Leçon 1 18 novembre 1953







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ego qu’en fait pivote à la fois tout le développement de la technique analytique depuis,

et que se situent toutes les difficultés que l’élaboration théorique de ce développement pratique pose.
Il est certain qu’il y a un monde entre ce que nous faisons effectivement, dans cette espèce d’antre où un malade nous parle,

et où nous lui parlons de temps en temps, il y a un monde entre cela et l’élaboration théorique que nous en donnons.

Même dans FREUD, nous avons l’impression, là où l’écart est infiniment plus réduit, qu’il y a encore une distance.
Je ne suis certes pas le seul à m’être posé la question : que faisait FREUD effectivement ? Non seulement d’autres se sont posés

cette question, il n’est rien de le dire, mais ils ont écrit qu’ils se la posaient. Quelqu’un comme BERGLER se pose la question

noir sur blanc et dit que nous ne savons en fin de compte pas grand chose là-dessus, à part ce que FREUD lui-même nous a laissé

voir quand il a mis, lui aussi noir sur blanc, le fruit de certaines de ses expériences, et nommément ses cinq grandes psychanalyses.

Là nous avons l’aperçu, l’ouverture la meilleure sur la façon dont FREUD se comportait.
Effectivement il semble que les traits de l’expérience de FREUD ne peuvent pas à proprement parler être dans leur réalité concrète

reproduits. Pour une très simple raison, sur laquelle j’ai déjà insisté, à savoir la singularité qu’avait l’expérience avec FREUD,

du fait que FREUD - c’est un point absolument essentiel dans la situation - était celui - c’est une dimension essentielle de

l’expérience - que FREUD fut réellement, ait été réellement celui qui avait ouvert cette voie de l’expérience. Ceci à soi tout seul

donne une optique absolument particulière. Ça peut se démontrer au dialogue entre le patient et FREUD :

FREUD pour le patient d’une part, et surtout la façon dont FREUD lui-même se comporte vis-à-vis du patient qui n’est

en fin de compte - on le sent tout le temps - pour lui, qu’une espèce d’appui, de question, de contrôle à l’occasion, dans la voie

où lui, FREUD, s’avance solitaire.
C’est quelque chose qui donne à soi tout seul ce côté absolument dramatique, au sens propre du mot, et aussi loin que vouspourrez

pousser le terme dramatique, puisque ça va toujours jusqu’à ce qui est issu du drame humain, c’est-à-dire l’échec, dans chacun des cas

que FREUD nous a apportés.
La question est toute différente pour ceux qui se trouvent être en posture de suivre ces voies, à savoir les voies que FREUD

a ouvertes au cours de cette expérience poursuivie pendant toute sa vie, et jusqu’à quelque chose qu’on pourrait appeler

l’entrée d’une espèce de « terre promise ». Mais on ne peut pas dire qu’il y soit entré.

Il suffit de lire ce qu’on peut vraiment considérer comme son testament, à savoir « Analyse terminable et interminable », pour voir

que s’il y avait quelque chose dont FREUD a eu conscience, c’est qu’il n’y était pas entré, dans cette « terre promise ». Cet article,

je dirais, n’est pas une lecture à proposer à n’importe qui, qui sache lire - heureusement il n’y a pas tellement de gens qui savent lire -

mais pour ceux qui savent lire, c’est un article difficile à assimiler, pour peu qu’on soit analyste. Si on n’est pas analyste, on s’en fiche !
La situation donc, dis-je, est tout à fait différente pour ceux qui se trouvent suivre les voies de FREUD. C’est bien, très précisément

sur cette question de la façon dont ces voies sont prises, adoptées, recomprises, repensées - et nous ne pouvons pas faire autrement

que de centrer tout ce que nous pouvons apporter comme critique de la technique analytique. En d’autres termes, ne vaut, ne peut

valoir, la plus petite partie de la technique, ou même tout son ensemble, qu’en fonction et dans la mesure où nous comprenons

où est la question fondamentale, pour tel ou tel analyste qui l’adopte.
En d’autres termes, quand nous entendons parler de l’ego à la fois comme de ce qu’il est l’« allié » de l’analyste, non seulement l’allié,

mais la seule source. Nous ne connaissons que l’ego, écrit-on couramment...

  • c’est écrit par Mlle Anna FREUD, où ça a un sens qui n’est pas le même que chez le voisin,

  • c’est écrit par M. FENICHEL et Mme [...]

...comme à peu près tout ce qui a été écrit sur l’analyse depuis 1920 :

  • nous ne nous adressons qu’au moi,

  • nous n’avons de communication qu’avec le moi,

  • tout doit passer par le moi.


D’un autre côté, tout ce qui a été apporté comme développement sur le sujet de cette psychologie du moi peut se résumer à peu près

dans ce terme : le moi est structuré exactement comme un symptôme. À savoir qu’à l’intérieur du sujet, ce n’est qu’un symptôme privilégié,

c’est le symptôme humain par excellence, c’est la maladie mentale de l’homme. Je crois que traduire le moi analytique de cette façon

rapide, abrégée, c’est donner quelque chose qui résume au mieux ce qui résulte au fond de la lecture pure et simple d’Anna FREUD

« Le moi et les mécanismes de défense ».
Vous ne pouvez pas ne pas être frappés de ce que le moi se construit, se situe dans l’ensemble du sujet comme un symptôme,

exactement. Rien ne l’en différencie. Il n’y a aucune objection à faire à cette démonstration, qui est particulièrement fulgurante,

et non moins fulgurant le fait que les choses en sont à un point tel de confusion, que la suite des catalogues des mécanismes de défense

qui constituent le moi dans cette position singulière. Ce catalogue qui est une des listes, un des catalogues les plus hétérogènes

qu’on puisse concevoir, Anna FREUD elle-même le souligne, le dit très bien :
« Rapprocher le refoulement de notions comme le retournement de l’instinct contre son objet, ou l’inversion de ses buts,

c’est mettre côte à côte des éléments qui ne sont absolument pas homogènes. »
Il faut dire qu’au point où nous en sommes, nous ne pouvons peut-être pas faire mieux, et ceci est une parenthèse.

Ce qui est important c’est de voir cette profonde ambiguïté que l’analyste se fait de l’ego :

  • l’ego qui est tout ce à quoi on accède,

  • l’ego qui est une espèce d’achoppement, d’acte manqué, de lapsus.


Tout à fait au début de ses chapitres sur l’interprétation analytique, FENICHEL parle de l’ego, comme tout le monde,

et éprouve le besoin de dire que l’ego a cette fonction essentielle d’être une fonction par où le sujet apprend le sens des mots,

c’est-à-dire que dès la première ligne il est au cœur du sujet. Tout est là ! Il s’agit de savoir si le sens de l’ego déborde le moi,

ou est en effet une fonction de l’ego. Si elle est une fonction de l’ego, tout le développement que donne FENICHEL par la suite

est absolument incompréhensible. D’ailleurs, il n’insiste pas.
Je dis que c’est un lapsus, parce que ce n’est pas développé, et tout ce qu’il développe consiste à dire le contraire, et aboutit

à un développement où il nous dit qu’en fin de compte le Ça et l’ego, c’est exactement la même chose. Ce qui n’est pas fait pour éclaircir

l’ensemble du problème. Mais, je le répète, ou bien la suite du développement est impensable, ou bien ce n’est pas vrai.
Et il faut savoir : qu’est-ce que l’ego ? En quoi le sujet est-il pris ? Ce qui comprend, outre le sens des mots, bien autre chose :

le rôle formateur fondamental du langage dans son histoire ? Ceci nous amène à nous dire qu’à propos des Écrits techniques de FREUD

nous aurons à nous poser un certain nombre de questions qui iront loin, à cette seule condition, bien entendu, que ce soit

en fonction d’abord de notre expérience à chacun, et aussi de ce par quoi nous essaierons de communiquer entre nous

à partir de l’état actuel de la théorie et de la technique, que nous nous posions la question de savoir :

qu’est-ce qu’il y avait, d’ores et déjà, de contenu, d’impliqué dans ce que FREUD amenait à ce moment ? 
Qu’est-ce qui s’orientait vers les formules où nous sommes amenés dans notre pratique ? Et qu’est-ce qu’il y a peut-être

de rétrécissement dans la façon dont nous sommes amenés à voir les choses, ou au contraire : qu’est-ce qu’il y a, qu’est-ce qui

s’est réalisé depuis, qui va dans le sens d’une systématisation plus rigoureuse, plus adéquate à la réalité, d’un élargissement ?

C’est dans ce registre, et rien moins que dans ce registre, que notre commentaire peut prendre son sens.
Pour vous donner l’idée, la façon plus précise encore dont j’envisage cet examen, je vous dirai ceci : vous avez vu, à la fin

des dernières leçons que je vous ai faites, l’amorce que j’ai indiquée, d’une certaine lisibilité de quelque chose qu’on peut appeler

« le mythe psychanalytique ». Cette lisibilité étant dans le sens d’une, non pas tellement d’une critique, que d’une mesure de l’ampleur

de la réalité à laquelle il s’affronte dans toute la mesure où il ne peut y donner une réponse que mythique.
C’est-à-dire dans une appréhension plus large, aussi large que possible du côté positif de la conquête théorique que réalise par rapport

à cet x, qui n’est pas du tout donné pour être un x [...] ni un x fermé, cet x peut être un x tout à fait ouvert qui s’appelle l’homme.

Le problème est beaucoup plus limité, différent peut-être, beaucoup plus urgent pour nous quand il s’agit de la technique,

car je dirais là que c’est sous le coup de notre propre discipline analytique que tombe l’examen que nous pouvons faire,

et que nous avons à faire, de tout ce qui est de l’ordre de notre technique, je veux dire que :

  • aussi distants sont les actes et les comportements du sujet, de ce qu’il vient à ce propos nous apporter dans la séance,

  • aussi distants sont nos comportements concrets dans la séance analytique et l’élaboration théorique que nous en donnons.


Mais ce que je viens de dire de la distance qui est une première vérité, n’a son sens et son intérêt et sa portée, que pour autant

que cela se renverse et que cela veut dire aussi : aussi proches. C’est à savoir que 


  • de même que les actes concrets du sujet ne sont justement même concrets, sensibles, admettons les choses avec leur accent : l’absurdité foncière du comportement interhumain n’est compréhensible qu’en fonction de ce « système » - comme l’a dénommé, heureusement d’ailleurs, sans savoir ce qu’elle disait, comme d’habitude, Mme Mélanie KLEIN - de ce « système » qui s’appelle le moi humain, à savoir cette série de défenses, de négations, de barrages, d’inhibitions, de fantasmes fondamentaux, en fin de compte, qui l’orientent et le dirigent,




  • exactement de la même façon, notre conception théorique de notre technique, même si elle ne coïncide pas exactement avec ce que nous faisons avec nos patients, n’en est pas moins quelque chose qui structure, motive profondément la moindre de nos interventions auprès desdits patients.


Et c’est bien cela qu’il y a de grave. Bien entendu, il ne suffit pas de « savoir » : il ne suffit pas que nous ayons une certaine

conception de l’ego pour que notre ego entre en jeu à la façon du rhinocéros dans le magasin de porcelaines de notre rapport

avec le patient : ça ne suffit pas. Mais il y a quand même un certain rapport et une certaine façon de concevoir la fonction de l’ego

du patient dans l’analyse - j’ouvre seulement la question, c’est à notre travail et à notre examen de la résoudre - que le mode inversé

sous lequel effectivement nous nous permettons de faire intervenir notre ego...

naturellement nous nous permettons, comme l’analyse nous a révélé que nous nous permettons les choses : sans le savoir,

…mais nous nous permettons effectivement de faire intervenir notre ego dans l’analyse. Et cela a quand même bien son intérêt,

parce qu’en fin de compte il faut tout de même savoir, puisqu’il s’agit tellement dans l’analyse de réadaptation au réel,

si c’est la mesure de l’ego de l’analyste qui donne la mesure du réel ?
La question de la théorie de la technique est aussi intéressante. L’action de l’analyste, quoi qu’il fasse de l’ensemble de notre système

du monde, à chacun...

je parle de celui, concret, dont il n’est pas besoin que nous l’ayons déjà formulé pour qu’il soit là, qui n’est pas de l’ordre

de l’inconscient, qui agit dans la moindre façon de nous exprimer quotidiennement, dans la moindre spontanéité

de notre discours,

...ceci est quelque chose qui effectivement - oui ou non - va servir de mesure dans l’analyse.
Je pense pour aujourd’hui avoir assez ouvert la question, pour que maintenant vous voyiez l’intérêt

de ce que nous pouvons faire ensemble.
Je voudrais qu’un certain nombre d’entre vous - MANNONI ne vous en allez pas - Voulez-vous vous associer à un de vos

voisins - ANZIEU, par exemple - pour étudier la notion de « résistance » dans les écrits de FREUD qui sont à votre portée ?
Les Écrits techniques groupés sous le titre « Technique psychanalytique » aux PUF.

Ne pas négliger la suite des leçons publiées sous le titre : « Introduction à la psychanalyse ».
Si deux autres - PERRIER et GRANOFF - voulaient s’associer sur le même sujet ?

Nous verrons comment procéder, nous nous laisserons guider par l’expérience elle-même.

20 Janvier 1954 Table des séances


MANNONI ANZIEU

LACAN
Les personnes qui se sont intéressées à la notion de résistance, en tant qu’elle est impliquée dans le groupe des Écrits techniques de Freud

et les écrits ultérieurs : qui est-ce qui va prendre la parole ?
Octave MANNONI
Je crois que c’est moi. J’ai pu collaborer avec ANZIEU uniquement par téléphone. La question s’est posée s’il parlerait le premier,

parce qu’il commencerait par le commencement : Études sur l’hystérie, ou s’il n’était pas mieux que je commence, parce que je fais

plutôt la géographie.
J’ai présenté la chose comme l’étude du pays de la résistance. Par conséquent, ainsi, nous aurions d’abord aspect géographique

et ensuite développement historique. J’ai étudié surtout les textes qui s’étendent de 1904 à 1918, et comprennent les articles réunis

dans « Technique psychanalytique » et aussi le chapitre XIX de l’Introduction à la psychanalyse. Celui-ci est explicitement consacré

à la résistance. Les articles n’y sont pas consacrés spécifiquement, mais il en est question tout le temps, il y a une soixantaine

de citations significatives.
FREUD a rencontré la résistance comme un obstacle au traitement tel qu’il le concevait auparavant comme fondé sur la règle

fondamentale. Cet aspect de la résistance se présente comme un phénomène interpersonnel dans la relation analytique,

et ce point de vue ne sera jamais abandonné.
LACAN
Allez GRANOFF venez là, prenez des notes et s’il y a des choses où vous n’êtes pas d’accord, vous parlerez après.

Octave MANNONI

Le premier aspect que FREUD mentionne est l’aspect interpersonnel : la résistance apparaît entre deux personnes, comme obstacle

à la communication. Et aussitôt après, il y a d’autres aspects particuliers. Il découvre que la résistance n’est pas un obstacle,

c’est aussi l’objet de l’étude analytique, qui peut être étudiée en elle-même : là se trouve le secret de la névrose. De 1904 à 1918,

l’analyse des résistances va constituer le centre des préoccupations techniques. On peut dire qu’il s’amorce là un développement

d’un très grand intérêt parce que cette analyse des résistances va devenir vingt ans plus tard l’«
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