Cours de musique pour scientifiques et littéraires







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II.4.Commentaires


La subjectivation de ce schéma, c’est comment y circuler de droite à gauche, c’est-à-dire comment aboutir au salut à partir d’une mission révélée.15

II.4.a.Un enchaînement stratégique entre trois sujets


Ce schéma fait intervenir trois « sujets » différents : le sujet divin missionnant, le sujet prédiquant et le sujet prédiqué.

Un enchaînement a ici fonction stratégique et pas seulement tactique : le deuxième — celui entre écoute et foi — dont parle notre fameux verset 17. Il est stratégique à différents titres, mais en particulier car il est le premier (dans l’ordre de progression : de droite à gauche) à être interne au même « sujet » quand les deux autres (passage de la mission à la prédication, passage de la prédication à l’écoute) concerne l’interaction entre deux sujets. J’ai explicité ces différents sujets par des distinctions typographiques (soulignés, majuscules, italiques) :

SalutPrièreFoiÉcoutePrédication---Mission

II.4.b.La foi, elle-même stratégique


Cet enchaînement est d’autant plus stratégique que, comme on l’a vu, la foi dont il y est question n’opère pas seulement comme terme local de la chaîne mais comme enveloppement global des rapports examinés : la foi n’est pas seulement un résultat de l’écoute, mais elle est une condition pour que l’ordre de mission soit accepté par le prédicateur, pour que l’écoute du prédicateur soit, comme dit Luther (voir son commentaire du verset 14), vraie, mais aussi — comme le dit Thomas d’Aquin (§ 836) —, pour que la prière soit bien productrice de salut.

La foi n’intervient donc pas seulement explicitement dans les 1° et 2° étapes (lien avec la prière et l’écoute) mais aussi implicitement (comme « cachée » dirait Karl Barth, p. 366-367) dans l’étape 0 (seule la prière fidèle porte le salut, nous dit Thomas d’Aquin § 836), dans la 3° (c’est la foi qui écoute, qui écoute d’ailleurs une autre foi : la foi du prédicateur) et dans la 4° (la foi du prédicateur est bien ce qui lui fait accepter de devenir « chargé de mission »).

Le terme de foi est donc à la fois un maillon de la chaîne — à propos duquel on se demande dans quelles conditions il arrive ou non à s’enchaîner à ses voisins — mais aussi un principe de consistance de la chaîne comme telle, un principe d’arrimage entre les maillons, une partie (avec la catégorie de « Grâce », mais la foi n’est rien d’autre qu’une grâce…) de ce qui permet de faire lien entre les maillons.

C’est à ce titre que je propose de comprendre la foi non comme engendrée et provoquée par l’écoute mais comme manifestée et exposée par elle.

Finalement, il est donc bien vrai qu’on ne passe pas si facilement (naturellement, logiquement) du « pas de foi sans écoute » (verset 14) à « la foi sort de l’écoute » (verset 17).

On voit aussi que la foi, par essence, est communication. : elle est contagieuse plutôt qu’un bien privé. Et c’est aussi en ce sens qu’elle s’extériorise dans l’écoute : comme une force circulante, comme une énergie investissant les diverses pratiques du sujet prédiqué. Comme on le verra, l’intension musicale aura les mêmes propriétés…

II.5.Abstraction logique


Pour passer plus systématiquement de cette écoute fidèle à l’écoute musicale, il nous faut abstraire notre raisonnement d’un cran supplémentaire et en proposer une formalisation générale susceptible d’éclairer le fonctionnement musical de l’écoute.

Cette abstraction, Luther la condamne comme théologien (voir supra). Elle nous est cependant indispensable pour passer à la musique.

Karl Barth a dénoncé par avance mon entreprise lorsqu’il condamnait une tendance générale de la musique à abstraire le verbe de ses déterminations substantielles : « Quelle erreur de réduire la théologie à une pistéologie. Comme si, au lieu de croire en Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, l’homme devait s’attacher plutôt à la foi de l’Église, c’est-à-dire croire finalement à sa propre foi et en témoigner ! (Il y a malheureusement une Messe de Mozart dans la quelle le terme credo revient sans cesse et qui peut donner lieu à ce malentendu — c’est pourquoi elle est connue sous le nom de « Messe du Credo »). » 16

Il est vrai, en effet, que la musique peut formuler un « je crois » sans assortir ce verbe d’un complément d’objet, en maniant le verbe « croire » comme un verbe intransitif 17. Et il nous faut nous installer à ce niveau d’abstraction pour traiter la théorie théologique non pas en théologien mais en musicien c’est-à-dire comme théorie apte à rendre compte (fictivement) de l’écoute musicale — je m’expliquerai plus loin (voir la théorie freudienne de l’attention flottante) sur ce jeu d’un modèle fictif attribuable à une théorie construite à de tout autres fins).
Pour conduire cette abstraction, je commencerai par un certain nombre de remarques d’ordre logique.

II.5.a.Raisonnement par l’absurde.


St Paul, en enchaînant 4 questions (« Comment invoqueront-ils Celui en qui ils n’ont pas cru ? »…), procède à quatre raisonnements par l’absurde successifs : comment y aurait-il A s’il n’y avait pas B ? Puisqu’on n’a pas A si l’on n’a pas B, c’est donc que B est nécessaire pour qu’il y ait A. Ceci établit B comme condition nécessaire pour qu’il y ait A.

Remarquer qu’il s’agit ici d’une liaison logique : « A entraîne B » veut dire : l’existence de A implique l’existence de B.

II.5.b.Précision


Remarque : il y a ici deux sens différents donnés à l’enchaînement « A entraîne B ».

  • Premier sens : la cause entraîne l’effet (liaison physique, matérielle, qu’on dira ontologique).

  • Second sens : s’il y a effet, c’est donc qu’il y a (eu) cause (liaison qu’on dira logique, inverse de la précédente). C’est une inférence entre deux propositions, entre énoncés, quand la première est entre des actions, ou des choses.

Distinguons donc la liaison ontologique (, , ) de la liaison logique (,, ).

On écrira :

  • Cause  effet

  • Mais {Effet}  {cause} où {x} désigne l’énoncé : « il y a x ».

Dans les verset 14 et 15, St Paul travaille logiquement. Son quadruple enchaînement revient à poser : {Prier}  {Croire}  {Entendre}  {Prêcher}  {Être envoyé} («  » signifiant « nécessite de », « suppose »). Il se demande ensuite si ces déterminations « logiques » (entre existences possibles) correspondent, à l’inverse, à des enchaînements « ontologiques » (entre existences cette fois véritables).

II.5.c.Déplacement d’une négation, d’un absentement


Le fait que St Paul travaille (versets 14-15) avec des raisonnements par l’absurde mis en chaîne indique qu’il met en circulation un vide, en l’occurrence l’impossibilité par exemple du « ne pas croire » s’il y a prière : retirons la foi, dit-il, et il ne saurait y avoir la prière. Retirons ensuite l’écoute, ajoute-t-il, et il ne saurait alors y avoir la foi…

Pour établir la consistance d’une liaison, St Paul joue ainsi d’un vide qu’il va déplacer le long d’un parcours : si je veux retirer ou déplacer la prière, je dois d’abord le faire de la foi. Si je veux retirer-déplacer le foi, je dois d’abord le faire de l’écoute, etc.

Soit : pour comprendre « logiquement » les rapports entre salut, prière, foi, écoute, prédication et mission, il faut raturer chacun à tour de rôle, examiner alors les conséquences logiques de cette négation-absentement d’un terme pour le remettre ensuite à sa bonne place…
Ces opérations logiques s’apparentent à ces jeux logiques familiers où il s’agit de faire glisser des pièces dans une structure prédéterminée ; l’intelligibilité sous-jacente des glissements de pièces procède en fait du déplacement d’un vide.

Ces jeux se trouvent présentés dans un livre très égayant d’Edward Hordern : Sliding piece puzzles 18.



Interprétons notre schéma des six catégories pauliniennes non plus comme un « ruisseau » circulant d’amont (droite) en aval (gauche) (métaphore de St Augustin) mais comme un convoi ferroviaire destiné à circuler de droite à gauche.

Je rapproche ce faisant notre schème des petits jeux logiques consistant à déplacer des wagons sur une voie ferrée selon des règles très précises. Soit par exemple celui-ci :
Circulation de convois avec aiguillages





Remarque : il faut ici au minimum 17 déplacements de la motrice pour que les deux convois arrivent à se croiser.
Notre convoi paulinien est, lui, composé de cinq wagons et d’une motrice nommée « Mission ». :



L’objectif du convoi est de mettre en mouvement le dernier wagon nommé « Salut » avec les contraintes suivantes :

— le wagon « Salut » ne peut être valablement mis en branle que par un wagon « prière » déjà enchaîné au convoi global via le wagon « foi » ;

— des aiguillages latéraux ouvrent à deux voies de garage, en impasse : à partir de la prédication et à partir de l’écoute ;

— une possibilité latérale de circulation existe en amont de l’écoute par intervention d’une seconde motrice, ici invisible : « la Grâce ».



D’autres jeux logiques tirent également parti de ces glissements de pièces jouant d’un vide en constant déplacement.

On a ainsi la famille des jeux de parkings :
Parkings

I



Le but est ici de sortir la voiture 5. Chaque véhicule ne peut qu’avancer ou reculer, sans tourner.

Nombre minimum de déplacements : 59
II



Le but est toujours de sortir le véhicule A selon les mêmes règles que précédemment.

Nombre minimum de déplacements : 29

(ici tous les véhicules doivent à un moment ou à un autre être déplacés pour permettre au véhicule A de sortir).
On a également la famille des taquins, qui va nous être d’une grande utilité :
Taquins


Ce principe du taquin va nous servir pour formaliser la circulation d’une place vide, le déplacement case par case d’un vide autorisant pour les pièces une mobilité des places, une permutation des fonctions.
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