Apocalypse scientiste et fin de l’humanité







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Nous sommes ici dans un imaginaire de la fin, mais sans espoir apparemment d’une révélation ou d’un dévoilement : basculement vers une catastrophe (socio-économique) inévitable, prévisible; disparition des croyances communautaires; individualisme confinant au malheur (ou plutôt évacuant l’idée même de bonheur). S’il faut parler d’une «logique de l’apocalypse», le mot qui importe ici est le mot «logique». Le roman s’ouvre sur quelques affirmations lancées sur un ton clinique, présentant une fin de civilisation sans lyrisme. La fin est moins une prédiction (au sens prophétique) qu’une évidence née d’une hypothèse crédible dont la démonstration est faite tout au long du roman, apportant preuves par-dessus preuves. La chute est inévitable, prévue de longue date, et l’idée de liberté humaine, on le voit de page en page, s’avère une troublante naïveté. Cette impression est accentuée par la présence d’un narrateur omniscient jouant un rôle de régie et qui, planant au-dessus des personnages, donne l’impression à travers la voix narrative que la mécanique du réel est prévisible et inévitable. Le mot «liberté» apparaît dans la diégèse à travers une citation de Bakounine : «La liberté des autres étend la mienne à l’infini». Il surgit de manière ironique, puisque cette citation se retrouve sur un panneau à l’entrée de «L’espace du possible», haut lieu du New Age français où Bruno va passer une semaine de vacances et où l’esprit humain est n’importe quoi sauf libre (entendre par «libre» : critique, capable de porter un jugement rationnel sur la réalité qui l’entoure). En ce qui concerne Michel, le narrateur dira : «il prit conscience que la croyance, fondement naturel de la démocratie, d’une détermination libre et raisonnée des actions humaines, […] était probablement le résultat d’une confusion entre liberté et imprévisibilité. Les turbulences d’un flot liquide au voisinage d’une pile de pont sont structurellement imprévisibles; nul n’aurait songé pour autant à les qualifier de libres.» (281-282)

Dans ce roman où on souligne abondamment la place de la sexualité dans les sociétés occidentales, voyons comment se manifestent, dans la prose du narrateur, des séquences qui pourraient être associées au désir. Par exemple, dans cet extrait qui devrait souligner la beauté d’une adolescente qui se nomme Annabelle : «À partir de l’âge de treize ans, sous l’influence de la progestérone et de l’oestradiol secrétés par les ovaires, des coussinets graisseux se déposent chez la jeune fille à la hauteur des seins et des fesses. Ces organes acquièrent dans le meilleur des cas un aspect plein, harmonieux et rond; leur contemplation produit alors chez l’homme un violent désir. Comme sa mère au même âge, Annabelle avait un très joli corps.» (74) Marquée par ce qui précède, la dernière phrase perd toute possibilité d’érotisation et, à la limite, se dote d’une connotation ironique (si avoir un «joli corps» ne tient qu’à ce type de développement hormonal, il est peut-être inutile d’en parler…) Les premières fréquentations, adolescentes, entre Michel et Annabelle, sont rapidement inscrites à l’intérieur de comportements animaux normaux (et par le fait même banalisés) : «Si les aspects fondamentaux du comportement sexuel sont innés, l’histoire des premières années de la vie tient une place importante dans les mécanismes de son déclenchement, notamment chez les oiseaux et les mammifères. Le contact tactile précoce avec les membres de l’espèce semble vital chez le chien, le chat, le rat, le cochon d’Inde et le rhésus macaque (Macaca mulatta)». (208) Cette relativisation de la place de l’être humain rejoint les propos d’un paléontologue comme Gould affirmant que «si vous valorisez la conscience, vous faites de l’homme le maître du monde. Si vous valorisez la longue durée et les grands nombres, les bactéries nous dominent incontestablement. Parmi les mammifères, les espèces les plus prospères actuellement sont les antilopes, les rats, les chauves-souris…xiii» Or, la conscience dans Les particules élémentaires est généralement associée en réalité à des pulsions qu’avec un minimum d’effort on peut décoder et qui nie à l’individu toute possibilité de faire preuve d’une réelle originalité. Même lorsqu’une relation sexuelle s’avère réussie, elle est aussitôt ramenée à des considérations strictement physiologiques qui abolissent la singularité de ceux qui la vivent. C’est ce qui se passe après que Bruno et Christiane aient fait l’amour, lorsque cette dernière explique à son amant : «La hampe du clitoris, la couronne et le sillon du gland sont tapissés de corpuscules de Krause, très riches en terminaisons nerveuses. Lorsqu’on les caresse, on déclenche dans le cerveau une puissante libération d’endorphines. Tous les hommes, toutes les femmes ont leur clitoris et leur gland tapissés de corpuscules de Krause.» (177) Avouons, même en ayant un spectre de fantasmes assez large, que ce n’est pas une explication qui provoque une grande excitation.

Ces quelques exemples, qu’il serait possible de multiplier, visent à montrer ce qu’il y a derrière le désir. Il ne s’agit pas seulement de refuser d’enjoliver les rapports humains ou de faire de l’ironie, mais aussi de conduire à affirmer que le corps humain n’est que de la biologie, que les comportements humains ne sont qu’une mécanique; ainsi, de rendre logique, acceptable et même positif la fin du roman en intégrant l’ensemble des phénomènes humains dans le champ des lois de la nature.

On pourrait d’ailleurs avancer, dans ce contexte, qu’il est presque naturel de voir Michel Djerzinski directement impliqué dans de profondes mutations de l’espèce humaine, puisqu’il est un des individus les plus sensibles aux étranges réactions émotionnelles de son entourage; lui qui n’en a pas, ou si peu, et à propos de qui le narrateur peut dire : «Il est vrai qu’il avait toujours eu tendance à confondre le coma et le bonheur» (352). Le passage qui résume sans doute le mieux l’esprit du personnage est le suivant : «Il traverserait les émotions humaines, parfois il en serait très proche; d’autres connaîtraient le bonheur, ou le désespoir; rien de tout cela ne pourrait jamais exactement le concerner ni l’atteindre. […] Il se sentait séparé du monde par quelques centimètres de vide, formant autour de lui comme une carapace ou une armure.» (109)

Le déroulement du temps tel que les êtres humains le connaissent conduit à la mort, mais l’Occidental contemporain refuse de faire face à la mort. «Leur époque allait bientôt réussir cette transformation inédite : noyer le sentiment tragique de la mort dans la sensation plus générale et plus flasque du vieillissement.» (151) La contrepartie du refus de la mort se trouve dans le fantasme de la fin de l’Histoire, propre au narrateur qui lui ne se situe pas dans la tradition judéo-chrétienne puisqu’il s’agit d’un «post-humain». Ce fantasme d’immobilisation, d’un arrêt de l’Histoire, passe par la neutralisation de son principal moteur, le désir, que l’autoreproduction de l’humanité rend caduc.

Dans un de ses ouvragesxiv, Lucian Boia cite Sénèque, précisant qu’il s’agit d’un des rares auteurs anciens à faire références aux progrès futurs de la science. Tenté par l’idée du progrès indéfini selon Boia, Sénèque ne réussit pas à rompre le cercle du pessimisme historique, accentué par l’impression tenace que les hommes se montrent plus préoccupés de satisfaire leurs vices que de découvrir les secrets de la nature. En 2000 ans, depuis Sénèque, l’idée de progrès s’est affirmée de différentes façons, portant généralement avec elle son versant catastrophique, provoqué par les «vices des hommes». Michel Djerzinski, qui disparaît en 2009 apparemment à la suite d’un suicide (mais son corps n’est jamais retrouvé), donne l’impression d’être la réponse au rêve de Sénèque, un homme sans vice, «non-homme» parmi les hommes. L’aboutissement de l’idée de progrès survient grâce à lui, mais pour aboutir à une fin.

L’hostilité des grandes religions et des humanistes de tout poil au projet Djerzinski est immédiate : ces travaux apparaissent «gravement attentatoires à la dignité humaine, constituée dans la singularité de sa relation à son créateur.» (385) Le chercheur se voit transformé en nouveau Victor Frankenstein. Mais peu à peu l’idée fait son chemin. Et le lecteur se trouve projeté dans l’épilogue une centaine d’années dans le futur, découvrant que le narrateur est un de ces «post-hommes» racontant, à partir de notes recueillies au fil des ans, l’histoire de Michel Djerzinski, leur créateur. Voilà qui explique le ton détaché de ses propos tout au long du roman. Il reste encore des individus «originaux» sur la planète, se reproduisant de moins en moins, et pour qui le nouveau monde apparaît, par rapport à l’ancien, comme un véritable paradis, sans égoïsme, sans cruauté et sans colère. Les particules élémentaires, roman obsédé par la mort, s’achève ainsi sur la possibilité d’une vie éternelle, mais laïque, permise par la science et non par la survenue d’un Rédempteur mettant fin à l’ordre actuel des choses en instaurant un ordre nouveau de justice et de bonheur. Il ne s’agit pas d’évoquer la Jérusalem céleste, mais bien la Jérusalem terrestre. Pas de trompettes de Jéricho ici, pas de tragédie, pas de lyrisme non plus. Un «simple» bonheur. Comme le dit le narrateur : «à l’estimation des hommes, nous vivons heureux» (393). La science devient le nouveau Messie.

La fin du roman, volontairement ou non, semble faire écho à un autre ouvrage. Le roman de Houellebecq se termine de la manière suivante :

Au moment où ses derniers représentants vont s’éteindre, nous estimons légitime de rendre à l’humanité ce dernier hommage ; hommage qui, lui aussi, finira par s’effacer et se perdre dans les sables du temps; il est cependant nécessaire que cet hommage, au moins une fois, ait été accompli. Ce livre est dédié à l’homme. (394)
Cet effacement dans les sables du temps n’est pas sans rappeler la célèbre formule qu’on retrouve à la fin de Les mots et les choses  :
Si ces dispositions venaient à disparaître comme elles sont apparues, si par quelque événement dont nous pouvons tout au plus pressentir la possibilité, mais dont nous ne connaissons pour l’instant encore ni la forme ni la promesse, elles basculaient, comme le fit au tournant du XVIIIe siècle le sol de la pensée classique, – alors on peut bien parier que l’homme s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sablexv.
Cette disparition de l’Homme appréhendée est devenue réalité, 30 ans plus tard, à la fin des Particules élémentaires. Le clin d’œil est d’autant plus plausible que le nom de Foucault apparaît deux pages plus tôt (avec ceux de Lacan, Derrida et Deleuze, comme représentants d’une philosophie occidentale en pleine déliquescence…).
¤¤¤
Faut-il considérer ce roman comme une utopie ou comme une dystopie? Les deux à la fois sans doute, puisque cette finale est une véritable double-contrainte. Le besoin de penser la fin du monde peut être lié à une sorte d’illusion d’optique : les êtres humains sont mortels, et nous faisons naturellement une adéquation entre la fin du monde et la fin de l’Homme. Or, l’ambiguïté ici tient au fait que les êtres humains deviennent immortels, ce qui est une sorte de rêve réalisée…mais, par le fait même, ils ne sont plus des êtres humains.

Comment imaginer une apocalypse «positive», dans un univers séculier, sans imaginer en même temps le danger de l’eugénisme? Les manipulations génétiques, les développements de la biologie moléculaire ne peuvent que faire surgir des craintes, mais qui sont celles qui ont existées, de tout temps, face à Prométhée. Il a apporté la connaissance, mais est-ce légitime de vouloir tout connaître? N’est-ce pas dangeureux? La meilleure réponse à cette question est au fond une réponse indirecte. Elle consisterait à dire, au vu de tout ce qui s’est écrit depuis plus de 2000 ans, qu’on ne peut pas vivre sans fin du monde, qu’on ne peut pas vivre sans un imaginaire de la fin. Et que plus la connaissance recule les barrières de l’inconnu, plus elle donne de nouvelles raisons de craindre une fin qu’on sait inévitable (car quelle espèce ne finit pas par disparaître?) et sans laquelle, paradoxalement, il serait peut-être bien difficile de vivre.

Le roman laisse également une autre question ouverte — Houellebecq ne cherche pas à y répondre et là n’est pas son rôle de romancier, de toute manière. Cette question, elle s’est posée dans le cadre d’une réflexion de Philippe Breton sur l’idéologie de la communication et ja la poserai ici, après lui : «L’encouragement de la fin du politique et l’apologie d’une société rationnelle et sans conflit ne laissent-ils pas le champ libre aux idéologies d’exclusionsxvi?» Lorsque surgit une société qui se dit parfaite comme celle qu’on retrouve à la fin des Particules élémentaires, la logique consiste à exclure ceux qui ne sont pas d’accord avec ce propos, ceux qui remettent en question cette idéalisation et qui ne peuvent qu’avoir tort. Autrement dit, tous ceux qui critiquent les fondements et les orientations de la société, refusant de croire à la fin du politique et des idéologies, et qui resteront, souhaitons-le, le plus nombreux possibles, posthumains ou non.
Jean-François Chassay

Université du Québec à Montréal


1 La lecture idéologique que certains ont fait de ce roman a été marqué par l’aveuglement, sinon par la malhonnêteté. Dans sa chronique, Angelo Rinaldi tombe à bras raccourcis sur Les particules élémentaires. Confondant auteur et narrateur (!), Rinaldi compare Houellebecq à Abellio et Rebatet, utilisant au passage le mot « fasciste ». Selon le critique « Bruno déclare […] à la page 282 : ‘‘Mais tout cela [ses projets] serait allé beaucoup plus vite sous le nazisme. L’idéologie nazie a beaucoup contribué à discréditer les idées d’eugénisme et d’amélioration de la race; il a fallu plusieurs décennies pour y revenir.’’ » (Angelo Rinaldi, « Attention, brouillard! », l’Express, 2460, 27 août 1998, p. 85). La phrase est en effet lourde de sens, au point où on ne peut s’empêcher d’aller y voir de plus près. Pour découvrir que la citation n’est pas à la page 282, mais bien à la page 197 (il faut donc prendre le temps de fouiller pour découvrir « l’erreur » du critique!); qu’elle n’est pas prononcée par Bruno mais par Michel; et qu’il ne dit pas que ses projets seraient allés beaucoup plus vite sous le nazisme, mais bien sans le nazisme, ce qui n’est pas du tout la même chose…Une telle lecture biaisée, évidemment, donne raison à ceux qui veulent caser rapidement (et lapidairement) l’auteur. La référence nazie est toujours utile quand on se refuse à entendre parle de manipulation génétique, voire de clonage.


i . Cet article a été écrit dans le cadre des travaux des groupes de recherche «Imaginaire de la fin» (IF), subventionné par le Fond pour les chercheurs et l’aide à la recherche (FCAR) et «Savant et espace du laboratoire : épistémo-critique de textes irrigués par la fiction (Sélectif), subventionné par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et la Société pour la promotion de la science et de la technologie (SPST).

ii. Michel Houellebecq, Les particules élémentaires, Paris, Flammarion, 1998, p. 384. Les références à ce roman se feront dorénavant dans le texte, le folio suivant la citation.

iii . Dans Entretiens sur la fin des temps, Paris, Fayard, 1998, p. 244.

iv . Dominique Lecourt, Prométhée, Faust, Frankenstein. Fondements imaginaires de l’éthique, Paris, Synthélabo, 1996, p. 9-10.

v . Dans Entretiens sur la fin des temps, op. cit., p. 21.

vi . Ibid., p. 28.

vii .Roger Shattuck, Le fruit défendu de la connaissance. De Prométhée à la pornographie, Paris, Hachette littératures, 1998, p. 9.

viii . Cité par Shattuck, ibid. p. 202.

ix . Ibid., p. 207.

x . Laurent-Michel Vacher, Entretiens avec Mario Bunge, Montréal, Liber, «De vive voix», 1993, p. 101.

xi . Paul Virilio, L’art du moteur, Paris, Galilée, 1993, p. 165.

xii . Bruno Latour, La science en action, Paris, La Découverte, 1989, p. 143-144.

xiii . Entretiens sur la fin des temps, op. cit., p. 47.

xiv . Lucien Boia, La fin de l’histoire : une histoire sans fin, Paris, La Découverte, 1989, p. 38-39.

xv . Michel Foucault, Les mots et les choses, Paris, Gallimard, «Bibliothèque des sciences humaines», 1966, p. 398.

xvi . Philippe Breton, L’utopie de la communication, Paris, La Découverte, 1992, p. 8.
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