Leçon 1 18 novembre 1953







télécharger 4.63 Mb.
titreLeçon 1 18 novembre 1953
page7/63
date de publication22.10.2016
taille4.63 Mb.
typeLeçon
a.21-bal.com > documents > Leçon
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   ...   63

27 janvier 1954 Table des séances


LACAN- Nous allons redonner la parole à ANZIEU, que j’ai eu un peu l’air de minimiser la dernière fois...
Didier ANZIEU

J’abordais le dernier paragraphe qui, dans les Études sur l’hystérie, traite de la résistance, effort d’explication théorique de la résistance,

décrite et découverte dans les pages précédentes. J’avais commencé d’expliquer - et le Docteur LACAN a continué dans ce sens -

la triple stratification du matériel psychique que décrit FREUD autour d’un noyau central de souvenirs, noyau pathogène auquel

il faut accéder.
Il y a un arrangement linéaire, chronologique, d’une part des espèces de stratifications de souvenirs semblables qui sont liés ensemble,

et d’autre part une espèce de démarche dynamique, en zigzag, qui suit le contenu de la pensée, et par laquelle on arrive de la surface,

au centre. C’est la description des stratifications de souvenirs semblables qui est ici intéressante, du point de vue de la résistance.
Il se les représente comme concentriquement stratifiés autour du noyau pathogène. Et qu’est-ce qui détermine ces couches concentriques ?

C’est leur degré d’éloignement du noyau. C’est que ce sont, dit-il, des couches d’égale résistance. Je serais assez tenté, ça m’est

une idée tout à fait personnelle, de voir dans cette formulation de FREUD l’influence d’un mode de pensée qui à l’époque

commence à être important, qui est de penser en termes de champ : le champ électrique, magnétique, un certain champ dynamique.

Et de même que quand on se rapproche du centre d’un champ, du foyer d’un champ, les lignes de forces deviennent de plus en plus

fortes, vraisemblablement sur le même modèle FREUD conçoit la superposition des souvenirs.
Et par conséquent je crois que ce n’est pas par hasard, comme l’a fait remarquer MANNONI, que l’on parle du bonhomme d’Ampère.

FREUD parle du bonhomme d’Ampère comme étant ce petit bonhomme qui barre le chemin entre l’inconscient et le conscient.

Ce n’est pas par hasard qu’on a affaire à une métaphore d’ordre électrique. C’est que les relations d’ordres électrique et magnétique

interviennent ici dans la théorisation de la notion de résistance.
Octave MANNONI - Il aurait dû prendre le démon de Maxwell, parce que le bonhomme d’Ampère, il ne fait rien du tout.
LACAN
Oui, je ne voulais pas entrer dans la théorie de l’électricité, mais le bonhomme d’Ampère n’a pas le pouvoir de faire ouvrir ou fermer…
Octave MANNONI - Ce rôle-là, c’est le démon de Maxwell.
Jean HYPPOLITE
Mais le démon de Maxwell ne peut pas être averti du passage d’une molécule. La possibilité d’une signalisation est impossible.

Le démon de Maxwell ne peut pas être informé quand une molécule passe.
LACAN
Nous entrons dans une ambiguïté tout à fait scabreuse, car « la résistance » est bien la formule. Toutes ces questions sont d’autant

plus opportunes à poser que les textes psychanalytiques évidemment fourmillent de ces impropriétés méthodiques.

Il est vrai que ce sont des sujets difficiles à traiter, à verbaliser, sans donner au verbe un sujet.
Évidemment, tout le temps nous entendons que « l’ego pousse le signal de l’angoisse », manie « l’instinct de vie », « l’instinct de mort ».

On ne sait plus où est le central, l’aiguilleur, l’aiguille. Comme tout cela est difficile à réaliser d’une façon prudente et rigoureuse,

en fin de compte nous voyons tout le temps des petits démons de Maxwell apparaître dans le texte analytique, qui sont d’une

prévoyance, d’une intelligence ! L’ennuyeux, c’est qu’on n’a pas une idée assez précise de la nature des démons dans l’analyse.
Didier ANZIEU
Je crois d’ailleurs que sur ce point il faudrait évidemment revenir à l’histoire de l’électricité, du magnétisme. Je ne sais pas trop

si la notion d’influx nerveux, sa nature électrique avait déjà été découverte. Dans un des premiers travaux de jeunesse de FREUD

où, appliquant justement la méthode psychologique de [...], en y ajoutant un certain nombre de perfectionnements, FREUD avait

réussi à y découvrir une certaine continuité de cellules qui constituaient un nerf. On discutait : qu’est-ce que c’est que le nerf ?

LACAN - Les travaux de FREUD en neurologie sont à l’origine de la théorie du neurone.
Didier ANZIEU
Il y a justement... la conclusion d’un de ses travaux est au bord même de la découverte de cette théorie. C’est assez curieux

d’ailleurs que FREUD soit resté au bord de la découverte de théories, et que ce soit à la psychanalyse qu’il ait versé.
Jean HYPPOLITE - Est-ce qu’il n’estimait pas avoir échoué en matière d’électricité ? Il me semble avoir lu ça quelque part.
Didier ANZIEU - En matière de zoologie.
Octave MANNONI
Oui. En matière clinique d’électricité, il a renoncé à appliquer les appareils électriques aux névrosés après une épreuve pénible.
Jean HYPPOLITE - Justement. C’est la compensation de ce qu’il estimait être un échec.
Didier ANZIEU - Oui, en effet. Il avait essayé l’électrothérapie en clientèle privée.
LACAN
HYPPOLITE fait allusion au fait que justement, dans ses travaux antérieurs à la période psychanalytique de FREUD,

ses travaux anatomiques peuvent être considérés comme des réussites, et ont été sanctionnés comme tels. Quand il s’est mis

à opérer sur le plan physiologique, il semble avoir manifesté un certain désintérêt, et en fait c’est une des raisons pour lesquelles

d’ailleurs il semble n’avoir pas poussé jusqu’au bout la portée de la découverte de la cocaïne. Même là son investigation

physiologique a été molle. Elle était toute proche de la thérapeutique de l’utilisation comme analgésique, et il a laissé de côté

la chose tout à fait rigoureuse, la valeur anesthésique de la cocaïne, par insuffisance de curiosité de physiologiste, c’est très certain !
Mais enfin nous sommes là dans un trait de la personnalité de FREUD. On peut poser la question de savoir si sans doute,

comme disait ANZIEU, il le réservait à un meilleur destin. On peut se poser cette question. Il a fait certains retours

sur des domaines où il semblait avoir tant soit peu de penchant !
Mais aller jusqu’à dire que c’est une compensation, je crois que c’est un peu excessif, car en fin de compte, si nous lisons les travaux

publiés sous le titre « Naissance de la psychanalyse », le premier manuscrit retrouvé, théorie de l’appareil psychique,

il est bien - et d’ailleurs tout le monde l’a reconnu et souligné - dans la voie de l’élaboration théorique de son temps,

sur le fonctionnement mécanistique de l’appareil nerveux.
Il faut d’autant moins s’étonner que des métaphores électriques s’y mêlent. Il ne faut pas non plus oublier que l’électricité

en elle même est partie, au départ, d’une expérimentation physiologique, afin d’être rendue à l’influx nerveux. C’est dans le domaine

de la conduction nerveuse que la première fois le courant électrique a été expérimenté. On ne sait pas quelle en serait la portée.
Didier ANZIEU
Je crois que c’est surtout du point de vue conceptuel qu’il y a là quelque chose d’important. En effet, FREUD a été formé

en neurologie par un certain nombre de physiologistes qui ont apporté une conception tout à fait nouvelle dans ce domaine,

dont on a retrouvé l’espèce de serment.
LACAN - Les trois grands conjurés de la psychophysiologie.
Didier ANZIEU
En quoi consistait ce serment : qu’il n’existe pas d’autre force que celles qui sont analogues aux forces physico-chimiques.

Il n’y a pas de grandes forces occultes, mystérieuses, toutes les forces se ramènent à l’attraction et à la répulsion.

Il est intéressant de revenir à ce texte du serment, de 1840, où s’est formée cette école. C’est donc sur le modèle de l’astronomie.
Je pensais même, en vous entendant parler du moi comme masse d’idées que vous y faisiez allusion. BRENTANO, lui, a donné

le volume des œuvres complètes de Stuart MILL où se trouvent ces données de la psychologie empiriste.

Qu’est-ce que JUNG s’est efforcé de faire quand il a énoncé la loi de l’association des idées : les idées s’attirent entre elles ?

Il reprenait la grande loi de NEWTON découverte dans la physique, que les corps s’attirent entre eux. La grande loi du monde

psychique était analogue à la loi du monde physique. La notion de force se dégageait là, et l’électricité est un des privilégiés.

Ça va sans doute se substituer au « levier », modèle de la mécanique antique. Maintenant il y a cette notion d’attraction

et de répulsion pour expliquer les phénomènes fondamentaux. Cette chose expérimentée contre transférentiellement

comme résistance, FREUD va la théoriser en recourant à ces notions de force. Et la force suppose quelque chose qui s’oppose

à cette force. La force est force par rapport à une certaine résistance : notions fondamentales en électricité.
Je crois que c’est surtout comme modèle conceptuel que FREUD a été amené à mettre l’accent. C’est proprement contre transférentiel :

« Il résiste, et ça me rend furieux ». Je crois que là, du point de vue clinique, la notion de résistance représente bien une expérience

que nous sommes tous amenés à faire une fois ou l’autre avec presque tous les patients dans notre pratique.
LACAN - Quoi ? Qu’est-ce ?
Didier ANZIEU

Cette expérience extrêmement désagréable où on se dit : « Il était sur le point, il pourrait trouver lui-même, il le sait sans savoir qu’il le sait,

il n’a qu’à se donner la peine de regarder dessus, et ce bougre d’imbécile, cet idiot - tous les termes agressifs et hostiles qui nous viennent à l’esprit –

il ne le fait pas ». Et la tentation qu’on a de le forcer, de le contraindre… »
LACAN - Ne titillez pas trop là-dessus [sic]...
Jean HYPPOLITE
C’est la seule chose qui permette à l’analyste d’être intelligent, c’est quand cette résistance fait passer l’analysé pour un idiot.

Cela donne une haute conscience de soi.
LACAN
Le piège d’ailleurs tout de même du contre-transfert, puisqu’il faut l’appeler ainsi, est tout de même plus insidieux que ce premier plan.
Didier ANZIEU
Je crois que c’en est le gros plan par excellence. C’est ce qui a frappé FREUD. Et quand il s’est efforcé ensuite d’en rendre compte,

ce n’est pas beaucoup plus tardivement qu’il l’a élaboré, sous forme de « contre-transfert », selon les conceptions qu’il avait présentes

à l’esprit et les travaux faits antérieurement.
On arrive à cette représentation que vous-même avez esquissée, qui est que le noyau pathogène n’est pas un noyau passif,

mais un noyau éminemment actif, et que, de ce noyau pathogène, il y a toute une infiltration qui se dirige par des ramifications

vers tout l’appareil psychique. Et la résistance est au contraire quelque chose - une autre infiltration symétrique - qui provient de l’ego

du sujet, et qui s’efforce justement d’arrêter ces ramifications de l’infiltration pathogène là où elle s’efforce de passer

dans des couches de plus en plus superficielles.
LACAN - À quel texte vous rapportez-vous là ?
Didier ANZIEU - Toujours dans les Études sur l’hystérie.
LACAN
Ce que vous venez de dire que la résistance est caractérisée comme - enfin vous n’avez pas dit le mot, je ne sais pas comment

vous vous êtes arrangé pour ne pas le dire... - mais comme la défense en somme de l’ego contre les infiltrations du noyau pathogène.

Quel est votre texte ?
Didier ANZIEU
Les Études sur l’hystérie, après l’exposé des trois schémas, des trois arrangements linéaire, concentrique et dynamique.

Vous voulez que je retrouve la page ?
« L’organisation pathogène ne se comporte pas comme un corps étranger mais bien plutôt comme une infiltration… »
Là un mot dont la signification m’échappe: « infiltrate »
LACAN - Eh bien, ce qui est infiltré : l’infiltrat.

Didier ANZIEU - « …l’infiltrat doit dans cette comparaison passer pour être la résistance. »
LACAN - Eh bien, ça ne veut pas dire que c’est la réaction de l’ego, il n’y a pas d’idée de formation réactionnelle de la résistance, là.
Didier ANZIEU - C’est exact.
LACAN
C’est-à-dire que malgré vous, vous sollicitez déjà des textes ultérieurs dans le sens d’identifier la résistance aux dépens de quelque

chose qui est déjà nommé dans les Studien, mais cet ego, dont on parle dans les Studien, cette masse idéationnelle,

ce contenu d’idéations que constitue l’ego dans les Studien, c’est à voir…
Disons… Je vais vous aider, vous dire ce que j’en pense. C’est pour cela que nous sommes là, pour voir ce que signifie l’évocation

de la notion de l’ego d’un bout à l’autre de l’œuvre de FREUD. Il est tout à fait impossible de comprendre ce que représente

la notion de l’ego en psychologie, telle qu’elle a commencé à surgir avec les travaux de 1920, travail sur la psychologie de groupe,

sur le « Das Ich und das Es », il est impossible de le comprendre si l’on noie tout dans une espèce de somme générale d’appréhension

d’un certain versant du psychisme.
Ce n’est pas du tout ça dans l’œuvre de FREUD. Ça a un rôle fonctionnel, lié à certaines nécessités techniques.

Pour dire tout de suite ce que je veux dire, par exemple pour prendre les choses : le triumvirat qui fonctionne à New York :

HARTMANN, LŒWENSTEIN et KRIS, dans leur élaboration ou leur tentative, leur effort d’élaboration actuelle

d’une psychologie de l’ego, ils sont tout le temps - on le voit, il suffit de se rapporter à leur texte - ils sont autour de ce problème :

« Qu’est-ce qu’a voulu dire la dernière théorie de l’ego de FREUD ? », « Est-ce qu’on en a jusqu’à présent vraiment tiré les implications techniques ? ».
Et c’est écrit comme ça, je ne traduis pas ! Je ne fais que répéter ce qui est dans les deux ou trois derniers articles de HARTMANN,

qui sont à votre portée là, dans ce livre : Psychoanalytic Quarterly 1951, par exemple trois articles de LŒWENSTEIN, KRIS

et HARTMAN sur ce sujet, groupés là et qui valent la peine d’être lus. On ne peut pas absolument dire qu’ils aboutissent

à une formulation pleinement satisfaisante, mais manifestement ils cherchent dans ce sens, posent des principes et des précisions

théoriques qui comportent des applications techniques certainement très importantes.
Et ils arrivent à formuler qu’elles n’ont pas été pleinement tirées. Cela ne veut pas dire qu’on n’en ait pas tiré du tout.

HARTMANN le dit : la question est là. C’est très curieux de voir comment la question vraiment de ce travail s’élabore à travers

la suite d’un article qui se succède depuis quelques années, spécialement depuis la fin de la guerre. Je crois que ça donne

toute l’apparence très manifeste d’un échec qui est significatif et doit être instructif pour nous. En tous les cas, il y a évidemment

toute une
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   ...   63

similaire:

Leçon 1 18 novembre 1953 iconLa leçon de géographie, un tableau peint par Girodet en 1803

Leçon 1 18 novembre 1953 iconVoici les démarches de quelques artistes, à mettre en relation avec...

Leçon 1 18 novembre 1953 iconProgramme dans lequel se donne cette leçon : Art et Lettre, Histoire...

Leçon 1 18 novembre 1953 iconUniversité al-moustansirya
L'œuvre de Francis Ponge est inspirée par le modèle de la Fable traditionnelle, mais une fable dont la leçon

Leçon 1 18 novembre 1953 icon1953 Née en Turquie. Nationalité franco-turque. Vit à Paris
«Un instant de paix au Café de la Paix» (Paris) Son œuvre a figuré sur l’affiche

Leçon 1 18 novembre 1953 icon14 novembre – 22 décembre 2015

Leçon 1 18 novembre 1953 iconVente du 08 novembre 2009

Leçon 1 18 novembre 1953 iconBordeaux le 11 Novembre 2007

Leçon 1 18 novembre 1953 iconExposition du 10 novembre au 24 décembre 2006

Leçon 1 18 novembre 1953 iconExposition du 26 septembre au 10 novembre 2012







Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
a.21-bal.com