L’Annuaire de l’Aube







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Clausel, peintre à l’encaustique


Déjà en butte aux difficultés de l’existence, après onze années passées parmi les Appaméens, Clausel revient seul s’installer à Troyes en 1836. L’année suivante il est rejoint par son épouse et leurs trois enfants. La famille emménage au deuxième étage du n°1 de la rue de la Trinité, tout proche de l’ancienne maison familiale de la rue de l’Epicerie. Clausel reprend son état d’artiste-peintre. Pour compléter ses ressources, il donne des cours de dessin dans les écoles mutualistes et plus tard à l’École normale.

L’année 1837 constitue le premier tournant majeur de sa carrière. Il fait la connaissance de Paillot de Montabert9 rénovateur du procédé antique que l’on nomme encaustique lustrée en usage chez les anciens Grecs et les Romains 10, dont il étudia les techniques de peinture à la cire qui se perpétuaient au travers des icônes des écoles byzantines et russes. Paillot de Montabert était l’auteur d’un Traité complet de la peinture, ouvrage en 9 volumes et un tome de planches, véritable encyclopédie artistique publiée de 1828 à 1834, considérée comme une référence par les peintres français. Clausel, qui avait étudié ses œuvres, ne soupçonnait pas que Paillot de Montabert résidait à Troyes si près de lui. Il entretint pendant une douzaine d’années une amitié avec le maître qui ne pouvait plus peindre parce que devenu aveugle à force de surmenage. De leur rencontre, naquit la spécialisation de Clausel dans la peinture à l’encaustique 11. Les tableaux exécutés avec cette technique qu’il développa et améliora notablement par sa méthode qui en facilitait la mise en œuvre 12, lui valurent un incontestable succès dans les expositions organisées tant à Troyes en 1843, 1845, 1847 et 1852 qu’aux Salons de Paris de 1842 et 1844.

De retour à Troyes, toutes ses réussites furent bientôt connues par des artistes jaloux des commandes de tableaux qu’il obtenait régulièrement et acharnés contre lui. Après de nouvelles intrigues et voulant en finir, Clausel décide de monter un petit stratagème pour mystifier ses concurrents les moins bien disposés à son égard. Cet épisode héroï-comique se situe en 1843. Il imagina peindre un tableau sous le pseudonyme de Pietro Luselca, anagramme de son nom. Le tableau exposé dans le salon d’un ami fut vu par tous les artistes et amateurs troyens, et, d’un commun accord, ceux-ci déclarèrent que pas un artiste de la localité ne serait capable de peindre un tableau comme celui-là. Clausel laissa passer quinze jours pour que la presse fasse ses comptes rendus. Un article très élogieux pour le tableau fut publié. Jugeant le moment venu de frapper, il se présenta avec ses couleurs et son pinceau dans les salons de l’Hôtel de Ville où son tableau était exposé et, devant les visiteurs ébahis, changea la signature par la sienne. La nouvelle de la substitution de son nom ne tarda pas à se répandre et jeta pour toujours le désarroi dans le camp de ses adversaires...

Désormais, il s’imposait comme le vulgarisateur 13 de cette technique de peinture dite à l’encaustique. Il était visité par des confrères désireux de connaître cette technique :

“ Avant de partir en Italie, au début de 1842, l’artiste Pierre-Eugène Maison, assista à une démonstration de peinture à l’encaustique chez le peintre Clauzel dans la région de Troyes. Convaincu, séduit, Maison décida de pratiquer cette méthode à son tour en se référant aux écrits de Paillot de Montabert.” 14.

A cette époque (1853 ?), sa fille aînée Joséphine 15 épousa Francis Paupe imprimeur lithographe, dont les ateliers étaient situés en face de l’appartement des Clausel, au n° 4 de la rue de la Trinité 16.

LE PHOTOGRAPHE

Clausel, photographe de paysages

C’est alors que la photographie naissante 17 vint porter un coup terrible aux peintres de portraits. Pour faire face à ses charges, Clausel dut en 1852 18 se résigner à embrasser cette profession récente, mais sans abandonner la première. Sa carrière prit une nouvelle orientation. Il s’investit complètement dans cette innovante technique, où il fit montre de beaucoup de talents. En 1855 il présente à l’Exposition universelle, au palais de l’Industrie, quelques-unes de ses œuvres photographiques et obtient une médaille de bronze, parmi les récompenses décernées aux exposants du département de l’Aube.


La photographie devenant une entreprise commerciale s’adressant au vaste marché des acheteurs de gravures et de lithographies, l’année précédente il avait mis en chantier un projet d’édition de ses travaux composé de 25 livraisons in-folio, rien que pour la première partie, à 8 francs la livraison et qui devait paraître à raison d’une livraison par mois. Conscient des profondes modifications parcellaires de la ville que provoquera l’arasement des derniers remparts, Clausel pensait faire œuvre d’intérêt général, pour le présent et pour l’avenir, en publiant ses photographies, comme il l’écrivait dans son annonce :

“ Sous le rapport de l’exactitude la photographie est arrivée à une fidélité de reproduction et une netteté de formes et de contours, dont aucun procédé, aucun des moyens employés par les plus habiles artistes, n’avaient approché jusqu’ici. ” Cet album porterait le titre de : Troyes photographié. Collection de vues archéologiques et pittoresques recueillies, à Troyes et dans les environs par A. Clausel, artiste-peintre et photographe 19.

Malgré une subvention de 500 francs votée par le Conseil général de l’Aube sur son budget de 1854, il ne semble pas que Clausel ait mené son projet plus avant. Il ne recueillit pas le soutien de la faveur publique, comme il le demandait dans son prospectus. La souscription n’eut pas l’écho qu’il en attendait. Fut-il contrecarré par l’animosité et la jalousie de ses confrères, artistes troyens qui le jalousaient et qui lui avaient déclaré « une guerre acharnée » selon son expression ? Il omet de décrire plus avant les conflits et les tensions, les luttes et les rapports de force qui constituent la toile de fond des comportements et pratiques affectives entre artistes rivaux, dont il occulte d’ailleurs les noms. Eut-il des difficultés pour ce faire éditer ? Nous ne le savons pas ! Pourtant la publication d’album de photographies était devenue une activité qui intéressait les éditeurs toujours à la recherche de nouveauté à proposer à leur clientèle aisée. Mais, comme c’était le premier ouvrage de ce type à Troyes, il n’y avait certainement pas assez de clients pour motiver un éditeur.

Pour notre part, nous pensons que les vues des anciens remparts et autres sites remarquables conservés dans les collections publiques, devaient entrer dans son intention de publication. Clausel, dont les moyens de subsistance dépendaient de son traitement de professeur et des commandes de portraits qui s’étaient amenuisées, ne se serait certainement pas lancé dans d’aussi vastes travaux photographiques sans l’intention d’en rentabiliser la réalisation par la publication d’un ouvrage qu’il ambitionnait et qu’il annonçait par un prospectus dont nous avons cité le titre. Son ouvrage était terminé, il avait déjà réalisé la majeure partie des clichés et proposait aux impatients une livraison plus rapide. Finalement il dut vendre ses clichés à l’unité, à une clientèle privée de peintres, qui répugnaient à aller sur le terrain, et d’amateurs, nous privant d’un recueil devant réunir une centaine de ses photographies et qui, aujourd’hui, serait d’un grand intérêt historique.

En dépit de ce relatif échec, il réalisa son chef-d’œuvre photographique, le Panorama de la ville de Troyes qui entrait dans son espoir d’édition, nous dit Morel-Payen :

“ (...) ce panorama de Troyes, qui est composé de 21 épreuves adroitement soudées, embrasse circulairement la ville en partant de la caserne d’infanterie (de la Trinité, aujourd’hui Hôtel Mauroy) pour y revenir, après avoir ménagé au spectateur, sur Troyes et sa banlieue, une étonnante perspective d’horizons variés, coupés de vieux toits à pignons, de clochers et de verdure, et qui, malgré les atteintes du temps, reste encore un monument extraordinaire d’un art encore en son enfance, car il est daté de 1855 et mesure 4,05 m de longueur sur 0,60 m de hauteur (...) ” 20.

Non seulement les peintres locaux lui rendaient la vie difficile, mais il s’était rapidement trouvé en concurrence directe avec Gustave Lancelot, qui débutait lui aussi la photographie, tout en enseignant le dessin 21. Aux yeux de Clausel, Lancelot passait pour un “ photographe de Paris, qui vint se fixer à Troyes ” 22. A ses dires, celui-ci lui fit beaucoup de torts :

“ Les leçons particulières de dessin et de peinture me faisait défaut ; la photographie avait porté un coup mortel aux grands portraits à l’huile. D’autre part, les Troyens ont pour habitude, de négliger les artistes résidents pour courir chez le premier barbouilleur et le photographe qui passent. Il faut vivre ”.

Dit-il ! Devant son manque de réussite, Clausel manifeste son incapacité à survivre en tant que peintre dans ce milieu artistique. Cette société provinciale faite de mesquinerie, d’égoïsme et de bassesses, élimine les faibles et les purs. Son ressentiment envers les gens qui l’ont toujours contrarié dans le développement de ses activités de peintre et de photographe, s’exprime sans amertume dans ses Souvenirs, écrits à la fin de sa vie pour servir d’exemple et de leçons à l’un de ses cinq petits-fils, Adolphe Paupe.
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