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II




Lamartine



Table des matière-2
Il n'y a pas grande originalité dans la philosophie encore trop oratoire de Lamartine : le christianisme et le plato­nisme en ont fourni l'ensemble et les détails; mais vou­loir que toute idée philosophique mise en vers par le poète lui appartienne toujours en propre serait véritable­ment trop demander. Il est dans la nature même du poète d'être grand surtout en surface : il doit voir et sentir plus que s'appesantir, il doit tout effleurer et tout comprendre; il reflète; c'est le miroir d'une génération, d'une époque; sa profondeur est le plus souvent intuition. Ses doutes ou ses croyances, il les trouve la plupart du temps, comme chacun de nous, dans l'air ambiant. Seulement, comme son art consiste justement à grandir toutes choses en les animant, il est indispensable que l'idée soit par lui repensée, qu'il la fasse pour ainsi dire sienne en la rendant vivante de sa vie propre. C'est en ce sens qu'on pourrait soutenir qu'il n'est peut-être pas mauvais que le poète se fasse illusion à lui-même, finisse par se croire au même degré l'auteur de certaines pensées et de la forme qu'il leur a donnée. Se contenter de traduire, c'est pour un poète se condam­ner d'avance à la froideur; c'est faire un travail, non une œuvre d'art véritable, quelque perfection d'ailleurs qu'il y ap­porte. Ainsi en arrive-t-il pour Lamartine : quoique le senti­ment soit vrai, trop souvent la pensée philosophi­que et reli­gieuse, au lieu de projeter spontanément son expression vivante, est « traduite en vers », - en vers heureux, faciles, abondants, poétiques, mais qui n'en sont pas moins des traduc­tions et des tours d'adresse 1. Il y a encore trop de Delille dans Lamartine.

La Mort de Socrate résume éloquemment Platon et, plus d'une fois, y ajoute. Rappelez-vous ces vers qui expriment si bien la vie universelle et l'animation divine de la nature :
Peut-être qu'en effet, dans l'immense étendue,

Dans tout ce qui se meut une âme est répandue;

Que ces astres brillants sur nos têtes semés

Sont des soleils vivants et des feux allumés;

Que l'océan frappant sa rive épouvantée

Avec ses flots grondants roule une âme irrités ;



Et qu'enfin dans le ciel, sur la terre, en tout lieu,

Tout est intelligent, tout vit, tout est un dieu 1.
Une théodicée est poétiquement enseignée dans Jocelyn : c'est la Religion de Racine fils, avec des traits de génie en plus :
Je suis celui qui suis.

Par moi seul enfanté, de moi-même je vis;

Tout nom qui m'est donné me voile ou me profane;

Mais, pour me révéler, le monde est diaphane 2.

Rien ne m'explique, et seul j'explique l'univers :

On croit me voir dedans, on me voit à travers;
Ce grand miroir brisé, j’éclaterais encore.

Eh ! qui peut séparer le rayon de l'aurore ?

Celui d'où sortit tout contenait tout en soi.

Ce monde est mon regard qui se contemple en moi.
Si les premiers vers rappellent par trop les vers de Louis Racine, les derniers contiennent d'heureuses formules de philosophie néoplatonicienne.
Dieu, selon Jocelyn, est supérieur à la pensée humaine comme il est supérieur à la nature.
Le regard de la chair ne peut pas voir l'esprit !

Le cercle sans limite, en qui tout est inscrit,

Ne se concentre pas dans l'étroite prunelle.

Quelle heure contiendrait la durée éternelle ?

Nul œil de l'infini n'a touché les deux bords :

Élargissez les cieux, je suis encor dehors.



Je franchis chaque temps, je dépasse tout lieu;

Hommes, l'infini seul est la forme de Dieu.
D'après Larmartine comme d'après les Alexandrins, la vie universelle est un effort de tous les êtres pour revenir au premier principe, qu'ils sentent tous sans le voir.
Trouvez Dieu ! son idée est la raison de l'être,

L'œuvre de l’univers n'est que de la connaître.

Vers celui dont le monde est l'émanation,

Tout ce qu'il a créé n'est qu'aspiration.

L'éternel mouvement qui régit la nature

N'est rien que cet élan de toute créature

Pour conformer sa marche à l'éternel dessein,

Et s'abîmer toujours plus avant dans son sein.
Les idées de Rousseau sur la religion naturelle viennent s'ajouter aux inspirations chrétiennes et platoniciennes :
La raison est le culte et l'autel est le monde.
Avec Lamartine, les découvertes de la science commencent à pénétrer dans la poésie et y trouvent leur expression, non sans quelque effort.
… Pourtant chaque atome est un être,

Chaque globule d'air est un monde habité;

Chaque monde y régit d'autres mondes, peut-être.

Pour qui l’éclair qui passe est une éternité !

Dans leur lueur de temps, dans leur goutte d'espace,
Ils ont leurs jours, leurs nuits, leur destin et leur place,

La vie et la pensée y circulent à flot;

Et, pendant que notre œil se perd dans ces extases,

Des milliers d'univers ont accompli leurs phases

Entre la pensée et le mot.
La vraie poésie est surtout dans les grands symboles philosophiques et même dans les mythes ; l'imagination poétique se confond avec l'imagination religieuse : la poésie est une religion libre et qui n'est qu'à demi dupe d'elle­-même; la religion est une poésie systématisée qui croit réel­lement voir ce qu'elle imagine et qui prend ses mythes pour des réalités. Lamartine ne connaît que la forme encore trop froide de l'allégorie ou de la fable.
L'aigle de la montagne un jour dit au soleil :

« Pourquoi luire plus bas que ce sommet vermeil ?

A quoi sert d'éclairer ces prés, ces gorges sombres,

De salir tes rayons sur l'herbe dans ces ombres ?

La mousse imperceptible est indigne de toi...

- Oiseau, dit le soleil, viens et monte avec moi !... »

L'aigle, vers le rayon s'élevant dans la nue,

Vit la montagne fondre et baisser à sa vue;

Et quand il eut atteint son horizon nouveau,

A son œil confondu tout parut de niveau.

« Eh bien ! dit le soleil, tu vois, oiseau superbe,

Si pour moi la montagne est plus haute que l'herbe.

Rien n'est grand ni petit devant mes yeux géants;

La goutte d'eau me peint comme les océans;

De tout ce qui me voit je suis l'astre et la vie;

Comme le cèdre altier, l'herbe me glorifie ;

J'y chauffe la fourmi, des nuits j'y bois les pleurs,

Mon rayon s'y parfume en traînant sur les fleurs.

Et c'est ainsi que Dieu, qui seul est sa mesure,

D'un œil pour tous égal voit toute la nature ».
Le mal du siècle se montre déjà dans Lamartine, mais c'est sans altérer jamais par aucune dissonance l'amplitude de ses inspirations.
Pressentiments secrets, malheur senti d'avance,

Ombre des mauvais jours qui souvent les devance !
et ailleurs :
… ce vide immense,

Et cet inexorable ennui,

Et ce néant de l'existence,

Cercle étroit qui tourne sur lui.
Byron, qui exerça sur Lamartine tant d'influence, avait concentré toutes les objections à Dieu tirées du mal dans quelques lignes de Caïn : « ABEL. Pourquoi ne pries-tu pas - CAÏN. Je n'ai rien à demander. - Et rien dont tu doives rendre grâces à Dieu ? Ne vis-tu pas ? - Ne dois-je pas mourir ? » Le pessimisme de Byron ne pouvait convenir au tempérament de Lamartine. Malgré cela, le problème du mal a inquiété sa pensée autant que quelque chose pouvait l'inquiéter. On sait de quelle manière, un peu déclama­toire, ce problème est posé dans le Désespoir :
Héritiers des douleurs, victimes de la vie,

Non, non, n'espérez pas que sa rage assouvie

Endorme le malheur,

Jusqu'à ce que la mort, ouvrant son aile immense,

Engloutisse à jamais dans l'éternel silence

L'éternelle douleur.
Lamartine reprend plus tard la question :
Le sage en sa pensée a dit un jour : « Pourquoi,

Si je suis fils de Dieu, le mal est-il en moi ?



Est-il donc, ô douleur, deux axes dans les cieux,

Deux âmes dans mon sein, dans Jéhovah deux dieux ? »

Or l'esprit du Seigneur, qui dans notre nuit plonge,

Vit son doute et sourit; et l'emportant en songe

Au point de l'infini d'où le regard divin

Voit les commencements, les milieux et la fin;

« Regarde, » lui dit-il...
Et l'homme finit par comprendre qu'il est, comme l'ont cru les religions orientales, l'auteur de sa propre destinée, selon la hauteur plus ou moins grande à laquelle il est par­venu dans l'échelle des êtres.
Et son sens immortel, par la mort transformé,

Rendant aux éléments le corps qu'ils ont formé,

Selon que son travaille corrompt ou l'épure,

Remonte ou redescend du poids de sa nature !

Deux natures ainsi combattent dans son cœur.

Lui-même est l'instrument de sa propre grandeur;

Libre quand il descend, et libre quand il monte,

Sa noble liberté fait sa gloire ou sa honte.

Descendre ou remonter, c'est l'enfer ou le ciel.
On reconnaît la Profession de foi du vicaire savoyard mise en beaux vers, avec un accent qui rappelle les idées de Swedenborg sur le ciel intérieur à la conscience même, sur l'enfer également intérieur.
La chute des âmes et leur retour à Dieu, ce fond commun du platonisme et du christia­nisme, ont inspiré les deux grands poèmes : Chute d'un ange et Jocelyn :
Borné dans sa nature, infini dans ses vœux,

L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.
Par les désirs sensuels, l'âme tend en bas et tombe : « l'être lumineux » devient un « être obscur ». Par le détachement et le sacrifice, elle remonte vers la lumière.
La patrie, l'humanité, le progrès, les révolutions, les idées sociales ont fourni à Lamartine bien des inspirations, et parmi les plus élevées :
C'est la cendre des morts qui créa la patrie !



Marchez ! l'humanité ne vit nos d'une idée !

Elle éteint chaque soir celle qui l'a guidée :

Elle en allume une autre à l'immortel flambeau :

Comme ces morts venus de leur parure immonde,

Les générations emportent de ce monde

Leurs vêtements dans le tombeau.
Tous sont enfants de Dieu ! L’homme, en qui Dieu travaille,

Change éternellement de formes et de taille :

Géant de l'avenir à grandir destiné,

Il use en vieillissant ses vieux vêtements, comme

Des membres élargis font éclater sur l'homme

Les langes où l'enfant est né.
L’humanité n'est pas le bœuf à courte haleine

Qui creuse à pas égaux son sillon dans la plaine,

Et revient ruminer sur un sillon pareil :

C'est l'aigle rajeuni qui change son plumage,

Et qui monte affronter, de nuage en nuage,

De plus hauts rayons de soleil.
Enfants de six mille ans qu’un peu de bruit étonne,

Ne vous troubles donc pas d'un mot nouveau qui tonne,

D'un empire éboulé, d'un siècle qui s'en va !

Que vous font les débris qui jonchent la carrière ?

Regardez en avant, et non pas en arrière :

Le courant roule à Jéhova !
En somme Lamartine, qui se souvient de la quiétude des classiques plus qu'il ne pressent les agitations des modernes, n'est qu'assez légèrement affecté encore par toutes ces questions morales, philosophiques et religieuses qui préoccuperont nos poètes contemporains. Tout est calme dans cette poésie ondulante et rythmée comme les flots des grèves par les nuits d'été; seule la mélancolie, qui naît vite à leur murmure continu, vient voiler l'immuable sérénité du poète du lac du Bourget. De tels vers font songer à de blancs clairs de lune, à la fraîcheur des brises, au jour adouci des rayons sous les arbres; tout est grâce, demi-teinte et nonchalance, malgré un perpétuel souci,­ - notons-le en passant, - de la majesté et du grand air.
Deuxième partie: chapitre II:
“L’introduction des idées philosophiques et sociales dans la poésie contemporaine.”.

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