Cours de musique pour scientifiques et littéraires







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II.2.Quatre lectures de Rm 10,13-18


Quelques extraits. Je commenterai les plus significatifs pour notre démarche.

II.2.a.Saint Augustin 5

Verset 14


  • « Vous ne saurez prier Dieu sans croire en lui, car l’Apôtre dit : “Comment l’invoqueront-ils s’ils ne croient pas en lui ?” » (VI.280)

  • « Pour montrer que la foi est la source de la prière et que le ruisseau ne peut couler si la source est à sec, il [l’Apôtre] ajoute : “Comment l’invoqueront-ils s’ils ne croient pas en lui ?” » (VI.480)

Image à retenir : celle d’un ruisseau, d’un flux doté d’un sens. La question est : comment passer de la mission au salut, comment la source de la Parole divine va-t-elle engendrer un flot entraînant le salut ? On proposera plus loin la métaphore apparentée de la circulation d’un convoi ferroviaire sous l’impulsion d’une motrice…

  • « “Comment l’invoqueront-ils s’ils ne croient pas en lui ?” La fin de la vraie foi est donc d’invoquer celui en qui l’on croit pour en obtenir la force d’accomplir ses préceptes : la foi obtient ce que la loi commande. » (II.400)

  • « C’est la foi qui prie, mais la foi a été donnée quand on ne priait pas et sans elle on ne pourrait prier. » (II.543)

Ici St Augustin réciproque le premier Quomodo : pour lui, on a non seulement « PrièreFoi » (cf. VI.280) mais également « PrièreFoi » (« c’est la foi qui prie »). En effet l’acte même de la foi, c’est de prier (« sans la foi on ne saurait prier »). Ce qui atteste d’une foi, c’est la prière. Et une foi sans prière n’en est pas une.

Verset 15


  • « On a donc envoyé des prédicateurs, ils ont annoncé le Christ, et les peuples les ont entendus parler de lui : en entendant ils ont cru, et en croyant ils l’ont invoqué. » (VI.270)

Il décrit ici le flux harmonieux, circulant de la mission jusqu’à la prière garante du salut final. Mais si la possibilité d’une telle descente du ruisseau existe, elle n’est pas garantie par l’existence de la source, et tout le problème est là.

II.2.b.Thomas d’Aquin 6

Versets 13 et suivants


  • « Lorsque dit : Comment donc invoqueront-ils, etc., il expose l’ordre selon lequel chacun est appelé au salut, qui procède de la foi. Et à cet effet, il fait deux choses : A) Il commence par montrer que ce qui, dans cet ordre, vient en second lieu, ne peut exister sans ce qui précède. B) Puis, que ce qui a été fait d’abord ne suppose pas nécessairement ce qui vient en second lieu : Mais tous n’obéissent pas à l’Évangile. » (§ 835)

Thomas d’Aquin explicite ici qu’une condition nécessaire n’est pas pour autant suffisante. Et il prend pour cela exemple sur le verset 16 : on a peut-être « ÉcoutePrédication » mais pas nécessairement « Écoute Prédication ».

  • « Il expose par ordre cinq choses 7, en commençant par l’invocation, à la suite de laquelle, selon l’autorité du prophète, vient le salut. » (§ 836)

Thomas d’Aquin explicite la logique de ce passage. Remarquons qu’il enchaîne bien les cinq catégories des versets 14-15 à la sixième catégorie, ultime : celle de salut, point d’aboutissement (car SalutPrière).

Verset 14


  • « Il dit donc : Comment donc invoqueront-ils Celui en qui ils n’ont pas cru ? Comme s’il disait : Sans aucun doute, l’invocation ne peut procurer le salut, à moins que la foi ne précède. » (§ 836)

Thomas d’Aquin introduit ici une condition, un bémol : la prière procure le salut à condition que cette prière provienne de la foi, non d’ailleurs. Remarquons ici cette possibilité logique (d’une prière sans foi ne procurant alors pas le salut).

  • « Puis de la foi il monte ou passe à l’audition, en disant : Ou comment croiront-ils à Celui qu’ils n’ont pas entendu ? » (§ 837)

Pour Thomas d’Aquin, St Paul remonte une suite logique de termes, il remonte le cours du ruisseau dont parlait St Augustin.

  • « Il y a deux sortes d’audition : l’une intérieure, par laquelle on entend Dieu qui révèle : “J’écouterai ce que dira au-dedans de moi le Seigneur Dieu.” ; l’autre, par laquelle on entend une personne qui parle extérieurement : “Pierre, parlant encore, l’Esprit-Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole 8”. Or la première sorte d’audition n’appartient pas communément à tous mais relève à proprement parler de la grâce de prophétie, qui est grâce donnée gratuitement et distinctement à quelques-uns, mais non à tous. » (§ 837)

À nouveau Thomas d’Aquin apporte ici une précision, un bémol : l’écoute ne procède de la prédication que sous condition supplémentaire de la grâce. Ceci en un sens commente alors la première partie du verset 16.

Verset 16


  • « Quand dit : Mais tous n’obéissent pas à l’Évangile, montre que ce qui précède n’a pas toujours de suite. Car, bien qu’il ne puisse pas arriver que l’on croie sans avoir entendu celui qui prêche, cependant tous ceux qui écoutent celui qui prêche ne croient pas, et voilà pourquoi ajoute : Mais tous n’obéissent pas à l’Évangile. Il s’exprime ainsi pour montrer que la parole extérieure de celui qui parle n’est pas la cause suffisante de la foi. » (§ 842)

À nouveau, Thomas d’Aquin rappelle la différence entre condition nécessaire et condition suffisante. S’il faut la prédication pour qu’il y ait écoute, la prédication ne suffit pas à garantir l’écoute.

  • L’Apôtre « introduit l’autorité d’un prophète, lorsqu’il ajoute : Isaïe dit en effet : “Seigneur, qui a cru à ce que nous avons fait entendre ?” Comme s’il disait : Ils sont rares. » (§ 843)

Thomas d’Aquin restitue la rareté — donc l’incertitude — de l’enchaînement foiécoute.

Verset 17


  • L’Apôtre « déduit de ce qui précède la conclusion, en disant : Donc, du fait que quelques-uns ne croient pas s’ils n’ont pas entendu, la foi provient de l’audition 9. » (§ 844)

Il y a eu raisonnement et le fides ex auditu qui se déduit de ce qui précède est la conclusion, la pierre de touche du passage.

  • « Deux conditions sont requises pour la foi : la première de celles-ci est l’inclination du cœur à croire, et cela ne vient pas de l’audition, mais du don de la grâce ; tandis que l’autre est la détermination à l’égard de ce qui doit être cru et cela vient de l’audition. » (§ 844)

Autre manière d’indiquer que l’écoute ne suffit pas à provoquer la foi ; il faut une autre condition pour qu’il y ait foi chez qui écoute : la grâce…

II.2.c.Luther 10

Verset 14


  • « Or, comment entendront-ils, si personne ne prêche ? et même s’ils prétendent écouter, ce n’est que vaine présomption, s’ils n’entendent pas de vrais prédicateurs, car ce n’est pas entendre que d’entendre de faux docteurs ; ils entendent et n’entendent pas, ils ont des oreilles mais ce n’est pas pour entendre : [ce ne sont] pas des oreilles d’auditeur. 11 »

L’écoute qu’il s’agit ici de soutenir est, pour Luther, sous condition d’une vraie prédication. Les enchaînements ici examinés ne sont donc pas purement logiques mais nécessitent une évaluation de leur contenu (pour différencier le vrai prédicateur du faux, celui qui entend réellement des faux auditeurs…). En un certains sens, la foi désigne non seulement un terme de la chaîne mais aussi cette puissance évaluante en tant qu’elle intervient en différents enchaînements et pas seulement en un maillon : la foi est investie dans la prédication (comme elle s’avèrera l’être dans l’écoute — voir mon interprétation du verset 17).

Verset 17


  • « “Audition” est pris au sens de “parole entendue”, [entendue] au sens [grammaticalement] passif [du terme], et non pas d’écoute comprise comme acte : “croire à l’audition d’un autre” ne serait autrement qu’une manière absurde de parler. »

  • « Pour des Latins, il serait sans doute plus clair de dire audito ([de ce qui est] entendu), ou auditis ([des paroles] entendues) (plutôt que ex auditu, ou ex auditione [de l’audition]), de même qu’il vaudrait mieux dire “Actes des Apôtres” en pensant aux faits accomplis plutôt qu’à l’action. »

Luther met ici l’accent non sur la forme logique du raisonnement mais sur le contenu réel de ce qui est transporté par le « ruisseau ». Son souci propre d’interprétation s’éloigne ici du nôtre, nous qui explorons la formalisation théologique de l’écoute fidèle plutôt que son « contenu ». Ce souci sera repris par Karl Barth 12

II.2.d.Karl Barth 13

Versets 14 et suivants


  • « Ce cri même de l’homme […] ne s’élèverait pas s’il n’avait pas, de Dieu, une connaissance invisible, qui a lieu au-delà de toutes les réalités perceptibles, mais comme leur prémisse à elles toutes, prémisse donnée en Dieu. Cette connaissance de Dieu, cependant, dans son état entièrement caché, c’est la foi ; cette connaissance présuppose une audition, également cachée, une annonce, également cachée, un envoi, également caché, de l’annonciateur. En un mot, elle présuppose, la possibilité, non, la réalité de l’Église cachée de Jacob, Église dont l’oreille entend la Parole de Dieu et dont la bouche prononce la Parole de Dieu. » (pp. 366-367)

Barth remonte aussi le fil du ruisseau (il utilise annonce pour prédication, envoi pour mission). Le sens à donner au caractère caché de tout cela peut se rattacher pour nous au fait que les enchaînements ne sont pas assurés par leurs prémisses, et donc que les conditions supplémentaires (ce que Thomas d’Aquin indiquait comme étant la grâce nécessaire) sont plus enfouies que celles sur lesquelles St Paul raisonne.

Plus encore, la foi est ici présentée comme connaissance permanente « invisible et cachée », autant dire qu’elle agit globalement (comme condition pour que les enchaînements opèrent) et non pas seulement dans ses connexions immédiates avec l’écoute et la prière…

Verset 16


  • « Obéir veut dire : en cet homme-ci, en l’homme que nous connaissons, se produit cette percée, ce creux où l’homme nouveau peut respirer et se mouvoir. […] Obéir veut dire être partisan, quoiqu’il arrive. » (p. 368)

Obéir est corrélé à écouter (cf. étymologie grecque, jouant à l’intérieur du verset 16) d’une manière qui peut signifier en matière d’écoute musicale : l’écoute musicale procède également d’une percée à partir de quoi un écouteur nouveau se met à exister, à se mouvoir dans le cours de l’œuvre, obéissant en quelque sorte à l’intension à l’œuvre et en devenant ainsi son « partisan »…

Obéir, c’est « bien écouter », et bien écouter, c’est écouter selon la foi intérieurement à l’œuvre. En musique, cette « foi » à l’œuvre, je la nommerai intension (soit la conviction musicale propre de l’œuvre).
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