Surtout ‘’Boule-de-suif’’, ‘’La chevelure’’, ‘’Le Horla’’, ‘’Bel-Ami’’







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André Durand présente
Guy de MAUPASSANT
(France)
(1850-1893)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

qui sont résumées et commentées

(surtout ‘’Boule-de-suif’’, ‘’La chevelure’’, ‘’Le Horla’’, ‘’Bel-Ami’’,

‘’Pierre et Jean’’, et ‘’Une vie’’ qui sont étudiés dans des dossiers à part).

Bonne lecture !
Sa naissance, le 5 août 1850, a été déclarée à la mairie de Tourville-sur-Arques (Seine-Maritime), près de Dieppe, de laquelle dépendait administrativement le château de Miromesnil qui aurait été « loué pour la circonstance », peut-être afin que, par ce subterfuge s’effacent les traces d’une naissance bourgeoise qui aurait plus sûrement eu lieu à Fécamp.

Il était le fils de Laure Le Poittevin, une Normande dont Armand Lanoux, s’appuyant sur les témoignages de ceux qui la connurent, nous dit que c’était « une névropathe de charme » qui aurait d’ailleurs tenté de de suicider avec sa longue chevelure et dont ses fils allaient hériter une forte tendance à la dépression. Elle était la sœur d’Alfred Le Poittevin, qui était le filleul du dr Flaubert et l’ami de coeur de Gustave Flaubert mais qui avait épousé Louise, sœur de Gustave Maupassant. Celui-ci, le père du futur écrivain, était un bel homme mais velléitaire, frivole, incertain, lointain, déséquilibré, violent, incapable d’assumer son rôle de chef de famille. Laure lui aurait déclaré : « Je vous épouserai à la condition que vous vous trouviez une particule. Cherchez dans les siècles passés, peut-être que Maupassant s’appelait de Maupassant. » Il avait cherché, et trouvé que ses ancêtres, d’origine lorraine, avaient été anoblis au XVIIIe siècle et s’étaient fixés en Normandie. Certains ont avancé que Flaubert était le vrai père de Guy, mais rien ne le prouve ; d’ailleurs, au moment de sa conception, l’écrivain s’embarquait à Marseille pour l’Égypte.

En 1854, la famille s’installa au château de Grainville-Ymauville près du Havre. En avril 1856 naquit un second fils, Hervé. Comme il était volage et que Laure n’acceptait pas qu’on lui manque, ils commencèrent à se déchirer dans des scènes violentes. Cette mésentente donna très tôt à Guy une vision pessimiste de la vie. Ils se séparèrent à l’amiable en 1857, Laure se retirant avec ses enfants à Étretat, à la villa des Verguies, tandis que son mari alla s’établir à Paris où il dut prende un emploi dans une banque. Elle reporta toute l’énergie de son amour sur son fils aîné pour lequel elle était possessive et ambitieuse, sur lequel elle eut un très fort ascendant. Comme elle était très cultivée, elle se consacra seule, jusqu’à ce qu’il ait treize ans, à son éducation qui fut libérale et littéraire : elle lui fit lire Shakespeare, lui donna le virus de l’écriture, avec l’ambition de faire de lui le disciple de Gustave Flaubert. Il fit avec elle de longues promenades. Le surnommant «poulain échappé», elle lui permit de courir les champs et les grèves d’une contrée dont l’âpre poésie le frappa pour toujours, de jouer librement dans la campagne, de se lier avec des enfants de paysans et de pêcheurs. Cette enfance libre et heureuse dans cette Normandie qui était plus spécialement le pays de Caux le marqua profondément et lui fournit le décor d'un grand nombre de ses textes.

En 1859-1860, il fit à Paris une année scolaire primaire au lycée impérial de Napoléon (l’actuel lycée Henri-IV). Puis il revint à Étretat, s’adonnant aux plaisirs de l’eau à laquelle il allait toujours demander l’oubli de ses angoisses. Un prêtre, l’abbé Aubourg, lui donna des rudiments d’instruction. En 1863, sa mère l’inscrivit en classe de 6e à l’Institution ecclésiastique d’Yvetot, école dirigée par des jésuites. D’âme très peu religieuse, rationaliste et libertin, il étouffait dans cette triste atmosphère ; il déclara à un de ses amis : « Si loin que je me souvienne, je ne me rappelle pas avoir jamais été docile sur ce chapitre. Tout petit, les rites de la religion, la forme des cérémonies me blessaient. Je n’en voyais que le ridicule. » À différentes reprises, il tenta de s’enfuir. Avouant ses ambitions d’écrivain, il commença à y écrire des vers romantiques médiocres et de petites pièces irrévérencieuses, et lut passionnément Laclos, Prévost, Richardson, mais dédaigna Dumas dont la lecture lui inspirait « un invincible ennui ». Grand amateur de canotage, durant les vacances de 1864, il porta secours à l’éminent et étrange poète anglais A.C. Swinburne qui était en train de se noyer. Pour le remercier, il l’invita dans la demeure énigmatique et macabre de son ami, Powell, une chaumière de Dolmancé. Guy remarqua, pendue au mur, une main d’écorché qui l’impressionna, le fascinant et l’horrifiant à la fois, et qu’il lui offrit. Cette main d’un criminel qui avait été supplicié allait lui inspirer trois de ses nouvelles : ‘’L’Anglais d’Étretat’’, ‘’La main d’écorché’’, ‘’La main’’. Et ce fut l’origine d’une longue amitié.

En mai 1868, en dépit de résultats plus qu’honorables, pour son appartenance à une « société secrète » fondée entre quelques élèves qui, pour trouver un dérivatif à l’ennui, à la bigoterie et à l’étroitesse d’esprit, produisaient des écrits irrespectueux à l’égard des professeurs, il fut mis à la porte de cet établisement. Il termina sa classe de seconde chez sa mère. En octobre 1868, il entra au rhétorique au lycée de Rouen, ayant pour correspondant le poète Louis Bouilhet, ami de Gustave Flaubert qui le conduisit auprès de lui, à Croisset, à proximité de Rouen, résidence ordinaire de l’écrivain. Il lui fit de fréquentes visites. Chaque dimanche, le maître lui apprit à regarder les choses et fit son apprentissage d'écrivain, l’incitant à délaisser la poésie pour la prose, tentant de lui enseigner la lente patience du métier, la sobriété, la froideur sensible, la méfiance à l’égard des émotions, lui inculquant les exigences de l'esthétique réaliste, le souci du petit détail vrai et précis et de la phrase bien chevillée, la recherche de « la vérité choisie et expressive », l'empêchant de s'emballer, l’encourageant à aller dans sa propre voie : celle de la nouvelle, enfin, corrigeant ses essais,, lui faisant « des remarques de pion », l’incitant à supprimant ses lourdeurs, à se méfier des abus d’une rhétorique trop scolaire, et le retenant pendant dix ans de rien publier. Maupassant le rappela dans ‘’Le roman’’ : « Je fis des vers, je fis des contes, je fis des nouvelles, je fis même un drame détestable. Il n’en est rien resté. Le maître lisait tout, puis le dimanche suivant, en déjeunant, développait ses critiques. » Il allait se lier à lui d’une affection quasi filiale et devenir son factotum. Laure de Maupassant remercia Flaubert : « Je sais combien tu te montres excellent pour mon fils. Aussi comme on t’aime, comme on croit en toi, comme le disciple appartient au maître ! » Puis elle lui imposa même des devoirs : « Puisque tu appelles Guy ton fils adoptif […] je m’imagine à présent que [cette parole de tendresse] t’impose des devoirs aussi paternels. »

En 1869, Louis Bouilhet mourut et Maupassant en fut frappé car il n’oubliait pas ce qu’il devait à ce vieil ami.

De son année de philosophie, il a surtout retenu Schopenhauer dont le pessimisme l’a profondément marqué.

En juillet 1869, il obtint son baccalauréat et « monta » à Paris pour s’inscrire à la faculté de droit et s’installer chez son père.

En 1870, à la déclaration de guerre, il s’engagea comme garde mobile, fut versé à l’intendance divisionnaire de Rouen. Mais l’avance prussienne fut foudroyante et ses lettres à sa mère furent de véritables bulletins de défaites ; cependant, toujours et jusqu’au bout, même s’il assista à l’invasion de la Normandie, il espéra en une victoire finale. Pendant la débâcle, il manqua être fait prisonnier. Quelques mois après l’armistice et la Commune, il fut libéré, ayant la tête remplie de souvenirs qui allaient former la trame de quelques-unes de ses meilleures nouvelles qui témoignent de sa répulsion mêlée d’horreur devant l’absurdité et les atrocités de la guerre. Et, sa vie durant, il allait chercher à concilier son pacifisme et sa soif de revanche

La fort maigre pension que lui versait son père l’obligea à chercher un emploi tout en poursuivant ses études de droit. Il adressa une demande au ministère de la Marine et des Colonies. On lui répondit d’abord qu’il n’y avait pas de poste vacant. Puis, en mars 1872, on lui offrit des fonctions non rémunérées à la bibliothèque ; enfin, en octobre, il fut nommé surnuméraire à la direction des Colonies du même ministère. Ce sport étant alors à la mode, il commença à canoter avec ardeur, des heures durant, sur la Seine que, chaque fin de semaine, il parcourait avec sa yole, en aval de Paris, du côté de Bougival et de Chatou, fréquentant « les guinguettes » où l’on s’amusait, dans des lieux que peindront les impressionnistes, ces sorties allant lui fournir la matière de plusieurs nouvelles. Il s’adonna à des parties de campagne, des farces d’artistes, des beuveries, des aventures avec des « filles de petite vertu ». Mais il se lia aussi d’amitié avec Henry Céard, Robert Pinchon, Léon Fontaine, A. de Joinville, formant ainsi avec eux «le groupe des Cinq». Mais sa plus grande joie était de passer ses vacances à Étretat, lieu propice à toutes les rencontres de poètes, d'artistes et de femmes, les aimant (« les seules personnes dont le commerce me plaise vraiment ») et étant aimé car il était un bel athlète au visage plein, au teint fleuri, barré par une épaisse moustache blonde, au regard ardent débordant de sensuelle vitalité, à l’encolure de taureau (les Goncourt l’ont surnommé « le taureau normand »), aux épaules larges ; il était gai, grand blagueur. Il se promenait le nez au vent, les moustaches en crocs, l’œil fripon, la canne virevoltante, l’œillet à la boutonnière dans les promenoirs des halles aux filles ou sur les boulevards, en quête de chair à plaisir bienvenue pourvu qu’elle ne soit que cela. Car il préférait trouver le plaisir auprès de femmes faciles avec lesquelles il n’avait que des liaisons courtes, seul l’amour physique lui paraissant respectable.

Le 1er février 1873, il fut appointé 125 F par mois comme rédacteur au ministère de la Marine. Il s’ennuya ferme dans ce milieu de médiocres ronds-de-cuir, se montra peu assidu, mais poursuivit ses observations sur le vif et sans optimisme, constatant « les grandes misères des petites gens ». Aussi retrouve-t-on ces bureaucrates dans des nouvelles comme ‘’La parure’’, ‘’L’héritage’’…

En 1874, Gustave Flaubert, qui passait alors ses hivers à Paris, l’introduisit dans les principaux salons, dont celui de la princesse Mathilde, le mit en relations aves des écrivains en vue tels que Hérédia, Bergerat, Huysmans, Zola, Daudet, Alexis, Banville, Catulle Mendès, Mirbeau, Edmond de Goncourt, Tourguenieff, lui fit connaître Charpentier, son propre éditeur. Chez Zola, il rencontra Cézanne, Duranty, Taine, Renan, Maxime Du Camp et Maurice Sand. Il n’avait pas atteint vingt-cinq ans que, déjà, avant même d’avoir publié une seule ligne, il était mêlé au Tout-Paris littéraire.

Il fit de discrètes premières tentatives, semblant davantage tenté par le théâtre :

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‘’La trahison de la comtesse de Rhune’’

(1875)
Drame historique en vers
Commentaire
Il fut refusé par la Comédie-Française en 1878 et ne fut publié qu’en 1927.

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‘’La répétition’’

(1875)
Comédie
Commentaire
Cette petite comédie de salon ne fut jouée que le 6 mai 1904 à Rouen.

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‘’À la feuille de rose, maison turque’’

(1875)
Comédie
Commentaire
Cette farce croustillante et réputée impubliable eut une représentation confidentielle, dans un cercle fermé d’amis, dont Gustave Flaubert et Tourguenieff, le 19 avril 1875.

Elle fut adaptée pour la série rose par Michel Boisrond (FR3, 1986, 24 minutes).

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Le docteur Héraclius Gloss

(écrite entre 1875 et 1877)
Nouvelle de 51 pages
Au XVIIe siècle, un docteur très respecté par ses concitoyens perd leur estime en croyant s'être réincarné depuis longtemps.
Commentaire
La nouvelle fut publiée dans ‘’La revue de Paris’’ du 15 décembre 1921 et du 1er janvier 1922.

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Maupassant publia pour la première fois un texte :

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La main d'écorché

(1875)
Nouvelle de 6 pages
Un ami du narrateur a rapporté d'un village de Normandie une main d'écorché qu'il a achetée à un vieux sorcier et qui aurait été celle d'un criminel d'autrefois. Elle lui cause différents ennuis, aurait même dévasté son appartement, les traces de ses cinq doigts se seraient imprimées sur son visage. Il en est resté fou et est mort sept mois plus tard. Quand on creuse sa tombe, on y trouve le cadavre auquel manque la main.
Commentaire
Cette nouvelle est d’un fantastique traditionnel : elle déroule un récit bien agencé, parsemé d’indices de plus en plus troublants qui laissent à la fin le lecteur dans une perplexité parfaite.

Elle fait penser à ‘’La main d’écorché’’ d’Hoffmann, avec son bol de punch et sa joyeuse réunion d’étudiants, et à celle de Nerval qui lui aussi, dans sa jeunesse, au même âge que Maupasant, avait traité un sujet semblable dans ‘’La main enchantée’’.

La nouvelle parut dans l’‘’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson’’ sous le pseudonyme de Joseph Prunier.

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‘’Une répétition’’

(1876)
Pièce en un acte et en vers
Commentaire
Maupassant ne put la faire représenter et s’en plaignit à son ami, Robert Pinchon : « Décidément, les directeurs ne valent pas la peine qu’on travaille pour eux ! Ils trouvent, il est vrai, nos pièces charmantes, mais ils ne les jouent pas, et, pour moi, j’aimerais mieux qu’ils les trouvassent mauvaises, et qu’ils les fassent représenter. »

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‘’Au bord de l’eau’’

(1876)
Poème
Commentaire
Il fut publié dans ‘’La république des lettres’’, que dirigeait Catulle Mendès, sous le pseudonyme de Guy de Valmont (du nom du héros de Laclos et d’un village proche d’Yvetot). Quelques années plus tard, sous un autre titre, il vaudra à Maupassant de sérieux ennuis car il était trop crû.

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Chez Catulle Mendès, Maupassant rencontra Mallarmé (dont il fréquenta les « mardi »), Dierx, Villiers de l’Isle-Adam.

Le 28 août 1876, il fit part à Flaubert d’inquiétudes concernant sa santé. Celui-ci le mit en garde : « Je vous engage à vous modifier, dans l’intérêt de la littérature. » C’était une allusion aux abus auxquels son protégé se livrait et qui devaient abréger ses jours, usage de drogue et intempérance sexuelle. En effet, condamnant toute forme d’attachement (il ironisait : « J’ai peur de la plus petite chaîne, qu’elle vienne d’une idée ou d’une femme […] Je suis le mauvais passant. » [lettre à Catulle Mendès, 1876]), il courait infatigablement le cotillon, multipliait les conquêtes, se vantant de les compter par centaines, faisant montre de capacités sexuelles hors du commun. Parmi tant de maîtresses, la plus importante (par la place qu’elle tint dans sa vie) fut Gisèle d’Estoc. Comme il était aussi un habitué des bordels, il contracta la syphilis, se réjouissant, dans une lettre absurde et enfantine à Robert Pinchon du 21 mars 1877, de l'avoir attrapée comme un grand garçon : « J’ai la vérole ! enfin ! la vraie !! pas la méprisable chaude-pisse, pas l’ecclésiastique christalline, pas les bourgeoises crêtes de coq, ou les légumineux choux-fleurs, non, non, la grande vérole, celle dont est mort François Ier

Il fit ses débuts au journal ‘’La nation’’, où il apprit à faire court, acquérant ainsi un style vivant, précis, parfois caustique, où il fut bien payé (et veilla à se faire payer). Il y publia en particulier un article sur Balzac.

Le même mois, attiré par la Côte d’Azur, qui ne devait jamais cesser de le séduire, il séjourna à Antibes (déçu cependant par les femmes de cet endroit qui sont évidemment Antibaises !).

En 1877, il obtint de l’avancement au ministère de la Marine, passa à la direction du matériel puis à celle du personnel.

Le 16 avril, au restaurant Trapp, un repas réunissant Flaubert, Edmond de Goncourt, Zola, Alexis, Céard, Hennique, Huysmans, Mirbeau et Maupassant, fut l’acte de naissance du naturalisme.

En mai, eut lieu, dans l’atelier de Becker, une deuxième représentation d’’’À la feuille de rose’’, à laquelle la princesse Mathilde aurait assisté.

En août, il fit une saison aux eaux de Loëche-les-Bains, dans le Valais.

Il publia :

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