I. table des matières







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D.autour de 1968 et de ses suites :

1.ARC – Atelier de Recherche Cinématographique (fin 1967-fin 1969)


Ce groupement est lié partiellement vers 1967 à la Fédération des Groupes d’Études et de Recherches Institutionnelles – FGERI, psychologues, enseignants, formateurs intéressés par les méthodes de psychothérapie institutionnelle (dont sont membres ou proches OURY, DELIGNY, DELEUZE…), c'est-à-dire un ensemble mêlant marxisme-léninisme radical, situationnisme et mouvance libertaire. Les liens avec la formation au sein de l’IDHEC sont aussi très forts. Le rapprochement avec les cinéastes militants autour de Chris MARKER (SLON) et avec les grévistes de l’ORTF se fait surtout en 1968. On trouve aussi des membres du groupe trotskiste OCI (comme l’opérateur Pierre-William GLENN).

Les thématiques10 sont toutes liées aux mouvements de libération : étudiants berlinois (Cf. Berlin 68), printemps de Prague, ouvriers en grève (THOMSON, RHÔNE-POULENC, SOLAC THIONVILLE, SUD-AVIATION-BOUGUENAIS vers Nantes…).

Le groupe (une vingtaine de membres) explose vers fin 1969. Certains se retrouvent dans le Groupe Eugène VARLIN (Cf. court métrage Albertine ou les souvenirs parfumés de Marie-Rose en 1974), d’autres dans les Cinéastes Révolutionnaires Prolétariens (Michel ANDRIEU), d’autres enfin dans CinéLutte (Jean-Denis BONAN et Mireille ABRAMOVICI en 1973).


  • 1968 Collectif ARC CA 13, Comité d’Action du 13 ème, efforts de solidarité et de regroupement des luttes ouvrières dans le 13 ème arrondissement, autour de CITROËN et de la RATP. Vision d’extrême gauche. Film de 50 mn en 16mm N&B.

  • 1968 Collectif ARC Le joli moi de Mai, centré sur les manifestations et l’ampleur de la répression.

  • 1968 Collectif ARC – ANDRIEU Michel/GLENN Pierre-William Nantes Sud-Aviation – Saint-Nazaire, film de 30 mn en 16 mm N&B : séquestration, occupation, autogestion : tout un programme pour montrer l’action radicale dans ce secteur.

  • 1968 Collectif ARC – ANDRIEU Michel/KÉBADIAN Jacques Le droit à la parole, film de 60 mn en 16 mm N&B sur le dialogue étudiants-ouvriers.

  • 1968 Collectif ARC – DEVART Guy/HAYEM Édouard Citröen-Nanterre mai-juin 1968, documentaire d’une heure sur la grève de Citroën à Nanterre, vue par des militants d’extrême gauche fort critiques face à la CGT. Témoignage fort sur les conditions de vie des immigrés de Nanterre.

2.Vers 1967-68 le groupe SLON, futur groupe ISKRA, et Chris MARKER:


SLON = Société de Lancement des Œuvres Nouvelles (= éléphant en russe).

Lien direct avec le groupe MEDVEDKINE (Cf. ci-dessous).
C’est une coopérative de production-diffusion fondée à Paris en 1967 par Chris MARKER, et animée par Inger SERVOLIN, mais largement installée en Belgique où la censure est moins vive. Le 17 novembre 1968, elle devient SLON. L’esprit de 1968, sa solidarité, son entraide, ses capacités pré-autogestionnaires (le mot est encore peu usité) sont typiques de l’engagement militant aux forts traits libertaires, taxé souvent de « gauchisme », de Chris MARKER.

L’aventure militante du cinéaste Chris MARKER s’est concrétisée surtout avec l’œuvre collective de Loin du Vietnam en 1967. SLON ensuite est liée à des groupes comme les deux MEDVEDKINE ou Ciné Rouge.

En fin 1973, SLON reste en Belgique et s’installe également en France sous le nom d’ISKRA (Cf. ci-dessous).


  • 1967/68 MARKER Chris/MARRET Mario A bientôt, j'espère ? sur la grève de l’usine textile de « la Rodhia » (RODHIACÉTA) à Besançon en février-mars 1967. Film N&B en 16 mm de 43 mn. Vision de la grève, rencontres ouvriers et intellectuels parisiens… Travail collectif avec entre autres BONFANTI Antoine, BOURRON Paul, MAURY Harald et MUEL Bruno. Son de Michel DESROIS. La version ORTF de 2001 passe à 55 mn.

  • 1968 Collectif SLON-ISKRA Ciné-tracts, une cinquantaine de films très courts (2 ou 3 mn) permettent de participer à l’agit-prop de cette époque.

  • 1968 Collectif - LAGUARDA Alain Cléon, film 16mm en N&B de 27 mn sur la grève aux usines RENAULT de Cléon en mai 68 : occupation de la première grande usine à participer aux évènements de mai.

  • 1968 LEMAITRE Maurice/MOULIN Catherine L’ordre règne à Simcaville, patronat autoritaire, syndicat-maison, pressions... l’usine SIMCA de Poissy ne fait pas grève en mai 68. Le film a été tourné en mai 1968. Mise en avant de l’importante répression. Diffusion SLON-ISKRA.

  • 1970 DEVART Guy On vous parle de Flins, film en N&B de 30 mn en 16 mm dénonçant, autour du procès de Meulan, l’exploitation des immigrés dans l’industrie notamment automobile, et les procédés illégaux qui les concernent.

  • 1970 LOISELEUX Jacques La parcelle, sur l’action syndicale paysanne (FNSEA et CDJA) à Avessac en Loire-Atlantique pour imposer l’exploitation de sols non cultivés en faveur d’un petit agriculteur au domaine insuffisant.

  • 1970 MUEL Bruno aidé de CÈBE Pol/DESROIS Michel/MARKER Chris/RIO Marie-Noëlle – Collectif de Cinéastes et Travailleurs de Sochaux Sochaux, 11 juin 1968, film N&B en 16 mm de 20 mn sur le mouvement de résistance très violent des ouvriers de PEUGEOT notamment aux forces de l’ordre (CRS) le 22 juin 1968, après 22 jours de grève (2 morts ouvriers – BAYLOT et BLANCHET - et près de 160 blessés ?). Film s’inspirant des remarques de Friedrich ENGELS sur les journées de juin 1948.

  • 1971 DESROIS Michel Lettre à mon ami Paul CÈBE, film de 12 mn en 16 mm couleur dédié à un des fondateurs du GROUPE MEDVEDKINE, à partir d’un cheminement en autoroute. Au ciné-train du soviétique MEDVEDKINE répond en toute modestie le « ciné-voiture » utilisé pour l’occasion. Les images sont de José THEY et le son de Antoine BONFANTI.

  • 1973-74 BOURRON Paul/CAMUS Pierre... (SLON-ISKRA) Scènes de grève en Vendée, film couleur de 15 mn en 16 mm sur l’autogestion à « la LIP » des ouvrières de l’usine COUSSEAULT de Cerisay dans les Deux-Sèvres, qui fabrique « sauvagement » des chemises « PIL- Populaires Inventés Localement » et les vendent à leur profit. Belle intégration de la chanson dans les luttes.


Filmographie simplifiée de Chris MARKER (né 1921), un des principaux membres de SLON

  • 1952 Olympia 52, court métrage

  • 1953 Les statues meurent aussi, avec Alain RESNAIS

  • 1956 Dimanche à Pékin

  • 1958 Lettre de Sibérie

  • 1961 Cuba si !

  • 1962-63 La jetée, film en images fixes sur un homme dont on détruit le passé.

  • 1963 Le joli mai

  • 1965 Le mystère Koumiko

  • 1967 Si j’avais quatre dromadaires autour de photographies prises partout dans le monde. SLON

  • 1967 Loin du Viêt-Nam avec Joris IVEN, Claude LELOUCH, Alain RESNAIS, Michèle RAY, Agnès VARDA, Jean-Luc GODARD, William KLEIN, et le concours de près de 150 autres professionnels et techniciens du cinéma.

  • 1969 On vous parle du Brésil : tortures : suite à l’enlèvement de l’ambassadeur des ÉU le 04/09/1969, 15 détenus libérés sont accueillis à Cuba et dévoilent leurs mauvais traitements en prison. SLON-ISKRA

  • 1970 On vous parle du Brésil : Carlos MARIGHELA : bilan et illustration de l’action de Carlos MARIGHELA après son assassinat du 04/01/1969. SLON-ISKRA

  • 1971 Le train en marche, film 16 mm - N&B de 32 mn sur le train-cinéma de Alexandre MEDVEDKINE et les documentaires sur l’URSS de 1930, et devant servir d’introduction au Bonheur du réalisateur soviétique. L’expérience du ciné-train de 1932, c’est 70 films et 25 000 mètres de pellicule en un an, une performance autant militante que culturelle. C’est aussi une forme d’invention du direct, du travail systématiquement et volontairement in-situ pour être au plus proche de ce que l’on appellera plus tard le cinéma-vérité.

  • 1973 On vous parle du Chili : ce que disait ALLENDE : film réalisé avec Miguel LITTIN et Régis DEBRAY. SLON-ISKRA

  • 1977 Le fond de l’air est rouge 1- Les mains fragiles : la Rhodia en 1967, le Vietnam, le Che, Mai 1968… ISKRA

  • 1977 Le fond de l’air est rouge 2- Les mains coupées : le Printemps de Prague, Chili… ISKRA

  • 1982 Sans soleil

  • 1984 2084

  • 1989 L’héritage de la chouette

  • 1993 Le tombeau d’Alexandre (sur MEDVEDKINE) vidéo couleur de 118 mn qui reprend largement la thématique du Train en marche, mêlé à des documents d’époque. Film emprunt d’une grande nostalgie sur une époque, un engagement, et marqué par la disparition de MEDEVEKINE depuis 1989.

  • 1996 Level five

  • 1999 Immemory sur cédérom, travail sur la mémoire et l’oubli.

  • 2000 Une journée d’Andrei ARSENEVITCH

3.Groupes MEDVEDKINE Besançon et Sochaux (1967-1974) : une « utopie » comtoise

a)Le contexte socio-économique et politique :


En 1967, deux grands mouvements sociaux préfigurent et annoncent celui de 1968 : le mouvement de Nantes-Saint-Nazaire et la grande grève de février-mars à la Rhodiaceta de Besançon.

La Rhodiaceta du groupe Rhône-Poulenc (on dit « la » Rhodia ou «la pieuvre» parfois), à Besançon, petite capitale comtoise plutôt centrée sur les services et les petites et moyennes firmes liées à la micromécanique (Les Compteurs du groupe Schlumberger) et à l’horlogerie (LIP), est la grande entreprise ouvrière textile (des synthétiques) de la ville : elle compte plus de 2 500 emplois. Le quartier au pied de Brégilles qu’elle occupe est une petite ville dans la ville. Nombre de ses employés viennent des campagnes proches, ou habitent les quartiers ouvriers de Besançon, notamment celui de Palente-Les Orchamps où ils vivent en symbiose (mais pas sans conflits) avec de nombreux ouvriers de LIP puisque la prestigieuse firme horlogère y est située.
Le mouvement ouvrier sur Besançon est divisé en deux grandes tendances : d’abord un socialisme plutôt social-démocrate, bientôt partiellement influencé par des idées libertaires et autogestionnaires, marqué par un christianisme social puissant (JOC, CFTC puis CFDT de 1964) qui domine à LIP mais qui est présent avec la CFDT nettement majoritaire à Rhodiaceta. Ensuite un cégétisme, très influencé par le PC et ses compagnons de route qui en fournissent les cadres, influent lui aussi à la Rhodia. Sur le plan culturel, le CCPPO de Palente (Centre Culturel Populaire de Palente-Les Orchamps, créé en 1959), animé par un couple chrétien, parfois libertaire puis procommuniste, mais très ouvert, les BERCHOUD (René et Micheline), est un des incontestables moteurs d’une culture populaire et engagée, qui marque son époque, et qui est un vrai lieu de ralliement de tout ce qui bouge à gauche et à l’extrême gauche sur la ville. Maxime ROLAND, chrétien de gauche, militant associatif et syndical est parmi les fondateurs. Paul CÈBE dit Pol CÈBE (1926-1985)11, militant CGT, futur coordinateur des groupes MEDVEDKINE, est une des autres chevilles « ouvrières » (sans jeu de mot) du CCPPO et de la Bibliothèque du CE de la Rhodia. Sa fougue, ses coups de gueule, sa vision tantôt péremptoire et boutiquière (hormis la CGT point de salut), tantôt très critique et contestataire avec des coups de gueule anarchisants, marquent toutes les personnes qui l'ont rencontré. Il ne laisse pas indifférent et entraîne ou l'adhésion ou le rejet, mais presque toujours une reconnaissance pour l'investissement.

Jeune lycéen, déjà militant en 1967-1968, puis étudiant-salarié engagé dans le mouvement étudiant et syndical à partir de 1968, je me souviens bien de la «montée» sur Palente : on allait rallier un centre populaire, de culture bien à gauche, hors d’une boucle (le centre de Besançon) marquée par une culture bourgeoise forte, malgré la présence d’une faculté des lettres assez tumultueuse. Tout le quartier offrait un cadre nettement différent et bien plus chaleureux que celui du centre ville, et les immeubles ou les petits pavillons, je connaissais bien, déjà le quartier des Buis à Valentigney ou séjournaient encore mes parents, et Planoise à Besançon où je vivais alors. Sans savoir réellement ce qu’était le CCPPO, on avait nettement conscience de changer de monde et de participer à une nouvelle société plus solidaire et engagée, avec des débats parfois longs mais toujours très chauds, voire très mouvementés. La rencontre avec le chaleureux couple BERCHOUD notamment était une aubaine. Les salles de la salle des fêtes, puis de la MJC et du cinéma LUX ont servi d'agoras politiques et culturels à toute une génération.
La grève de la Rhodia, longue (du 25 février au 24-25 mars 1967) et incongrue dans la France gaulliste et prospère d’alors, devient symbole de ce mouvement ouvrier renaissant, et attire sur Besançon bon nombre d’intellectuels et d'artistes, plutôt alors de culture marxiste (orthodoxe ou critique), venus offrir leur soutien. Les chanteuses Francesca SOLLEVILLE et l'impressionnante Colette MAGNY apportent leur voix fortes et militantes. Les cinéastes (et apparentés) Chris MARKER, Antoine BONFANTI (ingénieur du son), Michèle BOUDER (photographe) se rendent à Besançon dès mars 67 ; ensuite c'est Mario MARRET et bien d'autres. Chris MARKER est un ancien animateur du mouvement Peuple et culture, auquel se rattache le CCPPO et Paul CÈBE. Il est nettement antistalinien. Il a déjà été contacté dès 1960 par les animateurs culturels bisontins qui voient déjà loin (notamment alors le militant ouvrier chrétien Maxime ROLAND), et les a encouragés12. En fin des années 1960 MARKER est aidé par d’autres cinéastes militants, souvent proches des communistes : Mario MARRET, Bruno MUEL et René VAUTHIER. Les deux derniers surtout ont été profondément affectés par la Guerre d’Algérie et sont déjà connus pour leur participation à des films militants13. MARKER publie le 22 mars 1967 dans le Nouvel Observateur « Les révoltés de la Rhodia ». Le 22 mars, jour prophétique, un an avant celui de Nanterre…

C’est encore Chris MARKER, cinéaste engagé et militant, qui vient avec toute une équipe de copains du monde du cinéma tourner un film qui est un vrai détonateur sur ce conflit de la Rhodia : À bientôt, j’espère ?. Il est monté en fin 1967 et projeté en mars 1968 (à la télévision - la fameuse ORTF) et le 27 avril 1968 à Palente. Le groupe qui s'est mis en place en décembre 1967 cherche à créer une sorte «d'IDHEC bisontin» (le futur MEDVEDKINE) : cinéastes et militants, parfois dans le conflit voire l'incompréhension, mettent en place une structure unique et emblématique.

Ce qu'on sait moins - mais heureusement les mémoires de Pol CÈBE nous le rappelle - c'est que MARKER avait dès avril 1967, aux lendemains du grand conflit, proposé un premier montage apparemment très tonique (4 séquences), mais qui avait déplu à la plupart des 40 militants concernés14.

Les MARKER, IVENS, GODARD, KLEIN… avec Loin du Viêt-Nam rendent hommage aux luttes de la Rhodia de 67. Le film, projeté en première européenne au Casino de Besançon le 18 octobre, et présenté par Georges (dit Yoyo) MAURIVARD, ancien de la CFDT Rhodia devenu CGT, refuse du monde. Parmi les cinéastes présents on compte Alain RESNAIS et William KLEIN. Le texte de Pol CÈBE La culture pour quoi faire ? expose à nouveau la volonté du CCPPO de ne travailler pour aucune chapelle15. La collecte se fait au profit de la République Démocratique du Viêt-Nam.

Lors de la 2° Semaine de la pensée marxiste : «Le cinéma et l'évènement», Besançon accueille encore GODARD, MARKER et MARRET du 7 au 10 décembre 1967. Le texte de présentation est écrit par l'ami Jean CHARLES. On le voit, la création, l'agitation culturelle et la volonté d'engagements cinématographiques collectifs et ancrés dans le réel… cheminent fortement en Franche Comté. Le 17 décembre 1968 au cinéma Le Rio, Joris IVENS venu présenté 17° parallèle (documentaire de 2 heures tourné en 1967) confirme cet engouement militant.

b)La portée de l’expérience MEDVEDKINE


Le film de MARKER de 1967 est donc projeté aux ouvriers et militants concernés (Cf. La Charnière), qui réagissent de différentes manières, parfois très durement dans la critique, à cette vision d’eux-mêmes. Ils comprennent que le mouvement social dont ils sont les agents vit aussi sans eux, et leur échappe partiellement. Ils ne se reconnaissent que modérément dans le film et le débat est très vif.

C’est pourquoi certains d’entre eux décident ce 27 avril 1968 de prendre en main leur destin en terme d’image, d’analyse et d’autoproduction : se former aux métiers du cinéma, tourner leur propre vie et dans leur propre milieu, et diffuser leurs productions. C’est là où réside vraiment l’utopie culturelle qui renoue avec la tradition d’autonomie du mouvement ouvrier : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » qui est la phrase clé de la Première Internationale créée à Londres en 1864, mais qui sera ensuite surtout revendiquée par les courants libertaires, notamment la première CGT d’avant 1914. Ici on pourrait donc écrire que « le cinéma des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». On passe en quelque sorte du cinéma militant pro-ouvrier au cinéma ouvrier militant. Cependant, il ne faut pas créer un nouveau mythe ouvriériste : les ouvriers cinéastes profitent des cinéastes et autres professionnels militants, qui souvent sont décisifs, au moins en amont pour la formation, les moyens techniques (GODARD offre une «super 5» et plus tard un magnétoscope, Mario MARRET une «MiniK7» et sa «caméra 16», Bruno MUEL de la pellicule…), et en aval pour la diffusion : l’œuvre collective a donc plusieurs imbrications, même si l’autonomie professionnelle des groupes MEDVEDKINE croît avec le temps. Il faut rendre hommage à ces cinéastes qui solidairement et amicalement offrent leurs moyens, leurs techniques, leur savoir-faire, et se mettent au service de… Chris MARKER est sans doute le plus impliqué, et c'est lui qui a proposé le nom de MEDVEDKINE lors d'une soirée chez les BERCHOUD16.
La formation du groupe se fait dans le cadre du CCPPO en 1968-69 et permet la sortie du premier film important en 1969 Classe de lutte, apparemment autour de l'idée principale émise par Pol CÈBE. Il reprend l’histoire de Suzanne en 1968, employée de la YEMA qui se forme une conscience de militante et de femme en prenant peu à peu la parole en public. Suzanne ZÉDET est la compagne de Claude, un des membres très actifs du groupe. Le film a des suites malheureuses au CCPPO car Pol CÈBE qui le monte quasiment seul est alors en rupture avec le groupe et avec son ancien engagement puisqu'il quitte la Rhodia.

C’est le CCPPO qui achète une table de montage stockée momentanément dans le local de l’UL-CGT de Besançon et c’est un militant local, Henri TRAFORETTI qui prend sur ses congés pour en maîtriser le maniement. Auparavant il a manié la masse pour casser la porte de la Maison du peuple, car la table, trop large ne pouvait pas y pénétrer autrement. Des amis professionnels, prestigieux ou non, donnent un coup de main : « la photographe Ethel BLUM, l’ingénieur du son Antoine BONFANTI – dit ‘’bonbon’’ -, les chefs opérateurs Jacques LOISELEUX et Bruno MUEL, Chris MARKER, les monteuses Valérie MAYOUX et Jacqueline MEPPIEL, Mario MARRET qui prête une caméra 16 mm, Jean-Luc GODARD qui offre une super-8 »17 sans oublier Évelyne LERNER également pour le son et Joris IVENS qui donne également du matériel. Antoine BONFANTI (1923-2006), magicien du son, et militant convaincu, fut un aide bénévole d’importance. L’expérience sera prolongée jusqu’en 1974, en ayant entre temps contribué à créer le groupe de Sochaux. C’est la coopérative SLON-Société de Lancement des Œuvres Nouvelles (initiative de MARKER) qui va donner le coup de pouce financier notamment pour la diffusion. Joris IVENS, autre figure emblématique de cinéaste-militant, vient présenter quelques productions à Besançon. Venu de l’OROLEIS-Office Régional Laïque d’Éducation par l’Image et le Son, Jean-Pierre THIÉBAUD rallie le groupe. Parmi les bisontins, c'est un des rares non-ouvriers, la plupart des animateurs étant surtout issus de la Rhodia et très souvent de la CGT et du PCF : Georges BINÉTRUY, Henri TRAFORETTI, Claude ZÉDET, Pol CÈBE, Georges MAURIVARD, Georges LIÉVREMONT...

Après son départ de la Rhodia en 1969, Pol CÈBE anime jusqu’en 1977 le Centre de Loisirs de Clermoulin qui appartient au C.E. de Peugeot (cogéré à l’époque par CGT et CFDT). La venue de jeunes ouvriers, de Sochaux surtout, permet de fonder le deuxième groupe MEDVEDKINE qui est indépendant vis-à-vis du premier. Parmi eux s’imposent peu à peu Christian COROUGE, René LEDIGHERER, Bernard… L’ancien galicien Antonio PALEO permet de structurer le centre et y donne un air de famille par ses constructions, la présence de sa propre famille, etc.

Le groupe de Sochaux-Clermoulin est nettement différent du premier, pas en terme de classe, mais en terme d’idéologie et de pratiques. Les militants sont plus jeunes, souvent déracinés par rapport à leur provinces d’origine, plus dans l’esprit 68, plus irrespectueux, y compris vis-à-vis de la CGT et des discours lénifiants. Ils se dressent souvent contre « la routine syndicale » rappelle Bruno MUEL18. Comme ceux de la Rhodia de Besançon, ils sont à leur manière très combattifs, mais pas dans la seule usine : Cf. les luttes dans leurs foyers de travailleurs d’octobre à novembre 1970. Ils sont moins portés sur la technique, et se préoccupent plus du message à faire passer. Paul CÈBE, animateur cégétiste résolu et parfois dogmatique, est lui aussi en butte avec une CGT pas forcément conforme à ses vues, d'où des attaques et des diatribes qui semblent assez peu reluisantes avec le temps19.
Ce qui est intéressant dans cette volonté autonome, de quasi autogestion culturelle, c’est qu’elle va être portée paradoxalement par une partie du mouvement ouvrier qui la récuse alors, et parfois avec outrance et schématisme notamment durant l'année 68 et après. Les membres du groupe Medvedkine sont souvent communistes ou procommunistes, et sans doute très nombreux à la CGT. Le PC et la CGT en 1967, et surtout en 1968, se sentent débordés sur leur gauche, et sont résolument de tradition « centraliste démocratique » : ils font de l’autogestion un épouvantail petit-bourgeois. C’est pourquoi parler « d’utopie libertaire »20 à propos de cette expérience est contestable : le fondement et les méthodes, certaines prises de positions culturelles, sont libertaires, la volonté idéologique (les « scories coco » écrit Libération) de ses membres sûrement pas. Il faudra attendre 1972 environ pour que le PC et la CGT prennent le train en marche et revendiquent à leur tour une autogestion qui a pris après 1968 ces lettres de noblesse. Mais c’est LIP alors qui sur Besançon l’exprime fortement et avec un rayonnement international incroyable, que l’on a bien oublié aujourd’hui. Or ni le CCPPO, ni les groupes Medvedkine ne sont influents sur LIP ni trop empathiques sur cette expérience pourtant paradigmatique.

Les membres du groupe sont au début marginaux, pas « dans la ligne » du parti ou du syndicat, et malgré leur idéologie assez centraliste marquée par un marxisme plutôt étatiste, ils prennent des initiatives et lancent des idées évidemment libertaires, au moins dans la forme et dans leur manière d’être une communauté libre. Les dirigeants de la CGT et du PCF ne les accompagnent désormais que partiellement et ceux de la CGT entraînent la dislocation du groupe de Besançon en 1972, car le groupe est jugé trop peu orthodoxe et bien trop autonome. Le Parti demande à ses membres de quitter ce groupe trop pluraliste, ce que font progressivement Geo BINETRUY21, Henri TRAFORETTI et Claude ZEDET ; mais pourquoi donc l'ont-ils accepté ? Même Georges LIÉVREMONT, militant syndicaliste, responsable communiste, fidèle au parti, mais critique sur son fonctionnement, est éliminé de la direction fédérale pour sa volonté d'autonomie et son sens critique. Triste ironie, c’est l’époque où la CGT et le PCF adoptent enfin le thème de l’autogestion !

c)Pourquoi Alexandre Ivanovitch MEDVEDKINE (1900-1989) ?


Cinéaste soviétique, engagé dans la Cavalerie rouge pendant la révolution et la guerre civile, fondateur de l’expérience du ciné-train dans les années 1920, il est considéré comme un représentant symbolique du cinéaste révolutionnaire désintéressé, image idéalisée du militant bolchevik.

Le ciné-train, au minimum trois wagons, est à la fois lieu de vie, de production et de montage, de diffusion populaire (un wagon sert de salle de projection), au plus près du peuple, le principal intéressé. Il mobilise une équipe qui dépasse parfois les 30 personnes.

Chris MARKER connaît MEDVEDKINE et sa volonté d’art pour le peuple, s’inspire de ces expériences, et donc c'est lui qui propose le nom du cinéaste aux groupes comtois. En 1971, rencontrant MEDVEDKINE à Paris avec Pol CÈBE, il tourne sur son expérience Le train en marche. Reprenant ce film de 1971, Chris MARKER va tourner en 1993 un film plus achevé et avec plus de distanciation : Le tombeau d’Alexandre.

MEDVEDKINE est célèbre pour Le bonheur de 1934-35, utopie rurale pleine de charme et d’ironie, mais contribuant paradoxalement à l’édification des mythes de la planification stalinienne alors en marche, et pouvant aussi se ranger dans cette oppressante école du « réalisme socialiste » plus marquée par la propagande que par l’indépendance d’esprit. Chris MARKER contribue à réhabiliter et traduire le film. Il est projeté à Besançon, au Montjoye, le 04/10/1972, précédé du Le train en marche sur la venue à Paris du réalisateur.

d)Filmographie


  • 1968-69 BONFANTI Antoine/CÈBE Pol La charnière, « film » de 12 mn en 16 mm sur les réactions ouvrières, parfois sans concessions et brutales, au film À bientôt, j’espère ?, et qui montre la volonté de donner naissance au groupe MEDVEDKINE. Quasiment sans image, il reproduit les débats enregistrés par Antoine BONFANTI : il se réduit donc à une bande-son qui est un formidable document pour poser la question de la vision ouvrière, du dedans ou du dehors. Les diatribes contre le « romantisme » de Chris MARKER nous rappellent que les jugements concernant les amis sont souvent injustement plus terribles que ceux visant les ennemis.

  • 1968-69 BINETRUY Georges/CEBE Pol/MUEL Bruno pour l’image/NEDJMA Simone/LERNER Évelyne pour le son… Classe de Lutte ou Mai 68 à Besançon, film N&B de 40 mn en 16 mm sur l’engagement cégétiste d’une ouvrière de la YEMA (horlogerie), Suzanne ZÉDET. C’est un documentaire sur la place de la femme dans le mouvement social, et les problèmes posés par son rôle même dans l’organisation syndicale qui demeure bien méfiante. Pour Suzanne, militante publique pour la première fois avec une telle diffusion, c’est l’épanouissement personnel et la (re)constitution de soi à la première personne. Cela ne va pas sans poser des problèmes dans le couple, le syndicat et la société, tous alors marqués par un fort autoritarisme et paternalisme que l’esprit de mai commence à faire éclater. Le film est primé par la FSM – Fédération Syndicale Mondiale en 1969 au festival de Leipzig. Parmi les nombreux membres du « Groupe Medvedkine de Besançon (SLON) » qui apparaissent, on note Jean-Luc GODARD, Joris IVENS, Jacques LOISELEUX, Colette MAGNY et René VAUTHIER… Réalisé surtout par des gens proches de la CGT et du PCF, il a l'éloge de la gauche non communiste, de la CFDT mais curieusement pas de la CGT ni du PCF. L'opposition communiste provient de la contestation des méthodes, de l'évolution trop personnelle de CÈBE, des liens avec l'anti-parti Chris MARKER22. Tristes bêtises…

  • 1968-69 Collectif Rhodia 4*8. Mini documentaire de 4 mn en N&B en 16 mm autour de la présence de la chanteuse Colette MAGNY chantant et dansant devant les ouvriers de la Rhodia, notamment le fameux flamenco de la Rhodia. Un des premiers « clips politiques » avec détournement d’images de films patronaux. Le disque Colette MAGNY 68/69 comporte également des documents sonores utilisés dans les films.

  • 1969-70 Collectif Nouvelle société n°5 - « KELTON », documentaire N&B en 16 mm d’environ 10 mn sur l’horlogerie de TIMEX-KELTON et les dures conditions de travail, notamment pour les ouvrières, entre évanouissements et pressions des contremaîtres. Il est à remarquer que le terme « Nouvelle société » est une manière de contrer les déclarations d’alors de Georges POMPIDOU et de Jacques CHABAN-DELMAS.

  • 1969-70 Collectif Nouvelle société n°6 – « Biscuiterie BUHLER – Histoire d’une petite fille », documentaire N&B en 16 mm d’environ 10 mn montrant les problèmes familiaux liés à la condition ouvrière, au travers des remarques d’une enfant dont les parents sont souvent absents : la mère travaille à la biscuiterie BUHLER et le père est routier.

  • 1969-70 Collectif Nouvelle société n°7 – « AUGÉ-DÉCOUPAGE », documentaire N&B en 16 mm d’environ 10 mn sur la hausse des cadences et les conséquences dramatiques (stress, accident...) dans l’industrie électronique (usine de contacteurs AUGÉ-DÉCOUPAGE).

  • 1970 Collectif Nouvelle société n°8, documentaire en 16 mm sur les ouvriers immigrés de PENARROYA à St Denis et sur leur première grande grève.

  • 1971 MUEL Bruno aidé de Pol CÈBE, ROBICHET Théo et Anna RUIZ – Groupe MEDVEDKINE de Sochaux Les trois-quarts de la vie sur les mouvements de jeunes ouvriers du pays de Montbéliard, notamment la grève des ALTM (foyers de jeunes travailleurs), avec forte proportion de travailleurs étrangers. Documentaire de 20 mn en 16 mm - N&B et couleur. Le titre s’en prend au temps énorme passé à l’usine au détriment de la vie réelle. Il décrit le quotidien, la condition des jeunes ouvriers, leurs désirs ou desespoirs…

  • 1971-72 MUEL Bruno aidé de Pol CÈBE – Groupe MEDVEDKINE de Sochaux Week-end à Sochaux, film en 16 mm couleur de 57 mn sur les réactions, pensées et loisirs de jeunes ouvriers, surtout des OS de la chaîne de chez PEUGEOT, leurs loisirs, le cinéma militant... et le rappel de la triste journée de lutte du 11 juin 1968 (2 morts). Il forme la suite logique du précédent. La réalisation, qui se veut collective en mêlant professionnels et ouvriers, compte une quarantaine de noms, sans compter ceux du Théâtre des Habitants et ceux des camarades maghrébins immigrés.

  • 1971 THIÉBAUD Jean-Pierre Le traîneau-échelle, film totalement autoproduit, en 16 mm couleur de 12 mn, autour d’un poème illustré de Jean-Pierre THIÉBAUD. Cette œuvre personnelle, atypique, est rattachée au Groupe par la volonté de son auteur qui en fut un des piliers. Il fut tout de même aidé par Paul BOURRON et Valérie MAYOUX.

  • 1973-74 MUEL Bruno – Groupe MEDVEDKINE de Sochaux Avec le sang des autres, film de 16 mm couleur de 56 mn sur le monde ouvrier de PEUGEOT Sochaux, les chaînes de montage et la violence patronale... L’empire-PEUGEOT est aussi dénoncé dans tous les aspects où la firme est présente : logements, supermarchés RAVI… Mais ce film est surtout l’œuvre de MUEL, le groupe se disloquant à son tour. On revient ici à la tradition du cinéma-militant, mais assez extérieur au monde social représenté. La dimension collective dans sa réalisation s’est estompée, à la différence de Week-end à Sochaux qui lui respire le collectif23 note Christian COROUGE.


Autres films du groupe ou liés au groupe :


  • Lettre à mon ami Paul CÈBE de Michel DESROIS en 1971 (Cf. SLON ci-dessus).

  • Le tombeau d’Alexandre de Chris MARKER en 1993 (Cf. MARKER ci-dessus).

  • Le train en marche de Chris MARKER en 1971 (Cf. MARKER ci-dessus).

  • Septembre chilien de MUEL Bruno/MAYOUX Valérie/ROBICHET Théo, tourné juste après le coup d’État en 1973. Ce film utilise des moyens attribués pour tourner Sortie des usines PEUGEOT. L’ensemble du groupe MEDVEDKINE a accepté que l’urgence chilienne prime sur leur quotidien ouvrier. La musique de Victor JARA et la voix de Simone SIGNORET, entre autres participations, accentuent l’intensité de l’évènement. Le film obtient le prix VIGO en 1974.

  • Sochaux, 11 juin 1968 de Bruno MUEL en 1970 (Cf. SLON ci-dessus).La reprise du travail se fait difficilement, une nouvelle occupation subit une violente répression. Le documentaire laisse parler les victimes et évoque une inadmissible action policière. Le film part de séquences filmées par un chauffeur de taxi, refilmées en 16 mm à la Maison du peuple de Besançon, et montré aux ouvriers le jour anniversaire le 11 juin 1970. Ce jour là un débrayage de grande importance permet à plusieurs milliers de salariés de voir le film.

  • 2010 MUEL Bruno Les Week-ends à Sochaux de Youcef TATEM, film monté en 2010 pour une rétrospective autour de Youcel TATEM.

4.Groupe de GODARD et GORIN : Dziga VERTOV fondé en 1969 :


  • 1969 Collectif Luttes en Italie moyen métrage sur les luttes ouvrières à travers le personnage d’une jeune femme.

  • 1969 Le vent d’Est long métrage de réflexion sur la lutte des classes, avec des leaders de 1968 (COHN-BENDIT) ou des cinéastes engagés (Glauber ROCHA, Marco FERRERI), dans un style western assez situationniste.

  • 1969 Pravda, moyen métrage autour des drames de Tchécoslovaquie.

  • 1969 British sounds, moyen métrage autour de jeunes de la BRITISH MOTOR.

  • 1972 GODARD Jean-Luc/GORIN Jean-Pierre Tout va bien, fiction de 95 mn en 35 mm. Des journalistes (le couple mythique Yves MONTAND et Jane FONDA !) enquêtant dans une usine sont séquestrés lors d’une grève et se remettent en question. Les ouvriers eux-mêmes progressent lors du conflit, et rejettent progressivement toute hiérarchie, celle du patronat, mais également celle du syndicat. L’émancipation concerne donc les travailleurs eux-mêmes, réfutant de manière libertaire tous les autres schémas. Mais les sympathies pro-maoïstes de GODARD rendent ambigües ces manifestations libertaires.

5.Groupe autour de Marin KARMITZ :


Militant en 1968-69, Marin KARMITZ fonde ensuite MK2 Diffusion en 1973.


  • 1969 KARMITZ Marin Camarades film de 80 mn en 16 mm Couleur sur les ouvriers de Saint-Nazaire, et le travail à la chaîne chez Renault ; conscience de classe et militantisme à l‘extrême gauche marquée par le marxisme-léninisme de l’époque.

  • 1971-72 KARMITZ Marin Coup pour coup fiction documentée de 90 mn en 16 mm couleur sur les ouvriers d'une usine de textile d'Elbeuf, cinéma vérité, avec de vrais ouvriers, surtout ouvrières ; prise de conscience de la condition féminine et de la puissance des actions collectives : grève « sauvage » triomphante.

6.Groupe ISKRA « étincelle » (issu de SLON en janvier 1974):


ISKRA, établi en France, signifie également Image, Son, Kinescope, Réalisation Audiovisuelles. Le groupe existe toujours et dispose d’un site Internet à son nom http://www.iskra.fr.

Les liens avec des groupes militants se maintiennent : Gavroche, Copra, Cinéma Rouge…

ISKRA est à la fois un centre de production, mais de plus en plus un centre de diffusion, ouvert à d’autres. La société vivote jusqu’en 1985 (Loi LANG sur l’audiovisuel) et reprend vit ensuite, notamment après l’explosion sociale d 1995 qui marque un fort retour du cinéma militant. Les liens avec la télévision sont de plus en plus fréquents : Arte, Canal +, La Sept, La Cinquième… ainsi qu’avec les groupements importants de diffusion : Vidéothèque de Paris, Forum des Images…


  • 1974 Travailleurs des Lignes - PTT BOURRON Paul/CAMUS Pierre Les lignards, sur les poseurs de câble dans les égouts, reportage de 18 mn en 16 mm qui va servir d’appui à la grève PTT de 1974.

  • 1975 ANTOINE Marie-Thérèse/ILLIONNET Jean-Michel/PILAS Jean-Marc P.L.M. film de 20 mn en 16 mm en N&B sur la grève des postiers (deux mois sur l’hiver 74/75) dans le centre de tri de la gare de Lyon.

  • 1976 PITTARD Éric Poumons noirs, ventres d’or, autour des mineurs du bassin de Valenciennes : difficultés du travail, accidents, silicose... ISKRA et GAVROCHE.


Remarque : après cette date, les autres productions d’ISKRA sont intégrées à la suite chronologique (Chapitre II. A. 4.)

7.Productions proches du PCF et de la C.G.T. :


De 1968 à 1971, le PCF dispose de Dynadia (avec Mario MARRET) qui devient en 1971 la SARL Unité Cinéma/Télévision/Audiovisuel (Unicité), soutenue notamment par Jean-Patrick LEBEL ou Paul SEBAN.

Les films d’Unicité et de Dynadia sont aujourd’hui stockés par la société Zoobabel devenue Ciné Archives, grâce à l’action notamment de Joëlle MALBERG. Les dépôts sont aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis. Ils comprennent également les productions de la CPDF – Coopérative de Production et de Distribution du Film, liée également au PCF.

De 1968 à 1980, animé par Jean DURIN existe sur Paris le Bureau du Cinéma de la CGT.

L’Institut CGT d’Histoire Sociale - IHS possède aujourd’hui un fond assez riche (Cf. http://www.ihs.cgt.fr/).


  • Rappel : dès 1956 Les copains du dimanche, pour valoriser les CE, avec J.P. BELMONDO dans son 1er rôle, et René VAUTHIER comme 1er assistant.

  • 1968 CHARDEAUX François 33 jours en mai, vision pro-cégétiste des événements de mai 68 à Boulogne-Billancourt.

  • 1968 Collectif – CE - Dynadia Dassault, notre force, 15 mn en 16 mmm N&B sur les grèves de mai juin 1968 chez Dassault à Saint-Cloud.

  • 1968 Collectif Étranges étrangers, sur les conditions de vie et de travail de travailleurs immigrés dans la banlieue parisienne.

  • 1968 Collectif Le frein ou la fleur carnivore, film caricatural, archaïque et stupide de la CGT sur l’extrême gauche et sur les étudiants jugés gauchistes, feignants, dégénérés sexuels et petits bourgeois.

  • 1968 SEBAN Paul La C.G.T. en 1968, rassemblement d’archives de la CGT pour dresser une large chronique des événements, et défendre la position d’une CGT qui a largement été critiquée durant les évènements. Film de 82 mn en 16 mm N&B.

  • 1968 SEBAN Paul CGT Nantes, 40 mn en 16 mm N&B sur l’occupation de Sud-Aviation Nantes, et sur d’autres grèves dans la Loire.

  • 1968 UD CGT GARD Le Gard en mai 68 : un printemps extraordinaire, 26 mn en 16 mm N&B sur le mouvement de mai dans le Gard.

  • 1968 UD CGT HAUTE-VIENNE La grève des cheminots à Limoges, 23 mn en S8 sur les évènements à la gare de Limoges.

  • 1968 UD CGT SEINE-MARITIME – BLANC Guy Un mouvement irrésistible – Grèves en Seine-Maritime, film de 10 mn en 16 mm sur les mouvements ouvriers de Rouen au Havre.

  • 1970 SEBAN Paul Pourquoi la grève ? film de 44 mn, sur la grève en général (SIMCA, RENAULT, USINOR) et les grèves des mineurs de 1947 en particulier. Illustration de la position du leader cégétiste Georges SÉGUY.

  • 1971 SEBESTIK Miroslav La démocratie syndicale, illustration pro cégétiste de la militance en milieu ouvrier, production DYNADIA.

  • 1972 PAUL Bernard Beau masque, à partir du roman de Roger VAILLANT et d’une ouvrière du textile, syndicaliste CGT et militante communiste. Beau masque est un immigré cantabrique qui soutient peu à peu sa compagne lors d’une grève particulièrement violente dont elle est une des animatrices.

  • 1972 SEBESTIK Miroslav/FESCHI Jean-André Luttes d’aujourd’hui, 43 mn en 16 mm sur les nouvelles luttes syndicales. Commandité par UNICITÉ pour la CGT, il n’a jamais été diffusé, car immédiatement mis « au placard » lorsque les dirigeants cégétistes d’alors l’ont visionné. C’est en novembre-décembre 1998 seulement, pour les Rencontres Cinématographiques de la Seine-Saint-Denis, qu’il a été redécouvert et programmé.

  • 1973 LEBEL Jean-Patrick Vivre mieux, changer de (la) vie, film propagandiste en faveur du Programme commun de gouvernement, avec quelques séquences sur le monde ouvrier.

  • 1975 Unicité – LILENSTEIN Anatole Grandin : les raisons d’une victoire, film de 27 mn en 16 mm : description du succès de l’occupation de 9 mois mené par des ouvrières d’une entreprise électronique de Montreuil soutenues par le PCF ; elles parviennent à empêcher la fermeture du site.

  • 1975 Unicité – Vie ouvrière On est quand même pas des poissons, fiction de 36 mn en 16 mm sur les difficultés de toucher le monde du travail, ici des diffuseurs de Vie ouvrière aux portes d’usines dans la région lyonnaise.

  • 1998 SEBAN Paul Traces de mai, notamment la rencontre COHN-BENDIT et Georges SÉGUY

8.Filmographie de Jean Pierre THORN :


Avant 1968 il appartient à l’association Cinéma-Liberté. En 1968, il est étudiant et proche des marxistes-léninistes, de l’UJCML puis de Ligne Rouge (groupement parisien en 1968). Il est déjà militant (syndicaliste à la CFDT et intellectuel « établi » en usine à St Ouen en 1969) et cinéaste engagé. Gagné par la dérive ouvriériste de la période, il revendique cependant son rôle propre de technicien, mais au service de la cause et avec les ouvriers en lutte24. Il démissionne en 1979.


  • 1968 Oser lutter, oser vaincre grève à l’usine RENAULT de extrême gauche (mai-juin 1968) et mise en avant de l’occupation. La CGT qui appelait à la reprise est de fait durement condamnée. Le film sera diffusé par Cinélutte.

  • 1969 Les Cinéastes Révolutionnaires Prolétariens Flins 68-69. Continuons le combat. Film de 45 mn en 16 mm N&B prolongeant le film précédent de THORN.

  • 1973 La grève des ouvriers de Margoline film de 40 mn en 16 mm qui décrit le combat de la centaine d’ouvriers immigrés de l’usine MARGOLINE de Nanterre et Gennevilliers. Une grève dure permet la régularisation de la plupart des clandestins et l’amélioration des conditions de travail.

  • 1980-81 Le Dos au Mur film de 105 mn en 16 mm sur le conflit avec occupation à l'ALSTHOM de St Ouen ou THORN fut un ouvrier "établi" ; grève de 43 jours en octobre-novembre 1979. Pendant le tournage, THORN est en butte au PCF, à la CGT, aux maoïstes et à la direction !

  • 1990 Je t'ai dans la peau film de 118 mn en 35 mm couleur, sur Georgette VACHER, une responsable de l’UD - C.G.T. de Lyon, suicidée par dépit et ne supportant plus la trahison : film sur la classe ouvrière, les syndicats, l’intolérance stalinienne… à partir de l’itinéraire d'une militante de 1950 à 1981. Le réalisateur s’inspire également de l’expérience de Radio-libre sur Longwy.

9.Autres productions de 1968 :


  • 1968 Anonyme Sud-Aviation – Mai-juin 1968 à Saint-Nazaire : 22 mn en S8-N&B sur Saint-Nazaire en ébullition autour de son usine occupée.

  • 1968 ANDRIEU Michel Le droit à la parole film produit par La lanterne sur l’expression spontanée et libertaire des jeunes participants au mouvement de 68.

  • 1968 GODARD Jean-Luc Un film comme les autres, 100 mn en 16 mm sur les rapports ouvriers (de Flins) et étudiants.

  • 1968 IDHEC (BONNEAU Pierre/WILLEMONT Jacques) La reprise du travail aux usines Wonder, documentaire d’une dizaine de minutes sur le désespoir des ouvrières le 10/06/1968 à Saint Ouen. Oppositions entre la CGT, les jeunes de l’UJCML et position radicale d’une jeune ouvrière refusant de rentrer.

  • 1968 KASSOVITZ Peter/OTZENBERGER Claude Interview de M. WOLGENSINGER, interview du PDG de Citroën en juin 68 sur la grève dans son usine.

  • 1968 MACÉ Yvon Mai 68 à Saint-Nazaire, 9 mn sur les évènements à Saint-Nazaire, avec les occupations. Productions de La Lanterne.

  • 1968 MOSZKOWICZ Fernand Le cheminot à la Sorbonne, un cheminot du Sud-Ouest à la Sorbonne en mai 68, documentaire de 22 mn en 16 mm N&B. le choc entre deux mondes, et l’esprit 68…

  • 1968 MOSZKOWICZ Fernand Les cheminots en grève, film de 30 mn en 16 mm N&B confrontant les points de vues syndicalistes (CGT et CFDT) de militants du dépôt de la Porte d’Ivry.

  • 1968 SAVIGNAC Jean Paul Que s’est-il passé en mai ? documentaire sur les traces des affrontements

  • 2011 PRADAL Laure 1968. Journal d'une inconnue, film évoquant la condition ouvrière et féminine dans une entreprise d'informatique à Montpellier, Morari. Recherche d'une ouvrière dont on a retrouvé le carnet rédigé à l'époque, à travers interviews, archives…
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