Intervention d'evelyne rabardel







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INTERVENTION D'EVELYNE RABARDEL
Séance plénière du Conseil général du 24 janvier 2011

Je voudrais saisir l’occasion du vote du budget pour parler de la culture.

Je regrette que certains élus dans cette assemblée considèrent que l’esprit ne fait pas partie de l’essentiel, ce que je ne partage pas et qui va à l’encontre du constat fait par toutes les associations caritatives qui ne cessent de mettre en évidence que l’être humain ne vit pas uniquement de pain.

C’est bien la question du service public qui est posée.

Ainsi récemment, la presse a rendu compte d’une initiative relative au marché de l'art :

Relatée dans les Inrockuptibles du 1er décembre dernier, elle concerne un fonds de pension, nommé APT (Artist Pension Trust) censé remédier à la précarité économique de nombreux artistes et à leurs inquiétudes en matière de retraite.

Créé en 2004 à NewYork, il propose une mutualisation des revenus devant, aux dires de son fondateur, permettre à l'ensemble de la communauté des artistes adhérents à ce fonds de pension, de toucher un pourcentage sur les ventes.

Chaque artiste s'engage sur une mise en dépôt de 20 œuvres en 20 ans et à la vente de celles-ci, l'artiste producteur touche officiellement 40% des bénéfices, le fonds de pension en récolte 28% et la communauté des artistes les 32% restant répartis au prorata de l'investissement de chacun.

1347 artistes sont inscrits à ce jour et les ventes devraient commencer en 2011.

Si l'ancien directeur du Whitney Muséum et cofondateur de ce fonds de pension n'avait été alerté par deux artistes s'étant retrouvés sans le sou, comme le rapporte la journaliste des Inrockuptibles, le projet aurait presque pu apparaître philanthropique.

La réalité, toujours selon les sources de cette journaliste, laisse apparaître que derrière l'image d'un projet se voulant coopératif et mutualiste, se profile une multinationale.

Avec une part d'investissement quasiment nulle hormis les frais de stockage, pas de paiement des œuvres, une implantation dans un paradis fiscal, un organigramme opaque, et un réseau dans le monde entier, ses dirigeants pour lesquels le jackpot semble assuré, pourraient se retrouver à la tête de la plus grande collection d'art contemporain.
Face à la légitime revendication d'artistes pour beaucoup en marge du régime de répartition, de disposer d'une réelle protection sociale, ce système représente une réelle menace.

Des dizaines de commissaires d'exposition, indépendants ou institutionnels et des rabatteurs figurant au cœur même de cette organisation, on peut mesurer les risques représentés par cette dérive du marché de l'art qui témoigne des possibles conséquences du désengagement de la puissance publique dans ce domaine de l'art comme dans bien d'autres.

Cet exemple est à rapprocher de la tentation permanente de remettre en cause le principe d’inaliénabilité des œuvres.

Même la loi de 2002 sur les musées envisage le recours à une procédure de « déclassement encadré » certes dans des conditions strictement établies.

La lettre de mission du Président de la République à Madame Albanel évoquait « la possibilité de vendre des œuvres appartenant à l’Etat ».

De la location payante de chef d’œuvre à la mise en vente des œuvres les moins prestigieuses, y-a-t-il un fossé infranchissable ?

Si j'ai fait allusion au travers d’un exemple à ce mode d'évolution du marché de l'art, c'est pour mieux souligner, face à de telles perversions du système marchand, la nécessité de réaffirmer le rôle indispensable d'un service public de la culture pour la préservation et de notre patrimoine artistique.

Il est bon de rappeler que chaque œuvre est unique et donc irremplaçable et que toutes sont un bien commun auquel chacun doit avoir accès.

Une manière de rappeler l'importance pour un musée tel que le Mac/Val d'enrichir sa collection en valorisant son identité et sa singularité plutôt que de ne recourir, comme d'aucuns le souhaiteraient, qu'à des prêts d'œuvres qui le détourneraient de la sorte de sa vocation.

Une vocation qui n'est pas à confondre avec celle d'un Centre d'Art car il se doit en tant que musée de France, de respecter le projet scientifique et culturel qui lui a valu ce label et ce conformément aux obligations dictées par la loi.

C'est ainsi que sa politique d'acquisitions est régulièrement soumise à l'approbation des différentes instances scientifiques de l'Etat, l'inspection générale des musées de la Direction des musées de France et le Grand département dont relève le Mac/Val, en l'occurrence le Centre Pompidou.
Ces acquisitions qui nous ont valu en 2010 l'attribution d'une subvention de 180.000 euros, doivent rester garante d'un regard indépendant porté sur la création.

Est-il nécessaire de rappeler également à ce sujet que les propositions d'acquisitions formulées par le Mac/Val, ont toujours fait l'objet d'un accord de la Commission régionale des acquisitions et leur choix jugé pertinent.

Chaque nouvel accrochage de la collection permanente et exposition temporaire ont révélé en outre une juste complémentarité entre artistes émergents et de renommée internationale, ces derniers ayant contribué à élargir le public au-delà du Val-de-Marne dont les habitants représentent 70% des visiteurs recensés chaque année, ce dont nous ne pouvons cependant que nous réjouir eu égard à l'ancrage de cet équipement dans notre département, objectif que nous nous étions fixé dès son ouverture.

Offrir au regard de larges publics des œuvres d'art suppose de la part d'un musée de service public une approche bien évidemment différente de celle d'une galerie, ce à quoi s'emploie le Mac/Val au travers d'une multiplicité d'actions de médiation culturelle et je n'hésite pas à dire qu'à maintes reprises il a innové en la matière, faisant y compris auprès des plus grandes institutions d'art contemporain, figure de modèle et de référence.

A titre d’exemple, en 2010, ce sont près de 4.200 collégiens représentant 59 établissements qui ont été concernés par ces actions de médiation.

Bien entendu une telle démarche a un coût et notre ministre de la culture serait bien avisé d'en prendre la mesure car faut-il le rappeler, le coût de fonctionnement du Mac/Val est presque intégralement pris en charge par le Département.

Croyez bien que nous serons attentifs à son "plan musées en région 2011 2013" et ce d'autant que la marge de manœuvre du ministre reste bien faible puisque contrairement à ce qu'il a annoncé, le budget de la culture n'a pas progressé en 2011 si l'on tient compte du transfert de certains crédits de Matignon :

Des diminutions sont attendues, de 4% pour l'éducation artistique et culturelle, de 18% pour les actions en faveur de l'accès à la culture, et de 49% pour l'action internationale, sans compter la stagnation du spectacle vivant et le gel de crédits à hauteur de 5%.

Diminuer les crédits consacrés à l'accès à la culture et à l'éducation artistique, voilà bien un choix paradoxal pour un ministre qui juge décevant le résultat des politiques de démocratisation.
Mais après tout, selon sa formule de la culture pour chacun, peut-être considère-t-il plus généralement que les produits de l'industrie culturelle auxquels sont majoritairement consacrés les crédits de son ministère de la culture et de la communication, suffisent à répondre à la demande de nos concitoyens.

Après la culture de résultat, voici venu le temps de la culture de la demande, laissant le marché gagner encore un peu plus de terrain aux dépens de la puissance publique que la RGPP continue de démanteler.

C'est nier la notion de satisfaction des besoins inhérente à la construction d'une politique culturelle, c'est renoncer aux valeurs d'émancipation et de développement de l'esprit critique que portent l'art et la culture.

Dire que la démocratisation culturelle a échoué, c'est faire abstraction de la décentralisation culturelle, des missions accomplis par le réseau des centres dramatiques nationaux, des scènes nationales, de toutes les scènes conventionnées et autres théâtres de villes qui ne ménagent pas leurs efforts pour aller au devant de tous les publics.

Dans notre département les théâtres et centre culturels (24 aidés par le département), aussi bien que les compagnies et ensembles (65 aidés par le département) n'ont pas attendu les propos du ministre pour se rendre dans les écoles, les prisons et les hôpitaux.

Il y a dans la stigmatisation de l'art qui serait facteur d'intimidation sociale selon le ministre et qui écarterait le peuple de la culture, des relents de populisme et sans doute aussi, dans une confusion insidieusement entretenue entre culture et éducation populaire, une volonté de détourner la fonction même de l'art pour panser des plaies sociales aux origines desquelles le ministre se garde bien de faire allusion.

Enfin, et en référence à réforme des collectivités territoriales, je dois dire que les propos de notre ministre en novembre dernier ont frôlé la provocation.

Je cite " La crise et les budgets tendus peuvent conduire les maires et les présidents de conseils généraux et régionaux à renoncer à leurs projets culturels, à tailler prioritairement dans leurs dépenses culturelles. Face à cette tentation, je souhaite qu'ils maintiennent leurs efforts en faveur de la culture car je ne suis pas en mesure de compenser leur désengagement, même si je me suis battu pour obtenir un budget du ministère en hausse pour l'an prochain." Et de conclure avec la cerise sur le gâteau : "La culture ne doit pas être une variable d'ajustement des politiques locales".

Vous conviendrez qu'au moment où nos collectivités subissent les conséquences financières de la réforme territoriale et qu'elles restent en l'attente d'une juste compensation budgétaire du transfert de charges lié à celui des compétences, cette manière d'inverser les problèmes relève du cynisme.

Le cadre plus contraint dans lequel nous avons élaboré notre budget, ne nous conduit pas à renoncer à notre politique culturelle.

Nous avons ainsi réussi à maintenir l’ensemble de nos subventions et aides à la création, avec seulement quelques réajustements, ce qui, bien sûr, ne lève pas toutes les difficultés pour les structures et compagnies, à assurer leur bon fonctionnement dans un tel contexte national.

Trois faits marquants méritent d'être soulignés : Une légère montée en puissance des moyens octroyés à la Biennale de danse dans la perspective de La Briqueterie dont le chantier va débuter dans les jours qui viennent, la restructuration du bâtiment des Archives Départementales, et la demande d'agrément formulée pour le service départemental d'archéologie et soumise au vote de cette assemblée. Un agrément qui viendra conforter les missions de service public de l’archéologie départementale.
Je vous remercie de votre attention.






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