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III




De Vigny



Table des matière-2
La philosophie de Vigny est le pessimisme. « Il n'y a, dit-il, que le mal qui soit pur et sans mélange de bien. Le bien est toujours mêlé de mal. L'extrême bien fait mal. L'extrême mal ne fait pas de bien. » De là à croire que c'est le mal qui fait le fond de l'existence, le bien qui en est l'accident, il n'y a pas loin. La conclusion pratique est de ne pas compter sur le bien et le bonheur, de ne pas espérer. – « Il est bon et salutaire de n'avoir aucune espérance... ; il faut surtout anéantir l'espérance dans le cœur de l'homme. Un désespoir paisible, sans convulsion de colère et sans reproche au ciel, est la sagesse même..... Pourquoi nous résignons-nous à tout, excepté à ignorer les mystères de l'éternité ? A cause de l'espérance, qui est la source de toutes nos lâchetés... Pourquoi ne pas dire : - Je sens sur ma tête le poids d'une condamnation que je subis toujours, ô Seigneur; mais, ignorant la faute et le procès, je subis ma prison. J'y tresse de la paille, pour oublier... Que Dieu est bon ! quel geôlier admirable, qui sème tant de fleurs dans le préau de notre prison ! » - « La terre est révoltée des injustices de la création, elle dissimule par frayeur..., mais elle s'in­digne en secret contre Dieu... Quand un contempteur de Dieu paraît, le monde l'adopte et l'aime. » - « Dieu voyait avec orgueil un jeune homme illustre sur la terre. Or ce jeune homme était très malheureux et se tua avec une épée. Dieu lui dit. : « Pourquoi as-tu détruit ton corps ? » Il répondit : « C'est pour t'affliger et te punir. »
Ce pessimisme aboutit au stoïcisme. « Il est mauvais et lâche de chercher à se dissiper d'une noble douleur pour ne pas souffrir autant. Il faut y réfléchir et s'enferrer courageu­sement dans cette épée. » Et ensuite ? Ensuite il faut garder le silence :
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,

Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse.
... Si tu peux, fais que ton âme arrive,

A force de rester studieuse et pensive,

Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté

Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.

Gémir, pleurer, prier, est également lâche.

Fais énergiquement ta longue et lourde tâche

Dans la voie où le sort a voulu t'appeler;

Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler 1.
Cette fierté stoïque ne va pas sans un certain orgueil. De Vigny y met sa dignité et y voit le fond de l'honneur même. Selon lui, il faut acquiescer à la souffrance comme à une distinc­tion; Vigny insiste sur un sentiment raffiné que les grands cœurs seuls connaissent, « senti­ment fier, inflexible, instinct d'une incomparable beauté, qui n'a trouvé que dans les temps modernes un nom digne de lui; cette foi, qui me semble rester à tous encore et régner en souveraine dans les armées, est celle de l'Honneur. »
Une autre idée chère à Vigny, et d'inspiration pessimiste, c'est que le génie, qui semble un don de Dieu, est une con­damnation au malheur et à la solitude; lisez Moïse et les épisodes de Stello.
Je suis très grand, mes pieds sont sur les nations...

J'élève mes regards, votre esprit me visite,

la terre alors chancelle et le soleil hésite;
Vos anges sont jaloux et m'admirent entre eux.

Et cependant, Seigneur, je ne suis pas heureux,

Vous m'avez fait vieillir puissant et solitaire.

Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre...

M'enveloppant alors de la colonne noire,

J'ai marché devant vous, triste et seul dans ma gloire.


... Marchant vers la terre promise,

Josué s'avançait pensif et pâlissant,

Car il était déjà l'élu du Tout-Puissant.
Le Christ lui-même, le plus doux et le plus aimant des génies, ne fut-il pas abandonné de son père ? Alfred de Vigny voit en lui le symbole de l'humanité entière abandonnée de son Dieu. Dieu est muet; il est pour nous l'éternel silence et l'éternelle absence; répondons-lui par le même silence, marque de notre dédain.
….

Ainsi le divin Fils parlait au divin Père.

Il se prosterne encore, il attend, il espère.

Mais il remonte et dit : « Que votre volonté

Soit faite, et non la mienne, et pour l'éternité. »

- Une terreur profonde, une angoisse infinie

Redoublent sa torture et sa lente agonie;

Il regarde longtemps, longtemps cherche sans voir.

Comme un marbre de deuil tout le ciel était noir;

La terre sans clartés, sans astre et sans aurore,

- Et sans clartés de l’âme, ainsi quelle est encore, -

Frémissait. Dans le bois il entendit des pas,

Et puis il vit rôder la torche de Judas.
S'il est vrai qu'au jardin des saintes Écritures

Le fils de l'homme ait dit ce qu'on voit rapporté,

Muet, aveugle et sourd aux cris des créatures,

Si le ciel nous laissa comme un monde avorté.

Le juste opposera le dédain à l'absence,

Et ne répondra plus que par un froid silence

Au silence éternel de la Divinité.
Lamartine, lui, était de ceux qui croient voir Dieu dans la nature, cœli enarrant gloriam dei. Selon Vigny comme selon Pascal, la nature cache Dieu; au lieu d'avoir cet aspect consola­teur que Lamartine lui prête, elle est triste. Avec le progrès de la pensée réfléchie, sous le regard scrutateur de la science, nous avons vu reculer une à une au rang des apparen­ces les réalités d'autrefois. Et de toutes les croyances naïves, de tous les beaux rêves puérils de l'humanité, nul ne redescendra du fond de l'infini bleu, grand ouvert sur nos têtes, et dont la profondeur est faite de solitude.
C'est à l'amour, selon Vigny, et non à la nature qu'il faut demander quelque adoucissement de nos maux :
Sur mon cœur déchiré viens poser ta main pure,

Ne me laisse jamais seul avec la nature,

Car je la connais trop pour n'en pas avoir peur.

Elle me dit : …

« Je roule avec dédain, sans voir et sans entendre,

A côté des fourmis les populations ;

Je ne distingue pas leur terrier de leur cendre,

J'ignore en les portant les noms des nations.

On me dit une mère et je suis une tombe.

Mon hiver prend vos morts comme son hécatombe,

Mes printemps ne sont pas vos adorations.

Avant vous j'étais belle et toujours parfumée,

J'abandonnais au vent mes cheveux tout entiers,

Je suivais dans les cieux ma route accoutumée,

Sur l'axe harmonieux des divins balanciers.

Après vous, traversant l'espace où tout s'élance,

J'irai seule et sereine, en un chaste silence;

Je fendrai l'air du front et de mes seins altiers. »
Cette personnification de la nature en marche dans l'infini est autrement poétique que les admirations compassées, réglées d'avance, de Lamartine pour la création et le créateur.
Voici une des pensées les plus originales et les plus pro­fondes qui résultent de cette vision du Tout éternel et éter­nellement indifférent : c'est que ce n'est pas ce qui est éternel qu'il faut aimer, mais ce qui passe, parce que c'est ce qui passe qui souffre. Au lieu de se perdre dans l'ad­miration béate de l'optimisme pour cette grande Nature in­soucieuse, au lieu de chérir ce qui ne sent pas et n'aime pas, c'est l'homme à qui il faut réserver nos tendresses. « J'ai vu la nature, et j'ai compris son secret,
Et j'ai dit à mes yeux qui lui trouvaient des charmes:

« Ailleurs tous vos regards, ailleurs toutes vos larmes;

Aimes ce que jamais on ne verra deux fois ! »



Vivez, froide nature, et revivez sans cesse…



Plus que tout votre règne et que ses splendeurs vaines,

J’aime la majesté des souffrances humaines;

Vous ne recevrez pas un cri d'amour de moi.
S'il y avait au-dessus de la Nature des êtres supérieurs et vraiment divins, - un Dieu, des dieux ou des anges, ils n'auraient qu'un moyen de prouver leur divinité : des­cendre pour partager nos souffrances, nous aimer pour ces souffrances et même pour nos fautes. Le sujet d'Eloa, c'est le péché aimé par l'innocence, parce que, pour l'innocence, « le péché n'est que le plus grand des malheurs. » Il n'y a donc, en définitive, de vrai et de précieux que l'amour : tout le reste est fausseté et ironie.
Une fois faite, en ce pessimisme, la part d'une certaine affectation aristocratique, il semble bien que le « mal du siècle » ait marché; nous arrivons avec Vigny à l'état aigu. Mais ce n'est encore que le premier choc, et il est supporté avec toute la vaillance laissée intacte par la belle tranquillité des devanciers. L'effort se prolongeant, la sensibilité s'exas­père : avec Musset, voici bientôt les cris de souffrance et les sanglots.
Deuxième partie: chapitre II:
“L’introduction des idées philosophiques et sociales dans la poésie contemporaine.”.

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