vous proposer un texte d’Anna FREUD concernant ce qu’elle appelle

la façon dont elle entend l’analyse des enfants, et spécialement les défenses du moi, dans un exemple technique analytique.
Voici par exemple, un petit exemple qu’elle nous apporte, il s’agit, dit-elle : d’« une jeune patiente qui se fait analyser pour un état d’anxiété

grave qui trouble sa vie et ses études », et qui se fait analyser pour obéir à sa mère :
« Ce faisant - dit-elle - son comportement à mon égard reste amical et franc, mais j’observe cependant qu’elle évite soigneusement dans ses récits,

de faire la moindre allusion à son symptôme et passe sous silence les crises d’anxiété qu’elle subit dans l’intervalle des séances. Lorsqu’il m’arrive d’insister pour faire entrer le symptôme dans l’analyse ou d’interpréter l’anxiété que trahissent certaines données des associations, le comportement amical de la patiente se modifie aussitôt. Elle déverse chaque fois sur moi un torrent de remarques ironiques et de railleries. J’échoue totalement en tentant de rattacher cette attitude de la malade à son comportement à l’égard de sa mère. Les relations conscientes et inconscientes de la jeune fille avec sa mère offrent une image bien différente. Son ironie, ses sarcasmes sans cesse renouvelés déconcertent l’analyste et, pendant un certain temps, rendent inutile la continuation du traitement. Toutefois, une analyse plus approfondie montre, par la suite, que persiflage et moquerie ne constituent pas, à proprement parler, une réaction de transfert et ne sont nullement liés à la situation analytique. La patiente a recours à cette manœuvre, dirigée contre elle-même, chaque fois que des sentiments de tendresse, de désir ou d’anxiété sont sur le point de surgir dans le conscient. Plus est puissante la poussée de l’affect, plus la jeune fille met de véhémence et d’acrimonie à se ridiculiser elle-même. L’analyste n’attire que secondairement ces réactions de défense parce qu’elle encourage l’apparition dans le conscient des sentiments d’anxiété de la malade. La connaissance du contenu de l’anxiété, même quand les autres dires de la patiente en permettent l’interprétation exacte, reste inopérante tant que toute tentative de se rapprocher de l’affect ne fait qu’intensifier la défense. Il n’a été possible en analyse de rendre conscient le contenu de l’angoisse qu’après avoir réussi à faire remonter jusqu’au conscient et par là à rendre inopérant, le mode de défense contre les affects par dépréciation ironique, processus qui jusqu’alors s’était automatiquement réalisé dans toutes les circonstances de la vie de la malade. Du point de vue historique, ce procédé de défense par le ridicule et l’ironie s’explique, chez notre patiente, par une identification avec son défunt père qui avait voulu enseigner à sa fille la maîtrise de soi et se moquait d’elle chaque fois qu’elle se laissait aller à des manifestations sentimentales. La méthode de défense contre l’affect, fixe donc ici le souvenir d’un père tendrement aimé. La technique qui s’impose en ce cas est d’analyser en premier lieu la défense de la patiente contre ses affects, ce qui permet ensuite d’étudier sa résistance dans le transfert. À ce moment seulement, il devient possible d’analyser vraiment l’anxiété et sa préhistoire. »
Est-ce qu’il ne vous semble pas que dans ce court texte, ce que nous voyons sous la forme de cette nécessité, ce besoin en somme

d’analyser la défense du moi. De quoi s’agit-il ? Il s’agit de rien d’autre que d’un corrélatif, d’une erreur. Vous le voyez dans le texte,

c’est en tant qu’Anna FREUD a pris tout de suite les choses sous l’angle de la relation duelle, d’elle et de la malade, exactement,

pour autant qu’elle-même, Anna FREUD, reconnaît qu’elle a pris cette défense de la malade pour ce en quoi elle se manifestait,

à savoir une ironie, voire une agression contre elle, Anna FREUD, c’est-à-dire très exactement pour autant qu’elle a ressenti, perçu,

sur le plan de son moi, à elle Anna FREUD - vous voyez en quoi ceci se relie à ce que j’élaborais, ou commentais, indiquais, dans

la conférence sur laquelle je vous posais cette question tout à l’heure - et pour autant qu’elle a pris les manifestations - appelons les,

c’est très juste - de défense du moi, qu’elle les a prises, je dirais dans une relation duelle, avec elle, Anna FREUD, et qu’elle a voulu tout

aussitôt du même coup en faire une manifestation de transfert selon la formule incomplète - quoique souvent donnée, au point

qu’elle peut passer pour classique - de la reproduction d’une situation, sans autrement préciser comment cette situation est structurée.
En d’autres termes, tout de suite elle a commencé d’interpréter dans le sens : chercher à comprendre la relation [analytique] selon

le prototype de la relation duelle, c’est-à-dire la relation du sujet à sa mère. Et elle s’est trouvée en somme devant une position

qui non seulement piétinait, mais était parfaitement stérile.
Et qu’est-ce qu’elle appelle « avoir analysé la défense contre les affects » ? Il ne semble pas qu’on puisse, d’après ce texte, y voir autre chose

que sa propre compréhension à elle, Anna FREUD, que ce n’était pas dans cette voie qu’elle pouvait progresser. En d’autres termes

que nous nous trouvons une fois de plus devant ce problème sur lequel je crois que je mets le mieux l’accent distinctif

en vous manifestant la différence qu’il y a entre :

  • cette interprétation duelle où l’analyste entre dans une rivalité de moi à moi avec l’analysé,

  • et l’interprétation qui fait quelque progrès - dans quoi ? - dans le sens de structuration symbolique du sujet, qui est au-delà de la structure actuelle de son moi.


Autrement dit, nous revenons à la question : de quelle Bejahung, de quelle assomption par le moi, de quel oui s’agit-il dans le progrès analytique ?

Quelle est la Bejahung qu’il s’agit d’obtenir et qui constitue la révélation, le dévoilement essentiel au progrès d’une analyse ?

Quelque part, FREUD, dans un écrit qui n’est pas hors de notre cercle, puisqu’il l’appelle lui-même « De la technique psychanalytique »,

qui est dans l’Abrégé de psychanalyse 15, nous dit quelque chose comme ceci : « Il y a un pacte qui est conclu… » qui définit l’entrée

dans la situation analytique, celle-ci par un pacte conclu, c’est une façon de présenter les choses, entre l’analysé et l’analyste
« Un pacte est conclu. Le moi malade du patient nous promet une franchise totale, c’est-à-dire la libre disposition de tout ce que

son auto-perception lui livre. De notre côté, nous lui assurons la plus stricte discrétion et mettons à son service notre expérience dans l’interprétation

du matériel influencé par l’inconscient. Notre savoir compense son ignorance et permet au moi de récupérer et de gouverner les domaines perdus

de son psychisme. C’est ce pacte qui constitue toute la situation analytique. »
[Wir schließen einen Vertrag miteinander. Das kranke Ich verspricht uns vollste Aufrichtigkeit, d. h. die Verfügung über allen Stoff, den ihm seine Selbstwahrnehmung liefert, wir sichern ihm strengste Diskretion zu und stellen unsere Erfahrung in der Deutung des vom Unbewußten beeinflußten Materials

in seinen Dienst. Unser Wissen soll sein Unwissen gutmachen, soll seinem Ich die Herrschaft über verlorene Bezirke des Seelenlebens wiedergeben.

In diesem Vertrag besteht die analytische Situation.]
Eh bien, la question que je posais dans ma dernière conférence, plus ou moins formulée, impliquée, était celle-ci :

notre savoir sans doute vient au secours de son ignorance, mais il y a aussi
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