Extrait de la correspondance de Gustave Flaubert







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titreExtrait de la correspondance de Gustave Flaubert
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Préface à la vie d’écrivain

(extrait de la correspondance de Gustave Flaubert)
1837

p24 : « me voilà devenu bien anti-prose, anti-raison, anti-vérité, car qu’est-ce que le beau sinon l’impossible » => aspirations romantiques du jeune Flaubert
1839

p26 : « Je ne désire plus qu’une chose, c’est d’aller passer toute ma vie dans un vieux château en ruines, au bord de la mer. » => idem.
1844

p30 : « Je suis flatté de voir que vous unissez à moi dans la haine du Sainte-Beuve et de toute sa boutique. J’aime par dessus la phrase nerveuse, substantielle, claire, au muscle saillant, à la peau bistrée : j’aime les phrases mâles et non les phrases femelles, comme celles de Lamartine, fort souvent, et à un degré inférieur, celles de Villemain. »
1845

p32 : « Le seul moyen de n’être pas malheureux c’est de t’enfermer dans l’Art et de compter pour rien tout le reste »
1846

p40 : « J’ai perdu déjà beaucoup. A 15 ans, j’avais certes plus d’imagination que je n’en ai. A mesure que j’avance, je perds en verve, en originalité, ce que j’acquiers peut-être en critique et en goût. J’arriverai, j’en ai peur, à ne plus oser écrire une ligne. La passion de la perfection vous fait détester même ce qui en approche. »

« Il n’y a pas de belles pensées sans belles formes, et réciproquement. »
1851

p58 : « Il y a des moments, où je crois même que j’ai tort de vouloir faire un livre raisonnable et de ne pas m’abandonner à tous les lyrismes, violences, excentricités philosophico-fantastiques qui me viendraient. Qui sait ? Un jour j’accoucherai peut-être d’une œuvre qui serait mienne. »
1852

p61 : « Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d’aigle, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée ; un autre qui fouille et creuse le vrai tant qu’il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu’il reproduit ; celui-là aime à rire et se plaît dans les animalités de l’homme. L’Education sentimentale a été, à mon insu, un effort de fusion entre ces deux tendances de mon esprit. »
p62 : « ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière ; plus l’expression se rapproche de la pensée, plus le mot colle dessus et disparaît, plus c’est beau. Je crois que l’avenir de l’Art est dans ces voies. »
p63 : « dans celui-ci [Mme Bovary] je tâche d’être boutonné et de suivre une ligne droite géométrique. Nul lyrisme, pas de réflexions, personnalité de l’auteur absente. Ce sera triste à lire : il y aura des choses atroces de misère et de fétidité. »
p65 : « Je suis dans un autre monde maintenant, celui de l’observation attentive des détails les plus plats. J’ai le regard penché sur les mousses de moisissures de l’âme. Il y a loin de là aux flamboiements mythologiques et théologiques de Saint-Antoine. »
p66 : « Voilà deux jours que je tâche d’entrer dans des rêves de jeunes filles et que je navigue pour cela dans les océans laiteux de la littérature à castels, troubadours à toques de velours à plumes blanches »

=>Volonté de Flaubert de se documenter
p71 : « J’en conçois pourtant un, moi, de style : un style qui serait beau, que quelqu’un fera à quelque jour, dans dix ans ou dans dix siècles, et qui serait rythmé comme le vers, précis comme le langage des sciences, et avec des ondulations, des ronflements de violoncelle, des aigrettes de feu. »
p72 : « Si la Bovary vaut quelque chose, ce livre ne manquera pas de cœur. L’ironie pourtant me semble dominer la vie. »
p74 : « Où la forme, en effet, manque, l’idée n’est plus. Chercher l’un, c’est chercher l’autre. Ils sont aussi inséparables que la substance l’est de la couleur et c’est pour cela que l’art est la vérité même. »
p77 : « L’idéal de la prose est arrivé à un degré inouï de difficultés ; il faut se dégager de l’archaïsme, du mot commun, avoir les idées contemporaines dans leurs mauvais termes, et que ce soit clair comme du Voltaire, touffu comme du Montaigne, nerveux comme du La Bruyère et ruisselant de couleur, toujours. »
p78 : « Ce qui est atroce de difficultés c’est l’enchaînement des idées et qu’elles dérivent bien naturellement les une des autres. »

« Mais pour les vers c’est plus net, la forme est toute voulue. La bonne prose pourtant doit être aussi précise que le vers, et sonore comme lui. »
p81 : « Moins on sent une chose, plus on est apte à l’exprimer comme elle est. »
p82 : « Ce matin, j’ai été à une comice agricole, dont j’en (sic) suis revenu mort de fatigue et d’ennui. J’avais besoin de voir une de ces ineptes cérémonies rustiques pour ma Bovary. »
p83 : « Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmé, aussi sonore. »
p85 : conseil à Louise Collet (sa maîtresse) qui lui a soumis des vers

« il ne faut pas rêver, en vers, mais donner des coups de poing. »
p87 : « Tout dépend de la conception. Cet axiome du grand Goethe est le plus simple et le plus merveilleux résumé et précepte de toute les œuvres d’art possibles. »
p90 : « Musset m’a excessivement enthousiasmé autrefois, il flattait mes vices d’esprit : lyrisme, vagabondage, crânerie de l’idée et de la tournure. »
p91 : « Quand est-ce qu’on écrira les faits au point de vue d’une blague supérieure, c’est-à-dire comme le bon Dieu les voit, d’en haut ? »
p92 : « Ce sera, je crois, la première fois que l’on verra un livre qui se moque de sa jeune première et de son jeune premier. L’ironie n’enlève rien au pathétique, elle l’outre au contraire… »
p94 : « nous évitons […] d’amuser le public avec nous-mêmes, ce que je trouve hideux ou trop naïf, et la personnalité d’écrivain qui rétrécit son œuvre. »
p95 : « L’auteur, dans son œuvre, doit être comme Dieu dans l’univers, présent partout et visible nulle part. »
1853

p100 : « Ce qui me tourmente dans mon livre, c’est l’élément amusant, qui y est médiocre. Les faits manquent. Moi je soutiens que les idées sont des faits. Il est plus difficile d’intéresser avec, je le sais, mais alors c’est la faute du style. »
p101 : « S’ils [les prosateurs] ont du goût, ils s’en abstiennent même, car c’est là ce qu’il y a de moins fort au monde, parler de soi. »
p105 : « Je veux qu’il y ait une amertume à tout, un éternel coup de sifflet au milieu de nos triomphes et que la désolation même soit dans l’enthousiasme. »
p106 : « Extrayons-la [la poésie] de n’importe quoi, car elle gît en tout et partout : pas un atome de matière qui ne contienne la pensée ; et habituons-nous à considérer le monde comme une œuvre d’art dont il faut reproduire les procédés dans nos œuvres. »
p107 : « Vouloir donner à la prose le rythme du vers (en laissant prose et très prose) et écrire la vie ordinaire comme on écrit l’histoire ou l’épopée (sans dénaturer le sujet) est peut-être une absurdité »

=>Projet de Flaubert
p111 : « Quelle mécanique que le naturel, et comme il faut de rose pour être moi ! »

« La littérature prendra de plus en plus les allures de la science ; elle sera surtout exposante, ce qui ne veut pas dire didactique. Il faut faire des tableaux, montrer la nature telle qu’elle est, mais des tableaux complets, peindre le dessous et le dessus. »
p113 : « Ne blâmons rien, chantons tout soyons exposants et non discutants. »
p124 : « Ah! Quand donc pourrai-je écrire en toute liberté un sujet politique ? Car le style à moi, qui m’est naturel, c’est le style dithyrambique et enflé. »

=> conflit interne de Flaubert entre un littérature « scientifique » liée à la contrainte du style (p107) et une aspiration vers le « romantisme » au sens large.
p130 : « La poésie est purement subjective, […] il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art, et [..] Yvetot donc veut Constantinople ; et [..] en conséquence, l’on peut écrire n’importe aussi bien que quoi que ce soit. »
p131 : « La forme antique est insuffisante à nos besoins et notre voix n’est pas faite pour chanter ces airs simples. Soyons aussi artiste qu’eux, si nous le pouvons, mais autrement qu’eux. »
p143 : « Adieu, c’est à dire adieu et pour toujours au personnel, à l’intime, au relatif. Le vieux projet que j’avais d’écrire plus tard mes mémoires m’a quitté. Rien de ce qui est de ma personne ne me tente. »
p145 : « Le style c’est la vie ! C’est le sang même de la pensée! Boileau était une petite rivière, étroite et profonde, mais admirablement limpide et bien encaissée. »
p149 : « La première qualité de l’Art et son but est l’illusion. L’émotion [...] est une toute autre chose et d’un ordre inférieur. »
1854

p170 : « La phrase de la meilleure intention rate son effet dès qu’il s’y trouve une assonance ou un pli grammatical. »
p171 : « Je ne sais plus comment m’y prendre pour éviter les répétitions. La phrase la plus simple comme « il ferma la porte », « il sortit », etc.…, exige des ruses d’art incroyables ! Il s’agit de varier la sauce continuellement et avec les mêmes ingrédients. »
p 176 : « Je ne veux pas considérer l’Art comme un déversoir à passions , comme un pot de chambre en peu plus propre qu’une simple causerie, qu’une confidence. Non ! Non ! La Poésie ne doit pas être l’écume du cœur. »
1855

p175 : Flaubert demande à un ami médecin des indications sur les parties de l’œil et les pommades pour les yeux en vue du traitement de l’aveugle par Homais

  • =>Volonté de se documenter.


1856

p183 : Frédéric Boudry veut que Flaubert change son « Journal de Rouen » en « Le Progressif de Rouen ».

Flaubert est scandalisé car « ça va casser le rythme de [ses] phrases ! C’est grave.»
P185 : « On trouve que je suis trop vrai. Voilà le fond de l’indignation. Je trouve, moi, que je suis très moral »

« La morale de l’Art consiste dans sa beauté même, et j’estime par-dessus tout d’abord le style, et ensuite le Vrai. »
1857

p188 : « L’illusion […] vient […] de l’impersonnalité de l’œuvre. C’est un de mes principes qu’il ne faut pas s’écrire »
p195 : « Pour qu’un livre sue la vérité, il faut être bourré de son sujet jusque par-dessus les oreilles, Alors la couleur vient tout naturellement, comme un résultat fatal et comme une floraison de l’idée-même. »
p199 : « Plus une idée est belle, plus la phrase est sonore ; soyez-en sûre. La précision de la pensée fait (et est elle-même) celle du mot. »

« Le poète est tenu maintenant d’avoir de la sympathie pour tout et pour tous, afin de les comprendre et de les décrire. »
1858

p 202 : « Ce que j’entreprends est insensé et n’aura aucun succès dans le public. N’importe !! il faut écrire pour soi, avant tout. C’est la seule chance de faire du beau. »
1861

p 221 : « Un bon sujet de roman est celui qui vient tout d’une pièce, d’un seul jet. C’est une idée mère d’où les autres découlent. On est pas du tout libre d’écrire telle ou telle chose. On ne choisit pas son sujet. Voilà ce que le public et les critiques ne comprennent pas. Le secret des chefs-d’œuvre est là, dans la concordance des sujets et du tempérament de l’auteur. »
1862

p223 : « Jamais, moi vivant, on ne m’illustrera, parce que : la plus belle description littéraire est dévorée par le plus piètre dessin. Du moment qu’un type est fixé par le crayon, il perd ce caractère de généralité, cette concordance avec mille objets connus qui font dire au lecteur : « j’ai vu cela » ou « cela doit être ». »

p227 : « Il n’y a point dans mon livre une description isolée, gratuite ; toute servent à mes personnages et ont une influence lointaine ou immédiate sur l’action. »
1863

p230 : « l’Art ne doit servir de chaire à aucune doctrine sous peine de déchoir ! »
1864

p234 : « Voilà radicalement l’inverse de la vieille critique de la Harpe. Autrefois, on croyait que la littérature était une chose toute personnelle et que les œuvres tombaient du ciel comme des aérolithes. Maintenant on nie toute volonté, tout absolu. La vérité est, je crois, dans l’entre-deux. »
1865

p235 : « La rage de l’idée leur [les poètes du XVIe siècle] avait enlevé tout sentiment de la nature. Leur poétique était anti-physique. »
1867

p244 : « Je n’ai pas dit qu’il fallait supprimer le cœur, mais le contenir, hélas ! »
1871

p251 : Lettre de Flaubert à Zola « Je viens de finir votre atroce et beau livre ! J’en suis encore étourdi. C’est fort ! Très fort ! Je n’en blâme que la préface. Selon moi, elle gâte votre œuvre qui est si impartiale et si haute. Vous y dites votre secret, ce qui est trop candide, et vous exprimez votre opinion, chose que dans ma poétique (à moi), un romancier n’a pas le droit de le faire »
1875

p268 : « Je regarde comme très secondaire le détail technique, le renseignement local, enfin le côté historique et exact des choses. Je recherche par dessus-tout la beauté, dont mes compagnons sont médiocrement en quête »
1880

p290 : « A bas les Ecoles quelles qu’elles soient !A bas les mots vides de sens ! A bas les académies, les Poétiques, les Principes ! »
Notes bibliographiques :

Flaubert G., Préface à la vie d’écrivain ou extraits de la correspondance, 1963, Paris, Seuil, coll. Le don des langues
La bibliographie sur Flaubert est bien sûr très importante mais je me permettrais de conseiller cet article de Barthes à propos de l’importance du style chez Flaubert

« Flaubert et la phrase » in Le Degré zéro de l’écriture suivi de Nouveaux essais critiques, 1972, Paris, Seuil

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