Memoire de master arts et sciences de l’enregistrement







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MEMOIRE DE MASTER ARTS ET SCIENCES DE L’ENREGISTREMENT

Année Universitaire 2005 – 2006

Le paradoxe du vidéoclip chez Noir Désir

Par François DIEBOLT




« Lorsque des motivations louables produisent de la musique qui se vend bien, espérons qu’au moins en partie c’est parce que les gens souhaitent s’associer à ces motivations et ne la considèrent pas d’être de la camelote. (…) La publicité aide à vendre des produits valables aussi bien que de la camelote »

Robert Fripp, guitariste de King Crimson.

Je souhaite remercier tous ceux qui m’ont aidé à concrétiser cet ouvrage pour leur patience et leur disponibilité : Mme Sylvie Dallet, Frédéric Vidalenc, Jeannette de ND Musique, Henri-Jean Debon, Arnaud Le Guilcher, Sophie San, Lin Zhang et Caroline Renouard.

Merci également à Noir Désir pour tout ce qu’ils ont fait pour le rock français.

Sommaire

Introduction 6-7
I. Histoire du Désir
1. De la génération Punk au terreau Bordelais. 8 - 12

a) Contexte historique et culturel 8 - 10

b) Plus précisément en France 10 - 11

c) Plus précisément à Bordeaux. 11 - 12
2. Biographie et discographie. 12 - 26

a) Le nom 13 - 15

b) Membres et line-up 15 - 18

c) Discographie et biographie 18 - 26

II. Mythe et réalité : Noir Désir à l’écran :
1. Bertrand Cantat et Noir Désir. 27 - 35

a) La genèse 27 - 29

b) La place du leader 29 - 31

c) L’éducation des modèles 31 - 33 d) Un personnage obscur 33 –35
2. Présence à l’écran (et absence) 35 - 43

a) Des images précieuses 35 - 37

b) Comme elle vient : incarnation impersonnelle 37 - 40

c) Déviation ou confirmation du texte 40- 43


3. Vers une remise en question constante… 43 -52

a) Mise en perspective de la carrière du groupe 43 - 46

b) Des clichés rock 46 - 49

c) Le miroir 49 - 52

III. Mise en images du texte
1. Pour une affirmation du rock français 53 - 61

a) Deux patrimoines 53 - 55

b) Mise en application 55 - 57

c) La réponse de Noir Désir 57 - 61
2. Mise en images des mots 61 - 70

a) Des contours non explorés 61 - 64

b) Une technique impressionniste 64 - 67

c) Du mystique à l’écran 67 - 70
3. Des clips engagés ? 70 - 76

a) Le discours face à l’image 70 - 73

b) Le média contre les médias 73 - 76

IV. L’Esthétique Noir Désir :

une relation de confiance
1. L’homme de confiance de Noir Désir : HJD 77 - 84

a) Parcours 77 - 79

b) Ethique d’un clippeur hors norme 80 - 81

c) Filmer Noir Désir 82 - 84


2. Traitement visuel de la musique 84 - 94

a) Le mensonge de la synchronisation 84 - 87

b) La musique au service de l’esthétique 87 - 90

c) Mixage visuel : Le groupe comme entité 90 - 92

d) Le geste musical : un acte politique 92 –94
3. Entre images anodines et spectaculaires 94 - 101

a) Esthétique de la référence : une forme d’élitisme 95 - 98

b) Résistance à des formes établies 98 - 101

V. Le rôle du clip

dans la carrière de Noir Désir
1. La couche promotionnelle 102 - 114

a) La place du clip 102 - 106

b) Promotion : l’art du compromis 106 - 110

c) Crise du vidéo-clip : le problème de la diffusion 110 - 114
2. Le rapport au public : du mythe au culte. 114 - 124

a) Du mythe au culte 114 - 117

b) Un cadeau pour le fan : l’autre élitisme 117 - 120

c) Le vidéo-clip comme prolongement du processus scénique 120 - 124
3. Une autorité morale 124 - 140

a) Noir Désir érigé en porte-parole 125 - 128

b) Le paradoxe de l’image de Noir Désir 128 - 133

c) Un héritage : les « enfants » de Noir Désir 133 - 140

Conclusion 141 - 145
Bibliographie et Webographie 146 - 149
Introduction

L’année dernière, j’ai abordé le sujet du vidéoclip de façon assez généraliste. Rétrospectivement, je considère aujourd’hui mon mémoire comme un travail de défrichage. Défrichage du sujet lui-même, jusqu’ici peu abordé dans une optique de recherche, et défrichage de mes propres aspirations face à ce sujet.

Il en ressort une approche singulière que je n’ai pas constatée dans les autres travaux d’étudiants consultés : celle de l’intérêt pour les musiciens.

En effet, j’ai tenté d’établir, entre autres, que l’identité et la facture du vidéoclip dépendaient de la musique et des interprètes. Pour ce qui est de la musique, cela s’avère évident, pour les interprètes, il faut avoir affaire à un groupe qui a de la personnalité.
Dans le déroulement de mon argumentation, je suis souvent revenu sur le groupe Noir Désir. Il a suscité chez moi beaucoup d’intérêt dans la mesure où il a su parfaitement saisir la fonction du clip, ses mécanismes commerciaux, et s’est donc employé soit à les dénoncer, soit à les contourner. Je pense qu’on sentait déjà dans mon ouvrage précédent cet attrait pour la contestation et le discours alternatif ; le groupe Noir Désir en est une figure de proue dans la scène rock hexagonale. Voilà pourquoi j’ai choisi d’étudier l’intégralité de leurs vidéoclips.
Bien que le quatuor soit surtout tristement célèbre à cause de Bertrand Cantat et de l’affaire Trintignant, je souhaite évacuer au maximum cet aspect là pour me concentrer sur l’œuvre uniquement et sur la façon dont elle a été mise en images à travers le vidéoclip. Le groupe n’a évidemment pu éviter d’être impliqué dans le scandale et sommeille à présent tandis que Bertrand Cantat purge sa peine. Néanmoins, je considère que cette tragédie appartient au domaine privé et, j’insiste, n’a pas de raison d’intervenir dans l’ouvrage que j’entreprends.
Dans un premier temps, il s’agira bien entendu d’établir une biographie précise et relativement exhaustive de la formation. Cette étape nous révèlera que Noir Désir reste connu comme un groupe aux exigences artistiques denses et profondes, et régi par une intégrité jusqu’alors inédite en France. Cela soulève un paradoxe : Comment peut il alors tourner des vidéoclips, support filmique basiquement destiné à la promotion musicale par des moyens en général peu conformes à l’éthique des Bordelais ? Cette éthique doit-elle être remise en question ? Seront-ils vaincus et trompés par la forme brève ou trouveront-ils des collaborateurs dignes de confiance afin de la transcender ?

Pour répondre à cette question, il faudra étudier la représentation du groupe à l’écran, et ce qui en ressort. Nous développerons la question du leadership au sein du groupe, expliquerons leurs apparitions et (non apparitions) et chercherons à établir l’évolution qu’a suivi leur image en fonction de leur carrière.
Puisque Noir Désir a imposé une certaine idée du rock français, il faudra définir la problématique de cette étrange association puis analyser en quoi elle s’est appliquée à leurs vidéo-clips, et de quelle façon les textes à l’écriture diffuse de Cantat ont été particulièrement mis en valeur et travaillés à l’écran.
Il conviendra ensuite de se pencher davantage sur le travail des différents collaborateurs du groupe, notamment leur réalisateur fétiche Henri-Jean Debon. Nous mettrons en lumière les forces et les faiblesses de leurs travaux respectifs et nous nous efforcerons d’établir en quoi ils ont pu rejoindre le groupe sur son discours, ou au contraire le trahir.

Enfin, la réussite d’un clip dépendant considérablement de sa diffusion, nous verrons quelle place le clip occupait au sein du parcours de Noir Désir et quel profit il en a tiré. Nous saisirons son impact au sein de la jeunesse et ce qu’il en reste aujourd’hui à travers une génération musicale que les Bordelais ont enfanté et éduqué.

Nous disposerons bien sûr comme Corpus de l’intégralité des clips de Noir Désir, mais aussi de différents éventails de vidéos. Certains seront mis en perspective avec l’histoire du groupe, d’autres offriront des points de comparaison, notamment au sein de la « génération Noir Désir », des artistes qui ont reçu l’héritage des Bordelais, à savoir Louise Attaque, Luke, Déportivo, Dionysos…

De plus, une série de deux entretiens avec Henri-Jean Debon, réalisateur attitré de Noir Désir, nous éclairera sur le caractère parfois obscur de l’esthétique Noir Désir.

Un dernier entretien avec Arnaud Le Guilcher, chef de projet chez Barclay, mettra en lumière les relations entre le label et le groupe, et la place prise par le vidéo-clip dans ce rapport.

I Histoire du désir

Avant tout chose, il nous faut en savoir plus sur Noir Désir. Comment s’est-il formé ? Qui sont ses membres ? Quel style de musique peut-on lui prêter et quelle évolution a-t-il suivi par rapport à son époque ? Et puisque nous traitons du vidéoclip, nous rappellerons quelques éléments de l’histoire de la forme brève1 pour saisir sa condition lorsque le groupe la rattrape.



  1. De la génération Punk au terreau Bordelais.


Parce qu’un groupe qui a eu le succès de Noir Désir indique qu’il a su capter l’air du temps, il convient de s’interroger sur les circonstances de son épanouissement. Nous allons donc faire un bref parcours historico-socio-culturel président à la naissance du groupe.


    1. Contexte historique et culturel.


La flamme du rock’n’roll semble bien s’être éteinte. Après l’année fatale de 1971 qui a vu la disparition des « trois J » (James Morrison, Janis Joplin et Jimi Hendrix), les idéaux prônés par la contre-culture se sont englués dans l’embourgeoisement et le conformisme. Les superstars du rock gagnent désormais beaucoup d’argent, évitent les frasques d’antan (il n’est plus question de sexe ni de drogue, ou alors en privé), et se produisent dans des salles immenses ou des stades, entourés de la technologie dernier cri et d’équipes aussi denses que pour une production Hollywoodienne. On peut pointer le paradoxe : les rock stars sont devenues de véritables institutions. Il ne s’agit plus de musique mais clairement de business.
Depuis que le groupe Queen a proposé à la BBC un film promotionnel qui lui évitait de se rendre sur le plateau de l’émission Top of the pops, le vidéo-clip existe officiellement. Qui se souvient de ce groupe obscur de San Francisco, Les Residents, qui tournaient simultanément des petits films musicaux grand-guignolesques ? Le clip n’est pas underground, il est entré dans l’Histoire avec un tube regardé en masse – Bohemian Rhapsody - voila pourquoi on peut affirmer qu’il est né de l’institutionnalisation du rock.

Le rock s’est affirmé comme une révolution culturelle sans précédent aux Etats-Unis, et la technologie vidéo est arrivée à point nommé pour en faire un phénomène définitivement mondial alors qu’il s’essoufflait. En 1981, l’association fructueuse de Bob Pittman, heureux créateur de la première chaîne câblée dédiée à la forme brève, MTV, et de celui qu’on appellera le « King of pop », Mickael Jackson, aboutira à la consécration de ce nouveau support médiatique. Finies les laborieuses tournées de promotion, l’artiste s’offre à la maison, dans les bars, les discothèques et les magasins de disques avec son nouveau « single »2 ! Le vidéo-clip s’exporte vite comme une friandise visuelle dérisoire (malgré le prix que son tournage peut coûter) et bigarrée, indispensable pour accompagner la carrière d’un artiste digne de ce nom. La contre-culture se déplace et se régénère donc autrement et ailleurs.
« No future » dira-t-on alors. Cette génération, désabusée, n’attend plus rien de l’avenir dans un contexte de crise sociale due au premier choc pétrolier. Le mouvement punk3 se développe en Angleterre et aux Etats-Unis au milieu des années 70. Il oppose au style trop technique et grandiloquent du rock progressif de l’époque des compositions à la violence nue, à la rage spontanée et revendicatrice. Les figures de proue du mouvement, les Sex Pistols, appellent à l’anarchie (Anarchy in the U.K. en 1975) et les Clash à l’émeute (London Calling en 1979). Les Punks sont une nouvelle tentative de révolte contre l’ordre établi, à savoir contre celui des « dinosaures » du rock qui brassent des millions.

A l’ère du commerce de masse, l’esthétique punk procède de l’acronyme DIY : « Do It Yourself » (« Fais le toi-même ») revendiquant la débrouillardise, la spontanéité et une esthétique « destroy ». Si le punk a quelque chose à dire, il n’attendra pas que l’on prenne la parole pour lui. Il n’a pas besoin de savoir jouer de la guitare pour faire de la musique. Il n’a pas besoin de se rendre dans un magasin pour se vêtir. Dans un environnement à l’urbanisation croissante, il préconise le matériel de récupération. Il arbore des vêtements en vinyl et en cuir laminés qu’il se confectionne lui-même, parés de clous et de pics en métal ; il se plait au piercing, s’arrange les cheveux en forme de crête colorée à la bombe de peinture ou bien se les rase complètement.
Le mouvement punk se voulant anarchiste, on ne fait pas de la musique pour l’argent mais pour le partage. « Le punk est la musique des kids qui en ont eu marre de payer cher et de s’asseoir à un kilomètre d’un groupe superstar dans les grands stades. C’est une musique avec laquelle on peut s’identifier, jouée par des groupes dans des petits clubs et des pubs où on peut sentir ce qu’il se passe. »4.

Hélas, le mouvement a été mis en scène par Malcolm Mac Laren, le manager des Sex Pistols, et les motivations lucratives n’en sont pas exclues. Très vite, l’attitude punk devient « hype5 », et des boutiques de vêtements ouvrent dans les quartiers branchés de Londres. Des groupes signent avec des majors. Comme le rock, le mouvement punk perd de sa signification pour s’abîmer dans le consensuel. Il survivra plus ou moins sous la forme punk-rock apparue aux Etats-Unis quelques années plus tard, farouchement défendue par les Dead Kennedys ou Black Flag. Ces derniers constitueront un précieux héritage pour Kurt Cobain qui le fera exploser avec Nirvana au milieu des années 90. L’idéal punk ne disparaîtra donc jamais et aura véritablement révolutionné la façon d’envisager la musique.
Entretemps, les choses se sont compliquées avec l’évolution de la technologie. Venus des musiques électroniques, le synthétiseur et la boîte à rythmes ouvrent une nouvelle ère, celle de la new-wave, représentée par The Cure, Depeche Mode ou encore Joy Division. Ces formations défendent une musique plus sombre, mécanique de par l’utilisation de ces machines, dont les chansons brassent des thèmes existentialistes et romantiques.

La France n’échappera pas à ces mouvements et à ces modes, qu’elle accommodera à son propre contexte culturel et social.



    1. Plus précisément en France


La France n’est en effet pas en reste : dès 1976, le groupe Téléphone, emmené par Jean-Louis Aubert au chant, Louis Bertignac à la guitare, Corrine Marienneau à la basse et Richard Kolinka à la batterie, remporte un succès phénoménal en proposant pour la première fois du rock français crédible et efficace. Comparés aux Rolling Stones, Téléphone compose des hymnes tels Cendrillon, la Bombe humaine, Argent, trop cher etc… pour une génération post soixante-huitarde en quête d’idéaux. Un autre monde, sorti en 1984, permettra à Jean-Baptiste Mondino, de donner au vidéoclip français ses lettres de noblesse internationales.
La même année, Philippe Gautier réalise Marcia Baila pour les Rita Mitsouko, un autre clip historique. Le duo au nom exotique est constitué de Frédéric Chichin à la guitare et de Catherine Ringer au chant. Ils ont été immergés dans la musique contemporaine, notamment avec Iannis Xenakis en ce qui concerne Catherine Ringer, et affectionnent également l’esthétique punk. Leur premier maxi6 avait été enregistré dans leur cuisine et présentait déjà un goût du bidouillage témoignant bien de l’influence des instruments électroniques dans les musiques actuelles à cette époque. Le clip de Marcia Baila, postmoderne s’il en est avec ses clichés parisiens bariolés, aura considérablement contribué à faire connaître le groupe, symbole de cette génération de l’image. En retour, Philippe Gautier travaillera dès lors avec tous les artistes de cette génération : Etienne Daho, l’Affaire louis Trio, Vanessa Paradis…
Le versant new-wave est exploré par Indochine, dont la première chanson, L’aventurier, séduit la jeunesse. Nicola et Stéphane Sirkis (synthés et chant), Dominique Nicolas (guitares) et Dimitri Bodianski (saxophone) adaptent en France le mélange de mélodies pop évidentes avec les synthétiseurs et les boîtes à rythmes sur les traces de The Cure et Depeche mode. Des réalisateurs comme Marc Caro (le compère de Jean Pierre Jeunet) ou même Serge Gainsbourg s’occuperont des clips du groupe majeur de cette décennie.
Pour ce qui est du contexte social, la France entre dans l’ère Mitterrand. Bien évidemment, la crise économique qui touche les Etats-Unis et l’Angleterre ne fait pas exception de l’Hexagone. On fonde de grands espoirs sur l’accession de la gauche au pouvoir. Mais malgré quelques actions salutaires comme l’abolition de la peine de mort où bien la création des radios-libres, le gouvernement socialiste ne résout pas le problème et les évènements violents se multiplient, avec une montée non anecdotique de l’antisémitisme comme nous le verrons par la suite. En octobre 1980, un attentat vise la synagogue de la rue Copernic à Paris et fait plusieurs morts. En septembre 1982 a lieu le carnage de la rue des Rosiers. Ce mélange d’espoir et d’avenir incertain, conjugué avec l’idéal punk encore très en vogue, ne fera que doper l’activisme au sein de la culture, notamment à Bordeaux, où Noir Désir va trouver un terreau propice à son éclosion.



    1. Plus précisément à Bordeaux


Comment Bordeaux est-elle devenue une des capitales mondiales du rock ? Tout simplement parce qu’elle y avait pignon sur rue : en 1962, une des toutes premières usines de fabrication de vinyles s’est installée à quelques kilomètres de là. Subséquemment, l’Aquitaine a été une des régions les mieux servies par la distribution musicale internationale. Comme une réaction en chaîne, l’écoute privilégiée des artistes a entraîné leur passage obligé par Bordeaux. Qui vivait là pouvait applaudir autant des stars de renommée internationale comme Bob Marley, The Police ou James Brown que des artistes un peu plus confidentiels.

Conséquence logique de cette présence, la ville commence à bouillonner d’activité musicale à la fin des années 70. Car écouter et voir donne envie d’imiter. De nombreux groupes se forment et des bars à concerts ouvrent dans les quartiers étudiants. Le premier festival Punk français s’installe à proximité, à Mont-de-Marsan.

Bordeaux voit alors le règne des groupes en « St ». A prononcer phonétiquement car ce ne sont pas des saints ; ils sont tous sous influence directe ou indirecte du mouvement punk, des chansons les plus brûlantes aux plus sombres. Ce mouvement prônant comme nous l’avons vu l’esprit d’initiative, la jeunesse ne manquait pas de prétendants musicaux. D’autant que Bordeaux, conservatrice et bourgeoise, avait bien besoin d’un coup de fouet. Les prétendants s’appellent Strychnine, les Standards, les Stagiaires… Ils brassent de multiples influences, et revendiquent au premier comme au second degré l’urgence et l’activisme.
Pour ces groupes à l’existence plus ou moins déterminée, il faut des salles où jouer. François Vidal, disquaire remplaçant au Babylone, a été l’artisan de cette construction. Il témoigne : « (Le Babylone) est pour moi le premier lieu vraiment rock de Bordeaux.. Il y avait là une idée plus moderne, plus affinée, avec cet écran géant et ce vidéoprojecteur qui permettait au DJ, c'était nouveau, de mixer musique et images »7 Au seuil des années 80, on y faisait donc déjà du VJ-ing. C’est dire si la ville était à la pointe de l’avant-garde…

Francis Vidal a poursuivi son œuvre en réhabilitant Le Luxor, à la périphérie de la ville. Les voisins excédés de voir défiler des punks avinés et bruyants en ont obtenu la fermeture à 22h30 les soirs de concert. Qu’à cela ne tienne, cela n’empêchera pas les Thugs (précurseurs français de Nirvana), ou les futurs Mano Negra (sous le nom de Hot Pants) d’y brûler les planches, ainsi que la crème de la scène française d’alors, qui rencontre la faune musicale bordelaise au bar où les tournées se partagent dans la convivialité.
Non seulement les nombreux musiciens locaux auront donc droit à un large choix d’artistes grâce à la proximité de l’usine et à la visite de toutes les stars du rock mais ils auront aussi un rapport privilégié avec la scène nationale grâce à la proximité des artistes au sein des lieux de concerts.

Vidal et d’autres récupéreront ou transformeront les bars et salles un à un, annexant la ville au nom du rock. En émergeront quelques figures reconnues comme Kid Pharaon, Gamine, et, bien sûr, Noir Désir.


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