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Latin

Terminale


Cours et devoirs
Séquence 3
Devoirs 5 et 6


Rédaction : Sylvie Voscaroudis

Coordination : Rozenn Jarnouën 

Sommaire
Introduction
Chapitre 1 > Écrire l’Histoire à Rome

A. L’historiographie dans la littérature latine

B. Suétone, vie et œuvre

C. Ambiguïtés du règne de Néron

D. Webographie

Corrigés des exercices
Chapitre 2 > Une décadence inscrite dans une forme de fatalité

A. Naissance, atavisme, présages…

B. Texte 1 : Le poids de l’hérédité (§ V-VI)

C. Prolongement culturel : Suétone, Auguste

D. Entraînement à l'examen

Corrigés des exercices
Chapitre 3 > Décadence et pouvoir

A. L’oubli de la pietas, des valeurs morales et citoyennes de Rome

B. Texte 2 : Les premiers jeux juvénaux (§ XII)

C. Prolongement culturel : Racine, Britannicus – Tacite, Annales

D. Entraînement à l'examen

Corrigés des exercices
Chapitre 4 > L’hybris, la démesure

A. Le défi aux lois naturelles

B. Texte 3 : La construction de la domus aurea (§ XXXI)

C. Prolongement culturel : Pétrone, Satiricon – Suétone, Caligula

D. Entraînement à l'examen

Corrigés des exercices
Bilan de séquence



Fiches grammaire

L'ablatif absolu et les fonctions du participe

Le gérondif et l'adjectif verbal.

Corrigés des exercices
Fiche vocabulaire 
Devoirs 5 et 6


Séquence 3

Suétone, Vie de Néron : une écriture de la décadence ?

Introduction

Objet d'étude : étude d'une œuvre intégrale. Suétone, Vies des douze Césars. Néron.

Édition de référence
Pour travailler cette œuvre au programme, vous devrez vous être procuré l'édition suivante qui sera utilisée comme référence :

Suétone, Vies des douze Césars, vie de Néron – Bac latin, édition Hatier – Les Belles Lettres, 2013 (EAN : 978-2218961526).

Elle comporte le texte intégral, la traduction et un accompagnement pédagogique en vue des épreuves du baccalauréat.
Note : il existe d'autres éditions du texte traduit, en format poche (GF Flammarion, Folio, Livre de Poche, Ellipse…)

Objectifs de la séquence et problématique
L'objectif de cette séquence est de parvenir à la maîtrise du sens et des visées d'une œuvre intégrale en langue latine.

Il s'agira ici d'étudier en quoi l’œuvre de Suétone est une façon nouvelle de dire l’histoire à Rome, en quoi elle correspond à un contexte politique particulier, celui d’une personnalisation complète du pouvoir sous le régime impérial, et en quoi, malgré une absence apparente d’analyse et de construction d’un sens, ses biographies constituent une illustration de la notion de décadence, telle qu’on la trouve déjà dans les ouvrages d’historiens antérieurs comme Salluste, Tite-Live et Tacite, et qui constitue, dans la littérature latine, la base d’une réflexion historique et morale.
P11 Conseils de méthode
Il vous faut lire l'œuvre intégrale en traduction, que vous prépariez l'épreuve orale ou écrite du baccalauréat. Vous la trouverez à la fin de votre édition Hatier – Les Belles Lettres.

La traduction élaborée qui vous est proposée dans le cours est différente de celle que vous trouverez dans cette édition. Vous serez régulièrement invité(e) à confronter des traductions variées et à en étudier les différents partis pris.
Nature de l’épreuve : rappels
P13 Si vous préparez l'épreuve écrite, celle-ci portera sur l'œuvre intégrale inscrite au programme, la Vie de Néron, extraite de l’œuvre de Suétone, pour deux années consécutives : la session du baccalauréat de 2014 et celle de 2015
Cette épreuve aura pour support un extrait de l'œuvre, d'une trentaine à une quarantaine de lignes, accompagné d'une traduction, excepté un passage consacré à la version. Votre lecture personnelle de l’œuvre intégrale vous aidera à situer ce passage dans son contexte et à en analyser le sens dans les questions.

Le sujet est divisé en deux parties.

  • La première partie, évaluée sur soixante points, comporte trois questions :

  • la première (quinze points) demande au candidat de repérer et d'analyser un fait de langue (morphologie, syntaxe, lexique) ;

  • la deuxième question (quinze points) porte sur une comparaison de traductions ;

  • la troisième (trente points) induit une démarche de commentaire, et porte sur la qualité littéraire de l'extrait.

  • La deuxième partie est un exercice de version évalué sur quarante points.


Les exercices autocorrectifs proposés dans cette séquence vous préparent tous à l'une des parties de l'épreuve écrite :

  • les questions posées sur les textes avant la traduction vous demandent d'effectuer des repérages précis ou de revoir certains points de syntaxe ;

  • si vous travaillez la traduction des trois extraits choisis de façon vraiment autonome, vous vous entraînez de façon efficace à la version ;

  • dans chaque chapitre de la séquence, la dernière partie est spécifiquement consacrée à la préparation de l'examen, et vous propose des lectures bilingues d'extraits, à mener avec rigueur, ainsi que des comparaisons de traduction.

Vous ne devrez donc négliger aucune étape du cours.
Bien vous préparer à l’épreuve écrite

Important : la préparation de l'épreuve écrite nécessite de s'entraîner à l'écrit.

Astreignez-vous à rédiger correctement vos réponses dans les exercices autocorrectifs, et à citer le texte latin de façon précise (par des termes ciblés et non des phrases entières) pour illustrer et justifier vos interprétations. Ainsi, le jour de l'examen, vous aurez acquis les bons réflexes de présentation et de formulation.

Il est important aussi, pour la préparation à la version, de vous approprier votre dictionnaire (dont l'usage est autorisé le jour de l'épreuve) en le manipulant fréquemment durant l'année, mais aussi, éventuellement, en le munissant de repères pour retrouver plus facilement certaines entrées.
Bien vous préparer à l’épreuve orale

Important : la préparation d'une épreuve orale requiert un entraînement à l'oral.

Si vous préparez l'épreuve orale, l'interrogation portera sur les extraits traduits et commentés dans la séquence.

Votre prestation devra comprendre 4 étapes :

  • une introduction,

  • la lecture à haute voix du passage à traduire (environ huit lignes ou vers),

  • sa traduction méthodique par groupes grammaticaux,

  • un commentaire de l'extrait.

Un travail de mémorisation est donc indispensable. En effet, pour l'introduction, on attendra :

  • des éléments de contexte historique et littéraire,

  • une présentation de l'auteur et de l'œuvre,

  • la situation dans l'œuvre du passage à traduire.

Les fiches de vocabulaire données en fin de séquence vous permettront de retrouver plus facilement le sens des textes. Le jour de l’examen, vous disposerez d'un dictionnaire durant le temps de préparation.

La lecture à haute voix des textes doit être travaillée régulièrement ; on attend une lecture fluide, expressive, et qui respecte la syntaxe du texte latin. Quant à la traduction du texte à l'oral, elle doit s'articuler sur le découpage grammatical de chaque phrase. La présentation de chaque traduction sous forme de tableau vous engage à procéder selon cette méthode, et c'est un exercice auquel vous devrez vous entraîner à haute voix lors de vos révisions, pour que la construction grammaticale du texte soit maîtrisée le jour de l'épreuve.

Après la lecture et la traduction du court passage défini par l'examinateur, vous devrez donner du texte entier un commentaire construit et ordonné, qui sera illustré de citations précises en latin. De fait, la méthode est très proche de celle de l'épreuve orale de français :

  • une organisation en parties et paragraphes,

  • un commentaire qui rend compte des idées du texte, de ses objectifs, de son registre, de ses particularités lexicales et stylistiques,

  • une conclusion synthétique.

Enfin, l'oral se clôt par un entretien avec le professeur durant lequel les lectures cursives, les documents complémentaires, votre connaissance de l'œuvre intégrale, pourront être mis à profit.

L'examinateur pourra également vous proposer en fin d'épreuve un bref extrait de l'œuvre (deux à trois lignes) non préparé durant l'année, accompagné de sa traduction. Vous devrez faire sur cette traduction toutes les remarques que vous jugerez nécessaires (choix grammaticaux, lexicaux, partis pris esthétiques du traducteur) et montrer que vous êtes capable de vous approprier rapidement une phrase latine inconnue. L'évaluation de ce dernier exercice ne peut qu'ajouter des points à la note finale, et agit donc comme un « bonus »; vous pourrez vous y préparer en travaillant les exercices de comparaison de traductions qui sont donnés à la fin de chaque chapitre du cours.

Dernier conseil, pensez à maîtriser la gestion de votre temps : vous disposerez d'un temps de préparation de trente minutes, et l'épreuve orale elle-même durera environ quinze minutes. Il est indispensable, lors de vos révisions, de vous astreindre à retrouver la traduction (huit à dix minutes) et le commentaire (quinze à vingt minutes) de chaque texte dans les limites du temps de préparation imparti : il est donc hors de question de rédiger vos notes !
Chapitre 1 > Écrire l’Histoire à Rome

A. L’historiographie dans la littérature latine.
L’historiographie, c’est-à-dire l’écriture des faits historiques, n’apparaît que tardivement dans la littérature latine, à partir de 250 av. J.-C.

Écrire l’Histoire, à Rome, c’est écrire l’Histoire de Rome : les historiens appartiennent aux classes patriciennes et équestres, ils sont souvent des hommes politiques, des hommes d’action, proches du pouvoir, qui ont participé aux événements qui constituent la trame de l’Histoire. Ils formulent donc des réflexions partiales, et expriment à travers le récit des faits les valeurs morales qui leur sont propres et leur vision personnelle du destin de Rome.
On distingue trois grands genres historiques :

  • les annales : l’historien fait le récit des événements politiques, militaires, économiques, année par année, en remontant parfois aux origines de Rome. C’est la démarche de Tite-Live (59 av. J.-C. -17 apr. J.-C.) dans son œuvre Ab Urbe Condita, qui retrace en 142 livres l’histoire de Rome, de sa fondation jusqu’en 9 après J.C.

  • l’historia : c’est la chronique d’événements récents, pour laquelle l’historien dispose de sources orales, de témoignages. Ainsi Tacite (58-120 apr. J.-C.), dans ses Histoires, couvre la période de 69 à 96, de la mort de Néron au règne de Domitien.

  • la monographie : elle ne traite qu’un sujet ou événement précis et limité. Les ouvrages de Salluste (86-35 av. J.-C.) sur La Conjuration de Catilina qui marqua l’année 63 av. J.-C., ou La guerre contre Jugurtha qui s’est déroulée entre 112 et 105 av. J.-C., sont des monographies.

Il est à noter que les biographies, comme celles de Suétone, et les Commentarii, comme les mémoires de Jules César sur la guerre des Gaules ou la guerre civile, n’étaient pas, à leur époque, considérés comme des ouvrages historiques, alors que c’est ainsi que nous les lisons aujourd’hui.
La question des sources se pose à tout historien de l’Antiquité. À Rome, les historiens disposent des annales, registres chronologiques et annuels tenus par les pontifes, des dignitaires religieux issus de la classe patricienne, qui y consignent les séances du sénat, les expéditions militaires, les cours du blé, mais aussi les prodiges, les phénomènes jugés surnaturels… Ils peuvent aussi consulter les archives des grandes et anciennes familles romaines, qui contiennent des générations de correspondance privée, ont conservé la trace des unions, naissances et testaments, les textes des éloges funèbres, mais qui restent des documents limités et très orientés. Enfin, pour les époques récentes, les témoignages individuels, les sources orales constituent un matériau précieux. Un historien latin en est donc inévitablement réduit à beaucoup imaginer, à recourir à une forme de reconstitution littéraire pour suppléer le manque ou l’absence de sources fiables. Ainsi, les discours des grands hommes de l’histoire romaine, comme Brutus ou Marius, sont livrés par Tite-Live ou Salluste sous une forme directe, comme s’ils avaient été enregistrés ; mais ils sont évidemment l’œuvre entière de l’historien, ce que l’on appelle des éthopées, à travers lesquelles c’est l’écrivain qui exprime sa vision personnelle de l’histoire.
L’histoire n’est donc pas, dans l’Antiquité, une science, comme elle l’est de nos jours, mais un genre littéraire. C’est Cicéron (106-43 av. J.-C) qui formule le premier, dans son De Oratore, des règles qui fixeront la composition d’un récit historique :

  • le respect de la vérité,

  • le respect de la chronologie,

  • la recherche des causes et conséquences des événements,

  • le fait que l’histoire doit fournir à la postérité des exempla, des modèles à suivre ou à rejeter, et sa conséquence : le récit historique a une fonction didactique et morale,

  • le devoir pour l’historien de mettre au service de son récit toutes les richesses de la rhétorique et de la langue ; Cicéron parle ainsi d’historia ornata : un discours littéraire à part entière, dans lequel le style sert les idées, et suscite, tel une tragédie, l’émotion du lecteur.


Enfin, l’œuvre de l’historien revêt dès la fin de la République une visée nationale : il s’agit de démontrer par les faits la grandeur de Rome, la présence d’un destin, supposé la conduire à sa suprématie sur le monde civilisé. Chez Tite-Live, l’histoire remonte aux origines divines et mythiques pour justifier la ligne politique de la République puis de l’Empire. Son œuvre, monumentale, est aussi un ouvrage de propagande, commandé par l’empereur Auguste pour restaurer à Rome un sentiment national et des valeurs traditionnelles mises à mal par les longues guerres de succession qui avaient suivi l’assassinat de César. La préface du Ab Urbe Condita formule clairement ces objectifs :
« Mais ce qui importe, et doit occuper surtout l'attention de chacun, c'est de connaître la vie et les mœurs des premiers Romains, de savoir quels sont les hommes, quels sont les arts qui, dans la paix comme dans la guerre, ont fondé notre puissance et l'ont agrandie; de suivre enfin, par la pensée, l'affaiblissement insensible de la discipline et ce premier relâchement dans les mœurs qui, bientôt entraînées sur une pente tous les jours plus rapide, précipitèrent leur chute jusqu'à ces derniers temps, où le remède est devenu aussi insupportable que le mal. Le principal et le plus salutaire avantage de l'histoire, c'est d'exposer à vos regards, dans un cadre lumineux, des enseignements de toute nature qui semblent vous dire : Voici ce que tu dois faire dans ton intérêt, dans celui de la république; ce que tu dois éviter, car il y a honte à le concevoir, honte à l'accomplir. Au reste, ou je m'abuse sur mon ouvrage, ou jamais république ne fut plus grande, plus sainte, plus féconde en bons exemples : aucune n'est restée plus longtemps fermée au luxe et à la soif des richesses, plus longtemps fidèle au culte de la tempérance et de la pauvreté, tant elle savait mesurer ses désirs à sa fortune. Ce n'est que de nos jours que les richesses ont engendré l'avarice, le débordement des plaisirs, et je ne sais quelle fureur de se perdre et d'abîmer l'état avec soi dans le luxe et la débauche. » (Traduction de M. Nisard, 1862)
C’est dans les ouvrages historiques que nous trouvons exprimée le plus explicitement la notion de décadence, qui articulera notre séquence. Estimant qu’ils sont aussi des moralistes, les historiens latins considèrent leur époque d’un œil critique, et tournent toujours leur regard vers un passé considéré comme plus respectueux des valeurs premières de Rome : le dévouement à la patrie et l’oubli de soi, le rejet d’un luxe accusé d’amollir à la fois le corps et l’esprit, l’attachement à une forme de rigueur individuelle et politique.

Dès le 1er siècle av. J.-C., dans son analyse de la conjuration de Catilina, Salluste, contemporain de César et de Cicéron, exprime dans un premier temps sa nostalgie d’un « âge d’or » de la République, d’une période primitive où les « majores », ancêtres idéalisés, pratiquaient un mode de vie vertueux, sobre, détaché de toute ambition personnelle, puis il déplore la décadence induite par l’enrichissement des citoyens, qui affaiblit les mœurs privées, et par là même l’État en son entier :
« Ainsi donc, en paix comme en guerre, les vertus étaient en honneur : concorde absolue, aucune avidité ; chez les anciens Romains, le droit et le bien régnaient, moins en vertu des lois que par une impulsion naturelle. Les disputes, les désaccords, les compétitions étaient réservés aux ennemis du pays ; entre eux les citoyens rivalisaient de vertu. On dépensait sans compter dans les cérémonies religieuses, mais on économisait dans la vie privée, et on gardait à ses amis la parole donnée. Le courage en temps de guerre, et, la paix revenue, l'équité, tels étaient les moyens d'assurer la force de la famille et de l'État. Je puis le prouver par des exemples bien significatifs : dans les guerres, on a vu plus d'hommes punis pour avoir engagé la bataille malgré les ordres donnés, ou pour avoir tardivement obéi au signal de retraite et quitté le champ de bataille, que pour avoir déserté ou avoir, sous la poussée de l'adversaire, osé abandonner leur poste ; pendant la paix, l'autorité s'exerçait moins par la crainte que par les bienfaits, et on aimait mieux pardonner à l'injustice que d'en poursuivre le châtiment.

Mais, lorsque la république se fut fortifiée par son activité et sa justice, qu'elle eut vaincu à la guerre de grands rois, qu'elle eut soumis des peuplades barbares et des nations puissantes, que Carthage, la rivale de Rome, eut été détruite jusque dans ses fondations, et qu'ainsi s'ouvrirent à nous toutes les terres et tous les océans, la fortune se mit à nous persécuter et à jeter partout le trouble. Ces mêmes hommes qui avaient aisément supporté les fatigues, les dangers, les incertitudes, les difficultés, sentirent le poids et la fatigue du repos et de la richesse, ces biens désirables en d'autres circonstances. On vit croître d'abord la passion de l'argent, puis celle de la domination ; et ce fut la cause de tout ce qui se fit de mal. L'avidité ruina la bonne foi, la probité, toutes les vertus qu'on désapprit pour les remplacer par l'orgueil, la cruauté, l'impiété, la vénalité. L'ambition fit d'une foule d'hommes des menteurs ; les sentiments enfouis au fond du cœur n'avaient rien de commun avec ceux qu'exprimaient les lèvres ; amitiés et haines se réglaient, non d'après les personnes, mais d'après les conditions d'intérêt, et on cherchait plus à avoir le visage que le caractère d'un honnête homme. Ces maux grandirent d'abord insensiblement, et furent même parfois châtiés ; puis ils devinrent contagieux ; ce fut comme une peste ; les principes de gouvernement changèrent ; et l'autorité, fondée jusqu'alors sur la justice et le bien, devint cruelle et intolérable. » (Salluste, Conjuration de Catilina, IX-X. Traduction de F. Richard, 1933)
Un siècle et demi plus tard, les Histoires de Tacite s’ouvrent sur un tableau très pessimiste et noir de l’état de Rome à la fin du règne de Néron. Ce tableau exalte les mêmes valeurs, les mêmes vertus, et propose les mêmes exempla :
« J'aborde une époque féconde en catastrophes, ensanglantée de combats, déchirée par les séditions, cruelle même durant la paix: quatre princes tombant sous le fer ; trois guerres civiles, beaucoup d'étrangères, et souvent des guerres étrangères et civiles tout ensemble; des succès en Orient, des revers en Occident; l'Illyrie agitée; les Gaules chancelantes; la Bretagne entièrement conquise et bientôt délaissée; les populations des Sarmates et des Suèves levées contre nous; le Dace illustré par ses défaites et les nôtres; le Parthe lui-même prêt à courir aux armes pour un fantôme de Néron ; et en Italie des calamités nouvelles ou renouvelées après une longue suite de siècles; des villes abîmées ou ensevelies sous leurs ruines, dans la partie la plus riche de la Campanie; Rome désolée par le feu, voyant consumer ses temples les plus antiques; le Capitole même brûlé par la main des citoyens; les cérémonies saintes profanées; l'adultère dans les grandes familles; la mer couverte de bannis; les rochers souillés de meurtres; des cruautés plus atroces dans Rome: noblesse, opulence, honneurs refusés ou reçus, comptés pour autant de crimes, et la vertu devenue le plus irrémissible de tous; les délateurs, dont le salaire ne révoltait pas moins que les forfaits, se partageant comme un butin sacerdoces et consulats, régissant les provinces, régnant au palais, menant tout au gré de leur caprice; la haine ou la terreur armant les esclaves contre leurs maîtres, les affranchis contre leurs patrons; enfin ceux à qui manquait un ennemi, accablés par leurs amis.

Ce siècle toutefois ne fut pas si stérile en vertus qu'on n'y vît briller aussi quelques beaux exemples. Des mères accompagnèrent la fuite de leurs enfants, des femmes suivirent leurs maris en exil; on vit des parents intrépides, des gendres courageux, des esclaves d'une fidélité invincible aux tortures, des têtes illustres soumises à la dernière de toutes les épreuves, cette épreuve même supportée sans faiblesse, et des trépas comparables aux plus belles morts de l'antiquité. À ce concours  inouï d'événements humains se joignirent des prodiges dans le ciel et sur la terre, et les voix prophétiques de la foudre, et mille signes de l'avenir, heureux ou sinistres, certains ou équivoques. Non, jamais plus horribles calamités du peuple romain ni plus justes arrêts de la puissance divine ne prouvèrent au monde que, si les dieux ne veillent pas à notre sécurité, ils prennent soin de notre vengeance. » (Histoires, I, 2 et 3. Traduction de J.L. Burnouf 1859)
Même si l’on ne trouve pas dans l’œuvre de Suétone de passages formulant un jugement aussi explicite sur les princes dont il narre la vie et le gouvernement, nous verrons que l’apparente neutralité de sa prose finit par exprimer, par des effets de juxtaposition, d’accumulation, par des portraits, dont il semble laisser l’interprétation au lecteur, un constat de la décadence du régime impérial, qui l’inscrit dans la tradition moraliste de ses prédécesseurs.
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