Introduction générale







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Introduction générale



1. — « (..)Il n'eut pas fait cent pas. Que par son compagnon il fut mis en éclats, Sans qu'il eût lieu de se plaindre. Ne nous associons qu'avec que nos égaux, Ou bien il nous faudra craindre ». La morale de la fable du pot de terre et du pot de fer est bien difficile aujourd’hui à respecter. Les phénomènes de puissance économique sont inhérents à notre société de marché et, à moins de vivre en autarcie, il est difficile de ne pas contracter avec plus fort que soit. D’ailleurs, les manifestations de concentration tendent à s’amplifier et tous les points convergent vers une raréfaction des petits commerces indépendants. La domination économique devient alors une source d’inquiétudes, de réflexions et d’interrogations tant pour les acteurs économiques que pour les commentateurs, qu’ils soient économistes ou juristes. Si Maurice Hauriou présenta le contrat comme la tentative « la plus hardie qui puisse se concevoir pour établir la domination de la volonté humaine sur les faits, en les intégrant d’avance dans un cadre de prévision1. » Quatre-vingt dix ans plus tard, ce n’est plus tant la question de la volonté humaine sur les faits qui soulève difficulté et contentieux, mais la question de la volonté humaine sur celle de son cocontractant, juridiquement autonome aux yeux des textes mais en totale situation de dépendance économique.
2. — Dans bien des cas, la dépendance économique est une suite logique des manifestations de dissymétrie de puissance économique. Cette dépendance entre les agents économiques créé un véritable lien de subordination entre les parties, qui se retrouvent liées par « un contrat de commandement2 ». La nature de cette relation peut être davantage comprise en reprenant une division tripartie classique permettant une analyse des rapports d’intérêts. Dans le premier type, étranger à notre hypothèse, chaque partie cherche à obtenir un avantage en échange de sa prestation, entend limiter le rapport à ce pur échange et ne doit tenir compte de son contractant que dans la mesure où la bonne foi l’exige. A cette catégorie, s’oppose celle où les parties se trouvent dans une communauté d’intérêts. Dans ce cas précis, les parties poursuivent un intérêt économique commun qui est partie intégrante du contenu du contrat et que l’échange de prestations permet d’atteindre. Le prototype en est le contrat de société. Au milieu se trouve un mode de relation d’intérêts se caractérisant par la soumission des intérêts de l’un à ceux de l’autre. C’est dans le cadre de cette situation que nous entendons délivrer notre propos. Dans ce type de contrat, l’intérêt économique de l’un accède au rang de but contractuel, que l’échange de prestations permettra d’atteindre. Le contractant peut rechercher lui aussi un avantage économique, mais celui-ci ne restera qu’un mobile. Il doit préserver ou promouvoir l’intérêt de son contractant en priorité, le sien n’étant satisfait que de façon indirecte.
3.Le déséquilibre contractuel procède alors directement du déséquilibre économique, à tel point que cette situation peut nuire à la viabilité économique du petit contractant. Ce dernier, qui a pourtant consenti à des investissements très onéreux pour remplir ses obligations contractuelles et assurer la pérennité du contrat se retrouve alors écrasé sous le poids des sujétions imposées par la partie dominante ou par les circonstances extérieures au contrat qu’il ne maîtrise pas. Or, la protection du contractant en position d’infériorité n’était pas le souci des pères du Code civil, à une époque où les sujets de droit étaient tous égaux. Face à cette situation, la question se pose alors de savoir si le droit se doit d’intervenir pour protéger la partie faible. Doit-il s’adapter à ces nouveaux phénomènes de puissance économique et remédier aux situations dites « injustes » dans ces hypothèses précisément de dépendance économique ? La réponse est affirmative, et sur ce point, notre opinion converge avec celle de M. Nourissat3 « Le civiliste ne peut rester indifférent à la situation de déséquilibre économique manifeste qui marque certains contrats et aux abus qui l’accompagnent parfois.» C’est parce que l’agent économique, bien que juridiquement autonome, se retrouve lié par un contrat de commandement, qu’il doit bénéficier d’une certaine protection. Ce sont précisément ces circonstances de fait qui légitiment une intervention du droit, au nom de la morale.
4. La morale n’est en effet pas étranger à notre droit mais pour autant, le sens de la morale et du droit ne doivent pas prêter à l’amalgame. Il est ainsi intéressant de reprendre une analyse de M. Abdelkader4 : « Le fondement moral est un substratum sur lequel repose le fondement juridique. Mais il ne se confond pas avec lui. Ainsi, si les règles du droit et celles de la morale doivent rester parallèles dans le cadre technique du droit envisagé in abstracto, elles ne s’excluent pas pour autant génériquement, les institutions juridiques ayant toutes un substratum moral. C’est dans ce sens que l’on peut parler de différence entre la morale et le droit. » C’est là l’idée essentielle qui gouverne notre propos. Pour lutter contre les effets iniques du contrat, nous ne devons pas nous arrêter au seul aspect moral de la question, il faut en plus et surtout arriver à construire des notions techniques qui soient propres à rendre compte du fondement juridique. Le droit, possédant sa rationalité technique, ne se confond pas avec la morale. En partant de ce principe, notre objectif est donc de déterminer de quelle manière notre droit doit s’adapter afin d’appréhender ces nouveaux phénomènes de puissance économique car, contrairement à ce qu’affirme M. Atias, il n’y a pas en cette hypothèse, « un mythe de l’adaptation du droit aux faits5 ». Les phénomènes de puissance économique justifient dans une certaine mesure une adaptation du droit civil.
5. Nous aurions pu avancer l’idée que le droit de concurrence appréhende déjà ces phénomènes et que l’adaptation du droit civil ne se justifie alors pas. Il nous faut combattre cette idée. Certes, certains déséquilibres contractuels sont tels qu’ils influent sur le marché. Indirectement, le droit de la concurrence va permettre la régulation du contrat pour protéger le marché. Mais l’objectif de ce droit est de réguler le marché, et non pas de réguler le contrat et en ce sens, assurer une certaine protection du distributeur en situation de dépendance économique. La loi NRE offre certes un nouveau moyen pour assurer la protection de la partie faible, via l’article L 442-6 I.2° b) C com ; elle institue une nouvelle pratique restrictive, permettant la sanction de l’abus de dépendance économique, en dehors de toute affectation du marché. Néanmoins, c’est bien insuffisant. Si le droit de la concurrence peut parfois se joindre au secours de du droit civil, ce serait une erreur de perspective de voir dans le droit des pratiques anticoncurrentielles un instrument au service de la justice contractuelle qui irrigue le droit commun. Que le droit de la concurrence permette, par ricochet, d’assurer la justice commutative est indiscutable. Mais sa vocation première, issue de la pensée libérale qui l’anime, reste de « guider les efforts individuels6 ». C’est donc sur le terrain du droit civil, que la jurisprudence se doit d’agir. Sur le constat que la fameuse formule de Fouillée « Qui dit contractuel, dit juste », n’est plus d’actualité, elle s’est déjà engagée dans une voie destinée à réduire l’impact des inégalités économiques sur le plan juridique.
6. Dans cet esprit, elle se heurte néanmoins à une difficulté d’importance  : Notre droit de tradition romano-germanique nous impose de fonder nos solutions à partir de concepts bicentenaires, créés et pensés à une époque où l’égalitarisme des sujets dans l’échange était, non seulement la règle, mais la réalité. Il convient alors de déterminer le concept le plus adéquat, pour aboutir à une solution de justice souhaitée. Contrairement à M Collinet7, nous ne tenons pas les concepts d’équivalence et de commutativité (art 1104), cause (art 1131), bonne foi (art 1134 al 3), ou encore équité (art 1135) comme équivalent pour sanctionner les injustices contractuelles. M. Atias affirme « En définitive, parler d’adaptation du droit au fait, c’est se condamner à ne rien expliquer, à ne rien justifier. » Nous souhaitons démontrer le contraire en recherchant l’outil le plus approprié pour restaurer la justice commutative, dans les contrats de dépendance économique. Il est possible de s’attaquer directement au déséquilibre économique par le mécanisme de la lésion et de ses dérivées (1ère partie). Nous démontrerons les limites de cette méthode qui nous conduira à nous intéresser davantage aux comportements des parties au contrat, via l’étude des concepts d’abus de droit (2ème partie) et d’abus de dépendance économique (3ème partie).


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