Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay







télécharger 1.12 Mb.
titreUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay
page23/24
date de publication16.12.2016
taille1.12 Mb.
typeDocumentos
a.21-bal.com > économie > Documentos
1   ...   16   17   18   19   20   21   22   23   24

1 C'est à quoi pense Eduard Bernstein lorsqu'il écrit dans l'essai cité plus haut (pp. 625, 681) : « L'ascétisme est une vertu bourgeoise. » Son exposé est le premier à avoir suggéré ces importantes relations. Mais les liens sont bien Plus [193] étroits qu'il ne le présumait. En fait, ce qui est décisif, ce n'est pas seulement la simple accumulation du capital, mais aussi la rationalisation ascétique de la vie économique dans son ensemble. Pour les colonies d'Amérique, Doyle a su mettre en valeur l'opposition entre le Nord puritain d'une part, où par suite de la contrainte ascétique à l'épargne il existait toujours du capital en mal d'investissement, et d'autre part, les conditions régnant dans le Sud.

2 DOYLE, The English in America, II, chap. 1er. D'un point de vue purement économique, l'existence en Nouvelle-Angleterre, dès la première génération qui suivit la fondation de cette colonie, d'entreprises sidérurgiques (1643), de filatures (1659), de même que la floraison d'un haut artisanat, est d'un point de vue purement économique un anachronisme. Contraste des plus frappants avec les conditions régnant dans le Sud aussi bien qu'avec celles du Rhode Island non calviniste et qui jouissait d'une liberté de conscience totale. Là, malgré un port excellent, le rapport du gouverneur et du Conseil constatait en 1686 : « The great obstruction concerning trade is the want of merchants and men of considerable estates among us » (ARNOLD, History of the State of Rhode Island, p. 490). En fait, on ne peut guère mettre en doute la part de la contrainte d'un investissement incessant du capital épargné exercée par la limitation puritaine de la consommation. De plus, la discipline de l'Église, dont nous n'avons pas à discuter ici, jouait aussi son rôle.

3 À vrai dire, BUSKEN-HUET (Op. cit. Il, chap. III et IV) montre que ces cercles ont diminué rapidement aux Pays-Bas. Néanmoins, GROEN VAN PRINSTERER (Handboek der Geschiedenis van het Vaderland, 3e éd., § 303, note p. 254), dit : « De Nederlanders verkoopen veel en verbruiken weinig », encore dans la période qui a suivi le traité de Westphalie.

1 Pour l'Angleterre, par exemple, une requête présentée par un aristocrate royaliste (citée dans RANKE, Englische Geschichte, IV, p. 197) après l'entrée de Charles Il à Londres, préconisait d'interdire l'acquisition de toute propriété terrienne par le capital bourgeois : celui-ci serait ainsi contraint de s'employer dans le commerce. Les « régents » hollandais se distinguaient, en tant qu'« état » [Stand], du reste du patriciat bourgeois des villes, en achetant d'anciennes terres seigneuriales. A ce sujet, voir les récriminations, en date de 1652, citées par FRUIN, Tien jaren uit den tachtigjarigen oorlog, sur le fait que les régents, de marchands qu'ils étaient, sont devenus des propriétaires terriens. A vrai dire, au fond d'eux-mêmes, ces gens n'ont jamais été de stricts calvinistes. La passion bien connue de larges cercles de la bourgeoisie hollandaise pour les titres et la noblesse montre qu'au moins pour la seconde moitié du XVIIe siècle, il faut accepter avec réserve un prétendu contraste entre les conditions de l'Angleterre et celles de la Hollande. La prépondérance des héritages en argent liquide a brisé l'esprit ascétique.

2 En Angleterre, le puissant courant d'achat de domaines par le capital bourgeois a été suivi de la grande époque de l'agriculture.

3 Jusqu'à nos jours, les landlords anglicans se sont souvent refusés à accepter des non-conformistes comme métayers. Actuellement, les deux partis ecclésiastiques sont à peu près égaux en nombre, tandis qu'autrefois les non-conformistes furent toujours en minorité.

4 H. Levy (article dans Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik, XLVI, p. 605) remarque à juste titre que, d'après de nombreux traits permettant de déduire le « caractère » du peuple anglais, celui-ci était probablement moins disposé que d'autres à se révéler réceptif à un éthos ascétique et aux vertus bourgeoises. Un de ses traits principaux était (et demeure) certaine joie de vivre vigoureuse et brutale. On mesure la puissance de l'ascétisme puritain, au temps de sa prédominance, à la façon étonnante dont il disciplina pareille exubérance chez ses fidèles.

5 Ce contraste revient constamment dans l'exposé de Doyle. Les motifs religieux ont toujours joué un rôle important (pas toujours le seul, cela va sans dire) dans l'attitude des puritains. La colonie (sous la direction de Winthrop) inclinait à autoriser l'établissement de gentilshommes au Massachusetts, voire une Chambre Haute avec noblesse héréditaire, à la condition que les seigneurs consentissent à donner leur adhésion à l'Église. Pour le maintien de la discipline dans l'Église, on s'en tint à une colonie fermée. La colonisation du New-Hampshire et du Maine est le fait de gros marchands anglicans qui y établirent de vastes élevages. Entre eux et les puritains il n'existait que des rapports sociaux fort lâches. Dès 1632, des plaintes s'élevèrent contre l'extrême « avidité » des habitants de la NouvelleAngleterre en matière de profit (voir WEEDEN, Economic and Social History of New England, I, p. 125).

1 C'est ce qu'a souligné PETTY (Pol. Arith.), et toutes les sources contemporaines donnent les sectaires puritains, baptistes, quakers, mennonites, etc., comme appartenant pour une part à des classes démunies, et pour l'autre à des couches de petits capitalistes, les opposant ainsi les uns et les autres à l'aristocratie des gros marchands comme aux aventuriers de la finance. Mais c'est précisément de ces couches de petits capitalistes, et non des mains des magnats : monopolistes, fournisseurs de l'État, prêteurs au Trésor, entrepreneurs coloniaux, promoters, etc., qu'est né ce qui a constitué le caractère du capitalisme occidental : l'organisation bourgeoise du travail industriel sur la base de l'économie privée (voir UNWIN, Industrial Organisation in the Sixteenth and Seventeenth Centuries, London 1914, pp. 196 sqq.). Contraste parfaitement intelligible pour les contemporains; à ce sujet, comparer avec PARKER, Discourse Concerning Puritans (1641), qui souligne également la différence entre auteurs de projets et courtisans.

2 Sur la façon dont cela s'était manifesté au XVIIIe siècle dans la politique de la Pennsylvanie, spécialement durant la guerre d'Indépendance, voir SHARPLESS, A Quaker Experiment in Government (Philadelphia 1902).

3 Cité par SOUTHEY, Life of Wesley, chap. XXIX (20 éd. américaine, Il, p. 308). je suis redevable de cette référence, que j'ignorais, à une lettre du professeur Ashley (1913). Ernst Troeltsch, à qui je l'ai communiqué dans cette intention, a déjà eu l'occasion de citer ce passage.

1 La lecture de ce passage est à recommander à tous ceux qui, aujourd'hui, se veulent mieux informés sur ce sujet et plus avisés que les contemporains et les chefs des mouvements eux-mêmes; on le voit, ceux-ci savaient fort bien ce qu'ils faisaient et quels dangers les menaçaient. Il est vraiment inadmissible de contester à la légère, comme l'ont fait certains de mes critiques, des faits indiscutables - qui le sont demeurés jusqu'à présent - et dont je n'ai fait que rechercher plus soigneusement le moteur interne. Au XVIIe siècle, ces relations n'ont été mises en doute par personne (comparer avec MANLEY, Usury of six per cent Examined, 1669, p. 137). En dehors des auteurs modernes déjà cités, des poètes comme Heine et Keats, des historiens comme Macaulay, Cunningham, Rogers, un écrivain comme Matthew Arnold en ont traité comme de choses évidentes. Parmi les ouvrages les plus récents, voir AsHLEY, Birmingham Industry and Commerce (1913)Le professeur Ashley m'a fait savoir qu'il était en tous points d'accord avec moi. Sur ce problème dans son ensemble, comparer à présent avec l'étude de H. Levy citée plus haut, note 90.

2 Rien, peut-être, ne prouve mieux combien celles-ci étaient déjà évidentes pour les puritains de l'époque classique, que l'argumentation, chez Bunyan, de Mr. Money-Love: « On doit devenir religieux afin d'être riche, par exemple, pour attirer la clientèle; quant à la raison pour laquelle on devient religieux, elle est indifférente » (voir p. 114 de l'éd. Tauchnitz).

3 Defoe était un non-conformiste ardent.

1 SPENER, de son côté (Theologische Bedenken, pp. 426 sq., 429, 432), bien qu'il pense que la profession de marchand est semée de tentations et de chausses-trappes, répond ainsi à une question qui lui est posée : « je suis bien aise de voir qu'en ce qui se rapporte au commerce, mon cher ami ne nourrit pas de doutes, mais qu'il tient celui-ci pour une manière de vivre, ce qu'il est [en effet], par quoi l'on peut faire beaucoup de bien à l'espèce humaine et qui permet à l'amour de se pratiquer selon la volonté de Dieu. » Dans d'autres passages, cette idée est justifiée de façon plus serrée à l'aide d'arguments mercantilistes. Parfois, conformément à 1 Tim. VI, 8 et 9, et en se référant à Jésus ben Sira (Cf. Supra), SPENER, dans un sentiment tout à fait luthérien, dénonce le désir de s'enrichir comme le piège majeur dont il faut absolument se garder et il adopte le point de vue de la « satisfaction des besoins » (Theologische Bedenken, t. III, p. 435, en haut). Ce que, d'autre part, il atténue en rappelant que les sectaires vivent prospères tout en demeurant dévots (cf. supra, no 39). La richesse, résultat d'un travail professionnel assidu, ne pose pour lui aucun problème. Par suite de sa trame luthérienne, son point de vue a moins de cohérence que celui de Baxter.

2 BAXTER, op. cit. II, p. 16, met en garde contre l'emploi à titre de servants de « heavy, flegmatic, sluggish, fleshly, slothful persons » et recommande de préférer les godly servants, non point parce que les ungodly servants seraient de simples eye-servants, mais surtout parce que « a truly godly servant will do all your service in obedience to God, as if God Himself had bid him do it ». D'aucuns, en revanche, ont tendance à « to make no great matter of conscience of it ». Et inversement, le signe de la sainteté de l'ouvrier n'est pas la confession extérieure de la foi [199], mais la « conscience to do their duty ». On constate que les intérêts de Dieu et ceux des employeurs se confondent ici de façon troublante. SPENER (Theologische Bedenken, III, p. 272), qui, de son côté, exhorte chacun a prendre le temps de penser à Dieu, tient pour tout à fait normal que les ouvriers se contentent de loisirs extrêmement réduits (y compris le dimanche). Des auteurs anglais ont appelé fort justement les immigrants protestants les « pionniers du travail bien fait ». Voir aussi H. Levy, Die Grundlagen des ökonomischen Liberalismus in der Geschichte der englischen Volkswirtschaft, p. 53.

1 L'analogie entre la prédestination de quelques-uns, « injuste » selon le jugement des hommes, et la répartition des biens, elle aussi injuste mais voulue par Dieu, était par trop évidente. Voir, par exemple, HOORNBEEK, Op. cit. I, p. 153. En outre, comme pour BAXTER, op. cit. I, p. 380, la pauvreté est souvent le symptôme d'une paresse coupable.

2 Thomas ADAMS (Works of the Puritan Divines, p. 158) pense que si Dieu laisse tant de gens dans la pauvreté, c'est probablement parce que ceux-ci ne sauraient résister aux tentations que la richesse apporte avec elle. Trop souvent, en effet, la richesse chasse le sentiment religieux qui est dans l'homme.

3 Voir ci-dessus note 45 et l'étude de H. Levy qui s'y trouve citée. Même état de choses dans toutes les descriptions (y compris celle de Manley en ce qui concerne les huguenots).

4 Pareils éléments n'ont pas manqué en Angleterre. Tel ce piétisme qui prenant pour point de départ le Serions Call (1728) de Law, prêchait la pauvreté, la chasteté et, à l'origine, l'isolement du monde.

5 A Kidderminster - communauté absolument dépravée lors de l'arrivée de Baxter -l'activité de celui-ci, dont le succès est presque unique dans l'histoire du ministère pastoral, est en même temps un exemple de la façon dont l'ascétisme éduquait les masses en vue du travail (ou, en termes marxistes, en vue de la production de la « plus-value »); rendant ainsi possible pour la première fois leur utilisation dans les rapports capitalistes de travail (travail à domicile, tissage, etc.). Il s'agit là, généralement parlant, d'une relation de cause à effet. De son propre point de vue, Baxter pouvait insérer ceux dont il avait la charge dans l'engrenage capitaliste, afin de servir ses intérêts religieux et éthiques. Du point de vue du développement capitaliste, ces derniers entraient au service de l'« esprit » du capitalisme en devenir.

1 De plus, il est permis de se demander dans quelle mesure la « joie » que prenait l'artisan médiéval à sa « création » personnelle - joie dont on nous a tant rebattu les oreilles - a pu intervenir comme facteur psychologique important. En tout cas, l'ascétisme a dépouillé le travail de ce plaisir d'ici-bas -aujourd'hui, le capitalisme l'a détruit à jamais - et il l'a dirigé vers l'au-delà. L'exercice d'une profession [2011 est, en tant que tel, voulu par Dieu. Le caractère impersonnel du travail d'aujourd'hui, son absurdité sans joie, du point de vue de l'individu, est ici aussi transfiguré religieusement. A son origine, le capitalisme avait besoin d'ouvriers qui, pour le repos de leur conscience, fussent à la disposition de l'exploitation économique. De nos jours, ce même capitalisme est bien en selle, et il peut mettre à contribution la volonté de travail ouvrière sans avoir besoin de promettre des récompenses dans l'au-delà.

2 Sur ces oppositions et ces développements, voir le livre de H. Levy cité plus haut. L'hostilité profonde de l'opinion publique envers les monopoles - une caractéristique de l'Angleterre du XVIIe siècle - trouve son origine historique dans une combinaison des mobiles éthiques du puritanisme avec des forces politiques rivalisant pour la conquête du pouvoir, et luttant contre la Couronne - le Long Parlement a exclu de son sein les monopolistes - ainsi qu'avec les intérêts économiques bourgeois du petit et du moyen capital, lesquels s'opposaient aux magnats de la finance. Certes, la Déclaration de l'Armée du 2 août 1652, de même que la Pétition des Niveleurs du 28 janvier 1653, visaient à l'abolition des octrois, des douanes, [202] des contributions indirectes, et à l'établissement d'une taxe unique sur les estates. Mais elles réclamaient surtout le free trade, c'est-à-dire l'abolition de toutes les barrières monopolistes à l'acquisition (trade) dans le pays et à l'étranger, lesdites barrières étant considérées comme violant les droits [naturels] de l'homme. Sens similaire, déjà, pour la Grande Remontrance.

1 Comparer avec H. Levy, Die Grundlagen des ökonomischen Liberalismus in der Geschichte der englischen Volkswirtschaft, pp. 51 sqq.

2 Que les éléments qui n'ont pas encore été rapprochés ici de leurs racines religieuses -notamment l'adage - a honesty is the best policy » (dans la discussion par Franklin de la notion de crédit) - soient d'origine puritaine, cela tient à un ordre de relations quelque peu différent (voir l'étude suivante). Je me limiterai à la remarque de J. A. ROWNTREE (Quakerism, Past and Present, pp. 95-96), sur laquelle Eduard Bernstein a attiré mon attention : « Is it merely a coincidence, or is it a consequence, that the lofty profession of spirituality made by the Friends has gone hand in hand with shrewdness and tact in the transaction of mundane affairs ? Real Piety favours the success of a trader by insuring his integrity and fostering habits of prudence and forethought, important items in obtaining that standing and credit in the commercial world, which are requisites for the steady accumulation [2031 Of wealth » (voir l'essai suivant). Au XVIIe siècle, l'expression « honnête comme un huguenot » était aussi proverbiale que le respect des Hollandais pour la loi, respect tant admiré par Sir W. Temple, et que celui - un siècle plus tard - des Anglais, par comparaison avec les continentaux, lesquels n'avaient pas connu semblable apprentissage moral.
1   ...   16   17   18   19   20   21   22   23   24

similaire:

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay iconUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay iconUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay iconUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay iconSommaire
«La Belle et la Bête», film de Jean Cocteau interprété par Jean Marais et Josette Day en 1946

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay iconVillette en Pistes Numérique ! Fédérez une équipe pluridisciplinaire...
«Villette en pistes Numérique !» s’adresse à 6 groupes issus du milieu scolaire (primaire, collèges et lycées des académies de Créteil,...

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay iconMme le Sénateur-Maire Jacques couture. Thierry albertini. Isabelle...
«que le candidat venant sur une liste immédiatement placé après le dernier élu, est appelé à remplacer le Conseiller Municipal élu...

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay iconEdouard Molinaro, Le Souper, 1992. Eve Suzanne, «Révolution informationnelle...
«Paroles, échanges, conversations, et révolution numérique» : d’une définition à l’autre

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay iconVersion du 24/08/11. Complétée par Séverine, Emmanuel, Corinne, Sophie, Laurent, Béatrice

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay iconIntroduction à la science politique – Jean-Marie Donegani
«cela est politique». Cela explique pourquoi le caractère politique n’est pas immédiatement repérable : la définition de chacun en...

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay iconRÉsumé liste des personnes consultées par le commissariat géNÉral...







Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
a.21-bal.com