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I




Sully-Prudhomme.



Table des matière-2
On connaît le passage du Phédon où Socrate raconte qu'Apollon lui ayant prescrit de se livrer à la poésie, il pense que, pour être vraiment poète, il fallait « faire des mythes, non pas seulement des discours, ποιεΐν μύθους, άλλ’ οΰ λόγους. » Le vrai poète est en effet, comme on l'a dit avec raison, un créateur de mythes, c'est-à-dire qu'il représente à l'imagi­nation des actions et des faits sous une forme sensible, et qu'il traduit ainsi en actions et en images même les idées. Le mythe est le germe commun de la religion, de la poésie et du langage : si tout mot est au fond une image, toute phrase est au fond un mythe complet, c'est-à-dire l'histoire fictive des mots mis en action. La langue, à son tour, est le germe de la société entre les esprits. Mais il y a des mots qui ne sont plus aujourd'hui que des fragments d'images et de sentiments, des débris morts, de la poussière de mythe, presque des signes algébriques; il y a, au contraire, des mots qui sont des images complètes; il y a des phrases et des vers qui offrent l'harmonie et la coordination d'une scène vivante s'accomplissant sous nos yeux. Le poète se re­connaît à ce qu'il rend aux mots la vie et la couleur, à ce qu'il les associe de manière à en faire le développement d'un mythe; le poète est, selon le mot de Platon, μυθολογιχός; c'est donc à bon droit qu'on a placé au premier rang, parmi les dons du grand poète, la puissance mythologique 1. La pensée poétique doit s'incarner dans le mot-image, qui est son verbe.
Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant;

La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant.
Le mot, le terme, type venu on ne sait d'où, a la force de l’invisible, l'aspect de l'inconnu :
De quelque mot profond tout homme est le disciple;
Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux, les mots sont les « passants mystérieux de l'âme ».
Chacun d'eux du cerveau garde une région;

Pourquoi ? c'est que le mot s'appelle Légion;



Nemrod dit : « Guerre ! » alors, du Gange à 1'Ilissus,

Le fer luit, le sang coule. « Aimez-vous ! » dit Jésus.

Et ce mot à jamais brille…

Dans les cieux, sur les fleurs, sur l'homme rajeuni,

Comme le flamboiement d'amour de l'infini !



Car le mot, c'est le verbe, et le verbe, c'est Dieu 1.
Mais le vrai verbe n'est pas une forme adaptée à la pen­sée, il est la pensée même se communiquant à autrui par un prolongement sympathique. Le meilleur de nos poètes philosophes, Sully-Prudhomme nous dit : « Le vers est la forme la plus apte à consacrer ce que l'écrivain lui confie, et l'on peut, je crois, lui confier, outre tous les sentiments, presque toutes les idées. » A une condition, toutefois, c'est que le vers ne soit jamais un vêtement ajouté après coup à des idées conçues d'abord d'une manière abstraite. Sully-Prudhomme va nous donner lui-même des exemples de la plus belle et aussi de la médiocre poésie philosophique, de celle qui est spontanée et de celle qui est un travail de mise en vers.
Pour Victor Hugo, ce génie lyrique par essence, à l'inspira­tion large toujours, sinon toujours mesurée, les choses prenaient vie et âme : il croyait les entendre tour à tour, ou mieux encore toutes ensemble, et il a fait de son œuvre un chœur immense, puissant parfois jusqu'à assourdir, duquel se dégage, comme une voix d'airain retentissante et prophétique, la voix même de la nature, telle qu'elle a résonné au cœur du poète. Avec Sully-Prudhomme ce n'est plus le lyrique ébloui, ten­tant d'embrasser tout le dehors en son regard agrandi; ce sont les yeux mi-clos de la réflexion sur soi, la vision inté­rieure, mais qui cependant s'élargit peu à peu, « jusqu'aux étoiles » :
Tout m`attire à la fois et d'un attrait pareil

Le vrai par ses lueurs, l'inconnu par ses voiles;

Un trait d'or frémissant joint mon cœur au soleil

Et de longs fils soyeux l'unissent aux étoiles 2.
Sully-Prudhomme nous donne, sans s'en douter, la défi­nition de sa nature propre de poète dans deux de ses plus jolis vers :
On a dans l'âme une tendresse

Où tremblent toutes les douleurs 3.
Larmes et perles tout ensemble, elles sont bien en effet jaillies du cœur, ses meilleures inspirations, celles qui se sont tra­duites en des pièces telles que les Yeux.
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l'aurore;

Ils dorment au fond des tombeaux;

Et le soleil se lève encore.
Les nuits, plus douces que les jours,

Ont enchanté des yeux sans nombre:

Les étoiles brillent toujours

Et les yeux se sont remplis d'ombre:
Oh ! qu’ils aient perdu le regard,

Non, non, cela n'est pas possible !

Ils se sont tournés quelque part

Vers ce qu'on nomme l'invisible:
Et comme les astres penchants

Nous quittent, mais au ciel demeurent,

Ces prunelles ont leurs couchants,

Mais il n'est pas vrai qu’elles meurent :
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,

Ouverts à quelque immense aurore,

De l'autre côté des tombeaux

Les yeux qu'on ferme voient encore.
La caractéristique de Sully-Prudhomme, c'est cette élévation constante des sentiments. Il y joint une conscience scrupuleuse jusqu'à en être timorée, si bien qu'elle a fini par faire de la pensée du poète une timide; - une timide vraiment, car elle n'ose parfois se porter en avant plutôt qu'en arrière; pour chercher le bonheur, pour chercher l'idéal, elle s'arrête hésitante entre le passé lointain - incompris peut-être - et l'avenir indéterminé; elle s'oublie volontiers dans l'un et se perd dans l'autre à la recherche de « l'étoile suprême »,
De celle qu'on n'aperçoit pas,

Mais dont la lumière voyage

Et doit venir jusqu'ici-bas

Enchanter les yeux d'un autre âge.
Quand luira cette étoile, un jour,

La plus belle et la plus lointaine,

Dites-lui qu'elle eut mon amour,

O derniers de la race humaine.
En attendant, le poète rêve dans le présent, et rêve d'un monde meilleur. Meilleur, non point en tant que gros de promesses et de bouleversements qui réaliseraient ce qu'on ne voit pas en ce monde-ci; non; meilleur, pour Sully-Prudhomme, signifie moins changer que de­meurer : il rêve l'immobilité pour ce qui fuit, la cristallisation de ce qui passe, l'éternité enfin pour tout ce qui l'a enchanté ici-bas dans les êtres et dans les choses, pour tout ce qu'il a trouvé de bon et de grand au cœur de l'homme.
S'asseoir tous deux au bord du flot qui passe,

Le voir passer;

Tous deux, s'il glisse un nuage en l'espace,

Le voir glisser;

A l'horizon, s'il fume un toit de chaume,

Le voir fumer,

Aux alentours, si quelque fleur embaume,

S'en embaumer;

Si quelque fruit, où les abeilles goûtent,

Tente, y goûter;

Si quelque oiseau, dans les bois qui l'écoutent,

Chante, écouter...

Entendre au pied du saule où l'eau murmure

L'eau murmurer;

Ne pas sentir, tant que ce rêve dure,

Le temps durer;

Mais n'apportant de passion profonde

Qu'à s'adorer,

Sans nul souci des querelles du monde,

Les ignorer;

Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse,

Sans se lasser,

Sentir l'amour, devant tout ce qui passe,

Ne point passer 1!
Quant à lui, dès cette vie, il veut réaliser son rêve : il fera du passé un éternel présent par la force du souvenir, et il se déclare prêt à dire à la bien-aimée dont les cheveux auraient blanchi, dont les yeux se seraient ternis sous les années :
Je vous chéris toujours…



Je viens vous rapporter votre jeunesse blonde.

Tout l'or de vos cheveux est resté dans mon cœur,

Et voici vos quinze ans dans la trace profonde

De mon premier amour patient, et vainqueur !
Comme tout ce qui vient de l'âme, la poésie des Stances et des Vaines tendresses est un peu triste, très douce, toute de nuances, et pour ainsi dire voilée à la façon d'un paysage les jours de brume : - brume légère, il est vrai, où l'on voit filtrer partout la lumière des grands cieux clairs. Nulle part le rayon éblouissant, qui parfois même blesse l'œil, droit et dur comme une flèche, ne la déchire, cette brume de la pensée flottante. Le rêve du « songeur » et du « voyant » peut avoir forme et force, mais la simple rêverie n'est pas l'aile des grands essors. Sully-Prudhomme est incomparable dans les pièces courtes, exquises par contre, et, si l'expression d'une pensée fait leur mesure, la pensée n'y est pas d'une déli­catesse moins rare que la forme qui l'enchâsse; parfois même sa subtilité devient telle qu'elle en arrive à n'être sen­sible qu'à la façon d'un souffle, et visible seulement comme le « fard léger » de l' « aile fraîche des papillons blancs » auquel le poète se plaît à comparer ses vers. Mais la subtilité peut être dissolvante; raffiner à l'excès, c'est souvent dé­lier le faisceau des sarments de la fable, c'est détruire dans leur germe les grands enthousiasmes, qui donnent seuls l'audace et l'élan des longs poèmes.
Et cependant, ces longs poèmes, Sully-Prudhomme aura l'honneur de les avoir tentés. La Justice, le Bonheur, les deux plus hautes aspirations de l'âme humaine, et dont la Nature semble s'inquiéter le moins, voilà ce qu'il a chanté, - et parfois un peu trop étudié en vers. Le souci que le poète philosophe montre toujours de rendre sa pensée avec une absolue exactitude, laquelle précisément commu­nique à tant de ses pièces l'émotion et la beauté du vrai, se retourne, hélas ! contre lui-même aux heures d'inspiration douteuse, quand il s'éver­tue à mettre en vers, en sonnets parfois (et avec une rigueur qui ne peut se comparer qu'à la sincérité dont elle émane) des dissertations scientifiques et des définitions techniques. Rien n'égale l'ingéniosité, l'ha­bileté, la conscience déployées dans ce travail, où mots et idées finissent par se caser comme en une mosaïque très com­pliquée. C'est avec la plus parfaite ingénuité que le poète tente de faire rentrer dans son art, outre l'esprit, 1a lettre aussi de toute chose, oubliant qu'il n'est pas plus naturel de tout dire en vers que de tout chanter. La note musicale n'est que lu prolongement des vibrations de la voix émue et ne trouve sa raison que dans l'émotion même. Le vers ne peut donner sa forme et son rythme à la pensée que lorsque celle-ci vibre et chante. Le propre de la pensée vraiment poétique, c'est, en quelque sorte, de déborder le vers, dont la mesure ne semble lui avoir été imposée que pour limiter en elle ce qui seul peut l'être, la forme, non le fond. Quant à la définition scientifique, qui, elle, peut tenir tout entière dans les douze syllabes d'un alexandrin, elle est un véritable non-sens en poésie : à quoi bon donner une règle à ce qui est la règle même ?
Les grandes idées et les beaux vers abondent; et cepen­dant, même dans les pages les plus vantées, on sent trop le travail patient. Que l'on compare à Ibo les vers qui suivent et qui ont été cités souvent parmi les plus remarquables, on comprendra que la « méditation poétique », malgré ses hautes qualités, demeure toujours inférieure à l'inspiration prophétique.
La nature nous dit : « Je suis la raison même,

Et je ferme l'oreille aux souhaits insensés;

L'Univers, sachez-le, qu'on l'exècre ou qu'on l'aime,

Cache un accord profond des Destins balancés.
« Il poursuit une fin que son passé renferme,

Qui recule toujours sans lui jamais faillir;

N'ayant pas d'origine et n'ayant pas de terme,

Il n'a pas été jeune et ne peut plus vieillir.
« Il s'accomplit tout seul, artiste, œuvre et modèle;

Ni petit, ni mauvais, il n'est ni grand, ni bon,

Car sa taille n'a pas de mesure hors d'elle,

Et sa nécessité ne comporte aucun don...
« Je n'accepte de toi ni venus ni sacrifices,

Homme, n'insulte pas mes lois d'une oraison.

N'attends de mes décrets ni faveurs, ni caprices.

Place ta confiance en ma seule raison ! »...
Oui, nature, ici-bas mon appui, mon asile,

C'est ta fixe raison qui met tout en son lieu ;

J'y crois, et nul croyant plus ferme et plus docile

Ne s'étendit jamais sous le char de son dieu...
Ignorant tes motifs, nous jugeons par les nôtres :

Qui nous épargne est juste. et nous nuit, criminel.

Pour toi qui fais servir chaque être à tous les autres,

Rien n'est bon, ni mauvais, tout est rationnel...
Ne mesurant jamais sur ma fortune infime

Ni le bien, ni le mal, dans mon étroit sentier

J'irai calme, et je voue, atome dans l’abîme,

Mon humble part de force à ton chef-d'œuvre entier.
Nous préférons, dans le Bonheur, ce tableau enthousiaste de la philosophie grecque, où semble passer le grand souffle des Héraclite, des Empédocle, des Parménide :
Par-dessus tout la Grèce aimait la vérité !

Milet, Samos, Elée, habitantes des plages,

Vos poètes sont purs comme l'onde, et vos sages

Comme elle sont profonds, et leur témérité

Ouvrit sur 1'inconnu de lumineux passages.

Dans la grande nature ils entraient éblouis,

Avec ferveur, sans choix, sans art; leur premier songe

Errait émerveillé, comme la main qui plonge

Dans les trésors confus par l'avare enfouis !

Qu'est-ce que l'univers ? Il vit : quelle en est l'âme ?

Quel en est l'élément ? L'eau, le souffle, ou la flamme ?

Thalès y perd ses jours, Héraclite en pâlit,

Démocrite en riant a broyé la matière;

Il livre à deux amours cette immense poussière,

Et le repos y naît d'un éternel conflit.

Phérécyde a crié : « Je ne suis pas une ombre,

Je sens de l’être en moi pour une éternité. »

Et Pythagore, instruit dans les secrets du nombre,

Recompose le monde en triplant l'unité,

Le zodiaque énorme à ses oreilles gronde...


Ces chercheurs étaient grands : ils se jetaient sans crainte

Au travers de la nuit sans guide ni sentier;

Ignorant la prière, ils usaient de contrainte,

Et, pressant l'inconnu d'une superbe étreinte,

Pour penser dignement l'embrassaient tout entier.

Ils vouaient leur génie à cette œuvre illusoire;

Se fiant à lui seul, ils ne pouvaient pas croire

Qu'ayant l'intelligence ils dussent regarder.



O grand Zénon, patron de ces héros sans nombre

Accoudés sur la mort comme on s'assied à l'ombre

Et n'offrant qu'au devoir leur pudique amitié,

Tu fus le maître aussi du divin Marc-Aurèle,

Celui dont la douceur triste et surnaturelle

Etait faite à la fois de force et de pitié !
Il eût fallu continuer de la même manière, faire passer sous nos peux les systèmes vivants, comme des idées devenues des âmes. Par malheur, au lieu de ce lyrisme philosophique, nous trouvons bientôt un résumé abstrait de toute l'histoire de la philosophie, en vers mnémo­techniques.
Anselme, ta foi tremble et ta raison l'assiste :

Toute perfection dans ton Dieu se conçoit :

L'existence en est une, il faut donc qu'il existe;

Le concevoir parfait, c'est exiger qu'il soit.



Les types éternels des formes éphémères,

Qu'avait dans l'absolu vus resplendir Platon,

Sont-ils réels ? Un genre, est-ce un être, est-ce un nom ?

Les genres ne sont-ils que d'antiques chimères ?

Ou le monde sans eux n'est-il qu'un vain chaos ?

Ces débats ont de longs et sonores échos !
La poésie philosophique et scientifique, pour avoir l'in­fluence morale et sociale qui lui appartient de droit, et qu'un Victor Hugo eût pu lui donner, doit être aussi vivante, aussi voyante et sentante que la poésie religieuse. Même dans le Zénith, à côté de choses admira­bles il y a encore trop de choses mises en vers, quoique en très beaux vers :
Nous savons que le mur de la prison recule;

Que le pied peut franchir les colonnes d'Hercule,

Mais qu'en les franchissant il y revient bientôt;

Que la mer s’arrondit sous la course des voiles;

Qu'en trouant les enfers on revoit les étoiles;

Qu'en l'univers tout tombe, et qu'ainsi rien n'est haut.
Nous savons que la terre est sans piliers ni dôme,

Que l'infini l'égale au plus chétif atome;

Que l'espace est un vide ouvert de tous côtés,

Abime où l'on surgit sans voir par où l'on entre,

Dont nous fuit la limite et dont nous suit le centre,

Habitacle de tout, sans laideurs ni beautés…



Ils montent, épiant l'échelle où se mesure

L'audace du voyage au déclin du mercure...



Mais la terre sullït à soutenir la base…

D'un triangle où l'algèbre a dépassé l’extase.­..
Voici maintenant la vraie inspiration poétique et philoso­phique tout ensemble :
Car de sa vie à tous léguer l'œuvre et l'exemple,

Cest la revivre en eux plus profonde et plus ample,

C'est durer dans l'espèce en tout temps, en tout lieu,

C'est finir d'exister dans l'air où l'heure sonne,

Sous le fantôme étroit qui borne la personne,

Mais pour commencer d'être à la façon d'un dieu !
L'éternité du sage est dans les lois qu'il trouve.

Le délice éternel que le poète éprouve,

C'est un soir de durée au cœur des amoureux !...
Ces vers rappellent les vers-formules qui abondent dans Hugo, et où la formule même fait image. On en peut dire autant des suivants :
Emu, je ne sais rien de la cause émouvante.

C'est moi-même ébloui que j'ai nommé le ciel,

Et je ne sens pas bien ce que j'ai de réel.



J'ai voulu tout aimer et je suis malheureux,

Car j'ai de mes tourments multiplié les causes.
Il existe un bleu dont je meurs

Parce qu'il est dans les prunelles.
Dans les Danaïdes, rien de plus poétique et de plus phi­losophique tout ensemble que le tableau de la jeune Espé­rance : « Mes sœurs, si nous recommencions. »
Aux poètes ou aux philosophes qui croient que tout est épuisé en fait de sentiments et d'idées inspiratives, on peut dire avec Sully-Prudhomme :
Vous n'avez pas sondé tout l'océan de l'âme,

O vous qui prétendez en dénombrer les flots...

Qui de vous a tâté tous les coins de l’abime

Pour dire : « C'en est fait, l'homme nous est connu;

Nous savons sa douleur et sa pensée intime,

Et pour nous, les blasés, tout son être est à nu ? »

Ah ! ne vous flattez pas, il pourrait vous surprendre...
C'est cette surprise, surprise heureuse et douce, qu'on éprouve en lisant les poètes qui ont à la fois pensé et senti.
Tous les corps offrent des contours.

Mais d'où vient la forme qui touche ?

Comment fais-tu les grands amours,

Petite ligne de la bouche ?...
« La forme qui touche », voilà ce que le vrai poète, le poète créateur, doit trouver lui aussi et ce qu'a trouvé bien des fois Sully-Prudhomme; si « la petite ligne de la bouche fait les grands amours », c'est qu'elle est l'expression spon­tanée de l'âme, sans étude et sans effort; telle est aussi la poésie où la pensée même ne fait que se prolonger et se rendre visible dans les lignes et les formes des vers : elle seule fait les grands amours.


Deuxième partie: chapitre IV:
“L’introduction des idées philosophiques et sociales dans la poésie contemporaine (suite).
Les successeurs d’Hugo.”

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