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IV




Alfred de Musset



Table des matière-2
Le problème du mal, de la vie et de la destinée, c'est ce qui donne à tant de vers de Musset leur sentiment profond.
L'homme est un apprenti, la douleur est son maître.

Et nul ne se connaît, tant qu'il n'a pas souffert 1.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux.

Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.



Leurs déclamations sont comme des épées;

Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant;

Mais il y pend toujours quelque goutte de sang 2.
Dans la Lettre à Lamartine, on se souvient du portrait que Musset fait de l'homme et de sa condition.
...Marchant à la mort, il meurt à chaque pas.

Il meurt dans ses amis, dans son fils, dans son père;

Il meurt dans ce qu'il pleure et dans ce qu'il espère;

Et, sans parler du corps qu’il faut ensevelir,

Qu'est-ce donc qu'oublier, si ce n'est pas mourir ?
Ah ! c'est plus que mourir, c'est survivre à soi-même.

L’âme remonte au ciel quand on perd ce qu'on aime.

Il ne reste de nous qu'un cadavre vivant;

Le désespoir l'habite et le néant l'attend 3.

Le Souvenir exprime magnifiquement la même idée que le Lac et que la Tristesse d'Olympio.
Oui, sans doute, tout meurt; ce monde est un grand rêve,

Et le peu de bonheur qui nous vient en chemin,

Nous n'avons pas plutôt ce roseau dans la main,

Que le vent nous l'enlève.
Oui, les premiers baisers, oui, les premiers serments

Que deux êtres mortels échangèrent sur terre,

Ce fut au pied d'un arbre effeuillé par les vents,

Sur un roc en poussière.
Ils prirent à témoin de leur joie éphémère

Un ciel toujours voilé qui change à tout moment,

Et des astres sans nom, que leur propre lumière

Dévore incessamment.
Tout mourait autour d'eux, l'oisieau dans le feuillage.

La fleur entre leurs mains; l'insecte sous leurs pieds,

La source desséchée où vacillait l'image

De leurs traits oubliés;
Et sur tous ces débris joignant leurs mains d'argile,

Etourdis des éclairs d'un instant de plaisir,

Ils croyaient échapper à cet être immobile

Qui regards mourir 1.
Moins amer que Vigny, mais moins fort aussi, Musset ne se révolte pas, il plie; il ne méprise pas, il oublie; ou du moins il essaie d'oublier, et, n'y pouvant parvenir, sa religion, sa philosophie est celle de l'espérance.
L'oubli, ce vieux remède à l'humaine misère,

Semble avec la rosée être tombé des cieux.

Se souvenir, hélas ! - oublier, - c'est sur terre

Ce qui, selon les jours, nous fait jeunes ou vieux 2.
... En traversant l'immortelle nature,

L'homme n’a su trouver de science qui dure,

Que de marcher toujours, et toujours oublier 3.


Éveillons au hasard les échos de ta vie,

Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie,

Et que ce soit un rêve et le premier vnu;

Inventons quelque part des lieux où l’on oublie 4.
L'oubli, s'il était possible toujours, lui semblerait le vrai re­mède à tous les maux :
A défaut du pardon, laisse venir l’oubli 1.
On pourrait dire de Musset que c'est un enfant, un grand enfant ayant du génie. N'a-t-il pas de l'enfant l'humeur chan­geante, capricieuse même, la vivacité et la grâce, la légèreté joyeuse ? Pour lui
Les lilas au printemps seront toujours en fleurs
Il s'amuse et s'afflige de tout, à propos de tout, et cela sans transition, simultanément le plus souvent :
Il est doux de pleurer, il est doux de sourire

Au souvenir des maux qu'on pourrait oublier 2.
Une larme a son prix, c'est la sueur du sourire 3.
Et, dernier trait de ressemblance avec l'enfant, il ne sait jamais lui-même s'il va rire ou pleurer, et il pourrait dire de toutes ses pièces ce qu'il dit de deux d'entre elles :
Il se peut que l'on pleure à moins que l'on ne rie.
Dis-moi quels songes d'or nos chants vont-ils bercer ?

D'où vont venir les pleurs que nous allons verser 4 ?
... Dans la pauvre âme humaine,

La meilleure pensée est toujours incertaine,

Mais une larme coule et ne se trompe pas.
Voici du reste comment il définit la poésie :
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard



Faire une perle d'une larme.
Il semblerait qu'il ait eu conscience de l'affinité qui existe entre lui et « cet âge » qu'il nous confesse avoir toujours aimé « à la folie ».- « C'est mon opinion de gâter les enfants, » ajoute-t-il bien vite. Et il est en effet le poète charmant et gâté, celui qui trouve place dans toutes les mémoires, même les plus moroses. Nous l'aimons pour ses saillies si spirituelles et si gaies; nous l'aimons pour sa tristesse, échappée de son rire même. La mobilité du poète traduit à nos yeux la mobilité des choses, ou plutôt leur enchaînement qui les fait sortir sans cesse les unes des autres. Tout le premier, Musset dira en parlant de lui-même :
Je me suis étonné de ma propre misère,

Et de ce qu'un enfant peut souffrir sans mourir 1.
Ailleurs il confessera avoir « sangloté comme une femme ». Faible, oui certes il l'est; et devant les souffrances journa­lières et devant l'anxiété de l'inconnu. Tiraillé entre ceux qui croient et ceux qui nient, ne pouvant trouver de motif d'ab­solue certitude, ni se résigner, ne fût-ce qu'un instant, à penser que l'espérance pourrait être vaine, son premier mou­vement est de recourir à l'oubli, sa première pensée est de s'étourdir toujours, mais il ne le peut :
Je voudrais vivre, aimer, m'accoutumer aux hommes



Et regarder le ciel sans m'en inquiéter.
Je ne puis; - malgré moi l'infini me tourmente

Je n'y saurais songer sans crainte et sans espoir.



Heureux ou malheureux, je suis né d'une femme,

Et je ne puis m'enfuir hors de l'humanité.



Le doute a désolé la terre ;

Nous en voyons trop ou trop peu 2
Alors il se plaint, se lamente comme un enfant qui souffre :
En se plaignant on se console 3.
Mais quand cela ne lui suffit plus, qu'il est poussé à bout, ce ne sont plus des raisons d'espérance qu'il se forge, c'est un acte de foi qu'il prononce; il espère, non parce qu'il se croit en droit de le faire, mais parce qu'il n'est pas en son pouvoir de ne point espérer.
J'ai voulu partir et chercher

Les vestiges d'une espérance 4.
Et moins qu'un vestige lui suffit, et il prie :
Console-moi ce soir, je me meurs d'espérance;

J'ai besoin de prier pour vivre jusqu'au jour.
fait-il dire à sa muse dans da Nuit de mai.
A ceux qui depuis cinq mille ans ont douté toujours, il crie :
Pour aller jusqu'aux cieux il vous fallait des ailes.

Vous aviez le désir, la foi vous a manqué.



Eh bien, prions ensemble...

Maintenant que vos corps sont réduits en poussière

J'irai m'agenouiller pour vous, sur vos tombeaux.
Et toujours la prière haute, entraînante, jaillit par grands élans du cœur même du poète. Malgré tout il lui faut croire, il a besoin de s'appuyer quand même. Sa philosophie est celle d'un soufrant, toute d'élans, de cris et de sanglots; et après tout, c'est peut-être l'éternelle philosophie, celle qui est as­surée de ne point passer comme tel ou tel système. Mais, si vous cherchez une pensée vigoureuse et soutenue, ce n'est pas à Musset qu'il faut la demander. On pourra objecter que nul ne se soucie d'une suite de raisonnements mis en vers; sans doute; n'oublions pas pourtant que les grandes idées font la grande poésie, et que, pour Musset même, sa réelle valeur n'est pas dans le badinage, si élégant et charmant qu'il soit, mais dans l'expression sincère, poignante parfois, de la souffrance morale et de l'angoisse du doute.
Alfred de Musset mêle à tous ses amours cette soif d'idéal que ne peuvent éteindre les « mamelles d'airain de la réalité » ; il va jusqu'à la prêter à son don Juan idéalisé, et il nous peint le désir cloué sur terre,
Comme un aigle blessé qui meurt dans la poussière.

L'aile ouverte et les yeux figés sur le soleil.



Vous souvient-il, lecteur, de cette sérénade
Que don Juan déguisé chante sous un balcon !

- Une mélancolique et piteuse chanson,

Respirant la douleur, l'amour et la tristesse.

Mais l'accompagnement parle d'un autre ton.

Comme il est vif, joyeux ! avec quelle prestesse

Il sautille ! - On dirait que la chanson caresse

Et couvre de langueur le perfide instrument,

Tandis que l'air moqueur de l'accompagnement

Tourne en dérision la chanson elle-même,

Et semble la railler d'aller si tristement.

Tout cela cependant fait un plaisir extrême. -

C'est que tout en est vrai,- c’est qu'on trompe et qu'on aime;
C'est qu'on pleure en riant ; -- c'est qu'on est innocent

Et coupable à la fois; - c'est qu'on se croit parjure

Lorsqu'on n'est qu'abusé; c'est qu'on verse le sang

Avec des mains sans tache, et que notre nature

A de mal et de bien pétri sa créature.
La conséquence, chez Musset, de cette recherche inquiète de l'au delà, c'est que la croyance en la réalité de ce monde s'affai­blit: « ce monde est un grand rêve, » une « fiction ». Dans l'Idylle dialoguée se trouve exprimée la théorie hindoue de la Maïa universelle, reproduite par Schopenhauer.

ALBERT
Non, quand leur âme immense entra dans la nature,

Les dieux n'ont pas tout dit à la matière impure

Qui reçut dans ses flancs leur forme et leur beauté.

C'est une vision que la réalité.

Non, des flacons brisés, quelques vaines paroles

Qu'on prononce au hasard et qu'on croit échanger,

Entre deux froids baisers quelques rires frivoles,

Et d'un être inconnu le contact passager,

Non, ce n'est pas l'amour, ce n'est pas même un rêve...
RODOLPHE
Quand la réalité ne serait qu'une image,

Et le contour léger des choses d'ici-bas,

Me préserve le ciel d'en savoir davantage !

Le masque est si charmant que j'ai peur du visage,

Et, même en carnaval, je n'y toucherais pas.
ALBERT
Une larme en dit plus que tu n'en pourrais dire.
Nous ne pouvons sortir de la réalité, ni nous satisfaire avec elle : « Dieu parle, il faut qu'on lui réponde; » la vérité nous adresse ainsi un grand appel, destiné à n'être jamais ni complè­tement entendu, ni tout à fait trahi. Le seul moyen par lequel nous puissions nous arracher un moment à ce monde, la seule attestation suprême de l'au delà, c'est encore la douleur et les larmes; pleurer, n'est-ce pas sentir sa misère et ainsi s'élever au-dessus d'elle ? De là, cette glorification raison­née de la souffrance, qui revient si souvent dans Musset. et qui, comme nous l'avons déjà remarqué ailleurs 1, eût fort étonné un ancien : « Rien ne nous rend plus grand qu'une grande douleur. » (Nuit de mai.) « Le seul bien qui me reste au monde est d'avoir quelquefois pleuré. » (Tristesse.) La profondeur de l'amour, pour Musset, se mesure à la douleur même que l'amour produit et laisse en nous : aimer, c'est souffrir; mais souffrir, c'est savoir.
Oui, oui, tu le savais et que dans cette vie

Rien n'est bon que d'aimer, n'est vrai que de souffrir.



Ce que l'homme ici-bas appelle le génie,

C'est le besoin d'aimer; hors de là tout est vain.

Et, puisque tôt ou tard l'amour humain s'oublie,

Il est d'une grande âme et d'un heureux destin

D'expirer, comme toi, pour un amour divin 2!
On comprend maintenant pourquoi, à chaque instant, chez Musset, le rire ou la moquerie se fond en tristesse :
Qu'est-ce donc ? en rêvant à vide

Contre un barreau,

Je sens quelque chose d'humide

Sur le carreau.
Que veut donc dire cette larme

Qui tombe ainsi,

Et coule de mes yeux sans charme

Et sans souci.
Elle a raison, elle veut dire :

Pauvre petit,

A ton insu, ton cœur respire,

Et t'avertit
Que le peu de sang qui l'anime

Est ton seul bien,

Que tout le reste est pour la rime

Et ne dit rien.
Mais nul être n'est solitaire

Même en pensant,

Et Dieu n'a pas fait pour te plaire

Ce peu de sang.
Lorsque tu railles ta misère

D'un air moqueur,

Tes amis, ta sœur et ta mère

Sont dans ton cœur.
Cette pâle et faible étincelle

Qui vit en toi,

Elle marche, elle est immortelle

Et suit sa loi.
Pour la transmettre, il faut soi-même

La recevoir,

Et l'on songe à tout ce qu'on aime

Sans le savoir 1.
L'Espoir en Dieu résume toute la philosophie du poète. Malgré quelques défaillances et quelques mauvaises tirades sur les philosophes et sur Kant, la pièce est d'une inspiration élevée :
Qu'est-ce donc que ce monde, et qu'y venons-nous faire,
Croyez-moi, la prière est un cri d'espérance !


Et cette prière de Musset est autrement profonde et « mo­derne » que les oraisons placides de Lamartine :

O toi que nul n'a pu connaître,

Et n'a renié sans mentir,

Réponds-moi, toi qui m'as fait naître,

Et demain me feras mourir !
De quelque façon qu'on t'appelle,

Bramah, Jupiter ou Jésus,

Vérité, justice éternelle,

Vers toi tous les bras sont tendus.





Ta pitié dut être profonde,

Lorsqu'avec ses biens et ses maux,

Cet admirable et pauvre monde

Sortit en pleurant du chaos !
Puisque tu voulais le soumettre

Aux douleurs dont il est rempli,

Tu n'aurais pas dû lui permettre

De t'entrevoir dans l’infini,
Si ta chétive créature

Est indigne de t'approcher,

Il fallait laisser la nature

T'envelopper et te cacher.





Si la souffrance et la prière

N'atteignent pas ta majesté,

Garde ta grandeur solitaire,

Ferme à jamais l'immensité.
Comment méconnaître ce qu'il y a de sublime dans cet appel final :
Brise cette voûte profonde

Qui couvre la création;

Soulève les voiles du monde,

Et montre-toi, Dieu juste et bon !
Ainsi que l'amour et la bonté, la beauté était aux yeux de Musset plus vraie que la vérité même.; et on peut dire que de là dérive toute son esthétique :
Rien n'est beau que le vrai, dit un vers respecté :

Et moi je lui réponds, sans crainte d'un blasphème :

Rien n'est vrai que le beau, rien n'est vrai sans beauté.
Deuxième partie: Les applications. Évolution sociologique de l’art contemporain.

CHAPITRE TROISIÈME


L'introduction des idées philosophiques

et sociales dans la poésie contemporaine (suite).


VICTOR HUGO
I. L'inconnaissable.

II. Dieu.

III. Finalité et évolution dans la nature. La destinée et l'immortalité.

IV. Religions et religion.

V. Idées morales et sociales. - Rôle social de la grande poésie.

Table des matière-2
Hugo a-t-il « une philosophie ? » Ce serait assurément beaucoup dire; mais on peut soutenir qu'il est possible de trouver chez lui une grande richesse d'aperçus philoso­phiques, moraux, sociaux, et même de formules philoso­phiques dont il n'a pas toujours lui-même sondé la profon­deur. Toutes ses idées gravitent et se rangent spontanément autour d'un certain nombre de centres plus ou moins obs­curs. On peut dégager ces centres d'attraction, introduire par là plus de clarté dans ce qui a été conçu suivant la mé­thode instinctive et confuse du génie. Si nous parvenons à montrer qu'il y a encore beaucoup d'idées chez le poète qui passe aujourd'hui pour n'avoir eu « aucune idée », il s'ensui­vra que les idées, surtout avec les progrès de la société mo­derne, contribuent plus qu'on ne croit à la grande poésie, même à celle qui semble toute d'imagination aux esprits super­ficiels; il s'ensuivra enfin que l'introduction des doctrines philosophiques, morales et sociales, dans le domaine de la poésie, est bien un des traits caractéristiques de notre siècle. Avec Hugo, la poésie devient vraiment sociale en ce qu'elle résume et reflète les pensées et sentiments d'une société tout entière, et sur toutes choses. De ce qu'on pourrait ainsi extraire de V. Hugo, une certaine doctrine métaphysique, morale et sociale, il ne s'ensuit point que ce fût « un philosophe » ; mais il nous parait incontestable que ce n'était pas seulement un imaginatif, comme on le répète sans cesse : c'était un penseur, - à moins qu'on ne veuille faire cette distinction qu'il faisait lui-même entre le penseur et le songeur : « Le premier veut, disait-il, le second subit. » En ce sens, V. Hugo apparaîtra plutôt comme un grand songeur, mais ce genre de songe profond est la ca­ractéristique de la plupart des génies, qui sont emportés par leur pensée plutôt qu'ils ne la maîtrisent; et si on réfléchit combien, dans le patrimoine d'idées que possède l'humanité, il y en a peu de voulues, combien il y en a de subies, on arrivera à cette conclusion que les hommes qui, comme Hugo, subissent leur pensée, ont parfois, si cette pensée est grande, plus d'importance dans l'histoire que cer­tains autres qui la dirigent trop bien selon les règles d'un bon sens vulgaire. La force apparente de ces derniers ne vient souvent que de la faiblesse même de leur pensée, des voies toutes tracées par la routine où elle s'engage d'elle-même. S'il nous était donné de voir dans la conscience d'autrui, dit. Hugo, « on jugerait bien plus sûrement un homme d'après ce qu'il rêve que d'après ce qu'il pense. Il y a de la volonté dans la pensée, et il n'y en a pas dans le rêve. Le rêve, qui est tout spontané, prend et garde, même dans le gigantesque et l'idéal, la figure de notre esprit... Nos chimères sont ce qui nous ressemble le mieux. Chacun rêve l'inconnu et l'impossible selon sa na­ture 1. » Tous ceux qui se sont trouvés être des prophètes, tous ceux qui ont « deviné l'aurore », ont été des songeurs : « Le point du jour a une grandeur mystérieuse qui se compose d'un reste de rêve et d'un commencement de pen­sée 2. » Toute prévision est ainsi : elle semble s'écarter de la réalité précisément lorsqu'elle l'entrevoit au delà du présent.
Il y a des génies si complexes que chacun peut se re­trouver en eux. C'est avec surprise et presque avec une sorte de stupeur que, dans certains vers où vous vous voyez tout d'un coup en présence de vous-même, vous reconnaissez vos sentiments les plus personnels, vos pensées les plus intimes : vous sentez vous échapper la propriété de ce que vous jugiez le plus vôtre. Parfois votre propre accent, cette chose si personnelle, vous est renvoyé comme par un écho; ou plutôt c'est vous-même qui n'êtes que l'écho : vous avez été deviné, votre vie a été vécue avec des centaines d'autres par le poète. Un grand homme épuise, pour ainsi dire, à l'avance son siècle : ceux qui viendront après lui l'imiteront même sans le connaître, parce qu'il les contenait d'avance et les avait de­vinés. Sans atteindre complètement à cette universalité, Hugo, dans ses grandes œuvres, s'en rapproche. Il est fâcheux que, chez lui, tout reste si souvent à l'état confus. A force de contempler l'océan, Victor Hugo a fini par lui prendre un peu de la profusion, du tumulte et du pêle-mêle de ses flots. Aux heures d'inspira­tion, les mots et les vers se pressent, se heurtent, s'amoncellent - une véritable tempête; - quoi d'étonnant à ce que les limites, le but visé soient parfois dépassés ou même disparaissent au regard ? Les vagues, pour se grossir, se mêlent, et les idées, pour se grandir, débordent l'une sur l'autre. Tous les aspects de l'océan sont d'ailleurs familiers au poète : il est certaines de ses pièces, - et ce ne sont pas les moins exquises, - qui donnent l'impression de l'immobilité miroitante et infinie de l'océan les jours de calme.

Deuxième partie: chapitre III:
“L’introduction des idées philosophiques et sociales dans la poésie contemporaine (suite).
Victor Hugo”

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