FÊtes et chansons anciennes







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Les duels de chansons ont lieu entre des jeunes gens et des jeunes filles de villages différents.

Chez les La-qua 1 « les jeunes gens non mariés... chantent sur la montagne, mais les garçons ne doivent pas appartenir au même village que les filles. » Ce qui, selon le colonel Bonifacy, est une survivance de l’exogamie primitive. De fait, dans leurs chansons, les jeunes filles La-qua considèrent leur partenaire comme un étranger.

En ce pays on n’a jamais vu un étranger ;

Cet étranger, d’où vient-il ?

Cet étranger charmant est venu,

En son honneur il faut chanter.

D’où vient donc ce bel étranger ?

Vient-il ou non par la rivière ?

Combien a-t-il vu de rivières et de pays ?

Comment a-t-il traversé ces eaux profondes ?

Comme il est bon d’avoir parcouru mille lieux !

p.152 La même règle existe chez les Lolo du Tonkin 2, mais non dans toutes les tribus ; elle est aussi supposée par leurs chansons.

Le garçon : — De quel pays venez-vous, Mademoiselle ?

Où demeurez-vous, Mademoiselle ?

À vous, ici, je pense ;

Je ne vous ai point encore vue.

La fille  : — Vous parlez avec esprit,

Vous vous exprimez raisonnablement.

Si vous voulez être mon mari

Venez que je vous examine.

Nous pouvons maintenant conclure. Confirmées par la comparaison 3, nos analyses des chansons du Che king nous ont permis de voir la poésie naître dans l’émotion sacrée des fêtes saisonnières ; elle exprimait l’amour qui naissait avec elle ; l’amour, en d’autres occasions, s’exprima encore par les procédés qui étaient naturels à l’antique improvisation des chœurs de danse : ainsi naquirent de nombreuses chansons qu’on recueillit. Ces chansons, marquées par leur origine rituelle, conservaient un air de choses sacrées ; on les chanta dans les cérémonies des cours, elles voisinèrent, dans les recueils, avec les chants dynastiques et rituels. Vénérables par leur antiquité, gardant dans leurs thèmes champêtres les traces de règles saisonnières, elles servirent de matière aux exercices de la rhétorique morale ; recueillies, étudiées par des conseillers d’État, ils en tirèrent parti quand ils p.153 édifièrent la théorie du Prince responsable de l’ordre naturel et moral et quand ils voulurent nourrir de précédents leurs harangues politiques et leurs dissertations historiques. Associées à des anecdotes édifiantes, utilisées à titre de symboles et d’allégories, elles semblèrent dignes d’un emploi pédagogique et, savamment, moralement expliquées, apparurent comme des œuvres d’une inspiration morale et savante. Arrangées en classique, ces chansons, témoins d’antiques mœurs, servirent à propager les règles de vie élaborées par le corps de leurs interprètes et à assurer ainsi le succès du conformisme social. De leur caractère sacré originel dérivait l’efficacité du symbolisme qui les déforma.

Restituées par une étude critique dans leur valeur originale, elles paraissent un document important pour la connaissance de l’art primitif. Elles montrent que la voix et le geste s’associaient pour traduire les sentiments ; elles montrent que les émotions ne naissaient point avant l’expression mimique et vocale où elles s’inscrivaient, mais que l’amour, les danses et les chants surgissaient en même temps des fêtes dont ils constituaient les divers aspects rituels. Par là elles font connaître un état de la pensée où elle est concrète et directe, où la syntaxe ne se distingue pas du rythme, où les associations métaphoriques n’ont pas remplacé les liaisons toutes faites, les correspondances naturelles.

Enfin elles font découvrir de vieux usages cachés par l’orthodoxie classique. Elles révèlent l’existence de fêtes saisonnières et champêtres qui mettaient un rythme dans la vie des paysans chinois et dans les rapports des sexes. Elles font connaître à l’état brut les sentiments qui animaient les cœurs au cours de ces assemblées périodiques et pendant les temps de séparation ; elles font ainsi sentir, de façon concrète, de quelles émotions était fait le sentiment de l’amour et permettent de voir leurs rapports avec des pratiques sociales et une organisation définies. Par là elles méritent de fournir plus que l’occasion d’une étude d’histoire littéraire : p.154 ces chansons donneront en effet les moyens de déterminer la signification que pouvaient avoir les fêtes agraires, la fonction que pouvait remplir un rituel saisonnier et, ce faisant, de saisir les réalités sociales qui favorisèrent leur propre éclosion.

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LES FÊTES ANCIENNES

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p.155 Les chansons d’amour du Che king m’ont permis d’établir le type moyen des fêtes saisonnières des monts et des eaux ; j’étudierai maintenant quelques fêtes locales.

Fêtes locales

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Les fêtes printanières de Tcheng (Ho-nan). — Dans la seigneurie de Tcheng, les jeunes gens et les jeunes filles se réunissaient en grand nombre près du confluent des rivières Tchen et Wei ; # ils y venaient en bande cueillir des orchidées, se provoquaient en chants alternés, puis, jupes troussées passaient la Wei, et, quand les couples s’étaient unis, les nouveaux amants, en se séparant, se donnaient une fleur comme gage d’amour et signe d’accordailles 1.

La fête se tenait quand la Tchen et la Wei étaient grosses, c’est-à-dire, affirme-t-on, au moment de la crue printanière que produit le dégel 2. C’est au premier mois de printemps p.156 que le vent d’est amène le dégel 3 ; cependant une autre tradition place la fête au moment où le pêcher fleurit et où tombent les premières pluies 4, termes agricoles que les calendriers rapportent au deuxième mois 5, ce qui n’empêche pas qu’on ne donne encore comme date 6 le premier jour Sseu du troisième mois. Il est clair que la fête, d’abord liée aux premières manifestations de l’éveil printanier, fut ensuite assignée à un terme fixe, à un jour déterminé du calendrier.

Sur le lieu de la fête nous avons un témoignage complémentaire 7 : L’assemblée se tenait au pied d’une montagne de la sous-préfecture de Tou-leang ; il en sortait une source très pure ; il y poussait des orchidées qu’on appelait parfois « parfums de Tou-leang ». Les réjouissances où venaient les jeunes gens de cet étroit pays de montagnes qu’était Tcheng se tenaient donc au bord de l’eau et au pied des monts 8.

La cueillette des orchidées est celle des parties de la fête sur laquelle nous avons le plus de renseignements. C’était, nous dit-on 9, un moyen de se préserver des mauvaises influences, de se prémunir contre les venins, c’était un rite de purification. C’était sur l’eau, dit-on encore, que, tenant en mains ces orchidées, tous les jeunes gens, toutes les jeunes filles de Tcheng chassaient les influences malignes, les maléfices, les impuretés de l’air ou de la saison ; du même coup ils évoquaient les âmes, ou, pour traduire plus exactement, ils appelaient les âmes supérieures (houen — âme-souffle) pour les réunir aux âmes inférieures (po = âme corporelle, âme du cadavre, âme-sang).

Propitiations, lustrations diverses, cueillettes de fleurs, p.157 passage de l’eau, joutes de chants, rites sexuels, accordailles, voilà ce dont, à notre connaissance, se composait à Tcheng la fête printanière des eaux et des monts.
Les fêtes printanières de Lou (Chan-tong). — ▼ Un jour qu’il s’entretenait avec quatre de ses disciples assis auprès de lui, Confucius 1 s’enquit de leurs désirs : à quoi voudraient-ils employer leur mérite, si quelque prince, d’aventure, le reconnaissait ? L’un désirait rendre fort et prospère un État affaibli par la famine et les ennemis, l’autre voulait enseigner la musique et les rites ; le troisième aider aux cérémonies du temple ou du palais ; mais, le dernier, déposant la harpe dont il jouait, répondit (si j’en crois les interprètes chinois et les traducteurs européens) qu’il préférait, pour lui, « au troisième mois de printemps, dans le costume complet qui convient à cette saison, et en compagnie de cinq ou six hommes faits et de six ou sept jeunes garçons, aller se baigner dans la rivière Yi, jouir de la brise au pied de l’autel de la pluie et après avoir chanté (ou bien, en chantant) s’en revenir. » Et Confucius l’approuva.

Cette approbation étonne : le Sage en était-il venu à préférer les charmes d’une partie de campagne aux plus hauts desseins de la politique ? S’était-il décidé, converti par Lao-tseu, à ne plus se mêler de conduire les hommes ? où bien la réponse qu’il approuva contenait-elle une flatterie délicate, qui lui fut sensible ? On le croirait à lire le glossateur ; selon lui, le disciple bien inspiré voulait exprimer qu’il ne formait point d’autres vœux, dès qu’il aurait goûté quelques plaisirs printaniers et chanté, comme il convient, la vertu des anciens rois, que de s’en revenir bien vite auprès du Maître. p.158 Innocents plaisirs ! Touchant attachement ! Cette explication doucereuse ne satisfait guère : car, enfin, pourquoi était-ce justement avec des habits de printemps, en compagnie d’un nombre réglé de jeunes gens et d’hommes faits, et tout exprès au pied des autels de la pluie, que l’on désirait aller se divertir, pour un moment ?

Il y a grand’chance, pour qui ne fait que lire le texte, que les vœux auxquels Confucius donna la préférence n’aient pas été tout différents des autres ; sans doute, celui qui les émit voulait, à sa manière, être utile à l’État. Or, la pluie est affaire d’État. Il appartient à un bon gouvernement de la faire tomber en son temps ; mieux encore qu’au progrès matériel, à l’ordonnance des rites, au cérémonial, le mérite se voit si l’on obtient la pluie de saison. Que Confucius ait ainsi pensé, c’est fort possible ; en tout cas, c’est bien ainsi que jadis, en Chine, on interpréta ce passage de ses Entretiens. Témoin Wang Tch’ong qui, dans son Louen heng 1, y voit une description des fêtes printanières de la pluie, telles qu’elles avaient lieu à Lou, patrie du Sage.

Wang Tch’ong a conservé diverses gloses de ce texte et une variante. Le mot que l’on a traduit par revenir et qui fournit à l’interprète classique une si plaisante remarque, est l’homophone d’un terme qui signifie repas et peut très p.159 bien désigner le festin qui suit un sacrifice. Wang Tch’ong donne cette orthographe et explique qu’après avoir chanté dans la cérémonie, on festoyait.
Les autres notes ne manquent pas d’intérêt. On conteste que la date soit le troisième mois ; c’est au deuxième mois que les habits de printemps étant achevés, on les revêtait pour accomplir la cérémonie. Les participants étaient des danseurs et des musiciens, spécialement chargés des rites de la pluie. # Ils se composaient de deux groupes égaux : six ou sept jeunes garçons, autant d’hommes faits, car, avec ceux-ci compte le disciple de Confucius qui veut prendre part à la fête et la diriger. Tous ensemble, ils passaient à gué la rivière Yi et chantaient sur le tertre consacré aux danses et aux chants qui font venir la pluie. On ne croit pas qu’ils se soient baignés ni qu’ils aient fait sécher leur corps au vent : au deuxième mois de printemps, il fait encore trop froid. On explique qu’au lieu d’entendre « jouir de la brise au pied des autels de la pluie », ou « se sécher le corps au vent sur ces autels », il faut lire : « chanter sur les autels de la pluie ». On donne pour cela au mot dont le sens normal est vent, le sens de chant ou chanson qu’il a, par exemple, dans le titre de la première partie du Che king. # Enfin, et ceci est fort instructif, on voit dans le passage à gué de la rivière Yi, une espèce de danse processionnelle où était imité le dragon sortant de l’eau.
Il y avait donc à Lou, au printemps et à une date qui, peut-être varia,  qui correspond en tout cas à la fin du tissage des habits de la saison chaude 2, une fête sur les bords de l’eau, dont on attendait la pluie : deux groupes différents d’acteurs y prenaient part qui dansaient et chantaient, un sacrifice et un festin complétaient la cérémonie ; une partie essentielle en était le passage de la rivière .
p.160 # Le rapprochement s’impose avec les fêtes de Tcheng qui ont lieu sensiblement à la même époque et où un rite essentiel est aussi le passage de l’eau. Qu’à Tcheng, en passant la Wei, on imitât le dragon, il y a des raisons de le croire : En 523 avant J.-C. « il y eut (dans cet état) de fortes pluies : des dragons combattirent dans les marais de la Wei ; le peuple voulut leur faire des sacrifices . » Le ministre du pays, qui était philosophe, s’y opposa 1 ; mais s’il ne croyait plus à la nécessité de s’occuper des dragons, maîtres de la pluie, les gens du commun y croyaient encore et il est permis de penser que, lorsqu’elles passaient la Wei, les bandes de jeunes garçons et de jeunes filles, imitaient les dragons sortant de la rivière : ainsi les obligeaient-ils à faire pleuvoir.

N’y avait-il, à Lou, ni cueillette de fleurs ni rites sexuels ? Pour ces derniers, on peut croire que non, puisque n’assistaient à la cérémonie que quelques couples de fonctionnaires et d’adolescents 2. Les Tcheou, disent leurs rites, employaient pour faire pleuvoir, sorcières et sorciers 3 ; à Lou tout se passait entre hommes : à cette fête officielle de la pluie, Confucius n’avait rien à redire.
Les fêtes de Tch’en (Ho-nan). — La fortune de Tch’en lui vint de T’ai Ki, dit le Kouo yu 4, tandis que les glossateurs du Che king rendent T’ai Ki responsable des mauvaises mœurs du pays. T’ai Ki était une princesse du sang de la p.161 Chine, venue de la capitale des Tcheou, pour épouser le prince de Tch’en. Elle n’avait point eu d’enfants et s’était plu aux danses des sorciers et des sorcières. Voilà pourquoi, longtemps après, les gens de Tch’en chantaient et dansaient sans mesure sous les chênes du tertre Yuan 5.

C’était une première raison de scandale de danser ainsi hors de propos 6 ; mais la principale est que, dans ces réunions dansantes, les sexes se mêlaient : même les enfants des grandes familles paraissaient en des lieux où n’était guère leur place. Qu’à Tch’en l’on dansât trop et hors de saison, il est possible : « qu’importe hiver ! été qu’importe 7 ! » dit, peut-être avec une nuance de blâme, une chanson. Qu’il y eût mélange des sexes, c’est bien certain : on chantait des chants alternés, on se faisait des déclarations galantes, on se donnait des fleurs 1. Mais que les meilleures familles se soient alors déshonorées, ce sont les glossateurs qui le veulent : ils ont confié à l’histoire le nom de deux maisons compromises, celle de Tseu Tchong, celle de Yuan.

Pour Tseu Tchong, la chanson nomme son enfant 2, qui dansait sur la place publique ; il était, dit-on, grand officier : on n’eut sans doute pas grand’peine à retrouver dans les annales de Tch’en un nom aussi commun. Le mérite fut plus grand pour Yuan : c’est dans le texte qu’on le retrouva. Il y figure (ou plutôt sa fille) dans les vers que j’ai ainsi traduits :

« Un beau matin l’on se cherche

Dans la plaine du Midi.

Le sens que j’ai suivi, simple et clair, est celui des modernes pour qui
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