Laboratoire historique 1, bruxelles-brussel 22 octobre 2005-12-19







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LABORATOIRE HISTORIQUE 1, BRUXELLES-BRUSSEL 22 OCTOBRE 2005-12-19




PAR WERNER ADRIAENSSENS, CONSERVATEUR DE LA SECTION ARTS DÉCORATIFS, INDUSTRIES D'ART ET ARTS GRAPHIQUES DU XXe SIÈCLE, MUSÉES ROYAUX D'ART ET 'HISTOIRE

Philippe Wolfers, un artiste Art Nouveau à la tête d’une entreprise industrielle


Philippe Wolfers est généralement considéré comme un artiste indépendant jouissant, dès 1900, d’une réputation internationale et dont l’expression dans le domaine des arts est dissociée de sa fonction de directeur artistique de la firme Wolfers Frères.

Le présent travail, essentiellement basé sur des documents d’archives et sur des articles de ses contemporains, a d’abord pour but de voir si l’on peut véritablement parler de l’œuvre personnelle de Philippe Wolfers et, ensuite, dans quelle mesure cette dernière peut être dissociée de ses activités au profit de la firme.

L’étude englobe la création artistique de l’artiste au cours de la période comprise entre 1874 –année de son entrée dans la firme familiale– et 1902 –moment où il devient sculpteur1.
D’un modeste atelier d’orfèvrerie à une firme de réputation internationale

Pour Wolfers Frères, 1900 fut une année faste à de nombreux points de vue. Non seulement, la firme, fondée à Bruxelles en 1850 par Louis Wolfers (1820-1892), fêta ses 50 ans d’existence, mais l’avenir s’annonçait très prometteur puisque, au cours de la dernière décennie du XIXe siècle, l’orfèvrerie était devenue une des premières maisons au monde.

Même si la vogue que connut la firme Louis Wolfers se situe dans les années 1870, ce sont essentiellement les trois fils, Philippe (1858-1929), Marc [dit Max] (1859-1953) et Robert (1867-1959), aidés par leur cousin et beau-frère Albert (1862-1934)2, qui furent responsables du succès croissant basé sur une organisation réfléchie et une collaboration parfaite, décrite avec brio par Victor Horta : […]; ils se complètent si entièrement que l’on pourrait les désigner comme trois têtes sous un même bonnet. Quand je dis “ tête”, c’est “ cerveau ” qui est juste, car ils sont remarquablement intelligents et s’entraident tout en ayant leur caractère propre ”3.

Le rôle de Louis Wolfers ne peut cependant être sous-estimé. “ De son vivant respectueux de la vieille […] tradition bourgeoise il n’avait jamais voulu etre [sic] fabricant : tenir boutique, ouvrir magasin lui eu [sic] paru déchoir ”, tels sont les termes employés par Philippe Wolfers en 19234. En effet, Louis Wolfers avait fondé un petit atelier situé au n°23 de la rue des Longs Chariots, à Bruxelles, où il remplissait seul les rôles de créateur, d’exécutant, d’ouvrier et de comptable : “ […] il réunissait cette dualité si rare et si précieuse d’être à la fois un artiste estimé et un commerçant d’élite ”5.

La première mention de la valeur artistique de Louis Wolfers remonte à 1874, lorsqu’il présenta à l’exposition nationale des arts industriels et appliqués de Bruxelles, un album avec applications d’argent; en 1879, il prit part, à Arnhem, au concours primé pour un service à thé6.

Cette période de définition de sa position artistique et commerciale coïncida avec l’implication de ses trois fils dans l’atelier. Philippe fut le premier à y entrer en 1874, suivi par Max en 1878 et par Robert en 18837. Philippe commença comme simple ouvrier8 et combina ces activités à des cours de “ Modelage d’ornements ”9 qu’il suivit, de 1873 à 1877, à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles et qui concernaient directement à la création d’orfèvreries. À cette époque, il fut également envoyé en prospection à l’étranger, ce dont témoigne, en 1901, Joseph Goldschmidt, gérant d’une orfèvrerie éponyme installée à Cologne : “ Heute sind 25 jahren verflossen, als Herr Philippe Wolfers als Vertreter der Firma Louis Wolfers, seinen ersten geschäftlichen Besuch in unsern Hause machte, und ist es mir noch sehr gut in erinnerung, wie er mit einem kleinen Kätschen, etwa 6 verschiedene Muster von Eislöffeln enthaltend, seine ersten Offerten machte ”10. Pourtant, c’est surtout Max qui s’est concentré sur l’intensification de l’exportation des produits de Wolfers11, ce qui mena à des débouchés importants, essentiellement en Allemagne, mais aussi en Autriche, en Hongrie et en Italie12.

Bien que les trois frères travaillaient déjà dans l’entreprise familiale depuis des années, la première association officielle date de 1885 et découla d’un accroissement de la production, exigeant l’agrandissement de l’atelier. C’est Philippe qui, grâce à la dot de son épouse Sophie Wildstätter, se chargea d’injecter les capitaux nécessaires à la firme qui fut rebaptisée ‘Louis Wolfers Père et Fils’13.

En 1890, Max s’associa à Philippe et à son père mais la firme ne changea pas pour autant de nom14. Ce nouvel apport de capitaux était très important pour l’entreprise qui, jusqu’alors, était grossiste en argenterie : “ Il fallut l’initiative, toute la ténacité de Max Wolfers pour oser en 1890, ouvrir au nom de […] “ Louis Wolfers Père et Fils ” un vaste et luxueux magasin de détail au coin de la rue de Loxum et la rue de la Montagne ”15.

Après le décès de Louis Wolfers, en 1892, cette association se poursuivit et ce n’est que le 6 mars 1897 qu’elle fut à nouveau dissoute pour permettre à Robert et à Albert Wolfers de s’associer à Philippe et Max pour fonder une nouvelle structure nettement plus importante qui prit le nom de ‘Wolfers Frères’16. En effet, Robert Wolfers qui, vers 1889, avait quitté les ateliers de Bruxelles pour aller étudier les techniques les plus récentes à Paris et y diriger l’‘Atelier Parisien d’estampage Louis Wolfers Père et Fils’17, revint en Belgique et mit ses connaissances industrielles au service de la firme18. Il fut également, en 1897, responsable de la première succursale officielle de Wolfers Frères : ‘E. Anthony & Wolfers Frères’19. Quant à Albert Wolfers, il se chargea de l’organisation financière et commerciale20 et joua un rôle 1déterminant, puisqu’il était responsable de la répartition des tâches spécifiques auxquelles chacun des frères devait pouvoir se consacrer entièrement. C’est ainsi que Philippe Wolfers reçut la fonction de directeur artistique : “ Son esprit de direction, son savoir, ses qualités si nombreuses ont été un appoint précieux et digne pour la Maison; par sa gestion habile et bien ordonnée M. Philippe a pu se consacrer entièrement à l’Art ”21.
Les activités de Philippe Wolfers au sein de la première association Louis Wolfers Père et Fils (1886-1890)

On sait peu de choses au sujet des activités de Philippe au sein de la première association Louis Wolfers Père et Fils, il apparaît cependant que, dès son entrée à l’atelier, il conçut des projets pour des argenteries. Joseph Goldschmidt livre un témoignage en ce sens émanant de sa mère qui rencontra Philippe pour la première fois au cours d’un voyage à but commercial : “ Meine […] Mutter, […], erkannte sofort in dem Jüngling den werdenden Künstler, und äusserte siche: “Aus dem wird noch einmal ein tüchtiger Künstler werden!” 22.

Les concrétisations de son activité comme concepteur ne sont connues que par des dessins datés qui portent la signature de Philippe Wolfers23. Il faut noter une photo d’un surtout de table en argent, de style Louis XV, qui présente une composition en forme de coquillage, rehaussée de rocailles et de putti. Il est important de constater que cette pièce a été photographiée en même temps qu’une plaquette qui mentionne l’exécuteur, la date mais également le concepteur qui, jusqu’alors n’était jamais indiqué : “ Exécuté dans les Ateliers de Louis Wolfers Père et Fils 1888 Bruxelles 1889 Composition et Dessin de Philippe Wolfers Fils ”24. Cette œuvre de prestige a été réalisée pour un client allemand et exposée chez Demaret25 avant d’être expédiée26. Il faut aussi préciser que ce surtout de table a été créé peu de temps avant l’association avec Max Wolfers qui préparait vraisemblablement déjà la future gestion, l’exportation et le commerce de détail. Bien que le dessin préparatoire conservé ne porte que la signature de Philippe Wolfers27, ce dernier a pu compter sur la collaboration d’Isidore De Rudder (1855-1943) qu’il avait connu à l’Académie de Bruxelles. En effet, ce sculpteur conçut des projets d’argenteries pour la firme28, mais travailla aussi avec Philippe Wolfers. Le mode de collaboration entre les deux hommes reste vague et la seule indication à ce sujet nous vient d’Albert Wolfers : “ M. De Rudder a toujours été pour nous un précieux collaborateur. Jamais il ne s’est ménagé, quand il pouvait nous rendre service […] ”29. Le concours d’un sculpteur était probablement nécessaire pour exécuter les détails des ornements sculpturaux, essentiellement des putti à cette époque, d’après le projet de Philippe Wolfers30. La formation artistique de ce dernier s’était, en effet, limitée au modelage d’ornements, ce qui diffère de la sculpture31. La collaboration avec le sculpteur confirme donc que l’entreprise Louis Wolfers Père et Fils désirait davantage s’implanter dans le domaine, ce qui est d’ailleurs confirmé par un dessin de Philippe Wolfers, daté des environs de 1885, comportant l’inscription suivante apposée dans un motif de rocaille : “ Progrès & Prospérité par l’union de l’Art & de l’Industrie ”32.
Les activités de Philippe Wolfers au sein de la deuxième association Louis Wolfers Père et Fils (1890-1897)

La deuxième association a été caractérisée par une extension notoire de la firme, allant de pair avec des commandes très prestigieuses. Ainsi, à l’occasion des noces d’argent du comte et de la comtesse de Flandre, en 1892, un milieu de table a-t-il été commandé à la firme; il fut conçu par Philippe Wolfers, en collaboration avec Isidore De Rudder33.

La position explicite de Philippe Wolfers comme artiste date réellement de 1894, lorsque la section coloniale de l’exposition universelle d’Anvers lui offrit la possibilité d’exposer pour la première fois des œuvres signées de sa main. Il est à remarquer qu’à cette occasion la presse le mentionna de manière précise sans toutefois faire référence à la firme Louis Wolfers Père et Fils34. Il en fut de même pour l’album créé et réalisé pour le mariage de la princesse Joséphine, en 189435, pour lequel Philippe Wolfers fut nommément cité : “ L’album […] est un véritable chef-d’œuvre dû pour le dessin et l’exécution à M. Wolfers ”36. En 1895, Philippe prit part à quatre expositions : il fit ses débuts au salon Pour l’Art37, avec Isidore De Rudder; exposa au Cercle artistique et Littéraire de Bruxelles38; à Londres une exposition39 fut organisée autour de son œuvre et de celle de Franz Courtens, Isidore et Hélène De Rudder, et il fut l’un des exposants au premier Salon de l’Art Nouveau dans la galerie parisienne de Bing. Il est à remarquer que sa participation à cette dernière exposition fut reprise dans le catalogue sous le nom de L[ouis]. Wolfers40, tandis que dans les catalogues des autres manifestations, le nom de Philippe Wolfers, comme artiste, est indiqué sans qu’il soit question de la firme, même s’il y exposait déjà des pièces produites par l’entreprise. Une autre réalisation remarquable, datée de 1895, au nom de Philippe Wolfers, fut le projet et l’exécution de l’album souvenir destiné à Jules de Burlet41.

Le rôle d’Isidore De Rudder ne doit pas être sous-estimé dans la position artistique de Philippe Wolfers et il est frappant de constater que, parmi toutes les expositions –que ce soit à Anvers, au Cercle Artistique et à Londres–, De Rudder prit une grande part. C’est pourquoi il n’est pas exclu que l’initiative visant à y intéresser Philippe fût prise par le sculpteur; de plus, il apparaît que De Rudder accorda sa collaboration à la réalisation de certaines œuvres42.
Directeur artistique de la maison Wolfers Frères et artiste indépendant ?

“ L’activité de Philippe Wolfers est double : ses créations-réalisations personnelles d’une part, les dessins-projets d’orfèvrerie ou de joaillerie de toute la production de la Maison Wolfers de l’autre. […]. Afin de s’y consacrer hors de toute influence et de tout souci commercial, Philippe Wolfers s’installe un atelier personnel, prolongement de la maison familiale, square Marie-Louise. Là, dès 1890-1892, un modeleur, un praticien en bois et ivoire, un ciseleur, un émailleur et lapidaire forment équipe, réalisant sous ses yeux des orfèvreries […] des vases […] en cristal taillé en camées, des bijoux […]. […]. Quand Philippe Wolfers fera construire en 1899, à La Hulpe, une villa […], son équipe le suivra […] ”43. Ainsi s’exprimait Marcel Wolfers au sujet de la dualité dans l’œuvre de son père. Dans ce contexte, un certain nombre de questions surgissent. Est-il vraiment question d’une œuvre personnelle qui fut réalisée dans son atelier privé avec des collaborateurs qui lui étaient propres ? Dans quelle mesure cette œuvre fut-elle créée sans optique commerciale et peut-on en conclure qu’elle était distincte de ses activités pour la firme Wolfers Frères ?
Le Catalogue des Exemplaires Uniques : la liste de l’œuvre personnelle de Philippe Wolfers

Même si, dès 1894, Philippe Wolfers exposait sous son nom, ce n’est qu’entre 1898 et 1904 qu’il tint un registre de ses créations personnelles. Alors que ce document d’archives, intitulé Le Catalogue des Exemplaires Uniques44, revêt une importance exceptionnelle, il doit être considéré avec prudence. Le titre du registre est trompeur, puisque, si la plus grande part des objets qui y sont repris, majoritairement des bijoux mais aussi des pièces décoratives en matériaux divers, sont effectivement uniques, des objets dont on connaît plusieurs exemplaires y sont également repris. Le malentendu vient du titre inscrit sur l’étiquette de la couverture : Le Catalogue des exemplaires uniques ART NOUVEAU tenu par PHILIPPE WOLFERS de 1894 à 1905 écrit de la main de Marcel Wolfers. Philippe n’est donc pas l’auteur du titre du document et c’est cette titulature, de date postérieure, qui a très souvent induit en erreur.

Une étude approfondie du catalogue, uniquement orientée vers l’écriture de Philippe Wolfers, montre, en outre, que ce document est né comme registre dans le sens littéral du mot. Pour la plupart des objets, l’artiste y a noté les prix, les acheteurs, le lieu et l’année à laquelle l’objet a été exposé. Ce catalogue, divisé en plusieurs parties thématiques, constituait également pour Philippe Wolfers l’inventaire de ses archives photographiques45.

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