Leçon 1 18 novembre 1953







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analyse du moi ».
Je m’arrêterai en 1910, mais je noterai qu’il y a un apport important en 1920 à cause de l’apport de Karl ABRAHAM, et de l’apport,

à la fin des écrits de FREUD en 1935 : Analyse terminable et interminable, et de l’avant-dernier des Collected Papers sur le Clivage du Moi,

inachevé. À ce moment, FREUD n’a pas dit les conclusions décisives, mais est sur le point de les tirer.
J’appelle ça un développement, parce que tout ce qui va se trouver en 1938, et même dans l’héritage que FREUD laissera après 1938,

tout cela est parfaitement indiqué, en germe, présenté dès 1904 et peut-être même avant. Au point de vue clinique, la résistance

est conçue comme obstacle entre deux personnes. FREUD reconnaît comme résistance tout ce qui entrave le traitement.
(On trouvera cela à la page 119).

Je préviens qu’il y a 140 pages dans La Technique psychanalytique 6. Le chapitre 19 de l’Introduction à la psychanalyse commence à la page

310. Les numéros - au dessus - se rapportent à ce chapitre 19 : la résistance vue dans son aspect clinique comme un obstacle

entre le sujet et l’analyste.
« Le sujet profite de toutes les occasions pour échapper à l’analyste.

Elles révèlent une intention méconnue du sujet. L’analyste est surtout occupé à lutter contre elle. »
ANZIEU a, je crois, quelque chose à vous dire là-dessus. À l’origine l’attitude de FREUD est une lutte entre le sujet et la résistance.

FREUD sait que c’est l’analyste qui provoque la résistance : « Le premier effet de la règle fondamentale est de rendre le sujet muet»

Il insiste d’ailleurs sur le fait que cela ne fait que rendre manifestes les résistances qui étaient latentes. Et ainsi il sera possible

de concevoir les résistances comme une structure.
LACAN - Vous avez raison. À quel texte précis vous référez-vous ?
Octave MANNONI
Page 46 et page 314. On a l’impression que FREUD devait avoir une attitude assez provocatrice vis-à-vis des résistances

et qu’il les cherchait allégrement. Je crois que notre attitude, bien qu’elle soit en apparence différente, est évidemment la même.

L’essentiel n’a pas changé. La présence de l’analyste, même discret et muet, a pour résultat immédiat de faire venir,

peut-être pas immédiatement le même mutisme, mais de faire se manifester les résistances.
Même dans ce cas la résistance doit être surmontée pour que le travail soit possible et elle doit être analysée pour deux raisons :

c’est le meilleur moyen de la surmonter, et elle contient le secret de la névrose. Dès 1904 (p.15), il écrit :
« C’est le phénomène de la résistance qui seul permet de comprendre le comportement du sujet. »
Je me propose de présenter les choses un peu autrement après cette introduction, mais je le fais avec réserve : je vais provisoirement

laisser de côté un aspect important : le transfert. Le transfert est déjà impliqué dans l’aspect clinique, mais je vais en traiter à part.

Sans transfert, ça donne ceci : à première vue, l’idée de résistance se confond avec l’idée de refoulement. Dès la page 4 :
« Le refoulement appartient au fond au registre topologique. Le but de la thérapie est de transporter le refoulé d’un lieu dans un autre

- de l’inconscient dans le conscient - les résistances entravent ce transport. On pourrait croire qu’il est avantageux d’éviter cet obstacle.

C’est ce que je faisais, cette méthode échoue parce que les forces refoulantes - résistances - sont tournées provisoirement, mais subsistent,

et il faut les prendre comme obstacles. »
On quitte alors le registre topologique, on se trouve dans le registre dynamique, en même temps que FREUD (p.111) exhorte

son patient à considérer sa maladie non plus comme quelque chose de méprisable mais comme un adversaire digne de lui,

la source où il pourra trouver de précieuses données pour sa vie ultérieure.
« Il reconnaît la résistance comme digne d’attention et source de renseignements précieux. »
Pour voir les choses ainsi, il n’a pas besoin d’une théorie nouvelle :
« Le refoulement est le résultat des forces antagonistes, l’analyse des résistances nous renseigne sur l’état de ces forces, donc du sujet. »
Je voudrais amorcer quelque chose. Je voudrais remarquer que les traits de transfert sont présents d’une manière dissimulée

dans cette estime pour l’adversaire qui a la maladie, qui est la résistance. Il s’agit même de contre-transfert. Mais sous cette forme

l’aspect transférentiel reste extérieur à la théorie, reste clinique. Et nous verrons ce qui arrive quand on essaie de les indiquer.
Si j’osais quitter mon sujet et me lancer là-dessus, il y a tout un développement sur un effort, une tentation à laquelle on ne peut pas

résister de réintroduire du personnel dans l’impersonnel. C’est ce qu’a fait :

  • ABRAHAM avec les idées introjectées,

  • JUNG avec les imagos,

  • ce que fera Mélanie KLEIN, mais je continue…


Cette étape dynamique conduit à une étape structurale. Au cours d’une époque où l’état structural restera à l’état d’ébauche

et à l’état latent, en 1894 FREUD comprenait les symptômes, qu’il appelait neuro-psychoses de défense, comme provoqués par des coupures

dans le conscient du sujet, qu’il expliquait par l’hypothèse d’intentions méconnues de la part du sujet.
À cette époque, l’hypnose servait à refouler ces intentions méconnues, c’est-à-dire refouler ces résistances.

ANZIEU, je crois, vous parlera de cet aspect.
Ce que je viens de dire se trouve dans le tome I des Collected Papers, le premier article sur les neuro-psychoses de défense,

l’avant-dernier article de FREUD, sur le clivage du Moi. FREUD est resté fidèle à ces séparations.
« Mais l’analyse, sans analyse des résistances, contribuait à refouler les résistances. »
Mais il y a une continuité (p.13) :
« analyser une résistance reste toujours les éliminer, les écarter du chemin. Même quand on les prend comme objets »
La résistance resterait toujours marquée du caractère indésirable. Je crois que sur ce point il y aurait aussi des remarques

qu’on pourrait faire. Revenons à ce qui peut aiguiller vers les conceptions structurales. En 1918, il écrit :
« Le névrosé nous apporte un psychisme déchiqueté et fissuré par les résistances. »
Il est difficile d’imaginer des déchiquetages et des fissures entre les instances psychiques et les niveaux du moi. Il continue (p.134) :
« Quand nous éliminons les résistances, nous voyons ce psychisme se coordonner,

et la grande unité que nous appelons le Moi s’agréger tous les émois instinctuels. »
Les mots émois instinctuels indiquent un travail de récupération sur l’id, le travail du « Zuiderzee ». [Cf. « Wo Es war, soll Ich werden »]

Nous sommes obligés de considérer ce travail et ces fissures, sinon au point de vue du moi actuel, du moins au point de vue

du moi virtuel qui va se faire en s’agrégeant ces futurs moi que sont les morceaux de l’id. Il y a là en germe ce qu’on appellera plus tard

(BALINT) « les noyaux de l’ego », la notion de résistance que FREUD propose sans justifier pour ainsi dire, la place que viendra

occuper ensuite la conception structurale. Dans le livre d’Anna FREUD, les défenses du moi sont bien toujours contre l’id.
Si on lit le passage qui se rapporte à ces questions, dans Analyse terminable et interminable, on commence à :
« Ce ne sont pas des obstacles qui isolent des parties du Moi des autres parties du Moi. »
Mais bien avant qu’on puisse dire - ce que je n’ose pas moi-même dire : « la résistance, c’est le moi », dont je ne sais pas ce que

notre maître pensera - avant qu’on ait pu dire cela, FREUD a dit :
« La résistance, c’est le transfert. »
En y réintroduisant la notion de transfert, il me semble que je la réintroduis dans le magasin de porcelaines de la métapsychologie.

Il faut revenir en arrière, dans le terrain interpersonnel des considérations cliniques. La question peut se poser ainsi :

si c’est le patient en tant que « personne naturelle », comme on disait autrefois, qui résiste à l’analyste, au nom de ses propres intentions,

et en un sens de tous ses moyens…

à la façon de PROTÉE devant MÉNÉLAS, par des simulations de guérison ou la simulation de l’imbécillité complète

…il semble que l’analyste n’ait le choix qu’entre deux tactiques :


  • ou agir comme MÉNÉLAS, appliquer les conseils de la nymphe, c’est-à-dire : tenir ferme ! Et FREUD (p.97) préconise ce moyen : accepter le défi, tenir tête, affirmer sans relâche qu’il s’agit d’une résistance, s’encourager lui-même.

  • L’autre moyen, c’est de faire que cette résistance soit remplacée chez le sujet par de la bonne volonté, c’est-à-dire - on pourrait le croire - profiter du transfert positif.


Une telle bonne volonté est quelque chose de tellement utile que FREUD conseille de ne jamais toucher au transfert aussi

longtemps qu’il ne s’est pas changé en résistance (p.99) :
« Ce changement de transfert en résistance ne peut pas manquer de se produire, et c’est le transfert qui fournit la plus redoutable des résistances »
Mais il ne faut pas croire que le transfert devient résistance en devenant négatif : on sait qu’un transfert positif peut retarder

la fin de l’analyse. Le génie de FREUD semble s’être développé surtout dans le domaine clinique.
C’est un domaine qu’il ne pouvait pas explorer directement. Il lui fallait se forger les instruments de la théorie au fur et à mesure :
« Sans les spéculations de la métapsychologie, nous n’irions pas un pas plus loin - et il ajoute -

J’aurais presque dit sans la fantaisie de la métapsychologie, nous n’irions pas un pas plus loin. »
C’est ce qu’il fait : il fait une théorie pour expliquer comment le transfert est la résistance. Je ne veux pas entrer dans tous les détails.

Je vais laisser l’aspect économiquela libido se divise en deux conflits, compromis, et ensuite apparaît par le bout transférentiel,

comme dans un accouchement : c’est adopté par le sujet parce que cela satisfait la résistance. Je vais prendre l’essentiel : le transfert

de répétition qui joue dans la conduite, tandis que le but de l’analyse est l’évocation du souvenir, « sans sortir des limites psychiques ».

Je crois qu’il veut dire : sans sortir de cette partie du moi qui est opposée à la partie qui n’est peut-être pas une partie du moi,

qui est comportement et action. C’est comme ça qu’il faut le comprendre.
Je ne suis pas sûr que FREUD n’ait pas renoncé au premier but de l’analyse : vaincre les résistances, vaincre l’hystérie. Le transfert

est une de ces résistances. De sorte que le transfert dans une théorie de ce genre serait en quelque sorte un effet secondaire

- le transfert comme résistance - un effet secondaire des résistances primaires. Ce transfert est une réminiscence qui n’est pas

le souvenir tel qu’on l’attend du patient, parce que les souvenirs guérissent le symptôme :
« Ça serait comme résistance si ça n’était pas transformé en souvenir.

C’est parce qu’il est arrêté sur le chemin qui va de l’inconscient au conscient. »
Et FREUD rejoint sa bienheureuse métapsychologie. L’obstacle est de nouveau entre le moins conscient et le plus conscient.

Et il peut installer là le « petit  bonhomme d’Ampère », celui qui ouvre ou qui n’ouvre pas la porte aux représentations refoulées,

dont FREUD ajoute :
« Ce n’est qu’une fiction - pour ajouter aussitôt - qui donne une idée très approchée de l’état des choses réel. »
Je ne sais pas si je me suis bien expliqué, ou si je dois revenir sur la manière dont on passe :


  • d’un fait clinique : le transfert entre deux personnes,




  • à un transfert métapsychologique, où il n’y a plus de personnes, mais le « bonhomme d’Ampère », et cela explique les événements et faits interpersonnels, la résistance est devenue une espèce de soupape de ce mécanisme qui est le refoulement.


Mais il me semble que la métapsychologie, la grande découverte qui commande les développements à venir, est que le transfert

est la résistance - non pas le transfert négatif - c’est là la découverte capitale.
Si on examine ce qui s’est passé, on voit qu’il y a une sorte de pression qui s’exerce et l’invite à considérer des personnes

et non pas des bonshommes d’Ampère. En fin de compte, c’est à cela que j’ai fait allusion avec ABRAHAM, JUNG,

Mélanie KLEIN : le personnel réintroduit.
Mais c’est déjà en germe dans FREUD : dans les pages 27 à 314, FREUD s’interrompt dans un développement pour dire

tout d’un coup : « La résistance, mais c’est le père ! », et ça vient dans cette métapsychologie comme quelque chose d’une autre

planète, un autre morceau de la clinique. Vous voyez il y avait une continuité métapsychologique très réelle entre la topologie

et la dynamique des résistances : le structurel - la défense…
Mais dès qu’on réintroduit les personnes ou que l’on se laisse influencer par ABRAHAM, Mélanie KLEIN, ou même FREUD,

au milieu de ces notions impersonnelles, on est tenté de parler [...] ce qui s’accorde assez mal. C’est là un point[...], je crois.
Cet exposé n’est pas chronologique...

  • les mêmes notions on les retrouve aux diverses époques,

  • l’aspect clinique ne vient pas avant l’analyse du moi, c’est en germe dès le début

mais il y a une chronologie…

  • ce n’est pas celle des découvertes de FREUD,

  • c’est plutôt celle de son enseignement,

…c’est la chronologie des différentes manières dont FREUD a été compris par ses commentateurs et ses disciples, et FREUD

le savait.
L’avant-dernier article des Collected Papers, qui s’intitule Clivage du Moi (tome V ), commence par une phrase remarquable.
LACAN - Article publié après la mort de FREUD.
Octave MANNONI
« Ici je me trouve aujourd’hui dans l’intéressante situation de ne pas savoir si ce que j’ai à dire doit être considéré comme allant de soi,

et familier depuis longtemps, ou si au contraire ce n’est pas quelque chose d’entièrement neuf et d’embarrassant. »
[I find myself for a moment in the interesting position of not knowing whether what I have to say should be regarded as something long familiar and obvious

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