L'art en chine et au japon







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Pl. 40. Peinture bouddhique chinoise primitive.

(Collection Charles Freer, à Détroit, États-Unis.)

CHAPITRE V

L'ART GRÉCO-BOUDDHIQUE EN CHINE

VIIe et VIIIe siècle

@

L'art gréco-bouddhique du Gandhara. Les rapports de l'hellénisme avec l'Inde par la Bactriane. Les monuments de sculpture du Gandhara. L'expansion de l'art gréco-bouddhique de l'Inde à Ceylan et à Java. Son action au Turkestan chinois, à Khotan. Sa pénétration en Chine sous les tang, à Sin-gan-fu.

p.055 Après avoir constaté les trois influences qu'avaient exercées sur l'art chinois les arts du Pacifique, de la Mésopotamie et de la primitive Inde bouddhique, pour se faire sentir jusqu'aux rives de la Corée et du Japon et se combiner vers la seconde moitié du VIIe siècle en un monument merveilleux comme cette seconde Trinité bouddhique de bronze, il nous reste à examiner les conséquences qu'eut dans la destinée de l'art chinois ce grand mouvement d'expansion de l'art gréco- bouddhique à travers toute l'Asie centrale jusqu'en Chine, qui trouva son plus parfait terrain de culture au Japon.

On s'est demandé (dans l'hypothèse où l'art grec aurait influencé l'art japonais par l'intermédiaire de la Chine) pourquoi l'aurait-il été connu si tard ? et pourquoi sa puissance au VIIe siècle aurait-elle décru au VIIIe ? Et si la Chine fut vraiment en rapport avec la Bactriane p.056 au IIe siècle avant l'ère chrétienne, pourquoi ne fut-ce point alors qu'elle ait subi la plus forte influence de l'art grec ? Et s'il est admis que les bronzes bouddhiques primitifs du Japon sont très grecs de style, n'y doit-on pas chercher de filiation directe ? Et cet art gréco-bouddhique lui-même, d'où sa source s'épanche-t-elle, de la Grèce, de Rome ou de Byzance ?

Les critiques ne sont pas tous d'accord. M. Okakura Kakuso ne trouve pas d'influence classique dans les arts de l'Inde, de la Chine et du Japon ; — au contraire, le professeur Hirth veut trouver des influences grecques jusque dans l'art des Han.

Il n'est pas contestable que l'art gréco-bouddhique date de la conquête d'Alexandre, bien que, antérieurement, des infiltrations aient pu se produire des colonies indiennes d'Asie ; mais le grand mouvement suivit la marche du conquérant grec vers l'Inde. Un de ses généraux, Megisthus, entretint d'amicales relations avec le roi de l'Inde bouddhique, de Maghada. Le canon de l'esthétique grecque passa par les formes de la Mésopotamie. Mais ce fut plutôt par le Nord-Est, chez les peuples montagnards que n'avaient pas entamés les traditions assyriennes, les Bactriens, que cet art hellénique prit des formes intermédiaires. Les sceaux gravés et les monnaies en furent les véhicules évidents, et la minceur élégante de leurs figures, combinées avec les formes animales, se retrouve sur les premiers vases de poterie des Han ; de même que le décor de feuilles des éléments d'architecture, colonnes ou chapiteaux, se retrouve dans les restes de la sculpture du Gandhara au musée de Lahore.

Comment a pu se faire cette pénétration des traditions de la Grèce aux royaumes du Gandhara, au Nord-Ouest de l'Inde ? Quand l'empereur de Chine Butéi des Han envoya sa première ambassade vers l'ouest en l'an 120 avant notre ère, c'était pour relever les traces des migrations des Yuechi, Tartares ou Scythes, ou Huns blancs. Elle les rejoignit dans les vallées de la Bactriane. Ce fut le premier contact que maintinrent par la suite les caravanes commerçantes. Elles auraient pu véhiculer en Chine ces éléments de l'art grec que, pendant tant de siècles d'incubation, avait pu faire siens la Perse. Il est certain en outre que ces tribus scythes furent attirées par la richesse des plaines de l'Indus, et qu'elles s'y taillèrent un domaine immense au nord-ouest de l'Inde, le Gandhara, où, imbues des méthodes grecques, elles exercèrent leur influence sur les peuples de l'Inde centrale et septentrionale. Ce fut dans ce Gandhara que s'élabora la nouvelle iconographie d'un bouddhisme septentrional qui trouva dans l'imagination scythe un renouveau de fraîcheur et des réserves de force.

Il prit alors au Gandhara assez de vitalité pour supporter les lointaines transplantations de la Chine et du Japon. Il resta enfermé dans ses sanctuaires du Pendjab jusqu'au IIIe siècle de l'ère. Entre les IIIe et VIe siècles, il se répandit vers le sud-est jusqu'à Java, et vers le nord-est suivant les routes du Turkestan et de Khotan jusqu'en Chine.

p.058 Les monuments de l'art du Gandhara ont été étudiés par le général Cunningham et par l'archéologue français M. Foucher, et les fragments de monuments ruinés ont été recueillis par le musée de Lahore et par quelques collections d'Europe (la collection Foucher est au musée du Louvre). Leur rapport avec l'art hellénique de Syrie est évident dans les statues, portraits des gouverneurs scythes. Le drapé est plus volontaire encore et n'a rien de la décadence romaine. Ces figures sont enguirlandées de fleurs et portent des moustaches ; quelques têtes de guerriers sont couronnées d'une coiffure en forme de serpent. Les plus tardifs exemplaires présentent la dernière façon grecque de traiter les yeux sans profondeur, en exécutant seulement les deux paupières.

Il est d'un vif intérêt de comparer à ces portraits les statues de Sakyamuni, en jeune prince, avant sa conversion, figures debout, en marbre, en costumes du Gandhara, avec les lourdes manches recouvrant les épaules et les bras, — l'épaisse chevelure coupée à la grecque, tombant sur les épaules, et relevée sur le sommet de la tête, — la poitrine, les côtes et le ventre modelés dans le style classique, — la face assez ronde et souriante.

La transition et la comparaison nous sont fournies par les statues isolées, les Bouddhas ascétiques, les Sakyamuni de renoncement, les jambes croisées dans cette attitude si connue. La robe n'est qu'une simple étoffe drapant de ses plis tout le corps, ou ne recouvrant qu'une épaule ; ces plis sont essentiellement grecs, d'une plus grande p.059 beauté vraie que dans les sculptures de l'Inde primitive. Les cheveux sont arrangés au sommet de la tête en boucles et constituent cette protubérance en forme de dôme très caractéristique du Bouddha. L'une de ces têtes les plus belles est au musée de Lahore, celle du Bouddha de Taxila, du nom de l'endroit de sa découverte, où Alexandre combattit Porus. Les lobes des oreilles y sont très étirés et percés pour y recevoir quelque ornement de joaillerie, comme en portent aussi des statues chinoises des Dzin.

Pour bien saisir la beauté des têtes classiques du Gandhara, il faut examiner les types féminins des bodhisattwas ; quelques-uns valent les portraits féminins romains du musée de Naples. Ils portent aussi la protubérance de cheveux du Bouddha, mais sans qu'elle implique le développement cérébral anormal, et cette beauté de forme de la coiffure est passée dans les plus belles statues gréco-bouddhiques du Japon. Il y a des portraits de vieillards qui, avec de longues barbes droites, ont comme des masques de tragédie, et des jeunes gens aux visages clairs, avec des mèches folles de cheveux sous un bonnet phrygien. Dans ce bouddhisme septentrional de l'Inde, l'éléphant et le lion servent de trônes-piédestaux aux figures.

Les hauts-reliefs d'architecture, sculptés comme par un artiste grec de la décadence ou par un Italien du temps des Pisano, comportent à l'infini des scènes de la vie du Bouddha, trônant, dans l'attitude de la prédication, la main levée, ou penché sur le Nirvana, ou mêlé à des actions dramatiques. Une des plus belles œuvres p.060 décoratives est la composition de trois fenêtres cintrées à lunettes concentriques, où trois groupes de figures s'espacent, les angles du registre supérieur étant garnis de chimères gracieuses et ailées à corps de serpent, à pieds de centaures. Ces processions de figures à têtes d'animaux, demi-grotesques, rappellent les sculptures du dôme d'Orvieto.

D'un caractère spécial sont les grandes figures classiques, debout, en plein ou demi-relief, sur le front des autels rectangulaires, et séparées par des colonnes. Quelques-unes des plus belles, bien que privées de têtes et demi-nues, sont drapées de façon toute classique et ont des proportions d'une grâce qui rappelle les statuettes ioniques. Elles devancent, dans cette disposition autour de l'autel, les sculptures de l'Asie centrale, de Khotan.

La terre cuite elle-même y fut pratiquée, ainsi que le prouvent ces quantités de têtes de Bouddhas et ces types fantaisistes de vieillards et de mendiants, en rapport réel avec les types dramatiques de la comédie grecque et ses masques. Les monnaies de Scythie montrent aussi cette persistance du type grec de la Bactriane.

Ce fut cet art du Gandhara, pratiqué par des Scythes de la même race tartare que les Chinois du Nord et les Coréens, qu'étudia le pèlerin chinois Hiom-tsang, et qui pénétra jusqu'aux régions lointaines de la Chine du Nord-Est et entra triomphalement, au VIIe siècle, dans le nouveau mouvement artistique de la Chine, de la Corée et du Japon. La sculpture de Nara ne dérive pas d'une autre source.

p.061 Comment cet art gréco-bouddhique s'insinua dans le reste de l'Inde est demeuré encore un problème. On suppose qu'il se transmit à travers l'Inde jusqu'au Sud-Est (les « topes » d'Amravati), d'où il passa les mers jusqu'à Java. Il est bien difficile de décider si les superbes sculptures de Borobodor à Java sont d'un art gréco-bouddhique, d'origine gandharienne, ou si elles n'ont pas pu recevoir l'empreinte de la beauté grecque fécondée par le génie national (comme au Japon), en dehors de tout élément proprement cinghalais.

Mais ce qui est maintenant scientifiquement admis, c'est que cette vague de civilisation s'épandit du Gandhara et de la vallée de l'Indus par les passes des hautes montagnes de Balkh et de Swat, traversa les plaines du Turkestan entre les Pamirs, s'épandit vers Kashgar et Samarcand, pour venir déferler jusqu'aux frontières chinoises. Les sables des déserts du Taklamakan avaient recouvert les restes de puissants royaumes bouddhiques florissant encore au IXe siècle, qu'avaient visités et décrits avant leur ruine les pèlerins chinois Fahien et Hiom-tsang. Les terres furent fouillées 1 ; et depuis quelques années nous furent ainsi révélés des manuscrits écrits sur parchemin dans l'écriture karasthri en usage au Gandhara, et scellés de sceaux à figures grecques ; de vastes autels décorés de figures gréco-bouddhiques de grandeur nature, des têtes en terre cuite, des Bouddhas d'argile drapés dans le style du Gandhara, — des peintures sur parchemin de p.062 cavaliers d'un caractère très persan. Il est tel grand autel retrouvé dans ces régions de Khotan dont les sculptures de terre cuite rappellent les figures sans têtes très hellénisées de l'autel du Gandhara, comme d'ailleurs aussi les sculptures gréco-bouddhiques de la Chine et du Japon. Ainsi s'explique la transmission du canon de proportions classiques et du caractère du drapé de la Bactriane à la Chine, huit siècles après l'expédition occidentale des Han. Non loin de Khotan, M. Aurel Stein visita un vieux temple, peut-être du IIIe siècle, où quelque ancien conquérant venant de l'Ouest, du Gandhara, s'était déifié en champion du Bouddha en ces régions ; figure d'une sorte de Constantin en casque et armure foulant aux pieds les esprits du mal.

Un des traits de ces sculptures (peut-être moins anciennes) est une tendance à faire des têtes rondes et de petite taille, mélange de type himalayen plus vieux comme on le retrouve au Thibet, et à figurer ce type tartare du Nord et de l'Asie orientale qui passa dans l'art coréen ; c'est ce même type qu'on retrouve sur les murs des maisons fouillées du Turkestan chinois.

Il nous faut revenir à l'art chinois, au moment où il s'est trouvé si vigoureusement reconstitué par la fusion des empires Dzin et Tang. La dynastie Tang, en 618, se présentait comme un organisme militaire puissamment constitué. Mais son second empereur Taiso (627-650) fortifia encore le pouvoir de la Chine jusqu'aux confins de l'Ouest. Ce fut à ce moment que l'art p.063 gréco-bouddhique s'introduisit. Les armées chinoises et les missions pacifiques sillonnaient le Turkestan : le pèlerin Hiom-tsang, dans ses séjours aux plus fameux sanctuaires du Khotan, du Gandhara et de l'Inde centrale, recueillait manuscrits et dessins et les rapportait en Chine en 645. La Perse sassanide avait ouvert les routes maritimes : des princes et des savants vinrent ainsi à la capitale de l'empereur Taiso et rapportèrent en persan des récits de voyage de l'empire du Milieu. Les empereurs byzantins et leurs gouverneurs de Syrie entrèrent alors en rapport avec la Chine et implorèrent même son secours pour les débarrasser des Sarrasins. À deux reprises, la Chine avait recherché les rapports avec l'Occident : la première fois, sous les Han, la jalousie commerciale des Parthes les avait empêchés ; et maintenant, le fanatisme musulman cherchait à isoler l'empire romain d'Orient.

L'art gréco-bouddhique pénétrait donc en Chine assez tard et ce contact allait très rapidement épuiser sa vigueur. Après trois siècles de lentes et faibles approches, il allait, grâce à l'acceptation des Tang et grâce aux fréquents et cordiaux échanges avec Khotan, Kashgar et l'Inde du Nord-Ouest, établir la communion de la Chine avec ces civilisations unies dans la même religion. Et c'est à ce moment que le grand mouvement de l'islam allait changer si brusquement le cours des choses dans l'Asie centrale. Et c'est à ce même moment que s'écroulaient les royaumes du Turkestan que les sables allaient recouvrir de leur linceul, et que dans l'Inde même les paisibles p.064 monastères disparaissaient dans des tourmentes obscures et sanglantes.

Il fallait que le bouddhisme eût été embrassé en Chine avec une singulière ferveur. Hiom-tsang avait installé ses reliques dans un temple somptueux, il avait constitué une école de disciples pour traduire et expliquer les manuscrits qu'il avait rapportés. L'art de Khotan pénétra alors rapidement l'art chinois : des princes de la maison royale de Khotan vécurent à la cour de Chine, et les traditions disent qu'en peinture ils avaient enseigné à donner aux figures des aspects de plein relief. Existe-t-il encore des restes de peinture semblable, si ce n'est dans les parties partiellement sauvées des fresques d'Horiuji ? D'un autre côté, de l'Inde, fuyant les révolutions sanglantes, des émigrants lettrés, passant les monts, apportaient le feu sacré d'un nouveau bouddhisme ésotérique.

Il est possible que le paysage chinois primitif, peint à l'huile sur parchemin des collections du Sho-Soïn de Nara, montrant des Tartares sur un éléphant blanc, dans un paysage de grande vallée éclairé par un soleil couchant, appartienne à ce primitif art des Tang. Mais si l'on compare la statue du héros de Khotan, Bisjamon, aujourd'hui au Toji de Kioto, avec l'exemplaire du Seiroji datant des Dzin, on voit de quelle richesse de modelé et de quelle grâce l'art chinois s'était paré. Les détails de l'armure si fortement rendus, le groupe que piétine le héros, correspondent exactement aux détails qu'on relève dans le Bisjamon de stuc déterré par Aurel Stein près de Khotan. De la fin du VIIe siècle est un autre beau p.065 Bisjamon chinois, un peu usé par le temps, au temple japonais d'Udzumasa.

Dans le nord-ouest de la Chine, près de Suifu, est taillée dans un rocher de pierre sableuse la représentation totale d'un paradis bouddhique, la trinité sur des trônes, des groupes de fidèles sur les côtés et des temples étagés dans le fond. Le tout est indiscutablement d'origine gréco-bouddhique, comme de plus petites sculptures de bois, vrais reliquaires de poche.

De ce court moment artistique subsistent de grandes statues, des miniatures, des sculptures de marbre ou de terre cuite, qui furent découvertes sous la terre et les herbes de monticules voisins de l'actuelle capitale de Sin-gan-fu. Ce fut là l'emplacement de la primitive capitale des Tang, près des ruines de la primitive capitale des Han, et très proche de la capitale des Chou. C'est là que les fouilleurs de l'avenir pourront découvrir les restes de trois civilisations successives.


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