La Chine (postmoderne) créée par le tourisme







télécharger 84.22 Kb.
titreLa Chine (postmoderne) créée par le tourisme
page2/3
date de publication16.12.2016
taille84.22 Kb.
typeDocumentos
a.21-bal.com > documents > Documentos
1   2   3

Le « présent perpétuel » de l’Orient postmoderne

Aujourd’hui la Chine n’est plus seulement représentée comme un refuge exotique situé dans des temps immémoriaux. La distance géographique ne se traduit plus systématiquement en distance temporelle. Dans leurs représentations de la Chine, les brochures touristiques intègrent désormais de plus en plus des éléments de l’histoire moderne chinoise. Cette modernité chinoise se décline à travers les clichés classiques de l’ambiance coloniale des concessions comme le propose un circuit qui prévoit une halte dans un bar branché de Shanghai, The Face: « Ambiance exotique, dans une maison coloniale au milieu d’un parc, avec lits à opium et touche décadente, bar aux parfums des années 20 ».26 La Chine moderne est aussi représentée à travers le passé très récent de la République Populaire. On propose ainsi la visite d’un Pékin « rétro-Mao » en passant notamment par « la maison de Song Qingling, héroïne communiste, avec son mobilier année 50 et ses photos de l’époque maoïste.».27

Cet imaginaire de la période postimpériale semble s’intégrer presque naturellement, comme dans un tableau, dans un discours exotique et orientaliste réifiant. L’évocation de Mao, des fumeries d’opium ou de la révolution culturelle sont autant de signifiants d’un passé récent, moderne, dont la dimension historique a été éliminée, et qui se trouvent comme étalés à la surface de notre temps sur un tableau anachronique, juxtaposés à côté d’autres objets symboliques tels que la Cité interdite, la Grande muraille, le Tombeau des Ming, les Hutongs de Pékin ou encore les minorités ethniques. Ces éléments, comme placés dans la vitrine d’une boutique de souvenirs, sont mis sur les rebords de l’Histoire pour être au service du touriste-consommateur.

L’une des caractéristiques du tourisme est de faire perdre toute dimension historique aux lieux et monuments qu’il propose à la vente. Alors que la Chine réelle, peuplée d’individus vivants, n’a pas encore « digéré » ce passé récent, le tourisme en fait déjà un lieu de mémoire, un vestige du passé. C’est pourquoi le discours touristique sur la Chine moderne ne doit pas être considéré comme « vacciné » de l’idéologie orientaliste. La modernité chinoise - capitaliste et débridée du Shanghai des années trente, ou révolutionnaire et collectiviste de la République Populaire - reste exotique et intemporelle.

L’affirmation suivante d’Edward Said semble ainsi avoir perdu aujourd’hui de sa validité : « écrire sur l’Orient moderne, c’est […] faire paraître une démystification bouleversante des images recueillies dans les textes ».28 Appliquée au présent, cette remarque n’est-elle pas anachronique ? Lorsque Said parle ici de « l’Orient moderne » c’est dans le sens d’un « Orient » qui serait contemporain de celui qui le représente, l’ « Occident ». La « démystification bouleversante » ne peut prendre effet que si l’ « Orient » se trouve positionné dans une relation de simultanéité temporelle avec l’ « Occident ». Il n’est plus alors ce monde immobile situé dans le passé que les textes avaient toujours décrits. Cependant, plus encore qu’un « Orient » contemporain de l’ « Occident », ce que Said nomme « l’Orient moderne » est aussi synonyme d’Orient réel, un monde que le romantique Gérard de Nerval n’aurait pas souhaité visiter afin de ne pas voiler sa vision imaginaire de l’ « Orient »: « Pour quelqu’un qui n’a jamais vu l’Orient, disait un jour Nerval à Gautier, un lotus est toujours un lotus ; pour moi, c’est seulement une espèce d’oignon ».29

Représenter la Chine en tant que « moderne » n’entraîne pas de démystification car le lit à opium, la révolution culturelle ou la figure de Mao ne sont finalement que des « images recueillies dans les textes », autant que peuvent l’être les toitures courbées des maisons traditionnelles, les Hutongs de Pékin, la Grande muraille ou, en tant que patrimoine vivant immatériel, le « Chinois joueur ». La « Chine moderne » est déjà en situation de diachronie avec le temps présent. Peut-on alors considérer qu’écrire aujourd’hui sur un « Orient postmoderne », dans le sens où il serait contemporain de l’ « Occident », pourrait « faire paraître une démystification bouleversante des images recueillis dans les textes » ? Le terme postmoderne étant pris ici dans le sens purement chronologique d’une modernité contemporaine se distinguant des « modernités antérieures », celles du passé. 30

A première vue, le discours touristique pourrait ainsi donner à penser qu’il prend part à un travail de démystification de l’imaginaire orientaliste en évoquant de manière assez récurrente non seulement la modernité chinoise en tant qu’objet du passé, mais aussi le présent de la Chine. Ce souci des professionnels du tourisme d’une mise en lumière de la Chine contemporaine doit se comprendre dans le contexte d’une montée en puissance économique et politique de ce pays. Dans le discours médiatique et l’imaginaire populaire dominant, la Chine n’est plus seulement aujourd’hui l’Empire du Milieu, immuable et ancestral, elle est aussi la puissance économique, politique et par conséquent culturelle de demain.

L’image de la Chine change en même temps que les rapports de domination économique et les hégémonies géopolitiques s’inversent: la passivité des sagesses orientales se mue progressivement en agressivité du capitalisme chinois et asiatique. La locomotive de l’Histoire serait en train de devenir chinoise et l’idée que l’Asie sera un jour hégémonique fait son chemin. Ainsi, la Chine évoque désormais le présent et parfois même aussi le futur :  « Un nouveau monde en marche qu’il est facile de voir dans les galeries et les quartiers futuristes de Shanghai ».31 De même, l’énoncé « Vivez le XXIe siècle avec Shanghai et Hong Kong » accrédite l’idée que la Chine serait entrée dans le temps historique, qu’elle aurait un futur, « le XXIe siècle », ce qui induit qu’elle aurait aussi eu un passé, perdant alors son a-historicité, caractéristique propre aux civilisations de l’« Orient ».32

Cette nouvelle « réalité » de la contemporanéité chinoise, prise en compte par les « vendeurs de rêve » de l’industrie touristique, est susceptible de provoquer un choc frontal des imaginaires. Si les touristes rêvent d’un « inconnu connu », une Chine née dans les textes du passé, au moyen de quel procédé dialectique peut-on représenter la Chine contemporaine - vivante, inattendue, en synchronie avec le monde dans lequel les touristes vivent et tournée vers le futur - sans briser les fantasmes et les mythes orientalistes d’une Chine du passé immuable et exotique ?

La résolution de cette équation se trouve dans l’insistance que le discours touristique met à donner une dimension postmoderne à la Chine, en accordant ici à cette notion polémique et critique une triple signification. D’un point de vue purement chronologique d’une part, la Chine postmoderne serait celle qui viendrait après une Chine moderne devenue objet d’histoire et rentrée dans les musées. Une dimension idéologique et politique intervient d’autre part avec l’idée d’une postmodernité qui serait une modernité dont le projet serait arrivé à son terme, une modernité « réussie », réconciliée avec son passé, en harmonie totale avec la culture d’avant comme si, en Chine, les contradictions sociales et culturelles de la modernisation étaient dépassées, comme si l’Histoire était arrivée à son terme. Cette condition postmoderne prend enfin une signification culturaliste puisqu’au lieu d’être l’aboutissement d’un processus historique, fin d’une histoire représentée comme linéaire, elle ne serait que la condition naturelle de l’ « Orient » en tant que monde au « présent perpétuel » où le temps, non linéaire, serait sans passé ni futur. Plus qu’une idée de modernité aboutie qui implique un processus d’évolution, c’est l’idée d’une postmodernité chinoise (ou orientale) qui transparaît lorsque les voyagistes évoquent les pratiques contemporaines, notamment celles de la Chine urbaine. C’est ainsi que Shanghai est décrite en ces mots :
Poussée par une jeunesse créative et ambitieuse, Shanghai affiche fièrement sa vitalité ravageuse. Nouvelle économie, musique techno, galeries avant-gardistes sont les moteurs d’une population enthousiaste, qui ne renie rien de ses racines et sait se ressourcer dans des jardins zen immuables.33
Bien que le Zen soit une branche du bouddhisme au Japon historiquement issue du Chan chinois, l’expression « jardins zen immuables » fait référence à une mode du Zen dans la Chine urbaine qui est contemporaine et paradoxalement inspirée de pratiques spirituelles orientalisantes issues du monde occidental. Si l’hypermodernité représentée par la « nouvelle économie, musique techno, galeries avant-gardistes » et les « racines » locales du « zen » ne sont pas antagonistes, ce n’est pas en raison d’une fusion harmonieuse de la tradition et de la modernité comme le suggère le marketing touristique, il s’agit au contraire de phénomènes qui ne participent que d’un seul et même monde, produits de la mondialisation économique et culturelle : la mode du Zen n’est ni moins moderne ni plus orientale que les galeries avant-gardistes ! Dans la citation ci-dessus, l’objectif est de montrer qu’en Chine, avant-gardisme et modernisme ne sont pas des tendances en rupture avec le passé. Cette alliance de l’avant-garde économique et de la tradition se retrouve à propos de Pékin:
Nous sommes dans les hutongs, entrelacs d’allées et de maisons familiales qui faillirent bien disparaître dans les grands travaux urbanistes de Pékin, mais qui sont aujourd’hui heureusement sauvés et réhabilités par les jeunes cadres branchés de la capitale désireux de retrouver un peu de leurs racines dans un cadre traditionnel modernisé.34
Le recours à la figure de l’oxymore invite à poser cette question naïve : comment un « cadre » peut-il être à la fois « traditionnel » et « modernisé » si ce n’est en postulant qu’en Chine les processus de modernisation, ou plus simplement le temps qui passe, ne transforment pas les éléments du passé, ici la tradition ? En juxtaposant « l’avant-garde » ou les « jeunes cadres branchés » avec les « jardins zens immuables » et le désir de « racines », on tend à dire que, finalement, si la Chine et l’Orient ont une histoire, s’ils s’inscrivent dans le contemporain, c’est un contemporain qui n’est pas dissocié du passé. La temporalité orientale se caractériserait alors par un passé qui ne passe pas. En Chine, comme le dit une brochure, « tradition et modernité font bon ménage » et « créativité visionnaire et respect des anciens oeuvrent en synergie ».

Comme le rappelle Pierre-André Taguieff dans son ouvrage L’effacement de l’avenir, la principale critique faite à la modernité par les penseurs occidentaux, et en premier chef par Nietzsche, était une critique du « présentisme », d’un monde « dénué du sens de la tradition, coupé donc du passé, et privé d’avenir ».35 Il ajoute que la condition postmoderne n’est que « la modernité arrivée au moment où elle se comprend elle-même ».36 Ce temps sans passé ni futur est « l’expérience temporelle amputée des modernes, et cette expérience [négative] est désormais présente à la conscience de la plupart de nos contemporains ».37 Si l’ « Orient » n’offre ni profondeur du passé, ni perspectives d’avenir, il devient le monde d’un éternel présent assumé. Cette crise du temps et de l’Histoire propre à la modernité n’est pas considérée comme négative dans le discours sur la Chine et l’ « Orient » ; en effet, la condition « non-historique » postmoderne, qui serait l’essence même de l’ « Orient », est aujourd’hui présentée comme une qualité. L’absence supposée d’anxiété face au futur et à la mort est valorisée et surtout naturalisée: « Le soi-disant fatalisme oriental n’est peut-être que la vraie sagesse de peuples sachant vivre pleinement l’instant présent ».38 Cette supposition fait glisser le sens de la traditionnelle image du « fatalisme oriental » vers l’idée, très postmoderne, de « vivre pleinement l’instant présent » sans que ni le passé, ni l’avenir ne viennent perturber, par leur poids et leur horizon d’attente, le moment du présent. La citation suivante affirme avec force le discours qui naturalise une philosophie de l’ « instantanéisme » des Chinois :
Avec peut-être en dénominateur commun, une faculté, fascinante pour les visiteurs, de ces Chinois de toutes origines à prendre la vie comme un jeu, à rire, à parier, à tenter les dieux pour voir, à demander l’impossible pour l’oublier dans l’instant, et à rire à nouveau.39
Situés sur une très mince ligne du présent, les Chinois auraient donc la faculté innée de « demander l’impossible pour l’oublier dans l’instant », « Parier », « tenter les dieux », autant de postures qui exigent une qualité commune: les Chinois seraient inconscients des conséquences de leurs actes. La structure elle-même cyclique de la phrase précitée évoque l’idée d’un temps qui tourne en rond, revenant toujours à la case départ : « ....à rire […] et à rire à nouveau ». Ce discours touristique qui affirme que les Chinois ont une capacité naturelle à vivre l’instant présent est en effet « vendeur » dans un monde qui n’a plus de sens historique, mais c’est aussi un cliché ancien, variante de l’immobilisme historique, qu’Arthur H. Smith, réputé fin connaisseur des « caractéristiques chinoises » à la fin du XIXe siècle, résumait de la manière suivante en s’appuyant sur une analyse linguistique du chinois : « ce temps futur n’existe pas dans la langue chinoise, pas plus du reste qu’aucun autre temps du verbe. » .40

La Chine n’offre plus aujourd’hui de modèle politique à une partie des sociétés occidentales comme c’était le cas dans les années 1960 ; les « grands récits », basés sur une vision linéaire, évolutionniste et souvent déterministe d’une Histoire universelle, ont disparu, là comme ailleurs. Le discours touristique présente cependant la Chine comme un modèle naturel de postmodernité apaisée, suggérant implicitement que l’ « Orient » a toujours été postmoderne dans le sens où les contradictions inhérentes à la modernité (son opposition à la tradition et sa puissance de démolition du passé) seraient absentes.41 Les publicistes veulent dépasser l’image critique et négative d’une modernité occidentale en rupture avec son passé en proposant une postmodernité orientale qui serait caractérisée à la fois par son enracinement dans le passé et la tradition et par une forme paradoxale de présentisme faisant écho au discours de l’intemporalité orientale, ici située dans le contemporain.42

L’alliance du présent contemporain et du temps immuable se retrouvent lorsqu’une touriste, citée par l’agence Asia, souhaite « en même temps » visiter des lieux hors du temps et vivre la « Chine d’aujourd’hui »:
Je suis d’avance convaincue d’acheter des remèdes mystérieux dans des herboristeries intemporelles, et en même temps, je suis décidée à laisser faire, à respirer l’air des temps modernes et à toucher du doigt la Chine d’aujourd’hui, à connaître sa vie actuelle, son déjà cinquième millénaire.43
Le discours touristique entretient l’illusion qu’il existe, quelque part en « Orient », une modernité alternative non aliénée du passé. L’éditorialiste du livret de l’agence Asia, spécialisée dans les circuits en Asie, approfondit cette idée en évoquant une « orientalisation » du monde. Les équipes de l’agence Asia auraient « fait le rêve, égoïste, d’une grande planète aux couleurs de l’Asie, qui serait à la source d’une mondialisation des sagesses et un facteur d’unification civilisée ».44 Selon ce propagandiste de la cause orientaliste, ce rêve sera bientôt réalité au regard de l’influence toujours plus grande des pratiques orientales en « Occident » :
L’idée fait son chemin: l’art de vivre, aujourd’hui, se décline oriental. Tendances vestimentaires, gastronomie épicée, design épuré, architecture zen, sérénité spirituelle, le catalogue des envies s’est largement ouvert en Occident, et le fengshui, reiki, sushi et autres origami ont envahi nos vies.45
Le « catalogue des envies » évoqué ci-dessus sont autant de marchandises produites par un capitalisme qui, ainsi que l’affirme le philosophe Maurizio Lazzarato, n’est plus aujourd’hui caractérisé par son « mode de production » mais par la « production de mo(n)des ».46 Les professionnels du marketing et de la communication des entreprises, en créant de nouveaux produits, inventent les mondes (modes de vies, désirs, croyances, valeurs) qui leur correspondent et « contraignent » les consommateurs à s’y conformer. Le discours orientaliste ne se construit plus aujourd’hui dans la littérature, mais il a investi les agences de marketing, postes avancés du capitalisme contemporain, qui le vendent sous des formes et sur des supports multiples. Si l’ « Orient » réel n’existe pas, il est un discours et une image depuis plusieurs siècles. C’est cette image, récupérée, adaptée à une population ciblée et réinventée par le marché, qui, ainsi que le note l’éditorialiste d’Asia, « se décline » aujourd’hui sur un marché mondial globalisé. L’ « Orient », dans le discours touristique, ne représente pas une opportunité de « carrière » comme l’écrivait Benjamin Disraeli au XIXe siècle, il s’agit plutôt d’un « pays des merveilles », un monde moderne protégé des aliénations de la modernité occidentale: le vide de sens et de spiritualité, l’harmonie perdue avec la nature, le déracinement, la perte d’identité culturelle, la rupture avec le passé et la tradition, la disparition des projets politiques. Aller en « Orient » aujourd’hui ne représente plus un voyage dans le temps, c’est une promesse de séjour dans le monde merveilleux du « présent éternel » de 1984 !47

1 Voir notamment Ziauddin Sardar,
1   2   3

similaire:

La Chine (postmoderne) créée par le tourisme iconCéci’T, le tourisme partagé
«Tourisme et Handicap» la mission d’aider concrètement à sa mise en place. Les documents utilisés pour l’évaluation qui précède cette...

La Chine (postmoderne) créée par le tourisme iconLe tourisme à l’heure du touriste créatif
«Karaoke Tourism», la contribution du tourisme à la création : «pourquoi l’innovation et la singularité représentent de nouveaux...

La Chine (postmoderne) créée par le tourisme iconLe postmodernisme en architechture a travers l'oeuvre de robert venturi
«post-modernes». Cependant le terme postmodernisme est né véritablement en 1978 utilisé par Charles Jencks dans son ouvrage «le langage...

La Chine (postmoderne) créée par le tourisme iconLe langage de la ville : l’intertextualité urbaine dans le roman postmoderne

La Chine (postmoderne) créée par le tourisme iconSommaire
«postmoderne» ne signifiait pas la fin du modernisme mais un autre rapport avec la modernité

La Chine (postmoderne) créée par le tourisme iconL'art en chine et au japon

La Chine (postmoderne) créée par le tourisme icon«conquêtes de l'empereur de la chine»

La Chine (postmoderne) créée par le tourisme iconChine express de shanghai a pekin 08 Jours / 05 Nuits

La Chine (postmoderne) créée par le tourisme iconI- le Tourisme culturel au niveau mondial

La Chine (postmoderne) créée par le tourisme iconNouvelles de l’Office de tourisme du Vorarlberg







Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
a.21-bal.com