L’Annuaire de l’Aube







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Clausel, photographe par nécessité


Alexandre Clausel eut trois carrières dans sa vie. Toutes trois sanctionnées par des prix et des médailles, comme il se plut à le rappeler à son petit-fils. Sa première profession, aquarelliste et peintre à l’huile, va de sa jeunesse à Pamiers, jusqu’à sa rencontre avec Paillot de Montabert à Troyes. La seconde, peintre à l’encaustique, cette technique, que par un important et long travail de recherche, il améliora et simplifia considérablement, recevant ainsi la reconnaissance des milieux artistiques parisiens. Enfin, la photographie, qu’il aborda en réaction à la situation où le mettait cette nouveauté qui bousculait les habitudes des peintres de portraits et raréfiait les commandes. Nous suivons son parcours en peinture, mais il ne nous dit pas qui lui enseigna les secrets du métier de photographe artistique : théorie et pratique de laboratoire, procédés de pose, technique daguerrienne puis du collodion, agrandissement, etc. Photographier à cette époque demandait de grandes compétences, qu’il ne pouvait trouver à Troyes. Ce sont vraisemblablement les milieux artistiques parisiens rencontrés aux Salons qui le mirent en contact avec quelques photographes qui lui auront servi de professeur, (certainement Gustave Belloc avec qui il a collaboré en 1851 pour l'Exposition Universelle au Palais de Cristal de Londres). *

A la lecture de ses Souvenirs on découvre qu’il débuta la photographie à l’âge de cinquante ans :

  • de 1852 à 1857, photographe installé rue de la Trinité.

  • de 1857 à 1862, période de voyages avec sa photographie ambulante.

  • de 1862 à 1868 (?), du retour définitif à son atelier photographique rue de la Trinité, au départ de son fils Léon pour Paris, date après laquelle Clausel disparaît des agendas commerciaux. Pour le mariage de son fils, il avait laissé l’appartement de la rue de la Trinité au jeune couple. Clausel se réinstalla peintre de portrait, d’abord place de la Bonneterie n° 46, puis au 82 rue Thiers, avant de se retirer chez ses enfants à Neuilly-sur-Seine en 1879.


On peut s’étonner de l’hostilité que lui marquaient ses confrères, dont on ne comprend pas bien les raisons. Il ne s’agissait pas d’une simple rivalité entre artistes. Les divergences paraissent plus profondes. Quelle était la nature de leurs différends ? Dans ses souvenirs Clausel n’en dit rien. Malgré ses qualités artistiques et la maîtrise technique qu’il acquit rapidement, Clausel était plus à l’aise dans son activité de peintre que dans celle de photographe. Sa reconversion ne lui apporta pas les espoirs pécuniaires qu’il attendait. Il ne put s’imposer. Etait-ce trop tôt pour s’établir photographe professionnel ? Ou trop tard pour débuter une nouvelle activité à son âge ? Beaucoup de pionniers rencontrèrent les mêmes difficultés, leurs clients potentiels ne connaissant que les lithographies qui étaient très populaires. Ils ne vinrent à la photographie de paysage que lentement et cette innovation révolutionnaire mettra du temps à s’imposer pour l’illustration, faute de possibilités techniques de reproduction imprimée. La gravure gardait toute sa primauté. On voit souvent dans les ouvrages du XIXe, des illustrations gravées « d’après photographie », sans que l’auteur ne soit jamais cité. Dieudonné Lancelot, le frère aîné de Gustave en avait fait sa spécialité, par exemple pour le Magasin Pittoresque.



L’ARTISTE

Clausel, un artiste qui mérite notre éloge


Les œuvres de Clausel ont suscité des analyses et critiques assez partagées :

J.-B. Depping, dans « Les jeunes Voyageurs en France, ou Lettres sur les Départements », 1827, tome IV, article sur Pamiers, page 230 :

“ M. Alexandre Clausel, jeune peintre de talent, se fait remarquer par la beauté de ses tableaux, dont plusieurs ornent diverses églises de l’Ariège et de la Haute-Garonne. Puissent ces lignes, tracées par un admirateur de son talent, parvenir jusqu’à lui et l’encourager à poursuivre avec constance une carrière qui doit le conduire à la célébrité ! ”.

Madame Cœlina, critique au journal l’Aube, article du 18 septembre 1843, à propos du tableau le Magicien qu’il présentait à l’Exposition de la Société des Amis des Arts de l’Aube. Elle confirme à la fois la réputation de l’artiste et les intrigues dont il avait été l’objet :

“ (...) tout est bien dans ce petit tableau, et les aristarques les plus sévères ne sauraient le nier sans injustice. — M. Clausel est un des plus honorables représentants et des plus infatigables amis de l’art à Troyes et dans tout le département de l’Aube. Son nom et ses œuvres sont au-dessus de certaines attaques, que chacun apprécie et qualifie plus sévèrement que nous (...) M. Clausel a consacré sa vie tout entière aux arts. Patient et laborieux, il est, après M. Paillot de Montabert, le plus fervent apôtre de la peinture à l’encaustique. (...) Le sentiment du beau et du vrai dans l’art est profondément gravé dans l’âme de M. Clausel. (...) Tant est bien connu l’esprit de dénigration (sic) et d’incrédulité que les artistes rencontrent parmi leurs concitoyens. On nous a dit que justice pleine et entière n’avait été rendue à M. Clausel que le jour où un de ses tableaux les plus modestes était revenu à Troyes sous un autre nom que le sien (...). ”

Dufour-d’Astaffort, critique de l’Exposition [photographique] de Troyes Illustré, 1860 :

“ C’est encore Troyes qui fait le principal sujet de l’exposition de M. Gustave Lancelot. M. Clausel nous présente un ensemble, M. Lancelot les détails. Le cadre de M. Clausel, quelque remarquable qu’il soit à plusieurs égards, a le tort de ne pouvoir que difficilement trouver sa place ; (...) ”.

Lucien Morel-Payen en 1912, dans son avant-propos aux Souvenirs :

“ (...) son talent minutieux et soigné, fut incontestable. Excellent dessinateur, il se plaisait volontiers aux virtuosités du coloris, qu’il avait chaud et généreux, et à plusieurs reprises, il s’appliqua à le faire valoir dans des compositions où le contraste de l’ombre et de la lumière et quelquefois de deux lumières différentes prêtait aux jeux les plus imprévus et aussi les plus audacieux. Enfin par la liste de ses œuvres publiées à la fin de ces Souvenirs, on verra que, en tant que portraitiste, il reçut dans la haute société troyenne de nombreuses commandes qui prouvent sa réputation en ce genre. ”

Jean-Marc Roger, directeur des Services d’archives de l’Aube, reprend les critiques formulées du vivant de l’artiste (1981) 25 :

“ Le premier photographe troyen fut, en effet, Alexandre Clausel, qui dut vite s’effacer devant G. Lancelot. La comparaison de photographie entre A. Clausel et G. Lancelot montre pourquoi le cadet l’emporta sur l’aîné. A. Clausel était et reste un peintre, qui accordait au décor, et en particulier aux arbres, une place peut-être excessive. G. Lancelot, lui, ne s’intéressait guère à la nature ; il laissait dans l’ombre l’accessoire pour mettre en pleine lumière, avec un art consommé, l’essentiel : le monument ou le détail architecture. ”

Chantal Rouquet, conservateur des Musées de Troyes (1988) 26 :

“ (...) artiste qui mérite notre éloge : Alexandre Clausel, photographe, qui nous enchante par la qualité des documents. Ce sont d’abord des plaques au collodion, à partir desquelles des tirages modernes ont été faits afin de reconstituer des panoramas sur les fortifications. Ces photographies sont uniques par leur caractère instantané et objectif. Leur abondance en fait une source documentaire de premier plan. Et puis, il y a les tirages anciens retouchés et rehaussés de couleur, véritables photographies d’art où l’artiste s’est plu à varier les effets à partir d’une même plaque (...) ”.
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