Traduit du corse et présenté par Francescu-Micheli Durazzo







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Art poétique
Il y a des choses dont seul l’art me semble pourvoir se charger, et qui tiennent au rapport viscéral, à la fois intime et paradoxalement universel avec tout l’Autre. Ces choses-là que menace le cours destructeur du temps, écrire en poésie nous permet de les nouer dans la langue qui, comme l’expérience qu’elle dit, est à la fois celle de tous et d’un seul : elles nous viennent de l’enfance, que ce soit la fêlure abyssale d’être né, sur laquelle se grefferont les souffrances de l’âge adulte, ou au contraire cette plénitude des secondes d’éternité dont l’enfance est prodigue. Rien que de très universel, somme toute, mais il se trouve que, dans un espace restreint, l’enfant corse est simultanément agrippé par deux infinis : l’espace à travers la mer qui tourne ses regards vers l’horizon ou la montagne dont les cimes se détachent dans un ciel pur, et le temps qui rattache l’individu à une histoire d’où le mythe n’a pas encore été tout à fait chassé. Conjonction de laquelle bien des Méditerranéens pourraient témoigner et qui pourrait éclairer la nature de la poésie grecque.

Saisi, bousculé, bouleversé dans et par une langue qui me fascinait, familière et étrangère, difficile à assimiler, fragile parce que menacée, mais dure et résistante, c’est ensuite dans le vertige de la distance et de l’exil que j’ai appris que j’étais mortel et que m’est venu le besoin profond d’écrire contre la mort quelques poèmes, sans souci de construire une œuvre. Mais vivre en poésie n’est pas nécessairement faire œuvre personnelle et ordonner son vécu, c’est aussi et surtout partager. C’est pourquoi depuis longtemps je traduis dans l’espace méditerranéen, en diverses langues, du et en français, mais aussi contre le français, c’est-à-dire en contribuant à l’infléchir, à l’ouvrir à d’autres accents, d’autres rythmes et des sensibilités qui lui sont souvent si étrangères.
30 novembre 2003

Ditti di u scavapuzza
Pà Guillevic
O frà chì cerchi acqua

quandu a to verga trinneca

narbosa s’arrizza

l’acqua s’apri una via

indrint’à u sambucu

par u zirlimu.
Tandu scavu eiu

pà dà forma à a to brama.

Dits du puisatier
Á Guillevic
Sourcier mon frère

quand ta baguette vibre

se redresse nerveuse

l’eau se fraie un passage

dans le coudrier

pour le jaillissement.
Alors je creuse

pour donner forme à ton désir.

A tarra hè u me doppiu.
Masimu quand’idda assuffuca

trà l’incritti

chì a rocca li cedi.
Sunnia

di una crepa chì crisciarà

chì scuprarà i so minucci ?

La terre est mon double.
Surtout quand elle étouffe

entre les interstices

que lui abandonne la roche.
Rêve-t-elle

une fissure qui s’agrandira

découvrira ses entrailles ?

Ciò chì bruddica sutt’à u tarricciu

ùn ghjaci da paura o ricusu

di l’immirsioni.
Ciò chì rispira sutt’à a tarra

ùn cunnosci chè u biancumu.
Micca u spampiddulimu di l’invernu

sutt’à a nevi,

ma u biancu smortu di l’ossa

è a sudachjatura di u vivu.

Ce qui grouille sous l’humus

ne gît pas de peur ou par refus

de l’engloutissement.
Ce qui respire sous terre

ne connaît que la blancheur.
Non la brillance de l’hiver

sous la neige,

mais le blanc mat des ossements

et la mucosité du vivant.

In l’attesa racolta

di a sera chì fala.
Sentu cuddà in me,

un suchju putentu è dulci

com’è u sangui di a tarra

incù u so adori

di piova fresca è di lattu.
A tarra

avida

impiriosa

mi chjama in fondu di u pozzu

pà fistighjà i nozzi

di a carri è a tarraghja.

Dans l’attente recueillie

du soir qui tombe.
Je sens monter en moi,

un suc puissant et doux

comme le sang de la terre

avec son odeur

de pluie fraîche et de lait.
La terre

avide

impérieuse

m’appelle au fond du puits

pour célébrer les noces

de la chair et de la glaise.

Scavà hè u me mistieru

pò dà si ancu a me rilighjoni.
Quandu a mazzetta si stinza da subr’à a tarra

credu di senta u fracassu di l’acqua

impazienti di rispichjà u celi

à l’orlu di u puzzu.
Ùn ci hè acqua più prighjunera

chè quidda di i me puzza

masimu quandu fighjola u celi

cù st’ochju tondu di pesciu strasinghjatu.

Creuser est mon métier

peut-être aussi ma religion.
Quand la baguette se tend au-dessus de la terre

je crois entendre le grondement de l’eau

impatiente de réfléchir le ciel

au bord de la margelle.
Il n’est eau plus prisonnière

que celle de mes puits

surtout quand elle regarde le ciel

de cet œil rond de poisson étonné.

Aggrunchjatu

i pedi in u fangu

in a strittezza di u puzzu.
Stà à senta una stonda

u fiatu di a tarra

u so spatanscià

di branu

quandu i radici l’impazziscini

è travaddani a so carri.

Recroquevillé

les pieds dans la boue

dans l’étroitesse du puits.
Écouter un moment

la respiration de la terre

son halètement

au printemps

quand les racines l’affolent

et travaillent sa chair.
Patrizia Gattaceca

(L’Acquatella, 1957)
Professeur de corse à Bastia, auteur compositeur, son nom est attaché à des ensembles vocaux comme E duie Patrizie, Fola Fuletta, Ottobre et Les Nouvelles Polyphonies Corses è à présent Soledonna. Elle est l’auteur de deux livres de poèmes dont le second est une épopée : L’Arcubalenu, Albiana, coll. E cunchiglie, Ajaccio, 1996 (Prix du Livre corse 1998) et A paglia è u focu / La paille et le feu, Tra. Francis Lalanne, Les Belles lettres, coll. Architecture du verbe, Paris, 2000. Elle a aussi participé à deux ouvrages collectifs : D’oghje sì d’odiu nò, Albiana, coll. “E cunchiglie”, Ajaccio, 1996, et Aliti, scontri puetichi, Coll. Veranu di i pueti, Albiana / Centru Culturale Universitariu, Ajaccio 2002.

Arte puetica
L’inchjostru corre, a terra stringhje.
A u purtellu mi stò... Ci vulerà ch’ò m’arricordi ? E sarre prufumate à vaghjimi. Piove annantu à u chjassu… Cuscogliule cum’è tacche di sangue, accatastate.E case stanu zitte, à tiru di sputu. S’avvolge e cunfine u silenziu. Una muntagna spunta maestosa... D’un colpu, a voce, u mughju d’un pastore...

Di filetta è d’amore sbuccianu parolle da a furesta pagna è prufonda.

A u purtellu mi stò...Ci vulerà ch’ò m’arricordi ?...E parolle, i gesti… Passanu l’ombre ; saranu mei sti visi ?...

Face u caldu ; tantu verde in l’azuru ! Lume ch’ùn si pò dì; i nuli strascinati... U celu piccia in un lagnu chì strappa a stonda…

Eppo daretu in fondu in fondu, u mare, u meiu, u mo sguardu ùn ci sbocca, mi tribuleghja u so misteru è a mente ci s’affonda, vò... U frombu di e voce si pesa ritimatu da u marosu;burrasca di ghjente... L’orizonte m’insegna d’altre isule...

O surella, ùn senti l’inchjostru chì ci corre trà e dite cum’è l’acqua di issu mare ?Induv’è và ? Si n’anderà in le vene !

L’inchjostru corre, a terra stringhje !

A u purtellu mi stò.. trà desertu è mare, trà isule ed esilii… digià a notte è cantu à mezu à l’immensità frolla d’un sognu à sparte.
Patrizia Gattaceca

4 di dicembre 2003

Art poétique
L’encre coule, la terre nous lie.
Je suis à la fenêtre… Faut-il que je me souvienne ? Les collines aux parfums d’automne. Sur le chemin la pluie… Feuilles mortes comme taches de sang s’amoncellent. Les maisons se taisent à portée de main.Le silence inonde les confins.Une montagne se dresse majestueuse… Soudain la voix, le cri du berger.

Du fond de la forêt touffue jaillissent des mots de fougère et d’amour.

Je suis à la fenêtre, faut-il que je me souvienne ?... Les mots, les gestes… Passent des ombres ; ces visages me ressemblent-ils ?

Il fait chaud, dans le bleu, tant de vert ! L’indicible lumière étire des nuages…Une plainte embrase le ciel déchirant l’instant...

Et puis derrière tout au fond, la mer, la mienne, je n’y accède pas du regard, son mystère me hante et mon esprit s’y noie, je vais… Une clameur s’élève au rythme de la vague, bourrasque de gens… L’horizon m’enseigne d’autres îles…

O ma sœur, sens-tu l’encre couler entre nos doigts comme l’eau de la mer !

Où va-t-elle ? Dans nos veines !

L’encre coule, la terre nous lie.

Je suis à la fenêtre… entre désert et mer, entre île et exil… déjà la nuit et je chante dans l’immensité fragile d’un rêve à partager.
4 décembre 2003

Trad. de l’auteur

Un filu di filetta
E voce ghjunte di fora ribombanu

È pocu à pocu falanu

È si calanu.

I penseri stanu bassi

È amente ingutuppata

Trema fritulosa;

U rinchjusu sparghje

U so prufume maestosu

È ballanu senza ballà

Duie idee cuntrarie chì si cercanu;

Una dice schjavitù

È si para di spinzoni fiuriti

Colti à fior di sangue

È chì facenu ride;

L’ altra mughja libertà

È stemu impauriti...

Drittu l’omu ùn hè più,

E dinochje indebulite cedenu

I bracci pendenu,

U mentu tocca u pettu

U pede hà scruchjatu,

A persona si strughje,

A fronte s’hè schjacciata

È a petra hà sunatu...

Quandu sò ghjunti per purtallu

A chjocca era spalancata,

D’issa chjocca spalancata

Escianu e cerbelle pallide

È nantu sempre inturchjatu,

Verde è tenneru sbucciava

Un filu di filetta.

Une branche de fougère
Les voix venues d’ailleurs résonnent

Descendent

Et baissent peu à peu.

Les pensées se taisent

Et l’esprit emmitouflé

Tremble frileusement :

Le renfermé répand

Son parfum majestueux

Et deux idées contraires

Se cherchent et dansent sans danser

L’une dit “esclavage”,

Se pare d’épines en fleur

Cueillies à fleur de sang

Qui provoquent les rires :

L’autre crie “liberté”

Et l’effroi nous assaille…

L’homme ne se tient plus droit.

Affaiblis, ses genoux se dérobent,

Ses bras pendent.

Son menton touche sa poitrine.

Son pied s’est effacé

Son corps se dissout.

Son front s’est écrasé

Sur la pierre sonore.

Quand on est venu le prendre,

Son crâne était béant

Et de cette béance,

Sortait une cervelle pâle

d’où sans cesse enroulée,

Autour d’elle, verte et tendre,

Naissait une branche de fougère.

U Mazzeru
Mà quale hè chì stà currendu

In la notte cusì bughja?

U mazzeru straziendu

Avvintu à l’arburu mughja...

Hè anticu lu castagnu

Pien di nodi è peditortu

Quandu si sente u so lagnu

Ci hà da esse più d’un mortu!

D’una banda hè seccu seccu

Agranccatu da cima in fondu,

A saetta ch’ellu hà leccu

Hà stirpatu più d’un mondu!

Un mondu d’animalucci

D’arbicelle sottu a scorsa

Piatti in li so tufunucci

À l’agrottu di a so forza.

L’altra parte hè nera è scura,

Pien’ di vita sanguinosa

L’anime perse in la bughjura

Pienghjenu l’omu chì s’arriposa;

S’arriposa spenseratu

Nantu à un lettu di filetta

U mazzeru addisperatu

S’avvicina è l’impetta!

In l’albore spurgulatu

U mondu stà cantarizendu

U mazzeru s’hè distatu

S’asciuva e mani singhjuzzendu...

Le Mazzeru
Mais qui court

Dans la nuit noire ?

Le mazzeru en peine

Embrasse l’arbre et hurle…

C’est un vieux châtaigner

Plein de nœuds, aux pieds tors.

Il y aura des morts

Car on l’entend gémir !

D’un côté il est sec,

Pétrifié de la cime jusqu’à ses racines.

L’éclair qu’il a léché

A mis à jour un véritable monde !

Un monde d’animaux infimes

Et d’herbes menues sous l’écorce,

Cachés dans ses cavernes

A l’abri de sa force.

Son autre part est sombre et noire,

Pleine de vie sanglante

Les âmes perdues dans la nuit

Pleurent l’homme qui repose.

Qui repose insouciant

Sur un lit de fougère.

Désespéré le mazzeru

S’approche et le tue

A l’aube claire

Le monde chantonne

Le mazzeru s’est éveillé

Et il s’essuie les mains en sanglotant.

Luna Maga
A luna da le sarre

À l’ispensata si pisò!

Nutava in celu

Acella – fata

Gonfia è tonda inzuccherata

Cum’un milò!

Ballava in celu

Appassiunata

In la so notte imbalsamata

Alluminendu ogni stradò,

Fendumi girà lu capu

È li sensi à l’oridrò!

T’averaghju sunniata?

T’averaghju vista o nò?

In lu pozzu si cascata

Cum’è u sole à la calata!

Luna lampami un’ochjata!

Luna linda luna maga

Spechju di l’innamurata

Affaccati à lu balcò!

Lune enchanteresse
D’au-delà des monts la lune

A l’improviste s’est levée !

Dans le ciel elle flottait,

Oiseau – fée

Enflée et ronde, suave

Comme un melon !

Elle dansait dans le ciel

Passionnément

Dans sa nuit embaumée,

Eclairant chaque route.

Et me faisant tourner la tête,

Les sens étourdis

Aurais-je donc rêvé

T’aurais-je vu ou non ?

Tu es tombée au fond du puits

Comme le soleil au couchant

Lune jette sur moi un clin d’œil,

Lune claire lune magicienne

Miroir de l’amoureuse

Montre-toi au balcon !

U rusignolu
Arburu credu in tè

È mughju à li to rami !

Sò spapersu luntanu

È ti bramu ohimè !
T’avia coltu un mazzulu

D’acelli bianchi è scuri,

Di l’universu meiu

Quì ùn anu primura !
Eri lu mio palazzu

Di fronde culurite...

Eri la mio funtana

La mio filetta amica ;
Mi ci era fattu un lettu

Per dorme cun tè caru

Mà u nostru fuculare

S’hè viotu cusì prestu
Scuppavanu li canti

Da li nostri pulloni

Chì vita in li rughjoni!

Mà cum’hè chì issu cantu

Si cheta in lu mio core ?
U rusignolu hè mortu

Quale hè chì canterà ?
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