L’Annuaire de l’Aube







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Clausel et le paysage urbain en mutation


L’amateur averti a découvert Clausel photographe (le peintre était mieux connu par les collections du Musée des Beaux-arts) avec l’entrée dans les collections publiques du fonds G. Lancelot-Brunon, acquis par les Archives de l’Aube en 1971. Mais ce sont finalement les recherches historiques de Brice Collet sur les anciens remparts qui suscitèrent la remarquable exposition « Troyes, ses fortifications, Portes,Tours, Arches » 31 montée en 1988 par le Musée des Beaux-arts, sous la direction de Chantal Rouquet, auxquelles il convient d’ajouter leurs différentes publications dans la revue culturelle « La Vie en Champagne » qui augmentèrent notre connaissance et nous permirent de mieux comprendre tout l’intérêt des clichés qui sont attribués à Clausel. Avant cela, pour l’exposition « Autrefois Troyes », tenue dans la grande salle de la bibliothèque en 1978, seul le Panorama de la ville Troyes de 1855 avait été présenté. Mais le catalogue de l’exposition, malheureusement de qualité très médiocre, ne mentionnait pas l’auteur du cliché 32.

Nous formulons le souhait qu’une exposition puisse lui être entièrement consacrée, par exemple pour le bicentenaire de sa naissance, son œuvre le mérite. Qu’elle soit organisée par les Musées d’Art et d’Histoire, les Archives départementales et la Bibliothèque municipale, on y retrouverait ses productions, peintures, photographies et documents, mais aussi celles dispersées dans les collections publiques ou privées, si tant est qu’il soit possible de toutes les localiser et de les rassembler. Nous y voyons au moins deux bonnes raisons : montrer les facettes d’un artiste-peintre qui évolua pour la photographie professionnelle ; exposer ses peintures à l’encaustique, technique oubliée aujourd’hui, ou pour le moins méconnue du grand public, mais qui connaît un regain d’intérêt parmi les peintres contemporains. Présenter ses photographies, souvent “ retouchées et rehaussées de couleurs ” et d’autres panoramas, témoins d’un art encore à ses débuts. Clausel, peintre de formation, retouchait ses clichés avec de la couleur ou de l’encre. Il était courant d’interpréter l’image d’origine en la rehaussant de fines nuances. Certaines huiles ont pour support une photographie entièrement peinte. Le musée de Toul conserve une œuvre du peintre enlumineur Charles Gilbert, devenu photographe, puis premier conservateur du musée de cette ville, où seul le visage du personnage représenté, un chevalier de Geoffroy de Bouillon, est un portrait photographique incrusté à la peinture. Il pourrait s’agir d’un autoportrait historié.

La photographie de la carte postale n°20, laisse apparaître très distinctement les coups de crayon qui soulignent les moellons des fortifications du Boulevard du Gouffre (en fait la Planche-Clément) en cours de démolition. Mais le trait est trop appuyé et cette retouche pourrait être le fait de l’éditeur Jules Sorlot qui aurait cherché à améliorer le cliché pour éditer la carte postale.

Le musée des beaux-arts possède bien d’autres tirages originaux sur papier albuminé, repeints ou retouchés par Clausel et qui ne sont pas référencés dans le catalogue des fortifications, nous a indiqué Brice Collet.

Les clichés Clausel dans la série Troyes d’autrefois


Comme nous avons eu l’occasion de l’écrire 33, Sorlot a utilisé pour fabriquer sa série de cartes postales, des gravures, des dessins d’élèves de l’École municipale de dessin et des photographies déjà anciennes. Les épreuves publiées anonymement provenaient des photographes Lancelot et Clausel. Pour les deux clichés de la série attribués à Guyot, on peut s’interroger sur leur origine. Prenons comme exemple la vue de l’embarcadère datée de l’été 1854 au plus tard (feuillage aux arbres), puisqu’il fut incendié le 19 février 1855. Ce cliché n’a pas pu être réalisé par Eugène Guyot, celui-ci né en 1859. Examinons quels étaient les photographes exerçant en 1854 : Lancelot, commence la photographie en 1857 ; Monget-Gérard, aurait débuté en 1858, Eugène Husson en 1859, Théophile Habert, la même année, Auguste Louis Aviat vers 1860. Il se pourrait aussi qu’un amateur inconnu jamais établi ait pris des clichés, ou un photographe ambulant comme Émile Pesme de Paris qui travaillera quelques mois en ville. Il ne reste donc que Clausel. Ce cliché signalé E. Guyot sur la carte de Sorlot, provient du fonds Guyot, mais ne peut lui être attribué. Il faisait partie du fonds repris à Berthaud. En tenant compte des dates, ce cliché paraît bien être de Clausel. On constate les difficultés d’attribution des épreuves après tant d’années. En l’absence d’archives connues des photographes, on en est réduit à des conjectures.

Par recoupement avec les clichés publiés et identifiés, nous avons noté que les cartes postales de la série Troyes d’autrefois, portant les nos 6 ; 8 ; 17 ; 29 ; 35 avaient été attribuées à Clausel. Les clichés reproduits sur les cartes postales n°s 17 ; 29 et 35 illustrent l’article Une ville fortifiée paru dans la Vie en Champagne n° 389 de Juillet-Août 1988. Les clichés des cartes n°s 6 et 8 apparaissent dans le catalogue de l’exposition : Troyes, ses fortifications, portes, tours, arches, 1988, comportant de nombreuses références aux plaques de Clausel 34. Nous y ajoutons les nos 4 et 20, sans certitude et avec beaucoup de prudence. Nous croyons y reconnaître le style Clausel, ses plaques ayant un grain caractéristique.

Malgré le caractère limité de la sensibilité du collodion, laissant des ciels blancs et vides et des premiers plans sombres, relativement indistincts, les travaux de Clausel nous enchantent par leurs tonalités des plus harmonieuses. L’ajout de nuages dans les ciels vident et l’esquisse de quelques oiseaux apportent une note de vie et plus de réalisme. Certains photographes surmontaient les difficultés avec des artifices consistant à utiliser des caches et à combiner deux négatifs pour un même tirage, un pour le ciel, un pour la terre, ou bien à ôter à la main les taches déplaisantes et disgracieuses.

D’abord daguerréotypiste, Clausel travaillait la plaque humide ou au collodion, pour réaliser de telles prises de vues en plein air et devait emporter, en plus de l’appareil et son trépied, un important matériel. On avait inventé des charrettes et des voiturettes équipées d’une tente pour ranger les produits chimiques et les appareils et pour permettre aux photographes qui opéraient sur le terrain, de dresser cette tente en guise de chambre noire pratiquement partout afin de sensibiliser les plaques avant l’exposition et de les développer aussitôt après. Le collodion avait l’inconvénient notable qu’il fallait exposer la plaque immédiatement après l’avoir préparée, encore humide. On ne pouvait se déplacer sans emporter avec soi tout un laboratoire plus encombrant que le matériel d’un peintre. Les contraintes du procédé nécessitaient souvent une assistance. Sur certaines des plaques de Clausel, on retrouve le même gamin qui pose. C’était son aide, transportant de cette façon tout le matériel photographique du « patron ». On imagine alors les fatigues que donnera à Clausel sa campagne ardennaise.

En dépit de cela, il reste encore des interrogations concernant cette série de cartes postales. Comment les épreuves des plaques de Clausel sont elles arrivées dans les mains de Sorlot en 1902 ? Comment les a-t-il acquises ? Les a-t-il achetées à Lancelot avec celles qu’il a utilisé du grand artiste, pour sa série « Troyes d’autrefois » ? Comment les plaques de Clausel étaient-elles en possession de Lancelot ? La fille de Clausel, Joséphine, épouse de l’imprimeur lithographe Francis Paupe, les auraient-elles confiées à Gustave Lancelot, pour qui son mari avait travaillé ? Y a-t-il eut vente à la succession Clausel ? Des tableaux signés de sa main étaient commercialisés au début du siècle, par l’antiquaire Castillon, au 132 rue Émile-Zola.

Dans son atelier photographique, l’un des plus importants de notre ville, Gustave Lancelot avait rassemblé de nombreuses plaques et tirages, pouvait alors proposer 1200 vues des monuments de la ville de Troyes et du département 35. Il faisait ainsi office « d’agence photographique », comme Giraudon son éditeur parisien, à l’époque, le pratique encore aujourd’hui.

Les Souvenirs publiés par Lucien Morel-Payen sont riches d’informations, mais bien des aspects du travail de Clausel restent encore à découvrir. Notre conservateur érudit ne connaissait pas les cartes postales de Sorlot ! A cette époque on créait les collections, aujourd’hui on les étudie. Des cartes postales, hi, hi, hi ! Encore maintenant ce terme fait sourire. Ne dit-on pas : « un paysage de carte postale », « des pensées de carte postale », alors pensez un conservateur, en 1912...

Jacques Fournier

Membre associé de la Société académique de l’Aube

Remerciements


Nous voulons remercier nos amis membres de l’académie, Brice Collet pour son expertise et ses conseils éclairés, Michel Toussaint qui a mis à notre disposition sa riche documentation et sa très bonne connaissance de la photographie et des photographes anciens, et Pascal Jacquinot qui a recherché à la Bibliothèque municipale le prospectus de Clausel annonçant la publication de sa collection de vues archéologiques et pittoresques.

Nos remerciements vont aussi à Brigitte Massé, documentaliste des Musées d’Art et d’Histoire de Troyes, à Pierre Huc-Dumas, restaurateur de tableaux à Varilhes en Ariège, qui a effectué pour nous des recherches sur place et à Claude Aliquot, conservateur des Antiquités et Objets d’Art de l’Ariège.
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