Heureux comme un enfant qui peint







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ARNO STERN


HEUREUX COMME UN ENFANT QUI PEINT ®


Avec le témoignage photographique de

Peter Lindbergh





Heureux comme un enfant qui peint...
... car l’acte de tracer fait partie des nécessités fondamentales de l’être et la disposition pour cet acte est en chacun. Son accomplissement donne un plaisir sans bornes.

Libre comme un enfant qui peint...
... en traçant, l’enfant prend conscience de ses facultés, devient sûr de lui, fait l’expérience de son autonomie.

Capable comme un enfant qui peint...
... le jeu avec la trace est à la mesure de chaque enfant. Il développe des capacités insoupçonnées, bien au-delà de cette activité.

Serein comme un enfant qui peint...
... accompli dans un groupe, l’acte est différent du dessin occasionnel. Il permet de s’affirmer parmi les autres sans se comparer à eux. Et lorsque la feuille, qui reçoit la trace, n’est pas considérée comme un objet que d’autres regardent et jugent, alors l’émission est libérée de toute spéculation, et l’enfant connaît la vraie sérénité.

Vivace comme un enfant qui peint...
... par le jeu du tracer, l’enfant construit un monde - son monde - reflet de ses préoccupations, de ses expériences, de ses rêves. La trace est le flux de la vie.
Préface
BONHEUR ET PEINTURE
Il est question ici du plus impénétrable des mystères, la construction d’une personne par elle-même.
Un enfant naît. Il est un petit de l’espèce homo sapiens, il a reçu de la nature toutes les informations nécessaires pour construire ses organes, les faire fonctionner, en assurer la cohésion. Mais son destin est différent de celui des autres animaux, nés avec une dotation génétique à peine différente : il est de devenir une personne, c’est-à-dire de manifester la capacité d’ajouter à l’être la conscience d’être, et, du coup, la capacité d’intervenir dans son propre devenir.
Cette métamorphose de l’individu produit par la nature en une personne ne peut qu’être le fruit des rencontres, c’est-à-dire de
l’e-ducation comprise comme une sortie de soi-même et non comme un enseignement qui enferme dans le conformisme d’un savoir préétabli.

Parmi les rencontres nécessaires, la plus étrange est la rencontre de soi-même, en une auto-construction qui défie la logique car la flèche causale qui décrit le processus a un point d’arrivée identique au point de départ. Nous savons maintenant que la « génération spontanée » des êtres vivants est un leurre ; mais la génération spontanée du « moi » est plus mystérieuse encore. Elle nécessite une alchimie subtile de contraintes acceptées et de liberté revendiquée.
L’expression par le dessin, la forme, la couleur, est une des occasions de cette rencontre de soi-même ; être face à une feuille blanche est plus vertigineux qu’être face à un miroir. Ce vertige, Arno Stern a su l’observer avec une acuité rendue possible par les conditions rigoureuses réalisées dans le Closlieu. Les réflexions que cette expérience de laboratoire lui a suggérées seront précieuses pour tous les e-ducateurs.
Albert JACQUARD




1ère Partie
ENFANT QUI PEINT,

ENFANT SEREIN
1946


J’avais juste un peu plus de vingt ans quand, après la dernière guerre, je suis entré dans une maison d’enfants où m’avait été proposé un travail. Je devais occuper les petits orphelins – ils avaient entre 5 et 15 ans – après les heures passées en classe. Pour cela, on m’avait d’abord offert un espace au grenier et, plus tard, une ancienne écurie un peu à l’écart de la maison principale.
Il n’était pas si facile de trouver des matériaux pour ce qui s’appelait des « travaux manuels ». Après les années d’occupation, tout était rare, même le papier. J’ai fait découper des cartons d’emballages ; j’ai fait modeler avec de l’argile. Mais le plus satisfaisant, et surtout commode, était le dessin, parce qu’il ne nécessite pas un aménagement particulier et qu’on peut s’asseoir même par terre avec un petit sous-main sur les genoux.
Ainsi, j’ai commencé avec du papier de récupération, des crayons et des mines de couleurs. Et, un jour, j’ai trouvé, dans un colis envoyé par une œuvre de bienfaisance americaine, des petits pots de peinture et des pinceaux que j’ai, aussitôt, mis à la disposition des enfants ; et c’était le délire !
Plus tard, j’ai pu acheter de la gouache en pots, et le jeu de la peinture s’amplifiait et devenait l’activité favorite de tous les enfants de la maison. Il avait été programmé qu’ils viendraient à l’atelier à certaines heures et par petits groupes. Mais, très vite, j’étais débordé et il s’avérait impossible de restreindre l’élan de ces enfants. Certains ne voulaient même plus aller dormir et, parfois, le directeur venait éteindre la lumière de l’atelier pour mettre fin au jeu.
Moi-même, je ne peignais pas. Mon rôle était d’installer les feuilles, de ranger les tableaux finis et de veiller à ce que rien ne manque. Le soir, quand les enfants étaient au lit, je revivais tous les gestes de la journée, et j’étais ivre de tant d’images – que j’avais vu naître et que j’avais toutes conservées en moi.
Quelques années plus tard, après avoir quitté la maison d’enfants, j’ai ouvert un atelier en ville où j’ai reçu beaucoup d’enfants, des petits et des grands, même des gens qui ne sont plus des enfants mais ont envie de jouer librement, en oubliant leurs soucis et en éliminant tout ce qu’on leur a appris sur la manière de faire de la peinture. Ils devenaient capables de spontanéité. Ils prenaient ce jeu au sérieux et trouvaient du plaisir à le partager avec des petits.
Voilà comment est né le Closlieu.
QUAND LES ENFANTS SONT PETITS


Quand les enfants sont tout petits, ils prennent, un jour, en main un crayon ou un stylo et ils l’agitent devant leurs yeux comme ils l’avaient déjà fait avec d’autres objets, avec des choses qui produisent des sons lorsqu’on les remue ou lorsqu’on s’en sert pour cogner. Peut-être leur a-t-on donné un hochet et cela les faisait jubiler de produire des tintements de clochettes, ou des bruits de frottement à l’intérieur d’une capsule.
Toi aussi, tu as, sans doute, commencé par secouer le stylo. Mais il ne sonnait pas. Et tu as bientôt appris qu’il pouvait servir d’une autre manière à ton plaisir. Tu as trouvé qu’en le frottant sur la surface d’une feuille de papier, tu pouvais faire apparaître une trace. Et cela t’enchantait de la voir se faire ainsi par ton geste.
Tu tournais, tournais violemment, rapidement, interminablement. Et, parfois, ta pression indomptée incisait le papier. Tu n’étais capable que de ce mouvement, car ta motricité était encore limitée.
Ce sont probablement tes parents qui t’ont donné cet outil et ils t’ont regardé t’en servir. Malheureusement, ils ont pensé que tu dépensais beaucoup de papier pour bien peu de chose. Ils ont dû dire : « Il ne sait pas encore dessiner, il gribouille seulement et ça ne ressemble à rien ! » C’est ce qu’on pense généralement de ces premières traces des tout-petits enfants. D’ailleurs, ont-ils gardé ces feuilles ?
Dans une boîte (ou un carton à dessins) se trouvent des dessins que tu as faits étant petit. Ils sont sensés représenter des choses. Cela n’est pas visible à l’évidence, mais on te l’a fait dire.
C’est toujours comme ça. Tu as fait des ronds, et quelqu’un t’a demandé : « Qu’est ce que tu as voulu représenter ? » Et tu as dû inventer des réponses, si bien que tu as fini par croire que tu avais voulu représenter des choses.
Il est vrai que, un jour, naît l’intention de représenter des objets. C’est ainsi chez tous les petits, après qu’ils ont découvert une ressemblance entre les figures tracées sur la feuille – des ronds, par exemple – et des choses remarquées dans leur environnement. Mais, avant d’en arriver là, tous les enfants tracent des formes pour le seul plaisir de les voir apparaître. Ces formes s’imposent à eux selon une nécessité à laquelle nul n’échappe.
Tu n’as pas de souvenir de ces moments où, entre 2 et 4 ans, tu jouais avec ces figures, sans rien en penser, sans les nommer. Tu croyais les inventer. Et tu te sentais un créateur infini. Toujours le jeu, consistant à tracer sur une feuille, reprenait ; tu le laissais se dérouler. Et, bien qu’il se composât des mêmes éléments, ce n’était jamais le même jeu. Tu considérais toutes ces figures comme tes créatures.
Moi qui ai assisté au déroulement de ce jeu chez beaucoup d’enfants et qui me concentre sur cette observation depuis une cinquantaine d’années, je connais bien ses mécanismes. Si je t’en parle, ce n’est certes pas pour influencer ce que tu traces, mais pour t’encourager à l’accepter et à résister à toutes les pressions. Tu devrais répondre, à ceux qui t’interrogent : « Ça ne vous regarde pas ! je ne dessine pas pour les autres ! » Quand tu seras grand, et que tu auras des enfants, tu les laisseras dessiner sans accaparer leur jeu, tu rencontreras leurs traces avec le regard qui convient, sans mépris et sans admiration. Tu les considéreras comme une manifestation naturelle.
Je dis cela aussi à d’autres qu’à toi, et même depuis de nombreuses années. Je le dis à des parents, à des éducateurs, des enseignants, des soignants… pour qu’ils ne se trompent pas sur le rôle de ce jeu et ne confondent plus les traces des enfants avec les œuvres des artistes, considérant que ce sont des essais plus ou moins réussis, dont les imperfections peuvent être corrigées.
En le disant ainsi, publiquement, je rencontre toutes sortes de réactions : Il y a ceux qui ne veulent pas le savoir, parce qu’ils n’ont pas envie de changer d’opinion, ni d’attitude. Ce serait pour eux une remise en question inenvisageable ; ils n’ont pas envie de renoncer à une position autoritaire.
Mais on commence à s’apercevoir que le système ne fonctionne plus très bien et qu’il ne sert à rien de s’aveugler en disant : « Pourtant, on ne veut que le bien des enfants ! » Qu’est-ce que c’est que ce "bien" ? On sacrifie leur Expression à une pseudo-culture. On est fier de les voir, par classes entières, s’ébattre dans les Musées, où l’on prétend les initier à l’art. Ils font des parodies d’œuvres d’art. L’art est rabaissé au rang de leçon, à côté de la géographie et de l’histoire. Une fois grand, que fait l’enfant "art-éduqué" ? Remettra-t-il jamais les pieds dans un musée ? Il n’est ni un créateur, ni un amateur d’art. Il rejette ce qu’il a prématurément consommé. Il n’est pas enrichi. Il n’a rien gagné. Il a beaucoup perdu.

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