Bernard Noël regard vers himat







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Bernard Noël




REGARD VERS HIMAT



sérigraphie

voluptueux

peau assouplie

qualité physique

matière et non sujet

11 oct. 2001

9 h ½ rendez-vous avec Himat pour signer notre "chanson". J’aime la simplicité de ce petit livre sérigraphié, puis repris à la gouache pour améliorer la couleur, passer de l’aplat un peu terne à une consistance charnue. Ensuite première visite chez Himat, qui me montre ses papiers. Le mot "voluptueux" me vient comme une explication. Ou plutôt pour exprimer une évidence. Mais prié par Himat de le préciser, je n’y arrive pas…Ses couleurs ont une sensualité qui procure un plaisir des yeux immédiat, j’en ressens l’épaisseur, la profondeur comme je toucherais une peau assouplie par le désir, ou même humidifiée par lui. Cette qualité physique me frappe d’autant plus qu’elle est très rare, ou du moins très rarement perçue au premier contact. D’habitude, c’est le sujet qui conduit vers elle

Je pose

juste

quelques

questions

sur la manière

de procéder.

En fait,

je voudrais savoir

ce qu’Himat

a en tête

quand

sa main

travaille.

Mais je dois

poser mal

mes questions

ou bien

il ne veut


et non pas la matière. Le propre de la peinture d’Himat (pas de la peinture d’ailleurs mais de l’encre grasse qu’il utilise) est de communiquer au regard une impression relevant du toucher plus que de la vue. Ainsi elle ouvre dans le regard la dimension d’un autre sens et le sensualise…Pris dans cet acte, le regard oublie ce qui d’ordinaire le préoccupe ou le détourne vers un besoin d’interroger la ressemblance. C’est qu’il tire une satisfaction instantanée de la surface contemplée sans s’interroger sur ce qu’elle représente. Et je crois bien n’avoir jamais rien éprouvé de pareil, ni qui annule aussi vite toute autre préoccupation de forme, de rapports, d’histoire ou d’objet. A distance, je ne me souviens pas clairement de la composition des

pas les entendre

ou bien

cela n’entre pas

dans

ce qui l’occupe

au moment

du travail.
Si le regard

aperçoit

des signes

à l’intérieur

des carrés,

il est

aussitôt

saisi

par l’ouverture

(ou la propulsion

en lui)

d’un sens émotif.


surfaces d’Himat. Je sais seulement que chacune combine des motifs répétés, en associant une succession de carrés plus ou moins identiques pour l’œil. Mais la sensation physique varie, se nuance d’un carré à l’autre, produit une vibration différente, alors que le regard n’enregistre que du semblable. Là, justement, est l’originalité comme si la composition répétitive intensifiait la qualité de la matière, ou servait d’ossature à sa chair vive.
De loin, à présent,

je me demande d’où viennent les motifs utilisés comme structures par Himat. Cela pourrait provenir de dessins folkloriques ou de tapis, mais cela, chez lui n’est pas décoratif (sauf que le risque décoratif existe, produit éventuellement par la répétition) en raison d’une part de la sensualité, d’autre part de la présence toujours en train de pousser d’une suggestion mythique.

Dans ma culture,

l’image est émouvante

et non pas le signe.

La combinaison des signes

en message écrit

peut faire naître une émotion

pas le signe isolé.

Matière de volupté

ce velours

d’air…

cet air velouté !

En Occident, nous sommes formés à ne voir dans les signes que des supports susceptibles de produire de l’intelligible, et donc un sens qu’animera de façon linéaire son déchiffrement. Nous n’imaginons pas des signes capables de gonfler sous l’effet du regard comme une zone désirable sur laquelle le toucher des yeux produirait un contact voluptueux. Des signes générant du volume et non de la ligne. Or c’est un phénomène de ce genre qui m’a saisi - et tout de suite - devant les œuvres d’Himat.

Rien de gestuel, une organisation très soignée : un véritable "carrelage" délibérément composé.

A présent, n’ayant plus rien devant les yeux, c’est ce carrelage que je revois mais précédé par une sorte d’émanation sensuelle : un velours aérien qui habite la vue autant que la surface comme s’il unifiait les deux en y faisant vibrer également sa matière.

Oui,

j’aurais voulu qu’Himat

me dise à quoi

il pense en travaillant.

Pourquoi ?

Pour savoir ce qu’inverse

chez lui

l’acte de peindre

car dans cet acte

c’est en somme

le dessous

qui passe dessus,

l’intérieur

qui vient à l’extérieur.


L’importance grandissante du rétinien (au fond depuis les aplats de Gauguin) aurait pu entraîner une intensification de l’émotif, mais c’est le contraire qui s’est produit avec une conceptualisation toujours plus répandue. Le concept favorise l’ordre. Il a même tendance à devenir exclusif et totalitaire. Il veut avoir raison. Il se prend pour la vérité. Pour le sens de l’histoire. Mais le concept n’est rien dans la mesure où sa compréhension l’anéantit.

Au contraire un signe émouvant se renouvelle dans l’émotion qu’il procure et contient donc quelque chose d’inépuisable. De ce renouvellement naît la beauté, ce qui prouve qu’elle n’est pas esthétique mais procède d’une harmonie dans la relation. En somme est beau ce qui nous accorde avec lui-même et par conséquent avec nous-même.

Les surfaces d’Himat ont cet effet, qui agit à la fois comme une introduction à son univers et comme un support à leur contemplation.

ceci n’est pas une croix

(ni un avion)

7 nov.

En avion : Lyon –Paris.

Pensée du labyrinthe, et la représentation qui se forme est un entrelacs d’Himat. Non, pas exactement un entrelacs mais un trajet assez angulaire, suffisamment cassé pour que tous ces détours provoquent un sentiment labyrinthique. Mais ce qui sollicite mon attention est de l’ordre de la projection…Tous ces détours, envisagés dans leur ensemble et non pas tour à tour, génèrent une forme aérienne, elle aussi labyrinthique, et dans la transparence de laquelle je suis pris.
En avion : Paris-Valencia.
L’annonce de la descente et l’obligation de relever ma tablette m’ont interrompu.

Je rêvais d’une projection

d’un soulèvement suscité par les dessins d’Himat

et je m’aperçois que ce sont les couleurs

ses couleurs voluptueuses

qui déclenchent cette aération

et son architecture transparente

Le mot "perfection"

est ici précédé

par un sentiment :

le corps est

envahi

par un espace

qui l’exalte.

Ainsi fait également

la beauté.

Tout à coup

le mouvement ordinaire

de la vie

est interrompu

métamorphosé

en un volume où tout s’équilibre

heureusement.

Valencia 8 nov.
La cathédrale mêle roman, gothique et baroque dans un accolement parfois harmonieux parfois irritant, irritant comme le ferait une piqûre d’ortie dans un toucher immédiat et non pas une réflexion.

Le plus beau : La Lonja et le consulat de la mer sacrés patrimoine mondial récemment pour leur 5ème centenaire.

C’est une vaste nef portée par des piliers torsadés qui s’épanouissent en nervures de la voûte.

Sentiment d’entrer dans la perfection. Bien sûr, je ne pouvais me contenter de poser là ce mot. Mais je ne pouvais pas, non plus, l’interroger à la suite.

Alors je l’ai fait en face parce qu’il y fallait une distance.

Ou plus exactement une sorte d’interruption.

La vieille ville a dû être à l’abandon longtemps. Elle est en pleine réhabilitation avec beaucoup d’immeubles à vendre pour que l’acheteur procède à la restauration.

une forme en passant

illisible

et cependant évocatrice.

Talgo : Valencia –Narbonne, 9 novembre.
Montée de l’été vers l’hiver. Vu la mer, le train passant parfois au bord de la plage, mais pour s’enfoncer très vite dans un tunnel. Rocs et collines.

Dans une gare, Tarragone peut-être (je n’en suis plus sûr bien que ce souvenir m’amène à ouvrir ce carnet) dans une gare donc, sombre et basse, un décor courait sur les murs qui m’a fait penser à Himat.

Je ne voyais pas les couleurs mais l’on aurait dit l’une de ses compositions dépliée, déroulée, pour former des chemins courbes. Une suite de carrés liés les uns aux autres en bandeaux.

J’ai un rhume de plus en plus violent, rebelle aux cachets, et qui brouille mes yeux : je l’accuse de m’avoir empêché de voir clairement !

Il fait nuit à présent.

Un sentiment de noirceur, comme si la mort rôdait le long du train et qu’il faille la gagner de vitesse.

Question : comment

cela est-il fait ?

plutôt que

de quoi cela est-il fait ?

La peinture est un art du dépôt.

L’empreinte du pinceau

ne décrit pas :

elle matérialise.

Quoi ?

De l’espace, bien sûr, mais aussi

et en même temps, autre chose.

Elle substantifie

cet espace.


TGV Carcassonne-Paris 11 nov.
La seule sensation physiologique abstraite et pure est celle de l’espace – dit à peu près Sima. Cette sensation, difficile à analyser, je l’ai qualifiée de "voluptueuse" à propos de Himat. L’espace est perçu là comme une substance dégagée par la peinture : une chair aérienne et tendre parce qu’elle est sans contours. Le regard s’identifie à elle dans une fusion heureuse.

Le plaisir de voir est lié à cette fusion qui accorde l’effet produit par la peinture et le regard pénétré par cet effet.

Dynamique de la réciprocité.
Ce matin entretien en public avec Michel Butor, maison Joe Bousquet.

Nous n’avons pas évoqué la peinture, ni le regard. Mais il en avait été question la veille - encore que presque uniquement du point de vue des livres réalisés avec les peintres. Michel recherche dans ces livres la forme qui provoquera un premier mot, puis les autres. Il aime les livres peints d’avance, qui l’appellent et excitent son imaginaire.


De l’autre côté,

dans la glace qui lui fait face,

le bouquet s’enrichit de trois roses

cependant qu’autour de lui

il s’ampoulait

d’aériennes boursouflures

prêtes à fleurir.

Le gris efface les distances :

on dirait qu’il fait affleurer

la profondeur.

Istanbul 15 novembre
A droite, le Bosphore dans la brume ; en bas, des toitures en éverit, immenses ; droit devant, une tour verte et grise de 20 étages mais sur un socle de béton équivalent à une dizaine d’étages selon les immeubles en contre-bas. Ma chambre n’a pour "image" qu’un pot de fleurs, trois roses et d’autres en bouton. C’est la reproduction d’un tableau de Nazu Ecevit (1900-1985), une huile sur toile précise une légende en anglais.

La ville est grise de l’autre côté de l’eau. Il pleut. Klaxons, ronronnement, de temps à autre un cri de mouette, comme une femme prise de chagrin ou d’amour (tel fut l’effet la première fois, si bien que je suis allé à la fenêtre craignant un accident ou une agression).

Dans Isbikal, j’ai visité une exposition de peintures, des aquarelles – attiré par une grande aquarelle d’Abidive Dino. Mais il n’y avait dans ce panorama d’un siècle que paysages et fleurs. Rien pour me ramener vers Himat et sa matière chaleureuse. Trop d’images et les images quand elles ne renvoient qu’à leur modèle ne sont qu’une fumée vaine. On dirait que la mémoire les mange pour les vaporiser. Je n’ai pas regardé l’ensemble de l’expo qui se poursuivait à l’étage.

Journée suspendue

en fait lourde d’une fatigue

qui pèse sur la nuque et les articulations.

Le cri d’un coq

au milieu des klaxons.

Je voulais visiter les passages

qui donnent sur Istikol.

Le premier, très beau, sous sa voûte

de métal bleu, n’était qu’une succession

de restaurants.

Les suivants faisaient voisiner poissonneries

et marchands de légumes.

Les ouïes sont parfois dépliées pour former

sur le côté de la tête une fleur d’un

violet très vif.

Tout au fond de l’un de ces passages,

j’ai trouvé une carte postale de Louise Brooks,

de profil , le visage encadré par la

coupe des cheveux – pose très plastique.

Dans un autre passage, des reproductions

de cartes postales anciennes aux

couleurs fades.

Himat est peut-être en Jordanie : il m’a parlé d’un prochain voyage dans ce pays.

Je me demande comment sa peinture est reçue dans les divers pays arabes dont il m’a parlé.

Pour la raison que le refus des images dans la part religieuse de la vie est compensé par une pléthore d’images dans les bazars (chromos et sous-verres) et, me semble t-il, dans la "peinture" – ce qui est pratiqué comme tel.

On dirait qu’il n’est de peinture / peinture que figurative.

Non, ce n’est pas tout à fait vrai – ou du moins ce n’est plus vrai puisque les contemporains ont fait entrer la calligraphie dans la peinture, et aussi la matière et l’abstraction (parfois une combinaison des trois).

La légende du rose
1

la main posée laisse une empreinte pourtant

la caresse descend passe la peau

devient quelle ombre qui s’enfouit
le rose en dit sans doute quelque chose

quand il fait crier la douceur et devient

la lumière diffusée parfois par la chair
le rose n’est pas en soi une couleur c’est

un échauffement du regard à l’instant

où il rêve d’être un toucher
2

le rose n’a pas pour référent la rose qui rose

n’est qu’assez rarement comme si elle voulait

échapper au destin en déviant du nom
rose est peut-être l’évasion ce glissement

ayant – pourquoi pas ? – la forme d’une caresse

et soudain rougissant au contact de cela

L’architecture bysantine est salvatrice : elle suscite une élévation par sa manière de mêler espace et lumière afin de propulser le passant vers le haut. Je suis resté très longtemps à Sainte-Sophie, mais ce n’est que peu à peu que je me suis rendu compte de la raison de ma retenue par ce lieu : j’avais besoin d’assimiler l’espace, d’en sentir les lignes de force, de l’intérioriser. En fait, la chose avait commencé par s’élaborer toute seule dans un mouvement qui ressemblait à la respiration, et qui pouvait s’intensifier les yeux fermés.
Tandis que j’essayais de fomenter en moi

le poème du rose

un bruit m’a jeté vers la fenêtre

et j’ai vu

barrant une partie du Bosphore

un immense cargo rose

en vérité plus orangé que rose

mais d’effet rose

par sa taille gigantesque et peut-être

le jeu du gris à sa surface

le triple gris du ciel, de l’air et de la mer.

mais quel cela peut-il colorer le regard sinon

par un transport de derrière les yeux et là

sait-on dans quel organe vont et viennent les images
3

rose est peut-être la pensée en mal d’amour

celle qui rosit en voyant monter de la chair

la chose verbale poussée comme une fleur
que sont alors des pensées s’accouplant

dans la poche sans fond de la tête

poche sans poche doublée de rose et coulant
faisant couler l’épanchement pensif de tête

en main celle-ci tout à coup réaliste écrasant

la goutte que le piquant tire du bout des doigts

Le muezzin répète deux fois une

formule dont les dernières syllabes

semblent germaniques : EIN STUCK !

Des voix lui répondent de loin,

A contre vent – à contre temps.

Tout cela est très bref.

quelques minutes.

Puis silence – silence profond

travaillé par le vent.

Comme si le silence était

une substance -

La nuit tombe.

Sirènes de la police.
Ce soir lecture avec Ece Ayhan

un poète qui a transformé la

langue du poème turc.

J’essaie de comprendre son apport

à travers quelques traductions.

Il casse le sens, introduit des

Ruptures, des reprises, des mots-éclats.

Lecture donc hier au soir

malaise

comme toute la soirée

au bord du vide

Ayhan lisait en commentant

son poème

de souvenirs et d’anecdotes

malheureusement

le traducteur simultané

ne suivait pas (faute d’entendre a-t-il dit)

le public content

du moins ceux qui ont parlé

au dîner

Evis Batur

deux peintres célèbres

Lallé Muldur

une dizaine d’autres personnes

Il vit dans l’isolement et la pauvreté,

loin d’Istanbul.

Il a un cœur fragile, marche difficilement.

L’Institut lui a envoyé une voiture. Nous

avons dîné ensemble hier.

Il est vif et sauvage. Rebelle. On

sent cela en lui, naturel.

Aucune pose.

Du plaisir à être ensemble.
16 novembre

un immense cargo brique et noir avec un pont blanc et une cheminée rouge vif.

Il est par le travers de la rade et, à mesure qu’il avance, la barre comme s’il était une jetée mouvante.

Ciel bas, toujours le ronronnement

confus de la ville.

Levé tôt , 7 heures.

attente

attente de quoi ?

le temps est comme la houle

qui suit le grand cargo.

deux vidéos bruyantes

du pur effet avec des images

qui galopent

et vous brutalisent

un montage photographique

deux grandes peintures

comme des bannières de la violence

deux autres

comme des murs de salles de bain

en mosaïque neutre

je ne suis pas monté à l’étage

17 novembre
hier déjeuner avec Enis Batur.

Dîner avec Halil Gökhan.

Le premier a le pouvoir, le second le cherche mais sans compromission comme une chose possible au bout du travail. Ou naturelle. J’aime bien l’autorité du premier et la légère maladresse du second.

Visite de Topkapi : un lieu !

Ce qui est saisissant, c’est la perfection de l’accord créé entre bâtiments et jardins, entre espace et circulation. Le reste : le trésor, les collections, est anecdotique.

Ensuite, visité la belle caverne qu’est Aya Iremi, d’ordinaire fermée, mais ouverte en ce moment parce qu’un des lieux de la biennale de l’art contemporain.

Caverne car les murs sont redevenus bruts, sans le moindre décor à part une grande croix dessinée là-haut.

architecture très lourde mais dotée d’une grâce – de cette grâce romane qui fait que l’épaisseur des murs est une chair puissante en cours d’élévation.


Chez Kiapi, l’éditeur

que dirige Enis Batur,

il y a aussi une galerie,

celle où j’ai vu le premier jour

un siècle d’aquarelles turques.

J’y suis repassé en cherchant

le lieu de l’hommage à Ayhan.

Au premier étage, que je n’avais pas visité,

il y avait des œuvres de Nejad

nettement plus originales,

tachistes et gestuelles.

A côté, une œuvre proche de Rothko,

avec une saignée claire

sur un fond rouge

mais de qui, je ne le sais plus.

Orhar, peut-être,

présent avec quatre autres aquarelles.


18 novembre.
Hier froid très vif, ce matin grand soleil.

Hier matin, Kharié Djami : fresques et mosaïques d’une humanité pleine d’attention, de souplesse, de douceur. Puis café Loti et longue marche dans le cimetière pentu. Arrêt devant le tombeau du porte-étendard du Prophète, lieu saint dont la visite peut tenir lieu de pèlerinage si l’on n’a pas les moyens d’aller à la Mecque.

une mère portait un enfant revêtu d’un manteau royal : elle tenait son sceptre en … plastique.

Dans les boutiques alentour, beaucoup de Corans, d’images pieuses, d’objets religieux.

Sommes entrés dans deux kiosques – tombeaux.

Après-midi, à 16 heures, hommage à Ece Ayhan par quelques poètes.

puis au Cumurihyet – trop longuement.

envie de retrouver ma chambre, son silence, mais je n’y rentre que vers 22 h.

Ce matin donc, soleil, avec banc de brumes sue la mer qui, cependant, étincelle et m’aveugle jusqu’ici.

Vers la ville, il y a cette grande enseigne au sommet d’une façade SHARP en rouge. Deux étages plus bas en plus petits caractères et

Que penserait Himat

de cette exposition ?

Il est aux antipodes

avec sa matière habitée,

chaleureuse

et qui développe dans le regard

une intimité charnelle.
Etrange que tant de peintres

soient prisonniers de leur sujet

et le reproduisent

comme s’ils ne le regardaient pas

n’en apercevant que le stéréotype.

Mais pourquoi le public est-il

en majorité dans la même prison ?

Et n’en sort pas.

La peinture devrait être justement

la porte de sortie.

En bleu TACIRLER

un étage plus bas, en noir sur fond jaune : POLEN.

Des ombres passent : on dirait qu’un morceau

d’air va se détacher

puis un cri dénonce les mouettes.

un joli mot, ce nom,

mais quel rapport avec l’oiseau ?

Hier, traversée en bateau vers la corne d’or depuis la côte du cimetière et du tombeau. J’aurais dû noter les stèles sculptées des hauts personnages enterrés autour du saint. Les turbans à gros plis qui surmontent certaines.

On imagine la posture qu’il fallait adopter pour porter ces gros turbans : l’obligation de dignité…

Il fallait gouverner son allure, le débit de la voix et – pourquoi pas – sa nourriture. Lors de la révolution de 1923, Ataturk a changé aussi bien la coiffure que l’écriture. Certes la langue est restée la même mais passer de l’alphabet arabe à l’alphabet latin a dû en modifier l’emploi aussi bien que la vision et la présence en bouche.


Cette coupure – sa pensée

fait surgir quelques mirages

de la beauté de l’architecture

ottomane face à la laideur

des constructions "républicaines".

Pourquoi ce recul,

d’ailleurs universel,

comme si le mépris du peuple

était inséparable de la "démocratie".
Valéry disait et c’est une phrase

qui souvent m’habite :

La définition de la beauté est simple :

elle est ce qui désespère !

La laideur serait-elle

ce qui encourage ?

Lalé, à qui je parle de cette révolution par et dans l’écriture, me dit qu’elle a rendu tous les Turcs schizoïdes en les coupant de leur passé. Mais, dis-je, n’a- t-on pas traduit les auteurs du passé ? Non, dit-elle, très peu.

Elle songe à apprendre l’arabe pour avoir accès à ce pays perdu. Et me dit un mot de ses problèmes psychiatriques en les attribuant, toutefois, à un père excessivement autoritaire. Puis elle ajoute qu’il s’est agi, toujours, de tuer le père, et que c’est le sens des réformes d’Ataturk, tuer le passé et son rôle paternel.

Lalé dit également que c’est un trait caractéristique des Turcs que l’autodestruction…

Enis et Halil ne me semblent pas participer de ce mouvement. Ils sont des lutteurs solides.

Et la ville d’Istanbul est bruissante de vie. Mais, dit-on, un prochain tremblement de terre devrait la détruire. Ce qui ne signifie rien car la vie est toujours menacée !


19 novembre
mon anniversaire…

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