Manifestations discursives et régime d’acceptabilité







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1.2. Phénomènes liés à l’argument d’autorité


L’argumentation par autorité est étroitement liée à certaines problématiques linguistiques ou socio-linguistiques :

— en particulier, comme lieu où se manifestent les enjeux de domination, symbolique ou non, l’argument d’autorité rejoint les réflexions classiques depuis Foucault (1971) sur l’autorité du discours. Comme le rappelle Pinto :

Tout locuteur doit résoudre une tâche qui ne fait pas appel à la seule compétence linguistique : il doit montrer que le crédit revendiqué par son propos est pleinement justifié — ce qu’il n’a quelques chances d’établir que sur le fondement d’un capital d’autorité inégalement distribué dans l’espace social. Or les ressources et, par conséquent, les chances corrélatives de succès dans l’obtention du crédit se trouvent préfigurées dans la forme même du discours où s’inscrit ce que l’on pourrait appeler le solde du locuteur. (1984 : 107)

Au croisement entre les réflexions sur la légitimité des discours et les travaux sur l’argument d’autorité, on trouve la description de phénomènes discursifs comme les connotations autoritaires, attachées à des expressions empruntées à des discours « qui peuvent jouir, et cesser de jouir, d’un certain prestige » (Plantin 1996 : 91), ou, plus spécifiquement, à ce que Dispaux (1984) appelle les insignes de compétence (de nature discursive : utilisation d’un vocabulaire technique ; ou non discursive : blouse blanche). L’intégration de ces procédés discursifs dans la problématique générale de l’argument d’autorité suppose que l’on admette une définition non-propositionnelle de l’argumentation (ce qui n’est pas le cas du présent article).

—L’argument d’autorité relève aussi de la construction d’un ethos (Robrieux 1993 : 144), c’est-à-dire de l’élaboration rhétorique d’une image du locuteur propre à augmenter la crédibilité de ses propos. Cela a été souvent souligné à propos de l’argument d’autorité direct (Meyer 1999 : 303-4), qui exploite directement la crédibilité associée au locuteur pour la transférer sur ses propos (que cette crédibilité soit liée à une compétence, à des qualités morales, à une notoriété particulière, etc.). C’est aussi le cas pour l’argument d’autorité indirect, où la construction de l’ethos passe par un double mouvement de mise en scène de l’humilité ou de la modestie du locuteur, qui s’efface derrière l’autorité citée, et de « crédibilisation par association » du locuteur par celui qu’il cite (David-Blais 1998 : 41)5.

— Envisagé dans un contexte de confrontation, l’argument d’autorité a pour effet de déplacer la charge de la preuve sur l’adversaire (Walton 1997 : 133-134 ; 143).

Par ailleurs, l’argument d’autorité voisine certains procédés discursifs ou argumentatifs, sans pour autant toujours se confondre avec eux :

— L’argument d’autorité repose sur l’idée que certains locuteurs ont un accès privilégié au savoir, en raison de leur compétence, de leur moralité, du prestige attaché à leur personne. D’autres énoncés supposent un accès privilégié à certaines informations (qui de mieux placé que moi pour garantir la véracité de la proposition : “j’ai mal à la tête ”, ou qu’un témoin visuel pour raconter l’accident auquel il a assisté ?). Ils ne constituent pas pour autant des arguments d’autorité, mais des assertions énoncées à partir d’une « special position to know » (Woods & Walton 1974 : 151). De même, l’argument d’autorité rappelle le fonctionnement des énoncés performatifs, pour lesquels « l’acte s’assimilant au dire, rapporter le dire suffit pour attester l’acte » (Plantin 1990 : 211).

— L’argument d’autorité est souvent rapproché de la réfutation ad hominem (Govier 1985 : 194, Plantin 1990 : 213, Schellens 1991 : 386 ; Walton 1992 : 55), qui propose de rejeter une proposition sur la base de caractéristiques de son énonciateur, alors que l’argument d’autorité s’appuie sur l’évaluation positive d’un énonciateur pour renforcer une proposition. L’argument ad hominem repose donc sur un mécanisme symétrique inversé de l’argument d’autorité, dont il constitue un mode de réfutation privilégié.6

— Enfin, la structure logique de l’argument d’autorité implique des liens privilégiés avec certaines formes linguistiques. En particulier, « l’argument d’autorité est fondamentalement en dépendance des mécanismes linguistiques de citation et de polyphonie » (Plantin 1990 : 212), et sa réalisation discursive fait appel aux diverses manifestations de l’hétérogénéité énonciative ; elle passe souvent par les constructions langagières relevant du discours rapporté (Largier 2005 ; Tuomarla 1999 : 164 ; Vincent & Dubois 1997 : 25).

Il apparaît que certaines de ces remarques ne valent que pour l’une des formes d’argument d’autorité (par exemple, le discours rapporté est le plus souvent associé à la forme directe de l’argument d’autorité, les auto-citations étant notoirement plus rares). De plus, les formes discursives que prennent ces deux types d’argument d’autorité, ainsi que leurs implications au niveau de la relation et des rapports de force dans l’interaction, sont très différentes. On remarquera d’ailleurs que la plupart des études sur l’argument d’autorité portent en fait sur sa forme indirecte, sa réalisation directe étant généralement mentionnée pour mémoire mais rarement développée.
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