Cours de musique pour scientifiques et littéraires







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IV.Axiomatique négative : ce que l’écoute musicale n’est pas


Les opérations de perception et d’audition ont trois traits communs :

• D’abord ce sont des opérations d’objectivation : il s’agit pour l’oreille de se situer face à un matériau sonore en sorte de lui fixer une découpe, de le doter d’une consistance : consistance essentiellement parcellaire dans la perception 1, consistance plus totalisante dans l’audition.

• Ensuite ces opérations mettent en jeu de manière cruciale des savoirs : savoir discerner, savoir trier, savoir juger, savoir récollecter, savoir intégrer. Il est clair qu’on n’intègre pas un Klavierstück de Stockhausen comme on le fait pour une sonate de Scarlatti 2. Un savoir est requis pour exercer à bon escient ces activités de sélection. D’où, comme le propose Adorno, qu’il y a sens ici à différencier les auditeurs selon la nature et l’étendue de leurs savoirs.

• Enfin, la perception comme l’audition sont répétables à volonté : il est toujours possible de percevoir et d’auditionner une pièce (pour peu que l’individu musicien qui agit ici dispose du savoir nécessaire). Ces opérations ne supposent pas de conditions musicales particulières du côté de la pièce : on peut percevoir et auditionner une bonne comme une mauvaise pièce (cf. le travail du jury pour une classe de composition), une bonne comme une mauvaise interprétation (cf. le travail du jury pour les classes instrumentales).

Perception et audition ont ainsi en commun de procéder à une objectivation, de requérir des savoirs, et d’être répétables ad libitum.

IV.1.L’écoute musicale n’est pas une objectivation


L’écoute n’est pas un rapport à un objet.

IV.1.a.L’écoute musicale est sans objet.


S’il fallait le dire en termes philosophiques, on dirait ceci : l’écoute relève d’un sujet sans objet 3.

IV.2.L’écoute musicale n’est pas une identification.

L’écoute musicale n’est pas une perception.

IV.3.L’écoute musicale n’est pas une totalisation.


Elle n’intègre pas. Elle ne se soucie pas de l’œuvre comme tout. Cf. elle aura rapport au global, et non pas au total.

L’écoute musicale n’est pas une audition.

IV.4.L’écoute musicale n’est pas un enveloppement.


L’écoute aura bien rapport au global de l’œuvre mais via sa traversée intérieure, non son enveloppement exogène.

L’écoute musicale n’est pas une compréhension.

IV.5.L’écoute musicale ne procède pas par segmentation.


En ce sens, elle ne procède pas comme la perception, ni comme l’audition… On verra que l’écoute est création d’une continuité, par traversée d’un ensemble fragmenté 4

IV.6.L’écoute musicale ne représente pas.


Écouter n’est pas représenter. Écouter ne consiste pas à représenter un rapport qui ne l’aurait pas été.

Représenter en musique, c’est l’affaire de l’écriture, plus généralement de la partition.

Ouïr, c’est représenter.

L’écoute musicale n’est pas une ouïe.

IV.7.L’écoute musicale ne relève pas de savoirs


L’écoute n’est pas une figure du savoir et ce de deux manières :

IV.7.a.L’écoute musicale n’est pas transmission et réception de savoirs.


Il ne s’agit pas d’abord d’écouter des savoirs. Un savoir ne s’écoute pas. Il se reçoit, il se comprend, il se transmet. Il se communique. Mais l’écoute n’a rien à voir avec la communication, ni avec l’émission, ni avec la réception.

IV.7.b.Il n’y a pas de savoir écouter musicalement.


L’écoute ne convoque pas, en première ligne du moins, de savoirs particuliers. L’écoute n’est pas subordonnée à l’exercice de savoirs préconstitués. Il n’y a pas à proprement parler de savoir écouter 5. Il n’y a qu’un savoir des conditions requises pour l’écoute (par exemple savoir qu’il faut une attention flottante pour pouvoir espérer arriver à écouter).
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